III
embarqués et jetés sur le rivage de Naples. Ainsi matés, cleres romains et évêques suburbicaires furent assemblés en un synode qui annula les décisions prises à Rome et à Ravenne en 898 et remit en vigueur celles du synode cadavérique. Cf. Auxilius, op. cit., 1. I, €. 1; 1. II, c. 1, p. 60 et 78. Toutes les ordinations conférées par Formose durant son «usurpation », c’est-à-dire pendant quatre ans et demi, furent déclarées sans valeur. Parmi elles il y avait d’assez nombreuses consécrations d’évêques et ceux-ci, à leur tour, avaient conféré des ordres. Tout cela était frappé de nullité. Contrairement d’ailleurs à ce qui s'était fait au temps d’Étienne VI, on contraignit ceux dont les ordinations se trouvaient ainsi annulées à recevoir de nouveau le sacrement : ce fut bientôt dans toute l’Italie un scandale inouï et qui devait se prolonger longtemps. Assez peu nombreux furent les courageux qui osèrent braver les sentences ecclésiastiques que l’on faisait pleuvoir sur les récalcitrants. C’est à l’un d’eux, Auxilius, que nous devons la plupart de nos renseignements sur cette lamentable affaire. Voir t. 1, col. 2622. Cet écrivain eut d’ailleurs à défendre d’autres ordinations conférées par un évêque de Naples, qui, bien contre son gré, y avait été transféré de son siège primitif; on voit que l'exemple donné à Rome était contagieux. Auxilius eut d’abord comme auxiliaire dans le combat qu’il menait pour la saine doctrine un de ses collègues, le grammairien Eugène Vulgarius. Mais ce dernier finit par chanter la palinodie et se réconcilia avec le pape Serge III, qu’il célébra en prose et en vers, ainsi que la famille du sénateur Théophylacte, la notabilité laïque la plus en vue de Rome. Avec cette famille, en effet, le pape Serge entretenait des rapports très étroits. Si étroits même que des relations entre Serge et une des filles de Théophylacte, la trop célèbre Marozie, naîtra un fils que sa mère poussera un jour au trône pontifical et qui sera le pape Jean XI. Voir t. vins, col. 618-619. Somme toute, Serge III avait préparé la domination de la maison de Théophylacte qui, pendant plusieurs générations, aura la haute main sur le Siège apostolique.
Le registre du pape Serge III est, par ailleurs, assez mal fourni. En dehors de quelques rares confirmations de privilèges, à Vézelay, à l’Église de Lyon, au Mont- Cassin, Jaffé, n. 3542, 3545, 3547, il convient de relever une sentence d’absolution accordée à une veuve fort criminelle, originaire des Gaules, qui est venue demander à Rome son pardon, Jafïé, n.3548, et aussi une suspense de trois ans infligée, semble-t-il, par un synode romain à l’évêque de Turin, Guillaume. Cf. Mansi, Concil., τ. XVI, col. 251. Malgré l’indignité de son titulaire, le Siège apostolique ne renonçait pas complètement à son rôle.
Serge III, en dépit de ses tares, peut-être même à cause de ses tares, trouva le moyen de durer et de mourir dans son lit (juin 911), après un pontificat de sept ans et demi. Il faut au moins lui reconnaitre le mérite d’avoir achevé la restauration de la basilique du Latran, commencée par Jean IX — elle s'était écroulée sous Étienne VI. Des inscriptions fastueuses y rappelèrent à la postérité les travaux accomplis, tandis que, sur son tombeau, une louangeuse épitaphe célébra les hauts faits du pontife et spécialement la lutte sans merci qu’il avait menée contre les «intrus ». Texte dans Duchesne, Le Liber pontificalis, t. 1, p. 236-238. L'honnête Flodoard, qui s’en est inspiré, a contribué par là à transmettre un portrait de Serge III qui, selon toute vraisemblance, ne correspond guère à la réalité. La pierre se laisse graver, comme le papier se laisse écrire.
