‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 5)Chapitre 157 sur 457 · D'ANTIOCHE · texte numérisé non relu

D'ANTIOCHE

VIE 1990 de ses adversaires : on finit par obtenir de lui qu’il quitterait Antioche pour le bien de la paix; et, lorsqu'il en fut sorti, un concile réuni à Laodicée le déposa et l’exila à Pétra. Sévère fut élu : le 6 novembre 512, il fut consacré par les métropolitains de Tarse et de Mabbough, assistés d’une dizaine d’évêques. Il déclara alors accepter l’Hénotique et condamna en même temps le Tome de saint Léon et le concile de Chalcédoiïine.

Dès le début de son épiscopat, Sévère rencontra d’ailleurs de fortes oppositions. Tandis que les monophysites d’extrême-gauche le trouvaient trop modéré, les chalcédoniens et même les hénoticiens modérés, comme Élie de Jérusalem, luireprochaient son attitude hostile à l’égard du concile et du Tome. 1] fallut lutter. Il v eut des émeutes jusqu'aux abords du fameux sanctuaire de saint Siméon le Stylite, où les hommes de Sévère assommèrent trois cent cinquante moines venus de la Syrie seconde pour manifester contre le patriarche : les survivants adressèrent une plainte au pape Hormisdas.

Sur ces entrefaites, le vieil empereur Anastase vint à mourir, 9 juillet 518. Pendant les dernières années de sa vie, il avait à plusieurs reprises amorcé des négociations avec Rome pour le rétablissement de la paix religieuse : preuve manifeste de l’échec de sa politique. Voir l’art. Hormispas, t. vit, col. 162 sq. Rien n’avait pu être conclu; mais son successeur, Justin, qui n’avait pas les mêmes raisons que lui de prendre la défense de l’Hénotique, se montra tout de suite partisan du concile de Chalcédoine. Un de ses premiers soins fut de chercher à s'emparer de Sévère d’Antioche, dont les excitations avaient causé tant de troubles à Constantinople et en Syrie. Il ne put d’ailleurs réaliser ce dessein Sévère s’enfuit d’Antioche et passa en Égypte, où il arriva le 29 septembre 518.

Là, les abris ne lui manquèrent pas. Il s'établit, semble-t-il, au monastère d’Ennaton, et dès lors il dirigea avec une énergie inlassable la résistance au nouveau régime. Sans doute la police le traquait; il était souvent obligé de changer de résidence; mais il se maintenait en communication avec les évêques exilés, avec ses fidèles d'Antioche et ses moines dispersés dans tout l’Orient. Il écrivait sans cesse des écrits de controverse, des lettres; il constituait des dossiers. 11 avait à lutter de toutes parts. Il s’opposait en particulier à Julien d'Halicarnasse, dont les doctrines excessives portaient le trouble dans les esprits. Celui-ci répondait d’ailleurs, et les discussions se prolongeaient sans répit entre aphthartodocètes et phthartolâtres. Cf. R. Draguet, Julien d’Halicarnasse et sa controverse avec Sévère d’Antioche, Louvain, 1924, et ici l’art. JULIEN, t. vins, col. 1934.

Une fois de plus, cependant, les événements parurent tourner en faveur de Sévère. Lorsque, après la mort de Justin (527), son neveu Justinien fut monté sur le trône, les monophysites, appuyés en secret par l’impératrice Théodora, purent croire venue l’heure de la revanche. Sous l'influence de la basilissa, l’évêque de Trébizonde, Anthime, fut choisi pour occuper le siège de Constantinople que venait de Jaisser vacant la mort d’Épiphane (535) : officiellement, il faisait profession d’accepter le concile de Chalcédoine, mais on le savait en secret accord avec les monophysites; il paraissait ainsi offrir toutes garanties aux partisans de Sévère.

