SERRANO (JEAN
SERRANO Jean, frère mineur observant espagnol (XVE-XvVIE s.). — Originaire d'Alcazar de San Juan, il appartint à la province de Carthagène, où il fut lecteur de théologie. Promu, le 20 novembre 1613, évêque d’Acerno (province de Salerne), il y mourut en 1637. Il composa : Missæ sacrosanclæ ac cærimoniarum, quæ in ejus celebratione fiunt, compendiosa exposilio, Rome, 1622 et 1626; Adversus pestem vilit conciones quadragesimales, Saragosse, 1653, en 2 vol.; De immaculata prorsusque pura sanctissimæ semperque virginis genitricis Dei Mariæ conceplione, Naples, 1635, qui. de l'avis de P. Pauwels, constitue un des meilleurs ouvrages relatifs à l’immaculée conception, sur laquelle on discutait beaucoup à cette époque. Voir P, Pauwels et A. Molini, 1 francescani e l’immacolala concezione di Maria, Rome, 1904, p. 235. Pour sa mariologie, cet auteur se rattache étroitement à Duns Scot : Marie a été élue de toute éternité et constitue la première-née de toute la création, elle a été destinée par Dieu, sub Chrislo, comme la cause finale et la médiatrice de tout le créé. Voir E. Longpré, De B. Virginis malernitate οἱ relatione ad Christum, dans Anlonianum, t. νι, 1932, p. 289, n. 3.
L. Wadding, Scriplores O. M., 3° éd., Rome, 1906, p. 152; -J.-H. Sbaralea, Supplementum Ὁ. M., 2° éd., t. τι, Rome, 1921, p. 131; H. Hurter, Nomenclator, 3° éd., t. 111, col. 673; B. Gams, Series episcoporum, 25 éd., Leipzig, 1931, p. 844; A. Lôpez, dans Arch. ib.-americ., t. χχχιν, 1931, p. 108; D. Scaramuzzi, 11 pensiero di Giov. Duns Scoto nel Mezzogiorno d'Italia, Rome, 1927, p. 202.
A. TEETAERT.
SERRAVEZZA (Antoine de Fontana), frère mineur capucin italien de la province de Toscane, dans laquelle il fut lecteur et, à plusieurs reprises, définiteur et gardien. Il mourut en 1814. Il édita : 1 pericoli di perdere la religione colla leltura dei libri prniciosi, Pescia, 1804, in 8, 34 p.; Ragionamento sopra il gran peccato della bestemmia, con note dell autore anche sopra gli altri peccati della lingua, Pistoie, 1806. in-8°, 98 p.
Jean-Marie de Ratisbonne, Appendix ad bibliothecam scriplorum capuccinorum, Rome, 1852, p. 14; Sisto da Pisa, Storia dei cappuccini foscani, t. 11, 1692-1810, Florence, 1909, p. 524-525; Memoriale dei min. cappuccini della Tosc<ana nel IV centenario della loro provincia (1532-1932), Florence, 1932, p. 666.
A. TEETAERT.
SERRONI Hyacinthe (1617-1687), né à Rome, devint dominicain puis évêque de Mende et mourut archevêque d'Albi. Il dut sa fortune à la famille Mazarin et plus encore à une habile bonté qui lui permit de rendre service au gouvernement de Louis XIV, en particulier lors de la réunion de la Cerdagne à la France. Outre divers ouvrages restés manuscrits, on doit à Serroni : une Oraison funèbre... le 13 mars 1666 pour la reine mère du roi; un Sermon prononcé dans l’église de Notre-Dame d’Estable de la ville de Montpellier à l'ouverture des États généraux... le ? décembre 1680; des Entretiens affectifs de l'âme avec Dieu pendant les huit jours des exercices spirituels pour l’usage des ecclésiastiques de son diocèse, Paris, 1682, in-12, 315 p.; des Méditations et affections sur les sept psaumes de la pénitence, pour l'usage des nouveaux convertis de son diocèse, ibid.; des Entretiens affectifs de l’âme avec Dieu sur les cent cinquante psaumes. Paris, 1688, 3 vol.
Notice bibliographique dans Quétif-Échard, Scriplores S. ordinis præd., t. 11, 1721, p. 712; notice biographique détaillée dans Touron, Histoire des hommes illustres de l’ordre de Saint-Dominique.
M.-M. GORCE.
SERRY François-Jacques-Hyacinthe, dominicain provençal (xvrre siècle). Né à Toulon en 1659, il était fils d’un médecin de marine et entra de bonne heure dans l’ordre de Saint-Dominique où il
SERRE YACINTHE)
avait un parent. Ses supérieurs ne Lardèrent pas à l'envoyer terminer ses études à Paris. Il y enseigna ensuite la philosophie et prêcha même avec quelque succès. En 1690, le P. Serrv quitta Paris pour Rome en des circonstances qu'il serait intéressant de préciser. Il devint théologien du cardinal Allieri et consulteur du Saint-Office. De nouveau à Paris en 1696, il y devint en 1697 docteur en théologie de la Sorbonne. Cette même année, il fut appelé comme professeur de théologie à l’université de Padoue et il occupa cette chaire célèbre jusqu’à sa mort. qui survint dans cette ville le 12 mars 1738, bien qu'il ait été nommé théologien de la Casanate à Rome, dès 1700, lors de la fondation de cette institution. Sur ce dernier point, voir Mortier, Histoire des maîtres généraux de l’ordre des frères prêcheurs, τ. VI1, p. 253.
