‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 5)Chapitre 147 sur 457 · SOUS · texte numérisé non relu

SOUS

L'EMPIRE PAIEN 1974 taire que Tertullien estime incompatible avec la profession du christianisme :

Croyez-vous, continue-t-il, qu’on puisse ajouter un serment humain au serment divin? Se donner un autre maître après s'être donnè au Christ? Est-il permis de vivre l'épée au côté alors que le Seigneur déclare que celui qui se servira du glaive périra par le glaive? Et le fils de la paix ira-t-il au combat, lui à qui est interdit même la dispute? Et ferat-il souffrir à d’autres les liens, la prison, la torture, les supplices, lui qui ne venge même pas ses injures? Puis, montera-t-il la garde pour d’autres que pour le Christ, surtout le dimanche, alors qu’il ne peut le faire pour le Christ? Montera-t-il la garde devant ces temples, auxquels il a renoncé? Soupera-t-il dans ces lieux, où l’Apôtre interdit de le faire? Portera-t-il un étendard qui est l’ennemi du Christ? Ayant reçu de Dieu une enseigne va-t-il en demander une autre à César? Se fera-t-il incinérer suivant l’usage des camps, lui à qui la crémation est interdite? Et combien l’on pourrait citer d’autres actes coupables qui ne sont que l’accomplissement du devoir militaire! C. ΧΙ, col. 111-112.

Malgré cette longue énumération d’actes interdits au chrétien que le soldat doit normalement accomplir, Tertullien ne conclut pas à l’incompatibilité absolue du service militaire avec la profession du christianisme. À son avis, le soldat qui embrasse la foi chrétienne doit « ou bien quitter le service comme beaucoup l’ont fait, ou prendre ses mesures pour ne faire contre Dieu aucun acte qui ne soit permis à ceux qui ne sont pas au service militaire, quitte à subir le dernier supplice pour Dieu». C. x11, col. 115 A. Dans le De corona, Tertullien ne dit rien du chrétien qui, de gré ou de force, devient soldat, il n’envisage que le cas du soldat qui devient chrétien. Mais, en déclarant le serment militaire illicite, il indique suffisamment qu’à son avis un chrétien doit éviter d’entrer au service. Devenu plus nettement montaniste, il est bien plus radical dans le De idololatria :

On se demande maintenant si un fidèle peut être soumis au service militaire et si un soldat peut être admis à la foi. Il n’y a pas d’accord possible entre le serment divin et le serment humain, entre l’étendard du Christ et l’étendard du diable, entre le camp de la lumière et le camp des ténèbres. Une âme ne peut se dévouer à deux maîtres, à Dieu et à César. En désarmant Pierre, Jésus a désarmé tous les soldats. Personne chez nous ne peut regarder comme licite un uniforme qui représente des actes illicites. C. x1x, t. 1, col. 767-768.

Ici l’incompatibilité du christianisme et de la profession des armes est absolue et un soldat ne peut être admis au baptême, tandis que dans le De corona, si un chrétien ne peut devenir soldat, un soldat peut embrasser la foi chrétienne pourvu qu'il soit décidé à éviter toute participation à l’idolâtrie et à la violence,

2. Origène. — La mentalité d’Origène est bien difrérente de celle de Tertullien. Néanmoins, pour ce qui concerne la question du service militaire, l’attitude du docteur d'Alexandrie est sensiblement la même que celle du montaniste Tertullien.

Celse avait reproché aux chrétiens de se refuser au service militaire. Bien loin de lui opposer aucun démenti, Origène s’applique à justifier leur attitude. Les prêtres des idoles, remarque-t-il, ne sont pas astreints au service militaire, afin que leurs mains demeurent pures de sang pour l’oblation des sacrifices ; il n’y ἃ aucune raison de refuser aux chrétiens ce qu’on accorde aux prêtres des idoles, car les chrétiens sont des prêtres qui se servent de l’arme de la prière pour combattre les ennemis de l’empereur :

En infligeant une défaite aux démons qui suscitent la guerre et troublent la paix, nous sommes d’un plus grand secours aux empereurs que ceux qui portent le glaive. Plus que personne nous combattons pour l’empereur. Sans doute nous ne combattons pas sous ses ordres, même quand il voudrait nous y contraindre, mais nous combattons pour lui, en formant à part nous un camp de piété, d’où partent

nos prières pour la divinité. Contra Celsum, 1. VIII, n. 73, P. G.,t. xt, col. 1628 B C.