Depuis quelque temps déjà, celui-ci était l’objet des sollicitations de l’empereur. On ne se contentait pas de le laisser tranquille dans ses repaires égyptiens. On le pressait d’en sortir et de reparaître publiquement à Constantinople. Vers le temps de l’intronisation d’Anthime, Sévère se laissa persuader et arriva dans la

| capitale. Naturellement, on lui donna le gite au palais

impérial, où il ne tarda pas à être l’objet de l'attention

1991 SEVERE générale. 1] entra en rapports avec Anthime : le patriarche, qui ne tenait pas autrement au concile de Chalcédoine, fut facile à circonvenir. Des lettres officielles, mais secrètes, furent échangées entre Sévère et lui; le patriarche d’Alexandrie, Théodore, entra dans la combinaison. Bientôt, ils se trouvèrent tous trois en relations de communion.

Ce fut sur ces entrefaites que le pape Agapit arriva à Constantinople : il y venait officiellement pour s’occuper des affaires d’Italie; maïs il était impossible qu’il ne s’intéressât pas aussi aux controverses orientales. Dès son arrivée, le patriarche Anthime se hâta de disparaître et le pape accueillit lui-même des requêtes qui réclamaient la prompte expulsion de Sévère et de ses partisans. Sa mort inopinée (22 avril 536) n’empécha pas les événements de suivre leur cours : un synode fut convoqué, qui confirma la déposition d’Anthime et renouvela contre Sévère toutes les condamnations portées naguère contre lui.

Ce fut dès lors la fin. L'empereur Justinien approuva dans un édit solennel, daté du 6 août 536, les sentences prononcées par le concile; il interdit rigoureusement à Sévère et à ses partisans le séjour de la capitale, il proscrivit les livres de Sévère commel’avaient été ceux de Nestorius. Sévère dut obéir à ces ordres : il s’éloigna de Constantinople et regagna ses déserts égyptiens. Il recommença, de là, sa campagne de propagande el communiqua à ses partisans les lettres qu’il avait naguère échangées avec le patriarche Anthime; du moins ces lettres servaient-elles à prouver qu’il n'avait jamais abandonné le bon combat. Sa dernière heure ne tarda pas à sonner : Sévère mourut le 8 février 538 à Xoïs, où ses disciples l'avaient transporté pour le soigner. On l’enterra au monastère de l'Ennaton.

« Sévère demeura en grand renom, en grande vénération dans son parti. Ascète impitoyable à son corps, homme de grande culture, profondément versé dans la littérature biblique, dans celle des Pères et dans le droit canonique; écrivain facile; raisonneur subtil et indéconcertable; ambitieux sans doute, mais préoccupé plutôt du succès de ses idées que de sa propre fortune; caractère implacable; il fut de son vivant et demeura par ses livres la maîtresse colonne du parti monophysite. » L. Duchesne, L'Église au ΚΠ" siècle, p. 99.

11. Écrrrs. —- Sévère d’Antioche a beaucoup écrit au cours de sa longue carrière; mais la plupart de ses ouvrages ont disparu dans leur texte original, et il est vraisemblable que la condamnation portée contre eux par Justinien en a hâté la disparition. Nous en avons encore des fragments d'importance variable, dans les chaînes exégétiques ou dans les florilèges dogmatiques. Cf. Karo et Lietzmann, Catenarum græcarumcataloqus, Gættingue, 1902, p.174: R. Devreesse, art. Chaînes, dans Supplément du Dictionnaire de la Bible, t. τ, col. 1113, 1137, 1144, 1151, 1154, 1156, 1158, 1173, 1181, 1192, 1209, 1223; F. Diekamp, Doctrina Patrum de incarnatione Verbi, Munster, 1907, p. 366. Un certain nombre de ces fragments ont été édités par le cardinal Maï, Scriplorum veterum nova collectio, t. 1x, Rome, 1837, p. 725-741 ; Classici auctores, t. x, Rome, 1838, p. 408-473; Spicilegium romanum, t. x a, Rome, 1844, p. 202-205. Tout cela demanderait à être revu soigneusement et complété. Une homélie, celle qui porte dans le recueil syriaque le n. 77, a été conservée en grec sous le nom de saint Grégoire de Nysse, P. G., t. ΧΙ, col. 627-652, Le texte grec avec les traductions syriaque et francaise est publié par M. A. Kugener et E: Triffaux, ‘dans "PO": NT, fasc/15) Paris,

À défaut du texte grec des œuvres de Sévère, nous possédons encore, pour la plupart d'entre elles, des

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