1° L’historien de la congrégation De auxiliis. — Le principal titre de gloire théologique de Serry est d’avoir été l'historien, plus diligent et mieux informé qu'impartial, de la congrégation De auxiliis, la fameuse dispute organisée officiellement de 1598 à 1606 pour mettre au point la théologie de la grâce. Dominicains et jésuites ne purent pas s’y réconcilier. Saint Thomas fut mis à la première place, mais Molina ne fut pas condamné pour autant. Sans doute on observait les défenses du Saint-Siège qui interdisait de remuer encore ces vieilles querelles, maïs les adversaires restaient sur leurs positions. L'annonce d’un ouvrage qui exposerait tout au long les cruels débats de la congrégation De auxiliis, sous la plume d’un dominicain assez partisan pour ne pas vouloir signer de son nom, piqua la curiosité des théologiens d’opinion contraire. Avant que l’ouvrage du P. Serry ne parût, un indiscret en avait pu lire des bonnes feuilles. Ce personnage, qui, paraît-il, était un jésuite, voulut discréditer le travail du P. Serry en devançant sa publication. C’est ainsi que parut à Liége, dès 1698, un libelle intitulé : Lettre à M. l'abbé... sur la nouvelle histoire des disputes De auxiliis qu'il prépare. Ce libelle cherchait chicane et jusque dans des questions de points et de virgules. Il cherchait à faire passer l’auteur encore inédit pour un aventurier des lettres. Aussi, avant même de donner au public son grand ouvrage, le P. Serry publiait-il une Lettre de M. l’abbé Le Blanc, auteur de l’histoire de la congrégation De auxiliis, pour servir de réponse à la lettre du secrétaire de Liége du 30 juin 1698, où l’on trouve l'analyse de cette histoire publiée en latin dans un volume in-folio avec l’approbalion cette année 1699, in-16, 1v-64 p. Le P. Serry termine ironiquement son avant-propos par cette réflexion : « Et l’on peut s’assurer de plus que l’Auteur n’est pas un Avanturier qui ait fait ces choses de sa tête et qui courre risque d’être désavoué par ses supérieurs ». Il s'applique à résumer l’essentiel de toute cette dispute De auxiliis et écrit là-dessus, p. 6 : « La grâce efficace que la Société [de Jésus] voulait faire condamner comme une erreur de Calvin proscrite par le concile de Trente fut authentiquement confirmée comme un point de la doctrine de l’Église, défini par les conciles et par les papes contre les pélagiens... et au contraire la science moyenne fut rejetée comme une invention des demi-pélagiens. » Serry reprend tout au long l’histoire du projet de condamnation du molinisme, projet qui aurait été préparé par le pape Paul V. Résumant certains points de son gros livre, Serry prétend qu’en général universités et évêques ont considéré la doctrine des dominicains comme plus satisfaisante que celle des jésuites. Comme l’auteur du libelle avait compté saint François de Sales au nombre des partisans de l’école moliniste, le P. Serry, p. 55-58, cite un long texte de Bossuet contre Fénelon. Aux jésuites, il abandonnerait volontiers saint François de Sales et Monsieur de Cambrai; mais, avec ses confrères
dominicains, il tient à saint Thomas d'Aquin et à Monsieur de Meaux. Selon Serry, p.63, les dominicains ne font pas cause commune avec les jansénistes; mais tout récemment le Parlement avait dû condamner au feu un méchant libelle des jésuites.
En 1700, la première édition du grand ouvrage de Serry paraissait à Louvain sous le nom d'Augustin Le Blanc, pseudonyme dont le prénom sentait la bataille janséniste. L'ouvrage était intitulé Historia congregalionum De auxiliis divinæ graliæ. Il comportait dans cette première édition quatre parties. La première relatait les diverses discussions qui, en Belgique d’abord et bientôt en Espagne, avaient fait envisager, vers 1597, l’idée d’une congrégation appelée De auxiliis à Rome. La seconde partie racontait ce qui s'était passé aux premières sessions jusqu’en 1602. Le 1. III expliquait les débats qui se déroulèrent jusqu’en 1605 devant Clément VIII et ses cardinaux. Le 1. IV exposait les dernières sessions et ce qui s'était passé sous Paul V. On disait naturellement pis que pendre de l'inspiration du P. Serry. On racontait que l’ouvrage avait été « imprimé par les soins de Quesnel ». Cf, Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le Xvrrre siècle, t. τν, 2e édit., p. 167. Des anonymes, partisans des jésuites, publièrent deux brochures : Questions importantes, ete.,et Errala de l’'Hisloire des congrégations De auxiliis. Le P. Serry répliqua par deux opuscules : L’Hisloire des congrégations De auxiliis justifiée..., 1702, et Le correcteur corrigé, Namur, 1704. Un inconnu qui prit le nom de Charles Gaspard Metzenc et qui se disait syndic de l’université de Trèves, essaya de soulever cette université contre le P. Serry en déclarant que le dominicain avait maltraité les théologiens de Trèves.
