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SERVITES. ÉTUDES THÉOLOGIQUES

la congrégation de l’'Observance, qui se maintint pendant près de deux siècles. Les principaux motifs de cette séparation furent : le désir d’une plus grande pauvreté, le retour définitif au régime d’aliments maigres de l’austérité primitive et la défense de s’adonner aux études profanes. Lors de l’entreprise de cette réforme, de sérieuses difficultés surgirent, soit du côté de ceux qui se disaient conventuels, soit du côté de beaucoup des membres qui exigeaient une séparation complète de l’ordre. Toutefois, le sens de l’union prévalut, et la congrégation, toujours dans une certaine dépendance de l’unique prieur général de l’ordre, fut formellement approuvée en 1434, au chapitre de Césène. Elle se propagea spécialement en Lombardie et en Vénétie, et de son sein sortirent les religieux les plus remarquables de l’ordre aux xve et xvre siècles. Lorsque, en 1572, saint Pie V la réunit à l’ordre, elle comptait environ soixante-dix couvents.

3° Congrégation des ermites du Mont-Senario. — Le Mont-Senario fut toujours pour l’ordre la personnification de l'esprit primitif des sept saints fondateurs. A Ja fin du xvie siècle, après la suppression de la congrégation de l’Observance, s'était fait sentir le désir plus vif de la vie érémitique. Aussi le P. général, Lélius Baglioni, après avoir fait agrandir et reconstruire le couvent, y rétablit en 1593 ce genre de vie avec constitutions et observance appropriées. Il forma ainsi une congrégation sous la dépendance immédiate du Père général, laquelle fut, durant près de deux siècles, une pépinière de religieux exemplaires. Jeûne, végétarisme, clôture, longue psalmodie et travail, étaient les règles fondamentales de la vie de ces ermites, dont le nombre allait en augmentant. Ils se répandirent en d’autres ermitages, tels que ceux du Lazio et de Luni. Ils subsistèrent jusqu’en 1778, quand un ordre du grand-duc de Toscane, Pierre Léopold, frère de Joseph II d'Autriche, peu favorable à leur institution, les obligea à mener la vie conventuelle.

409 Difjusion de l’ordre. — A la fin du xve siècle, l’ordre des servites de Marie, outre son expansion dans toute l'Italie, spécialement au Centre et au Nord, possédait dans le sud et l’ouest de l'Allemagne une province de vingt couvents, une autre dans le midi de la France, et une autre en Espagne méditerranéenne. Au commencement du xvir siècle, il se propagea aussi en Autriche où il eut, et a encore à présent, une province florissante; de là en Bohême et en Hongrie, où il existe toujours. C’est seulement après le milieu du xix° siècle qu’il pénétra en Belgique, en Angleterre et en Amérique du Nord. En 1920, il se rétablit en France. Actuellement il possède une mission en Afrique, une autre à l'intérieur du Brésil, et plusieurs maisons en Argentine et au Chili. Outre les religieux prêtres et les frères lais, furent instituées, avec l’aide particulière de sainte Julienne Falconieri, les religieuses, aussi bien cloîtrées du second ordre, que du tiers-ordre. Elles eurent leurs propres constitutions qu’approuva définitivement Martin V. De même fut fondé le tiers-ordre séculier dont les membres vivaient, comme dans les autres ordres, sous la direction des Pères servites.

II. THÉOLOGIENS ET ÉTUDES THÉOLOGIQUES. — Pour ce qui regarde les études chez les servites du xirIe siècle, on ne constate que peu de chose. Sans doute est-il dit que saint Philippe Benizi était docteur de Padoue, in medicinalibus doclus; toutefois, nous n'avons aucun écrit qui puisse nous faire connaître sa doctrine. D'ailleurs, l’ordre, à ses premiers moments, avait plutôt le caractère érémitique; de plus, et c'est là peut-être la principale cause, les premiers servites se trouvèrent, pour une bonne période, en des conditions si incertaines et si précaires, qu'ils ne purent se donner aux études à loisir, Toutefois, on trouve que

vers la fin du xur° siècle on enseignait la métaphysique d'Avicenne dans le cours du couvent de Bologne, chose qui ne doit pas surprendre si l’on considère que c'est sur cette métaphysique que s'appuient l’augustinisme et le scotisme.