SOURCES. — Liber pontificalis, édit. Duchesne, t. τι, Ὁ. 236-238; Jafté, Regesta pontificum romanorum, t. 1, Ὁ. 445- 447; Flodoard, De Christi triumphis, 1. XII, €. ναι, P. L.,
RÉ. ns ὦ
1921 SERGE ΤΠ t. cCxxxv, col. 8531: Auxilius, 1π defensionem sacræ ordinalionis papæ Formosi, édité par E. Dümmiler, Auxilius und Vulgarius, Leipzig, 1866, p. 58-94; du même Auxilius, In defensionem Stephani episcopi, ibid., p. 96-105; du même, De ordinationibus a Formoso papa factis, dans P. L.,t.CXXIX, col. 1059-1074, avec la finale dans Dümmiler, ibid., Ὁ. 107- 116; du même, le dialogue Infensor et Defensor, dans P. L., ibid., col. 1073-1102; Eugène Vulgarius, De causa formosiana liber, dans Dümmiler, ibid., p. 117-139; du même, le dialogue Insimulator et Actor, dans P. L., ibid., col. 1103- 1112 (où il est mis à tort sous le nom d’Auxilius); un auteur anonyme, Invectiva in Romam, dans P. L., ibid., col. 823- 838, et aussi dans Dümmler, Gesta Berengarii; Sigebert de Gembloux, Chronica, ann. 900-907, dans P. L., t. οὐχ, col. 173-176.
TRAVAUX. — Ceux qui ont été cités aux art. FORMOSE, JEAN IX, etc., ajouter D. Pop, La défense du pape Formose (thèse de Strasbourg), Paris, 1933; É. Amann, dans Fliche- Martin, Histoire de l’Église, t. ναὶ, 6.1, 81 et 2.
É. AMANN.
4. SERGE IV, pape du 31 juillet 1009 au 12 mai 1012. — Serge, fils de Pierre, surnommé assez malencontreusement Buccaporci, était Romain de naissance. 11 occupait depuis cinq ans le siège épiscopal d’Albano quand il fut porté à la chaire de saint Pierre. Rome se trouvait alors, depuis la mort d’Otton 111 (1002), sous la coupe de Jean Crescentius, le fils du héros de l’indépendance romaine exécuté en 998. C’est celui-ci qui avait désigné les deux papes Jean XVII et Jean XVIII. Ce dernier semble s’être retiré vers la fin de ses jours, comme moine à Saint-Paul-hors-les-Murs, spontanément ou contraint par le dictateur, on ne saurait le dire, car l’historiographie pontificale de cette époque fournit peu de documents. Elle ignore de même dans quelles conditions Serge fut désigné. S’il faut en croire l’épitaphe louangeuse de ce pape, qu’on peut lire encore aujourd’hui dans la basilique du Latran, Serge comme son prédécesseur, fut un pontife bon, zélé, charitable, faisant respecter les droits de l’Église. Sur son administration, nous savons fort peu de choses. Les privilèges accordés à l’Église de Bamberg, une nouvelle fondation du roi de Germanie Henri II, montrent que la Curie gardait le contact avec l’Allemagne. Jaflé, n. 3980. De même le légat Pierre de Piperno, qui était déjà allé en France sous le pontificat précédent, retourna-t-il au delà des monts pour assurer les droits du Saint-Siège sur l’abbaye de Beaulieu, fondée en 1010 par Foulque Nerra, comte d’Anjou. Jaf'é, n. 3986. Ces actes et diverses autres concessions de privilèges montrent le fonctionnement régulier de la chancellerie de Serge IV. Mais tout cela ne nous renseigne pas sur ce qui se passait à Rome et sur le gros changement d'influence qui s’y faisait sentir. Le pouvoir, en effet, était en train de glisser des mains de Crescentius à celles d’une autre famille, la maison des comtes de Tusculum, qui, pendant près de quarante ans, devait donner des papes à l’Église. On a pensé que Serge avait eu partie liée avec elle, ce qu’on a conclu d’un mot de Thietmar de Mersebourg, écrivant : Huic (Joanni XVIII) succedebant Sergius qui vocabatur Buccaporci atque Benedictus ambo præclari εἰ consolidatores nostri, Chronicon, 1. VI, c. Lvi, P. L., t. cxxxIx, col. 1360, où l’on comprenait consolidatores nostri, comme s’il s'agissait de papes favorables à Empire germanique (les Tusculans étaient impérialistes). Ces mots, pourtant, se rapportent exclusivement aux actes pontificaux en faveur de Mersebourg. D’ailleurs Crescentius mourait au début de l’an 1012; ses neveux n'étaient pas de taille à recueillir sa lourde succession. La mort de Serge IV, 12 mai de cette même année, allait laisser le champ libre aux revendications des Tusculans.— Sur la foi d’un texte publié dès 1857 (Biblioth. de l’École des Chartes, IVe sér., t. 111, p. 249), Jaffé, n. 3972, on a prêté à Serge IV l’idée d’une croisade en Orient contre les
— SERG
ENT (DOMINIQUE) 1922 infidèles. Cf. GC. Erdmann, Die Entstehung des Kreuzzugsgedankens, Stuttgart, 1935, p. 102 sq. Mais cette pièce nous paraît anticiper sur les événements qui se sont déroulés au cours du xr° siècle, et le caractère apocryphe de ce document saute aux veux.