Les adversaires du P. Serry le mirent bientôt dans une situation encore plus difficile. Ils firent publier sous le nom de Théodore Éleuthère, pseudonyme du P. Liévin de Meyer, une histoire des congrégations De auxiliis à Anvers, en 1705. Voir ici, t. x, col. 1632. Ce fut pour combattre toute cette opposition et en particulier Théodore Éleuthère, lequel attaquait avec beaucoup d’érudition, que le P. Serry publia à Anvers en 1709 une nouvelle édition de son Historia congregationum De auxiliis, augmentée d’un cinquième livre et comportant de nombreux appendices. C’est l’édition définitive du monumental ouvrage. C’est elle qu’il faut consulter pour connaître, au terme des débats soulevés par la première édition, toute la pensée et toute la science historique de Serry. Cette fois-ci, le P. Serry a signé son livre dont le titre exact devient : Historia congregalionum De auxiliis divinæ graliæ sub summis pontificibus Clemente VIII et Paulo V in quatuor libros distribula et sub ascititio nomine Augustini Le Blanc Lovanii primum publicala : nune autem magna rerum accessione aucla; inserlisque passim pro re nala, adversus nuperos oppugnatores, vindicationibus, asserta, defensa, illustrata. Cui præterea accedit liber quintus, superiorum librorum A pologetlicus, adversus Theodori Eleutherii eodem de argumento Pseudo-Historiam. Aucltore et defensore F. Jacobo Hyacintho Serry, ord. Præd. doclore Sorbonico, et in Serenissimæ Reipublicæ Venelæ Academia Palavina theologo primario. Après une centaine de pages de préface et de tables, l'ouvrage comporte 924 colonnes pour les cinq livres et 432 colonnes pour les appendices, en deux paginations distinctes. Les principales divisions du volume sont précédées de vignettes d’une inspiration et d’une exécution à la fois fine et naïve. Ce sont des scènes religieuses agrémentées de sentences qui illustrent fort bien les thèses chères à Serry : Sine me nihil poleslis facere.… Qui spirilu Dei aguntur ii sunt filii Dei... Deus omnis graliæ vocavil nos. Diffusa est in cordibus nostris in laudem gloriæ graliæ suæ... Non ex operibus ul ne quis
SERRY (HYACINTHE)
glorietur.… Ubi vull spirat.. Lex sine gralia littera occidens.. Lex in gralia spiritus vivificans.. Adesto nobis Sancle Spirilus, doce nos quid agamus, quid efjiciamus sperare et junge nos tibi efficaciler solius {πὲ gratiæ dono.. Qui dixerit efficaciam gratiæ pendere a consensu liberi arbitrii errat... Qui dixerit cum hoc dono perseveranliæ non consislere arbitrii creati libertatem errat… Postulat pro nobis gemilibus inenarrabilibus.. Sine tuo: numine nihil est in homine, nihil est innoxium... Da virlulis merilum, da salutis exilum, da perenne gaudium. Le livre V entend prouver que l’histoire d’Éleuthère était un tissu de faux, d'erreurs et de calomnies. La pointe la plus habile d'Éleuthère consistait à trouver des dominicains ennemis de la thèse traditionnel!e de leur ordre. Mais, pour parvenir à ses fins, il dénaturait la pensée d'excellents thomistes, ou bien il évoquait des gens impossibles comme ce P. Joseph de Vita, voir dans Serry, col. 773 sq., qui n'était ni moliniste, ni thomiste dans sa théorie de la grâce. Les autorités dominicaines avaient désapprouvé ce novateur. Éleuthère avait eu tort d’applaudir ce hasardeux qui n’était même pas un moliniste. Cf. Échard, Scriptores δι ordinis prædic., t. 11, p. 671.
En appendice, Serry donne : Joannis Grimani Patriarchæ Aquileiensis Epistola ad vicarium Utinennem circa maleriam de prædestinatione et indirecte de gratia. Excerptum ex libro cui litulus theoremata... « Jacobo Marchisetto... — Libellus supplex R. P. H. B. de la Nuza... — Indiculus locorum omnium L. Moliπέρ... — Canones doctrinæ damnandæ a consulloribus ullimo elaborati, jubente Paulo V...— Idea bullæ jussw Pauli V pontificis maximi meditalæ pro finienda auxtiliorum controversia — De juramento quo academia Salmanticensis δ. Augustini doctrinæ et de S. Thomæ conclusionibus docendis se addixil... — Quæslio…. quæ fuerit mens concilii Tridentini circa gratiam efficacem el scientiam mediam...— Animadversiones in viginti quinque proposiliones P. Ludovici Molinæ, S. J., de concordia liberi arbitrii cum gratiæ donis, auctore R. D. Jacobo Le Bossu... — Theses Jesuitarum : Jesuitarum Remensium... jesuilarum Parisiensium.… jesuilarum Rolomagensium.…. jesuilarum Cadomensium...— Auctarium de peccalo philosophico... — Scriptum R. P. Th. de Lemos Paulo V datum.….
Moréri, dans son Dictionnaire, paraît savoir que les adversaires de Serry se gardèrent pour une fois de riposter. Cependant, la partie n’était pas gagnée complètement par les dominicains. En 1731, un autre dominicain, qui sympathisait beaucoup avec les idées de Serry, René Billuart, s’occupait encore de défendre Serry contre ses adversaires. Billuart écrivit en effet une Apologie du thomisme triomphant contre les neuf lettres anonymes qui ont paru depuis peu. On justifie aussi par occasion l'Histoire des congrégations De auxiliis du P. Serry contre les chicanes de ses adversaires. L'un des personnages les plus désagréables à Billuart dans cette affaire était Stiévenard, chanoine de Cambrai et ancien secrétaire de Fénelon. Une fois de plus, on trouve que le parti de Serry rejoint le parti de Bossuet.
20 Polémiques diverses. — Le P. Serry édila en 1692, in-4°, les œuvres de Melchior Cano. Dès ce premier ouvrage, dans sa préface, il avait commencé à batailler contre les jésuites. Cano avait écrit : Fidelis Deus per quem vocali estis in societalem Filit ejus Jesus Christi, quæ sine dubio socielas, cum Christi Ecclesia sit, qui litulum illum sibi arrogant, ii videant ne hæreticorum more penes se Ecclesiam existere mentiantur. Serry reprend toute cette affaire avec une apparente cour- Loisie où il glisse la plus désagréable érudition.
