SERVITES
p. 374-375; Pasquier, Recherches sur la France, t. VI,€.xXVI1; Discours sur les mœurs et honneurs de M. Servin,1617.(On y lit que Servin appartenait à une famille protestante et qu'il resta protestant en regardant tous les catholiques comme des ligueurs révoltés contre la foi.) La thèse contraire est défendue dans Le tombeau de M. Servin, Paris, 1626, in-8° (il a vécu en bon Français lorsque l'Espagne même a gouverné l'État et comme un vrai champion de la vertu); La justice en deuil de M. Servin, Paris, 1626, in-8°; Ludovici Servini elogium, Paris, 1626, in-8°; Dialogue des morts entre l'avocat général Louis Servin et le P. Coton,s. 1., 1626, in-8°, dialogue assez pittoresque qui est tout rempli d’éloges pour Servin, tandis que le P. Coton doit confesser son hypocrisie
et ses fourberies.
J. CARREYRE.
SERVITES (Ordre des). — I. Origine et développement. II. Les études théologiques dans l’ordre (col. 1984).
I. ORIGINE ET DÉVELOPPEMENT. — 1° Les débuls, jusqu’au X1v® siècle. — Frère Pierre de Todi narre avec beaucoup de clarté et d’exactitude l’origine de l’ordre des servites de Marie, dont il fut général de 1314 à 1345. Il avait d’ailleurs connu à Florence le dernier survivant des sept saints fondateurs, saint Alexis, lequel lui apprit l’histoire des origines. Il en entreprit le récit dans la Legenda de origine ordinis servorum 5. Mariæ, qu’il écrivit en 1318. Il utilisa à cet effet, outre les renseignements que lui avait fournis dès 1295, saint Alexis, les témoignages de quelques vieux religieux et laïques, qui avaient connu personnellement les premiers frères, et particulièrement le plus illustre d’entre eux, saint Philippe Benizi, dont il se proposait d'écrire la vie. Il ne put malheureusement accomplir son projet, car il interrompit sa narration à l’année 1267, année de l’élection de ce saint au généralat.
Cette Legenda nous rapporte que, du temps de saint François et de saint Dominique, vivaient à Florence sept marchands déjà membres d’une vieille confrérie de laïques, dont le but principal était l’assistance des malades et d’autres œuvres de miséricorde. Cette association portait le nom de Confrérie majeure de Sainte-Marie. En 1233, ces sept Florentins se réunirent pour mener la vie commune à Cafaggio, hors les murs de leur ville, en une masure et un oratoire dits « le cimetière des frères mineurs », parce que c’est là que ceux-ci avaient établi leur demeure, au début de leur arrivée à Florence.
La pauvreté, la pénitence, l’austérité de toute la vie, l’apostolat de l’exemple, le culte à Dieu et à la sainte Vierge constituaient les bases de la première association de ces très pieux marchands. Quelques-uns d’entre eux étaient célibataires, d’autres veufs et d’autres même mariés, comme du reste leurs premiers associés. A leur avis, leur association devait prendre place parmi les confréries laïques et probablement devait ressembler à la première institution franciscaine. Il1s n’avaient nullement l'intention d’aller de l’avant, ni même de fonder un ordre nouveau, mais après avoir, avec le conseil de personnes avisées, rédigé des constitutions aptes à pareille fin, ils menaient une vie commune qui leur permettait néanmoins de prendre part aux affaires de la cité.
Leur ferveur cependant, et le désir d’une vie encore plus retirée les poussèrent à s’éloigner de la ville. C’est à dix-huit kilomètres de Florence, au Mont-Senario, sans toutefois abandonner Cafaggio, que, vers 1241, ils commencèrent la vie érémitique qui, pendant plusieurs années, eut la prédominance dans leur institut.