Liber pontificalis, t. 11, p. 266 (on y trouvera le texte de l'épitaphe du Latran); Jaf'é, Regesta, t. τ, p. 504-505; Watterich, Pontificum romanorum vilæ, t.1, p. 89 (texte de l’épitaphe mais incomplet); Gregorovius, Geschichte der Stadt Rom im Mitlelalter, 5° éd., t. 111, Ὁ. 12; L. Duchesne, Les premiers temps de l’État pontifical, 2e édit., p.366; 15. Amann, dans Fliche-Martin, Histoire de l’Église, t. vx, 6.11, S 2.
SERGEANT John, théologien et controversiste anglais (Xvrre s.). — Né en 1623 à Barrow-sur-Humber, dans le Lincolnshire, au sein d’une famille protestante, après d'excellentes études à Saint-John College de Cambridge, Sergeant devint secrétaire de Morton, évêque anglican de Durham, et fut employé par celui-ci à des recherches de théologie patristique et historique; ces travaux amenèrent la conversion au catholicisme du jeune secrétaire. Sergeant se rendit alors au Collège anglais de Lisbonne, où il fit ses études théologiques et fut ordonné prêtre le 24 février 1650; cf. Croft, Kirk’s historical account of Lisbon College, Londres, 1902. D'abord procureur et préfet des études du Collège anglais, Sergeant quitta Lisbonne en 1653 pour retourner dans sa patrie comme missionnaire. Une bonne partie de son apostolat s’exerça par la plume; Sergeant fut ainsi engagé dans plusieurs controverses avec Stillingfleet, évêque anglican de Worcester, Tillotson, Hammond et d’autres protestants notoires, et aussi avec l’archevêque catholique de Dublin, Talbot. Il mourut en 1710.
Œuvres. — Les écrits de Sergeant peuvent être rangés en quatre catégories : écrits apologétiques, controverses avec les protestants, controverse avec Talbot, écrits sur le cartésianisme. Voici la liste de ses principaux ouvrages. Schism disarm'd, Paris, 1655; — Schism Dispalch, Paris, 1657; — Vindication of Benedict XIT’s bull, Paris, 1659; — Reflections upon the Oath of supremacy and allegiance, 1661; Statera appensa, Londres, 1661, mis à l’Index par décret du Saint-Office du 17 novembre 1661; —— Tradidi vobis, Londres, 1662; — Sure footing in christianity, Londres,
1665; — Solid grounds of the roman catholic faith, Londres, 1666; — Faith vindicated, Louvain, 1667; — Reason against raillery, 1667; — Error non plust, 1673; — Methodus compendiosa, Paris, 1674, dédié à Bossuet; — Clypeus seplemplex, Paris, 1677; — Catholic letter, Londres, 1687-1688; — Methode to science, Londres, 1696; — Jdeæ cartesianæ, Londres, 1698; — Non ultra, Londres, 1698; — Raillery defeated by calm reason, Londres, 1699; — Abstract of the
transactions relating to the English secular clergy, Londres, 1706.
The catholic encyclopedia, t. xutr, New-York, 1912, p. 727 (bonne bibliographie du sujet); Dictionary of national biography, t. Xvir, Londres, 1909, p. 1189-1191, article très documenté; Hurter, Nomenclator, 3° éd., t. 1v, col. 698; Michaud, Biographie universelle, nouvelle éd., t. XXXIX, p. 95; Feller, Biographie universelle, t. xt, Paris, 1834, p. 409; Reusch, Der Index der verbotenen Bücher, t. 11, Bonn, 1885, p. 414.
J. MERCIER
SERGENT Dominique, religieux dominicain, né à Laval, mort en 1584. Prédicateur d’Élisabeth d’Autriche, femme de Charles IX, il combattit surtout contre le calvinisme. C’est à ce propos qu'il écrivit son Traité du baptême des hérétiques, montrant si on le doit réilérer, pourquoi el comment : avec un indice des queslions de Pierre Viret résolues et un traité des cérémonies du baptême, Avignon, 1566, in-80.
Quétif-Échard, Scriptores S. ordinis prædic., t. 11, 1721,