‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 5)Chapitre 144 sur 457 · SERVASANCTUS DE FAENZA — SERVET (MICHEL · texte numérisé non relu

SERVASANCTUS DE FAENZA — SERVET (MICHEL

Cependant, en 1532, Servet récidivait en publiant, toujours à Haguenau et sous son nom : Dialogorum de Trinitate libri duo avec un appendice en quatre chapitres intitulé : De justicia regni Christi et de charitate, 48 p., pet. in-8°, Ce n’était qu’une apologie de son premier ouvrage, avec certains adoucissements de pure forme. Il se voit alors repoussé avec colère du monde protestant, prend le nom de Villanovanus, vient à Paris, où il ne fait que passer. D’après Bèze, dans sa vie de Calvin, ce dernier aurait, en 1534, donné rendez-vous dans cette ville au jeune Espagnol, afin de réfuter ses erreurs sur la Trinité. « Mais ledit Servet ne comparut point, quoiqu'on l’attendît longtemps. » Corpus refjormatorum, Opera Calvini, t. XXI, p. 57.

On retrouve Servet à Lyon, en 1535, chez les frères Trechsel, en qualité de correcteur d'imprimerie. 1] passe pour un jeune homme très instruit et de grand mérite. On le charge de publier une nouvelle édition de la Géographie de Ptolémée, qui paraît en effet à Lyon, en 1535, sous ce titre : Claudii Ptolomæi Alexandrini Geographiæ enarrationis libri octo, grand in-fol. avec gravures. Mais Servet était changeant. Il s’éprit de médecine en publiant les ouvrages de Symphorien Chambpier, célèbre docteur, botaniste et astrologue lyonnais du temps. Dès 1537, Servet publie à Paris, chez Simon Collines, un Traité général des sirops, Syruporum universa ratio, avec méthode purgative, où il se déclarait disciple de Galien. 11 habita quelques années Paris, où il eut des démêlés assez vifs avec la faculté de médecine, pour avoir soutenu l’importance capitale de l’astrologie en thérapeutique. Il n’échappa que de justesse au bûcher. Ses études de médecine achevées, non sans orages, Servet se rendit à Charlieu en Forez, pour y exercer son art. Ce serait là qu'il aurait fait connaissance d’un petit groupe d’anabaptistes et aurait accepté d’être rebaptisé par eux. Il devait être cependant assez prudent à l'égard des autorités religieuses, car, après deux ans de séjour à Charlieu (1539-1541), il put se faire admettre au service de l’archevêque de Vienne en Dauphiné, Pierre Paulmier, en qualité de médecin, et il y resta douze ans (1541-1553). C’est au cours de cette période qu'il prépara la publication de son principal ouvrage, dont le titre rappelle l’Institutio de Calvin, qu'il vise à réfuter : Christianismi restitutio. 11 ne devait le publier qu’en 1553. Mais il n’avait pas attendu jusque-là pour en donner quelques aperçus aux novateurs qu'il espérait naïvement gagner à ses idées. II communiqua avec Calvin, secrètement, par l'intermédiaire du libraire lyonnais, Jean Frellon. Nous avons de Calvin une lettre à ce personnage qui indique les impatiences du réformateur génevois, à la lecture des écrits du médecin de Vienne : « Seigneur Jehan, pour ce que vos lettres me furent apportées sur mon partement, je n’eus pas loisir de faire response à ce qui était enclos dedans. Depuis mon retour, au premier loisir que j’ay eu, j’ay bien voulu satisfaire à vostre désir; non pas que j'aye grand espoir de profiter guères envers tel homme, selon que je le νὸν disposé, mais afin d'essayer encore s'il y aura moyen de le réduire, qui sera, quand Dieu aura si bien besongné en luy, qu'il devienne tout aultre. Pour ce qu’il m'avait escrit d’un esperit tant superbe, je luy ay bien voulu rabattre un petit son orgueil, parlant à luy plus durement que ma coustume ne porte, mais je ne l’ay peu faire aultrement, Car je vous asseure qu'il n’y a leçon qui luy soit plus nécessaire que d’apprendre humilité, ce qui luy viendra de l’esperit de Dieu, non d’ailleurs. Mais nous y devons aussi tenir la main. Si Dieu nous faict ceste grâce à luy et à nous, que la presente response luy profite, j'aurav de «πον me réjouir. S'il poursuit d’un tel style comme il a faict maintenant, vous perdrez temps à me plus solliciter à travailler envers ΠΝ, car j'ay d'aultres

affaires qui me pressent de plus près. Et ferois conscience de m'y plus occuper, ne doubtant pas que ce ne fust un Sathan pour me distraire des aultres lectures plus utiles. Et pourtant (par conséquent) je vous prye de vous contenter de ce que j’en ay faict, si vous n’y voyez meilleur ordre. »