Serry disputa bientôt contre un mort, Launoy, à qui il attribua en 1702, un ouvrage qui venait de paraître sous le titre de : Véritable tradition de l’Église sur la
prédestination et la grâce... Serry répliqua par un ouvrage latin : D. Augustinus summus prædestinalionis et gratiæ doctor a calumnia vindicatus... On attribua aussi à Serry une lettre latine qui se disait écrite par Monsieur de Launoi dans les Champs-Élysées et qui était adressée au Révérend Père général de la Compagnie de Jésus, pour lui montrer que dans tout son livre à lui, Launoi, on ne trouvait que des copies des ouvrages de jésuites. Un de ces religieux, le P. Gabriel- Daniel fit imprimer cette même année 1709 une lettre au R. P. Antonin Cloche, général des dominicains, touchant le D. Augustinus. et la lettre attribuée au P. Serry. Ce dernier répliqua par une lettre française au P. Daniel. Il s’y libérait d’un reproche d'’hérésie gratuitement porté par son adversaire. Daniel riposta en 1706 par un traité de théologie. Serry voulut avoir le dernier mot par une Schola thomistica vindicata. Mais il y eut encore une lettre de Daniel et une autre de Serry avant que la dispute s’arrêtât.
Serry est encore l’auteur d'un libelle habile et méchant contre les jésuites. Ce libelle est intitulé : Vrai sentiment des jésuites touchant le péché philosophique, Louvain, 1711, in-16, 138 p. L'ouvrage porte en soustitre : « Pour servir de réponse aux deux lettres des jésuites ». Longtemps on s’est demandé si l’ouvrage était bien de Serry. Mais dans un de ses écrits authentiques, Serry lui-même s’en attribue la paternité. Voir article PÉCHÉ, IX, Le péché philosophique, t. ΧΗ, col. 259. On reconnaît aisément dans cet écrit la manière de Serry, vive et directe. L'hérésie du péché philosophique est décrite comme un héritage de Molina. Elle comporte deux erreurs comme définitions : « 1° Que, faute de connaître Dieu, tous les péchés des athées et des infidèles ne sont que des péchés philosophiques; 29 Que faute de se souvenir de Dieu en péchant, les chrétiens corrompus ne font aussi que des péchés philosophiques. » Après Molina, Mæratius et Filliucius auraient ainsi insisté sur l’ignorance invincible concernant certains préceptes de la loi naturelle. Vasquez, Suarez, Sanchez, Lessius, Gourdon auraient eu des sentiments plus mitigés. Mais il faut y joindre les calembredaines de Layman, Conink, Tambourin, Amicus, Escobar, voire celles de Carleton, Th. Raynaud, Bauny, Annat, Oviedo. Par un autre biais, on trouve des sottises complémentaires chez Martinon, de Lugo, Aldrete, de Bugis et de Rhodes qui n’admettent comme coupable devant Dieu et digne des peines éternelles que le péché théologique. « Le professeur de Dijon » n’est donc pas simplement coupable « d’une hypothèse purement métaphysique » comme les jésuites l’écrivent pour le défendre. Ainsi du moins prétend Serry.
De plus en plus excité contre les jésuites, Serry écrivit pour prouver qu’ils toléraient le mahométisme dans l’île de Chio (1711). Il s’en prit plusieurs fois aux « rites chinois ». Il concilia contre les jésuites Augustin et Thomas : Divus Augustinus divo Thomæ conciliatus. Il ne voulut même pas que les jésuites pussent considérer un thomiste indépendant du xvie siècle, Ambroise Catharin, comme moins traditionaliste que les autres et il écrivit Ambrosii Catharini vindiciæ de necessaria in perficiendis sacramentis inlentlione, Padoue, 1727; Paris, 1728; Padoue, 1730.
3° Prolestation contre des abus dans la piété mariale. — En ce qui concerne la piété mariale, Serry s’est fait l'écho des plaintes contre certains abus, plaintes rendues célèbres par les Avis salutaires de la B. V. Marie à ses dévots indiscrets. Cet opuscule bien connu, d’inspiration à demi-janséniste, quelque peu frondeur plutôt qu'hétérodoxe, dû à la plume de l’avocat théologien Adam Widenfeld, avait paru en 1673 et avait été mis à l’{ndex dès 1674. Mais il se rencontrait une part de vérité dans les critiques de l’âpre et malveillant censeur de certaines dévotions mariales. Aussi,
SERRY (HYACINTHE)
en 1719, un ouvrage assez considérable de Serry devait reprendre la question. Voir P. Hofer, La dévolion à Marie au déclin du XVvrre siècle. Aulour du jansénisme et des Avis salutaires de la B. V. Marie à ses dévots indiscrets, Paris, 1938. Serry n'obtint pas sans peine la permission d'écrire un livre sur ces sujets où il était obligé de dire, parlant de certaines pseudo-traditions : « Rapporter ces légendes, c’est les réfuter ». En 1718, il avait eu à ce propos une difficulté d’imprimatur et il avait dû se justifier auprès du maître général de son ordre. Voir sa lettre dans Scriptores δ. ordinis prædic., supplementum, fasc. ὃ, 1914, édit. Coulon, p. 633-634. Serry écrivait : « 19 Je ne mets pas en doute l’assomption corporelle de la Vierge; au contraire je la soutiens positivement par cette proposition que je prouve fort au long : Virginis in cælum assumplio corporea pie ac religiose tleneri potest ac eliam debet. Je vais même plus loin en faveur de l’assomption corporelle que saint Thomas n’a été, car au lieu qu'il dit seulement probabililer affirmare possumus, je dis que possumus ac etiam debemus. 11 est vrai que j'ajoute... {anquam catholicæ fidei caput credi non potest… L'Église ne saurait même la définir, puisqu’on n’a sur cela ni l’Écriture sainte, ni la Tradition sans quoi on ne peut établir aucun article de foi... mais comme quelque chose de très probable, de très précieux et de très religieux.— 2° Je ne nie point la présentation de la Vierge au Temple, au contraire... Mais je combats seulement diverses fables que les nouveaux Grecs ont inventé à ce sujet... — 3° Quant au bœuf et à l’âne que les peintres ont coutume de mettre à l’étable de Jésus-Christ naissant, j'avoue que je traite cela de fable et je crois prouver plus clair que le jour que c’est une pure fiction, fabriquée sur une fausse interprétation de l’endroit d’Isaïe : Cognovit bos possessorem suum et asinus præsepe Domini sui... Mais après tout, quand je ne serais pas aussi fondé en preuves pour soutenir ce sentiment, qu'y a-t-il là qui puisse le moins du monde intéresser la piété chrétienne? Car s’il est de la piété de croire que Jésus-Christ est né dans une espèce d’étable pour nous donner cet exemple d’humilité, ce n’est pas moins une étable lorsqu'il n’y a ni âne, ni bœuf, pourvu que le lieu où il est né fût destiné à recevoir ces animaux comme je l'avoue. Cependant, je suis fort docile : je couperai s’il le faut ce que j'ai dit là-dessus et je ferai si l’on veut, réparation d'honneur à l’âne et au bœuf de les avoir chassés de l’étable de Jésu;-Christ.» Le livre du P. Serry s’intitulait : Exercilationes hisloricæ, crilicæ, polemicæ de Chrislo ejusque Virgine Matre, Venise, 1719.