Pour Origène la militia Christi est donc nettement distincte de la militia Cæsaris. Les chrétiens combattent pour l’empereur, mais refusent catégoriquement de le faire sous ses ordres; ils forment une armée à part qui combat en se servant de l’arme de la prière; c'est afin de pouvoir employer cette arme eflicacement qu'ils veulent garder leurs mains pures de sang. Le refus catégorique d’enrôler les chrétiens dans l’armée de César situe Origène plus près du Tertullien radical du De idololatria que du Tertullien relativement modéré du De corona mililis.

3. Lactance. — Nous retrouvons la même intransigeance chez Lactance. Dans le De divinis institutionibus, il s'exprime ainsi :

Il n’est pas permis au juste de porter les armes; sa milice à lui c’est la justice; il ne lui est même pas permis de porter contre quelqu'un une accusation capitale; il importe peu en effet qu'on tue par le fer ou par la parole, car c’est tuer qui est défendu. Il n’y a pas la moindre exception à faire au principe divin; tuer un homme est toujours un acte criminel. De divinis institutionibus, 1. VI,c. xx, P. L.,t. vi, col. 708.

4° Les canons d’Hippolyte. ---- 1. Discipline générale. — Tertullien, Origène et, dans une certaine mesure, Lactance jouissaient d’un grand prestige dans l’Église mais ne sauraient être considérés comme les représentants de l’autorité ecclésiastique. Les canons d’Hippolyte nous font connaître la plus ancienne décision émanant d’une autorité ecclésiastique et concernant le service militaire des chrétiens. Il n’est pas démontré que ces canons soient l’œuvre du célèbre docteur dont ils portent le nom, mais il est admie qu'ils ont des attaches romaines. Rédigés en grec, ils ont été traduits en copte et du copte en arabe. C’est sur la version arabe, la seule qui nous soit parvenue, qu’ils ont été traduits en latin par l’évêque de Spire, Haneberg, en 1870. Le texte est parfois en assez mauvais, état. Sur les canons d’Hippolyte, voir Duchesne, Histoire ancienne de l’Église, t. 1, Paris, 1906, p. 534, note 3 : Hans Achelis, Die Canones Hippolyti, dans Texte und Untersuchungen, t. νι, fase. 4, Leipzig, 1891. La traduction latine de ces canons se trouve aussi dans Duchesne, Origines du culle chrétien, Paris, 4° éd., 1908, p. 530 sq.

Nous donnons ici d’après Achelis ceux de ces canons qui traitent du service militaire :

Can. 71 : Homo qui accepit potestatem occidendi, vel miles, nunquam recipiatur omnino.

Can. 72 : Qui vero, cum essent milites, jussi sunt pugnare, ceterum autem ab omni mala loquela abstinuerunt, neque coronas capitibus imposuerunt, omne signum autem adepti sunt.. (suit une lacune dans le texte).

Can. 74 : Christianus ne fiat propria voluntate miles, nisi sit coactus a duce. Habeat gladium, caveat tamen ne criminis sanguinis effusi fiat reus.

Can. 75 : Si compertum est sanguinem ab eo esse effusum, à participatione mysteriorum abstineat, nisi forte singulari conversione morum cum lacrimis et planctu correctus erit, Attamen ejus donum ne sit fictum, sed cum timore Dei. Ces textes dans Achelis, op. cit., p. 80 sq.; Duchesne, Origines, p. 536.

Il est donc interdit au chrétien d’embrasser volontairement la carrière des armes (can. 74).

Le Règlement ecclésiastique d'Égypte (Ægyptische Kirchenordnung), qui est apparenté aux canons d’Hippolyte, précise « qu’un catéchumène ou un fidèle qui veut être soldat doit être exclu de la communauté chrétienne, car il ἃ méprisé Dieu. » Voir ce texte dans Achelis, op. cil., p. 82. Un chrétien qui a dû devenir soldat pour se soumettre à la loi, peut faire son service (habeat gladium), mais doit éviter de verser le sang

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