En 1245, saint Pierre Martyr qui se trouvait à Florence et y préchait contre les patarins, les connut et se lia d’amitié avec eux. Il leur donna la règle de Saint-Augustin et l’habit propre qu’ils n’avaient pas encore. Leurs propres constitutions reçurent premièrement l’approbation du très pieux évêque de Florence,
Ardingo (ÿ 1247), ensuite celle du cardinal légat Ranieri Capocci, (Ὁ 1250), qui plaça l’ordre naissant sous l’autorité du Saint-Siège (1247). Ils professaient la plus stricte pauvreté jusqu’à la renonciation à toute propriété, non seulement en privé, mais encore en commun, et même à la faculté de pouvoir recevoir aucune offrande ou legs, sinon en cas de nécessité absolue. Par un acte solennel (1251), ils s’interdirent tous de recourir à l’avenir au Saint-Siège pour modifier ou changer leurs statuts par bulles ou dispenses. En 1254, ils obtinrent même une bulle leur interdisant d’ensevelir des étrangers, ce qui donnait lieu à des gains extraordinaires, et d'admettre dans leurs églises les femmes au culte divin.
L'ordre, en attendant, était en train de se répandre. Outre le Mont-Senario et Cafaggio (actuellement la basilique de la 5. Annunziata de Florence), ils fondèrent, en l’espace de peu d’années, des couvents à Sienne, Lucques, Arezzo, Pistoie, Bologne, Viterbe, et dans presque toutes les villes de la Toscane, de l’Ombrie, et de la Romagne. Au cours de son développement, l’ordre perdit un peu de son caractère érémitique, pour se donner à un apostolat plus fécond. Ce fut surtout sous le généralat de saint Philippe (1267-1285) qu’eut lieu cette impulsion, qu’approuvèrent du reste les souverains pontifes.
Mais après le 115 concile de Lyon (1274), l’ordre passa par bien des épreuves. Le concile, au canon 23, interdisait la fondation d’ordres nouveaux, et supprimait ceux qui avaient surgi après le concile du Latran de 1215, à l’exception de quatre. L'ordre des servites ne se trouvait pas dans le nombre, ce qui le mit dans de très graves difficultés. Il y avait sans doute des canonistes qui estimaient que l'interdiction ne les touchait pas, mais beaucoup d’autres ne l’entendaient pas ainsi. Aussi les évêques, en bien des endroits, se mirent à exercer leur juridiction sur les couvents des servites, comme si ceux-ci avaient été supprimés en réalité. Bien des religieux, découragés, abandonnèrent l’ordre.
Mais la sainteté et la prudence du saint général Philippe Benizi et de son successeur Lothaire eurent raison, avec le temps. Avant tout, ils consultèrent les canonistes les plus estimés de l’époque, tels que Ange de Rome, Salvi de Bologne, Pepo de Sienne, et plus tard, Garcie de Pise, André Gandolfi, Porrine de Casole et beaucoup d’autres, qui donnèrent un avis favorable. Ils introduisirent ensuite la possession de quelques fonds pour l'entretien des religieux. 115 purent ainsi passer pour un ordre non-mendiant. Après l’avènement de Nicolas IV, ils supplièrent celuici de reconnaître les principaux couvents de l’ordre. C’est en 1304, le 11 février, que Benoît XI approuva l’ordre entier. Depuis le décret du concile de Lyon, trente ans s’étaient écoulés. Au xrv® siècle, l’ordre put se répandre. Déjà sous le généralat de fr. Pierre de Todi, il comptait cinq provinces, dont quatre en Italie et une en Allemagne. Il put ainsi déployer son activité qui ressemblait à celle des autres ordres mendiants : vie religieuse, culte divin, prédication et étude; quelques membres d’ailleurs continuaient encore à mener la vie érémitique. L'ordre dès le début de son existence, eut un culte tout à fait spécial envers la sainte Vierge, Mère des douleurs.
29 Congrégation de l’Observance. — Au déclin du XIVe siècle, l’ordre des servites, comme du reste tous les ordres, subit un relâchement notable qui apparut encore plus considérable en comparaison de la simplicité et de l’austérité de ses origines, Un tel relâchement stimula un petit nombre de religieux ayant à leur tête un bachelier de l’université de Paris, frère Pierre de Sienne, à rétablir en 1405 au Mont-Senario une vie plus retirée et plus austère, Leur exemple porta beaucoup d’autres religieux à agir de même, et à instituer