4° Le gallicanisme de Serry. — Le P. Serry semble avoir vécu en parfaite entente de sentiments avec ses confrères Massoulié et Cloche, bref avec un groupe de dominicains beaucoup plus rapprochés de Bossuet que de Fénelon et de Piny. Le grand maître de Serry, pendant sa jeunesse studieuse à Paris, était Noël Alexandre. Serry avait rédigé à la louange de ce maître aimé un très élégant poème : Carmen eucharisticum in laudem R. P. Natalis Alexandri magistri sui. (Voir Échard, Scriplores S, ordinis prædic., t. 11, p. 809.) Lorsque la première édition de la grande Histoire de l'Église de Noël Alexandre fut condamnée, en 1690, maître Cloche fit venir à Rome le jeune P. Serry « pour disposer toutes choses » en vue d’une seconde édition amendée, qui ne devait paraître qu’en 1699. Le P. Serry semble avoir eu, dès ce moment, la réputation d’un gallican habile et modéré, plus habile et plus modéré que son maître Noël Alexandre à qui cette habileté et cette modération venaient en aide. Telle était du moins l’opinion du maître général Cloche, car il ne semble point qu’à cette date le gouvernement de Louis XIV ait beaucoup apprécié le petit groupe de religieux auquel était attaché le P. Serry, Comme
pour d’autres, son séjour à Rome a pu avoir certains motifs qu'il serait intéressant d’élucider. Voir Florand dans sa préface des Médilations de Massoulié. Beaucoup plus tard, en 1732, dans le climat de la bulle Unigenitus et non plus dans le climat de la Déclaration de 1682, le P. Serry devait publier à Padoue un in-8° de 295 pages intitulé : De Romano Pontifice in ferendo de fide moribusque judicio falli et fallere nescio eodemque conciliis œcumenicis auctoritale, potestale, juridictione Superiori, dissertatio duplex. Accedil appendix de mente Ecclesiæ gallicanæ et Academiæ Parisiensis, circa duo illa Sedis Apostolicæ privilegia. Par certains endroits de ce livre, on a l’impression que le P. Serrv est devenu ultramontain. Mais il ne se fait pas faute d’étaler toutes les bévues touchant à la doctrine que les plus mauvais polémistes ont reprochées à des papes. On s'aperçoit aussi à la lecture que la supériorité accordée au pape sur le concile n’est pas particulièrement expliquée par l’auteur. Serry reste bien le gallican modéré qu'il avait été dans sa jeunesse. Sa modération a pu tromper certaines personnes et lui donner l’apparence d’un ultramontain. A la suite de Fleury, l'historien de l’Assemblée du clergé de France en 1682, Ch. Gérin note surtout que Serry met en évidence la lettre par laquelle Louis XIV avait annoncé la cessation de l’édit de 1682. Gérin écrit à ce sujet, p. 499 : « Cette lettre ne cessa d’être invoquée par les écrivains italiens tels que le dominicain Serri, dans son livre De romano pontifice. » Le Saint-Siège ne s’y laissa pas prendre. Et le Saint-Office, par décret du 14 janvier 1733, condamna l'ouvrage tendancieux. Déjà un décret du 11 mars 1722 avait
fait le même sort aux Exercilaliones historicæ... de Chrislo ejusque virgine Matre. Avant de mourir,
Serry devait encore voir condamner un autre de ses livres, sa Theologia supplex, publiée en français, en même temps qu'en latin, la même année 1726 sous l'anonymat : La théologie suppliante aux pieds du souverain pontife pour lui demander l'intelligence et l'explication de la bulle Unigenitus. Son cœur de gallican antijésuite avait été atteint par la publication de la bulle. Il environna ces grands écrits de quelques libelles supplémentaires; et, une fois la condamnation portée le 14 janvier 1737 contre sa Théologie suppliante, il put mesurer que &’était bien une réprobation de ses tendances que le Saint-Office avait prononcée. Tout jeune, il avait été nommé consulteur de ce Saint-Oflice qui devait maintenant sévir contre lui. L'Histoire de la congrégation De auxiliis n’est pas condamnée.