Cette lettre, signée Charles d’Espeville, l’un des pseudonymes les plus habituels de Calvin, est datée du 13 février 1546, mais comme l’année finissait alors au 25 mars, il faut entendre 1547 de notre manière actuelle de compter. Le même jour, Calvin écrivait à Farel, en latin, et lui disait : « Servet m’a récemment écrit et il a joint à sa lettre un long volume rempli de ses délires et d’une jactance thrasonique, m’annonçant que je verrais des choses étonnantes et jusqu'ici inouïes. Il déclare qu'il viendra ici, si cela me plaît. Mais je ne veux pas lui donner ma parole (nolo fidem meam interponere), car s’il vient, pourvu que mon autorité puisse prévaloir, je ne souffrirai pas qu'il s’en retourne vivant! » Corpus reformatorum, Opera Calvini, t. VIN, p. 833, lettre à Frellon, et t. x, p. 283, lettre à Farel. Voir aussi Lettres françaises de Calvin, publiées par Jules Bonnet, t. 1, p. 139-141.

Depuis ce temps-là, Servet sut ce qui l’attendait s’il tombait entre les mains de Calvin. Il avait eu du reste avec lui une correspondance étendue, surtout de 1539 à 1541, puisqu'il put joindre à son édition de la Restitutio vingt-trois lettres à Calvin. Il écrivait tristement, en 1548, à Poupin, ministre à Genève : « Par cette troisième lettre, qui sera la dernière, je veux que vous soyez averti de corriger vos idées. Cela vous offense peut-être que je me mêle à cette querelle de Michel et que je désire que vous y soyez mêlé. Je sais avec certitude qu'il me faudra mourir pour cette cause (mihi ob eam rem moriendum esse eerto seio ), mais mon esprit n’en est pas abattu, car le disciple doit être semblable au maître. Adieu et n’attendez plus de lettre de moi. » Dans Opera Calvini, t. vin, p. 750, et t. XII, P. 42. Pendant plusieurs années, on n’entendit plus parler de lui. Et à Genève on put croire qu’il allait se tenir tranquille. 1] n’en était rien. Au début de 1553, parvint à Genève un exemplaire de la Restitutio de Servet, imprimé en grand secret et sans nom d’auteur, à Vienne en Dauphiné, par Balthasar Arnoullet et Guillaume Gueroult.

Or, il y avait alors à Genève, un réfugié lyonnais, nommé Guillaume de Trie, que Calvin avait accueilli avec grande faveur et dont il avait fait son secrétaire. Ce de Trie était en correspondance avec un de ses cousins, resté à Lyon, Claude Arneys, catholique fervent, qui cherchait à le ramener à la foi. De Trie crut se justifier en lui révélant que ce n’était pas à Genève, mais en France que l’on tolérait des blasphèmes contre la foi. puisqu'un ouvrage rempli de blasphèmes comme la Restitutio de Servet avait pu y paraître. Parlant de l’auteur, il déclarait qu’il méritait « bien d’estre bruslé partout où il serait ». Ce n’était pas là une dénonciation proprement dite, mais de Trie ne fut sans doute pas fâché d'apprendre un mois plus tard, en

mars 1553, que sa lettre avait été communiquée aux

autorités ecclésiastiques de Lyon et qu’un procès était intenté contre Servet. Celui-ci essava de se retrancher derrière l’anonymat. Il nia que Villeneuve et Servet fussent une seule et même personne. Une perquisition chez lui resta sans résultat. Il fallut, par Arneys, recourir à de Trie, pour avoir des preuves. Celui-ci s’adressa à Calvin et, le 26 mars, envoya toute une série de lettres de Servet à Calvin, en manuscrit, et en outre deux feuillets de l’Institutio de Calvin, couverts de notes par Servet. Le 31 mars, de Trie expédiait de nouveaux renseignements, sachant qu'ils serviraient au procès de Servet par l’Inquisition. C’est ce qui ἃ fait dire que Calvin avait livré son adversaire à l’In-

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