Mais en 1304, à peine les servites furent-ils certains de leur existence, que leur première pensée fut d’envoyer des étudiants à Paris, dans le dessein de prendre leurs grades. L'ordre conserve, en effet, le souvenir du fait que, dès 1304, saint Alexis, le dernier des sept saints fondateurs, ramassait des aumônes pour l’entretien de ces jeunes gens ; au chapitre général de 1318, on fit pour eux un règlement intérieur, après leur avoir acquis une maison où ils demeurèrent pendant presque tout le xrv® siècle. Plus tard, lorsque la faculté de théologie fut instituée à Bologne, puis aux autres universités d'Italie, bon nombre des étudiants de l’ordre s’y inscrivirent, et par le fait même laissèrent presque complètement Paris.

Le meilleur représentant des études théologiques de ce temps-là, dans l’ordre des servites, c'est frère Laurent de Bologne, dit depuis le xve siècle Laurentius Opimus. En 1374, il prit la licence à Paris, devint lecteur de son couvent de Bologne et finalement, en 1387, évêque de Traü, en Dalmatie. Il a laissé un Commentarius in quatuor libros sententiarum imprimé à Venise en 1532. Sa doctrine est conforme aux bonnes traditions de l’École et laisse voir une connaissance approfondie tant des sciences naturelles que des auteurs de son temps, qu’il critique et corrige dans leurs fausses conclusions.

Le système des études théologiques et la méthode ordinaire que les servites suivaient dans leurs couvents au cours du xv° siècle nous sont connus par les décrets du chapitre général de l’an 1494 : In quolibet conventu habeatur unus qui juvenes nostros doceat gramaticam el, ubi propter paupertatem conventus non potest in conventu retineri, detur licentia idoneis ad gramaticam, ut possint extra conventum illam addiscere. Item quod nullus permittatur ad gramaticam nisi prius sciat divinum ofjicium et cantum firmum. Item quod quilibet magister ordinis teneatur educare aliquem juvenem studentem incipiendo a gramatica usque ad alias bonas artes. — Ilem quod in quolibet conventu sit unus qui doceat cantum firmum.— Item quod nullus dans operam logicæ præsumat audire philosophiam nisi per triennium vacaverit logicæ. — Item quod nullus dans operam philosophiæ præsumat audire theologiam, nisi per triennium vacaverit philosophiæ. — Item quod nemo Promoveatur ad baccalaureatum in theologia nisi prius audierit quatuor libros sententiarum vel per triennium studuerit in theologia. — Item quod studentes in qualibet facultate utantur doctoribus ordinis nostri; similiter regentes eorum doctrinam legant, scil., in theologia magistrum Laurentium de Bononia, in philosophia magistrum Urbanum averroistam; in logica magistrum Philippum de Castellatio et logichettam magistri Stephani de Flandria.. — Item quod regentes careant omni subsidio si quotidie non legerint aut disputaverint.

Parmi ces auteurs de l’ordre qui furent choisis comme textes scolaires, Urbain de Bologne est digne d'attention. Il écrivit In Commenta Averroys super librum physicorum Aristotelis interpretatio, imprimé à Venise, 1492 (cf. Graesse, Trésor, t. νι, p. 228); E. Renan s’est mépris sur lui, dans son ouvrage, Averroës el l’averroïsme, et avant lui les Annales de Giani, t. 1, p. 270, en le disant antérieur à Marsile de Padoue. En réalité, Urbain était lecteur à Pérouse en 1396, fut reçu docteur en 1405 à l’université de Bologne, nous le trouvons encore vivant en 1423. Dans son gros volume in-folio, il interprète pas à pas le commentaire d’Averroës sur la physique d’Aristote, avec une argumentation serrée et abondante; mais là où le « Com-

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