Serry ἃ encore composé un ouvrage Monachatus D. Thomæ Aquinatis apud Cassinenses antequam ad dominicanum prædicalorum ordinem se transferret historica dissertatio, Lyon, 1724, in-8°, A vouloir faire ainsi du jeune Thomas d'Aquin un moine bénédictin du Mont-Ca;sin, il s’attira des protestations, notamment de la part de l'historien de saint Thomas, Touron, en 1737. Mais on ne finirait pas si l’on voulait suivre Serry dans toutes ses polémiques et dans tous ses opuscules. IIS ont été recueillis un peu vaille que vaille, dans les six volumes de l'édition de Venise en 1745-1746, qui d'ailliurs est fautive. Seize ans plus tard, le P. Richard et ses collaborateurs du Dictionnaire universel dogmatique… des sciences ecclésiastiques se plaignaient que « les éditeurs aient retranché ce qui n'était pas de leur goût et y aient substitué çà et là ce qui leur paraissait le plus convenable », Le P, Coulon, continuateur d'Échard, Scriptores S. ordinis prædic., supplementum, fase. 8, 1914, a consacré aux écrits de Serry une étude bibliographique excellente où l’on pourra se reporter, p. 617-639,
M.-M. Gonce.
SERVASANCTUS DE FAENZA, frère mineur italien du xx siècle, appelé encore Servasan par Barthélemy de Pise, De conformilate, dans Analecla francise., t. 1V, 1906, p. 341; Servasius Tuscus, par Marianus de Florence, Compendium chronicarum O0. M.,
SERRY (HYACINTHE) — SERVASANCTUS DE
FAENZA 1964 Quaracchi, 1911, p. 88; Serva Sanclus, par Antoine de Terrinca, Theatrum etrusco-minorilicum, Florence, 1682, p. 212, et par Jean de Saint-Antoine, Biblioth. univ. francisce.,t. 111, Madrid, 1733, p. 88: Servasantius, par A. de Witte, Genealogia amplissima S. Francisci, Bruxelles, 1627, p. 66, Servalius, Gervasius. — Jusqu'à ces dernières années, sur la foi du témoignage de Barthélemy de Pise, on croyait Servasanctus d’origine toscane et de la province de Toscane; B. Kruitwagen a émis l’opinion qu’il est né probablement à Faënza ou aux environs et appartient à la province des frères mineurs de Bologne. Voir De Summa de pænilentia van fr. Servasanctus (c. 1300), dans Neerlandia francise., t. 11, 1919, p. 61 et 64. Cette probabilité est devenue certitude par un témoignage direct, trouvé par W. Seton dans un ms. du De conformitate de Barthélemy de Pise, lui appartenant. Voir W. Seton, Two manuscripts of L'artholomew of Pisa’s De conformitate, dans Arch. franc. hist., t. XV1, 1923, p. 197. Π en résulterait que Servasanctus est originaire d’Oriolo, près de Faënza. Voir L. Oliger, Servasanto da Faenza, O. F. M., dans Miscellanea Fr. Ehrle, t. ας Rome, 1924, p. 178. Ce dernier auteur, 0p. cit., p. 179-180, prouve aussi que Servasanctus est entré dans l’ordre des mineurs dans la province de Bologne, qu'il fit ses études et qu’il a reçu tous les ordres sacrés à Bologne, entre 1244 et 1260. Π n’est pas prouvé qu'il soit allé à Paris et y ait pris un grade, ni qu'il ait exercé dans l’ordre les charges de lecteur ou de professeur. De son Liber de virtutibus et viliis, il résulte qu’il prêcha en plusieurs villes de l'Italie, surtout en Toscane et spécialement à Florence, où il doit avoir habité pendant la plus grande partie de sa vie et où probablement il est mort vers
Jusqu'à J.-H. Sbaralea, la plus grande ignorance existait sur les écrits de Servasanctus ; on ne citait que sa Summa de virlutibus el viliis et sa Summa de pænitentia. Sbaralea y ajouta le Liber de exemplis naturalibus et trois recueils de sermons. Mais c’est surtout ces dernières années que la lumière s’est faite autour des ouvrages de Servasanctus, qui, d’après l’ordre chronologique, peuvent se distribuer comme suit : Summa ou Liber de exemplis naturalibus, conservée en de nombreux mss dont on trouvera l’énumération dans L. Oliger, art. cil., p. 156-161 et M. Grabmann, Der Liber de exemplis naturalibus des Franziskanertheologen Servasanctus, dans Franzisk. Sludien, t. vit, 1920, p. 92- 113. Ajouter le ms. 7, 4. 15 de la bibl. Columbina de Séville; cf. A. Lépez, dans Arch. ib.-amer., t. XXXVI, 1933, p.477.
Cet ouvrage est divisé en trois livres : 1. De articulis fidei en 21 chapitres. — 2. De sacramentis Ecclesiæ en 17 chapitres. — 3. De virlulibus sive donis et vitiis illis contrariis en 92 chapitres. Le prologue débute : Cum solus in cella sederem el aliqua de catholica fide mente revolverem, cogilare mecum tacitus cepi; le texte luimême commence : Occurril ilaque primo disculere utrum sit necesse ponere Deum esse, et termine : hoc opusculum sum aggressus. Le prologue et la table des chapitres ont été édités par M. Grabmann, art. cil., p. 95-101 et 108-190. Le Liber de exemplis naturalibus était l'ouvrage le plus répandu de Servasanctus, d’après la tradition manuscrite. Il constitue un recueil de récits de tout genre, de miracles, de visions, de faits historiques, de légendes, d'anecdotes, οἵοις, compilé par Servasanctus.
Le deuxième grand ouvrage de Servasanclus est sa Summa de pænitentia, conservé en des mss de Munich, de Padoue, de Florence, etc., et dont on trouvera la description dans M. Grabmann, art. cil., p. 87-89 et 113-115; L. Oliger, art. cil., p. 153-156 et De duobus novis codicibus fr. Servasancli de Faventia, O. F. M., dans Antonianum, t. 1, 1926, p. 465-466, La Summa de
Joannis Pecham, dans Antlonianum, t. vint,
pænilentia de Servasanctus fut éditée à Louvain, vers 1485, sous le titre : Anfidotarium animæ. Elle est décrite par B. Kruitwagen, art. cit., p. 55-61, mais surtout dans Das Antidotarium animæ von fr. Servasanctus, Ὁ. F. M., dans Wiegendrucke und Handschriften. Festgabe Konrad Haebler, Leipzig, 1919. p. 80-106. Le prologue de cette Summa débute : Quoniam in libello de exemplis naturalibus a me Scripto dictavi de pænitenlia quædam pauca, le texte commence : Deum esse non solum docet omnis scriptura divina, et termine : ef ideo cum ipso quem gralia concepil, peperit et lactavit per omnia saecula benedicta. Amen dicat omnis crealura. La Summa de pænitlentia, qui est divisée en 17 distinctions, est un supplément au Liber de exemplis naluralibus, comme Servasanctus le dit lui-même dans le prologue : Quoniam in libello de exemplis naturalibus a me scripto diclavi de pænitentia quædam pauca, cum sit ejus materia valde lata, prædicationi aptissima el conversioni peccatorum utilissima, sicut cotidiana probant exempla, ideo dignum duxi, Christi Domini juvante me gratia sive polius omnia faciente, illis quæ ibi sunt scripta superaddere ἰδία præsenti tractatulo annotanda. Sed est diligentius attendendum me hic quam plurima replicasse quo ibidem recolo me dixisse, siquidem hac de causa perutili, sicut pulo, quia forte continget aliquos hunce habere tractatulum, qui pervenire nequibunt ad primum. Le but principal de l’auteur n’est pas tant de donner un traité théologique sur la pénitence que de fournir aux prédicateurs de la matière pour des sermons sur la pénitence : sola prædicabilia opusculo huic intendo inserere. Il évite avec grand soin la spéculation philosophique et théologique et les subtilités juridiques, pour s’arrêter de préférence aux textes de la sainte Écriture et des Pères, aux vies des saints et surtout aux légendes, anecdotes, proverbes, fables, exemples et comparaisons, empruntés à l’histoire tant générale que spéciale, surtout de l’ordre franciscain, à la nature, aux astres, aux animaux, de sorte que la Summa de pænitentia appartient au même genre littéraire que le Liber de exemplis naturalibus. Pour la matière traitée dans cette Summa, voir B. Kruitwagen, art. cil., dans Neerlandia francisc., t. 11, 1919, p. 62-66. Α noter un texte important pour la mariologie, qui se lit dans l’épilogue : Semper me in omnibus adjuvante stella clarissima navigantium, directiva cæcorum, illustrativa regia femina ex Davidica stirpe nata, totius mundi domina et regina, Dei mater electa, peccatorum polentissima advocala, mediatrix nostra in omni gralia oblinenda, et ideo cum ipso, quem gratia concepit, peperit et lactavit per omnia sæcula benedicta.
* Le troisième ouvrage important de Servasanctus est la Summa ou le Liber de virtutibus et vitiis; pour les mss, voir L. Oliger, art. cit., p. 151-153; M. Grabmann, art. cit., p. 86-87. V. Doucet, de son côté, émet l’opinion que peut-être les Nofabilia de virtutibus et vitiis, contenus dans le ms. Plut. XVII, sin. 8, fol. 50 vo- 72 τὸς de la Laurentienne à Florence, constituent un extrait du Liber de virtulibus et vitiis de Servasanctus. Voir Notulæ bibliographicæ de quibusdam operibus fr. 1933, p. 314-316. Le prologue de cette Summa débute : Unam petii a Domino hanc requiram, ut inhabilem in domo Domini omnibus diebus vitæ meæ. Eximii prophelarum verba sunt ἰδία vitam appetentis ælernam; le texte : Gratia esl divinum donum, quo secundum 86 lotum perficilur anima... et termine : Ad hoc supplico lectoribus universis juxla sententiam magni Ughonis, ut nullam scientiam vilem leneat, ut a nullo homine discere erubescat et cum scientiam adeplus sil, alios non contempnat et Deum pro bonis omnibus laudans, gratias pro supra diclis omnibus illi reddat, mihi, si qua non bene sunt dicla, simpliciter imputans. Amen. Le prologue, l’épilogue, la table des titres des distinctions
SERVASANCTUS
DE FAENZA 1966 et les textes se rapportant à saint François ont été édités par L. Oliger, art. cil., p. 173-176 et 187-189.
Cette Summa, qui comprend 17 distinctions, sousdivisées en chapitres, et fut composée probablement à Florence entre 1277 et 1285, est un extrait de la Summa de exemplis naturalibus, comme l’auteur le dit lui-même dans son prologue : Sed quia magnum librum de his omnibus feci, imo illuminante me Domino conscripsi, sed a pauperibus fratribus non possil haberi, rogalus ul inde quædam utiliora exciperem, disposui Christo juvante et beatissima ejus matre, αἰ {αἰ communi annuere, Domini me carilale cogente. C’est en définitive 161. III de la Summa de exemplis naluralibus, remanié et développé. Comme les deux ouvrages antérieurs, cette Summa est destinée avant tout aux prédicateurs. D'après L. Oliger, arf. cit., Ὁ. 176, cette Sunmuna constituerait une combinaison des trois genres homilétiques de cette époque, à savoir des Distincliones alphabeticæ, des Summæ exemplorum et des Sermones proprement dits, et l’auteur admet généralement trois sortes d'arguments dans ses démonstrations : l’aucloritas (la sainte Écriture, les Pères et les auteurs profanes), la ratio (philosophie païenne et observations pratiques), l’exemplum emprunté aux genres les plus divers.
A ces trois Summæ il faut ajouter un Mariale, ou Liber de laudibus beatæ Mariæ, qui leur est très probablement postérieur. Pour les mss, voir L. Oliger, art. cit., p. 163-166 et A. Lôpez, Descriptio codicum franciscalium bibliothecæ cathedralis Valentinæ, dans Arch. ib.-amer., t. XXXVI, 1933, p. 177. Le prologue commence : Exordium salulis nostræ, dicit Beda, fratres carissimi, tntenta curemus aure percipere, et le texte : Quomodo lux, id est Spiritus Sanctus vel beala Virgo in nobilitate, speciositate, bonitate præcellit. Capilulum primum. Maria dicitur lux, Hester X11. Judæis nova lux, et termine : ef ila per omnes plateas Jerusalem in ætlernum οἱ ultra cantabimus, alleluya, alleluya, all. Amen. a. a. Cet ouvrage ne constitue pas une collection d'exemples comme les trois précédents, mais appartient plutôt au genre allégorique. L’auteur y applique à la Vierge toutes les qualités de la lumière, du soleil, de la lune, des étoiles, de l’aurore, du jour, du firmament, des nuages, des arbres, des fleuves, etc. et des figures de l’Ancien Testament. La source immédiate du Mariale n’est cependant pas la Summa de exemplis naturalibus, comme le feraient penser toutes les allégories mentionnées, mais le Mariale de saint Albert le Grand, du 1. IV au 1. XII. Voir L. Oliger, art. cil., p. 166.
Comme L. Oliger, art. cil., p. 166-170, l’a prouvé, Servasanctus est encore l’auteur de quatre cycles de sermons : Sermones de proprio sanctorum, qui débutent : Mihi absit gloriari... Narrat Valerius Maximus, édités parmi les œuvres de saint Bonaventure, t. 111, Rome, 1596, p. 237-322; t. x111, Paris, 1868, p. 493- 636; Sermones de communi sanclorum, qui commencent : Suspice cælum... Virgo regia, ou : Species cæli... Per cælum..., édités parmi les Opera omnia de saint Bonaventure, t. 111, Rome, 1596, p. 323-406; t. χιν, Paris, 1868, p. 1-138; Sermones dominicales, qui commencent : Dominus legifer noster ; Sermones de festivitatibus B. M. V., cités par Servasanctus dans le Sermo I de B. M. V., du cycle De communi sanclorum, dans les Opera omnia de saint Bonaventure, t. ΠῚ, Rome, 1596, p. 387 a; t. χιν, Paris, 1868, p. 107 a. Aux deux premiers cycles appartiennent aussi quelques-uns des quinze sermons édités par B. Bonelli, dans 5. Bonaventuræ... operum omnium... supplementum, t. ur, Trente, 1774, p. 611-755. Voir L. Oliger, art. cil., p. 170. Un recueil de sermons, extraits des trois premiers cycles mentionnés, a été traduit en italien par Bono Giamboni de Florence au début du
xIve siècle, sous le titre de Della miseria della umana generatione, édité par F. Tassi, Tratlati morali di Bono Giamboni, Florence, 1836, p. 1-158.
Servasanctus doit avoir composé deux ouvrages non encore retrouvés, que l’on connaît par les citations qu'il en fait dans sa Summa de virtutibus et viliis, à savoir : Dialoqus, traitant, en plusieurs livres, de questions dogmatiques et morales; Summula Monaldina, qui constitue un compendium de la Summa juris canonici du franciscain Monald.
J.-H. Sbaralea, Supplementum ad scriptores O. M., 2° éd., t. 111, Rome, 1936, p. 98-99; B. Kruitwagen, De Summa de pænitentia van fr. Servasanclus (c. 1300), dans Neerlandia francise., t. 11, 1919, p. 56-66; le même, Das Antidotarium animæ von Fr. Servasanctus, ὁ). F. M., dans Wiegendrucke und Handschriften. Festgabe Konrad Haebler, Leipzig, 1919, p. 80-106; L. Oliger, Servasanto da Faenza, O.F. M.,e il suo « Liber de virtutibus et vitiis », dans Miscellanea Fr. Ehrle, t.1, Rome, 1924, p. 148-189; le même. De duobus novis codicibus fr. Servasancti de Faventia, O. F. M., dans Antonianum, t. 1, 1926, p. 465-466; le même, Narrationes duæ fr. Servasanctli de Faventia (T c. 1300) circa vilam antiquorum fratrum Imolæ et in provincia 5, Francisci, dans Antonianum, t. 11, 1927, p. 281-283; M. Grabmann, Der Liber de exemplis naturalibus des Franziskanertheologen Servasanctus, dans Franzisk. Studien, t. ναι, 1920, p. 85-117; F.-M. Delorme, Meditatio pauperis in soliludine, auctore anonymo sæc. XIII, dans Bibl. franc. ascet. Medii Ævi, t. ναι, Quaracchi, 1929, p. xvrr1-x1X; I. Squadrani, Tractalus de luce fr. Bartholomæi de Bononia, dans Antonianum, t. ναι, 1932, p. 215, 225 et 346, où il est dit que la deuxième partie du Tractatus de luce de Barthélemy de Bologne a été repris presque en entier dans la Summa de virtutibus et vitiis de Servasanctus; Fr. Eiximenis, Terç del Crestia, t. 1, ἃ cura dels Pares Marti de Barcelona i Norbert d’Ordal, Barcelone, 1929, p. 13-14, où les éditeurs soutiennent que les art. 1V-xX du Terç del Crestia de François Eiximenis, O. F. M., dépendent étroitement ,entre autres, dela Summa de virtutibus el vitiis de Servasanctus.
A. TEETAERT.
SERVET Michel. Probablement Miguel Serveto y Reves, médecin et théologien dissident du
xvie siècle (1511-1553). — I. Vie. II. Œuvres et doctrine.