‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 5)Chapitre 16 sur 457 · SCHRADER (CLÉMENT · texte numérisé non relu

SCHRADER (CLÉMENT

1476), mais ce fut son séjour en Italie, à Bologne surtout (1476-1481), qui lui révéla sa vocation. Il y découvrit le latin classique, Cicéron et Virgile; il y apprit un peu de grec et beaucoup de mythologie; en un mot, il fut gagné par l'ivresse de la Renaissance, de cette Renaissance encore inconnue dans sa lointaine et barbare patrie. Il était venu à Bologne pour étudier, sans grande conviction d’ailleurs, le droit; il s’en retourna pour apporter à ses concitoyens ce qu’il y avait surtout trouvé : l’enthousiasme pour les études classiques dan: le goût de la Renaissance. De retour à Strasbourg en 1481, Schott étudia quelque peu la théologie, surtout celle de Duns Scot, dont il s'était déjà occupé à Paris, et fut ordonné prêtre en 1482. La même année le vit devenir chanoine à la collégiale de Saint-Pierrele-Jeune à Strasbourg. Désormais il va mener une vie retirée. Geiler de Kaysersberg obtint son concours pour l’œuvre de réforme religieuse qu’il avait entreprise à Strasbourg. Mais ce qui occupera surtout le chanoine de Saint-Pierre, ce sont les lettres officielles et les harangues qu’on le charge de rédiger aux grandes occasions, les pièces de vers latins destinées à être chantées par des élèves, tout cela en beau latin tout farci de mythologie païenne. Il travaille aussi à châtier le latin de ses compatriotes et de ses correspondants. A tout prendre, Pierre Schott fut en Alsace le précurseur des grands humanistes du xvi° siècle. Ses œuvres, éditées en 1498, comprennent des lettres, des harangues, des poésies latines, deux petits traités, l’un de morale religieuse, l’autre de prosodie latine.

Charles Schmidt, Zlistoire littéraire de l'Alsace aux X Ve et XVIe siècles, Paris, 1876, 2 vol.

A. RAUGEL.

SCHŒTTL Réginald, frère mineur allemand du xvire siècle. Originaire de Fall, il fut lecteur de philosophie à Landshut et de théologie à Ingolstadt (1689- 1691), ensuite prédicateur à la cathédrale de Freising. En 1689 1] fut élu définiteur, en 1700 prédicateur général et mourut le 13 avril 1704 à Freising. On lui doit Novena Scoti seu compendiosa Ilias, in qua per novem controversias philosophicas scotico-philosophica sententia proponitur, Landshut, 1689, in-12, vrnr-214 p.; Venator scrupulosus seu disputatio theologica de venalione, Ingolstadt, 1692, in-4°, vi-64 p.

B. Lins, Geschichte des ehemaligen Augustiner- und jetzigen unteren Franziskaner-Klosters in Ingolstadt, Ingolstadt, 1920, p. 161-162.

A. TEETAERT.

SCHRADER Clément, jésuite allemand (1820- 1875). — Né à Itzum, petit village du Hanovre, Schrader sentit en lui de bonne heure la vocation ecclésiastique. A vingt ans, il demanda à être reçu au Collège germanique de Rome, où il fit de très brillantes études. Ordonné prêtre en 1846, il entra au mois de mai 1848 dans la Compagnie de Jésus. On était en pleine tourmente révolutionnaire. Le noviciat de la province de Rome, où il avait obtenu son admission, venait de passer en Angleterre. Il l'y rejoignit, mais après quelques mois fut envoyé au noviciat belge de Tronchienne, près de Gand. De là, après un court séjour à Louvain, il put bientôt regagner l'Italie.

En 1850-1851, il se retrouve au Collège germanique en qualité de préfet des études, En 1851-1852, il vient prendre rang au Collège romain, dans un corps professoral qui compte parmi ses membres Taparelli, Tarquini, Curci, Franzelin, Perrone, Liberatore, Passaglia. Il se lie surtout avec ce dernier, son ancien maître, dont il partage les goûts pour la patristique, et aux ouvrages duquel il collabore : De immaculato Deiparæ semper virginis conceptu, Rome, 1854, 3 vol.; De Ecclesia Chrisli, Ratisbonne, 1853-1856, 2 vol. Professeur de théologie, il cherche à unir dans son enseignement la méthode scolastique et l’érudition positive. Il estime qu’un

nr dl. mi hu.

1577 SCHRADER théologien doit pouvoir étudier à ses sources mêmes la tradition chrétienne. Il acquiert dans ce but la connaissance de quelques langues orientales, complément nécessaire, selon lui, du grec et du latin. Petau personnifie assez bien, en somme, son idéal. Avec Passaglia, il entreprend de le rééditer en le mettant au point de la science du jour : Petavii opus de theologicis dogmatibus expolitum et auctum.. tomus primus, Rome, 1857. Mais à peine ce premier volume vient-il de paraître, qu’à la demande du cardinal Rauscher, Schrader est envoyé à Vienne (oct. 1857), pour occuper à l'Université la chaire de théologie dogmatique. Là, durant dix ans, va saillir et s’accentuer de plus en plus un second trait de sa physionomie de théologien : la passion de défendre les prérogatives pontificales et les doctrines romaines, de toutes parts battues en brèche.

Dans cet esprit, parallèlement aux synopses de ses cours annuels, qu’il fait imprimer depuis 1861 sous le titre général de Theses theologicæ (détail dans Sommervogel), il écrit sur les points les plus directement en butte à la critique rationaliste : De unitate romana liber I, διδακτικός. Fribourg, 1862; De triplici ordine naturali, præternaturali et supernaturali, Vienne, 1864; De unitate romana liber II, πραγματιχός, Vienne, 1866; de 1865 à 1867, la série Der Papst und die modernen Ideen, éditée à Vienne et offrant au public, dans son premier fascicule, un recueil des textes pontificaux précurseurs du Syllabus; dans le deuxième, une traduction et une étude de l’encyclique du 8 décembre (Quanta cura) et du Syllabus; dans le troisième, une ample dissertation intitulée Pius IX als Papst und Künig, 1865; puis en 1866, toujours dans la même collection, Die Theologie der Schule oder die Scholastik, ihr Wesen und ihr Werth; enfin en 1868, annexé à la sixième série des Theses theologicæ, un De fide, ütrum ea imperari possil, deque libertate conscientiæ, commenlarius dogmaticus.

On concoit qu’une production théologique de ce caractère et de cette importance, jointe au mérite reconnu de l’auteur, ait constitué un titre au choix du Saint-Siège, lorsqu'il s’agit pour Rome de nommer des commissaires chargés de préparer le futur concile du Vatican. De fait, Schrader est désigné dès septembre 1867 pour faire partie de la commission théologicodogmatique. Cf. Acta et decrela sacrorum conciliorum recentiorum. Collectio Lacensis, t. vit, col. 1052. Il prend part en cette qualité aux travaux du concile. Puis, les années 1871 et 1872 le voient professeur d’Écriture sainte au Collège romain. Mais en automne] 872 il quitte Rome de nouveau, cette fois pour la France.

Depuis quelque temps, en effet, Mgr Pie caressait le projet de faire de son séminaire une faculté de théologie. Ainsi le rôle doctrinal que les événements l’avaient conduit à jouer de sa personne au sein de l'Église de France, serait-il comme perpétué par une institution durable et fixé au siège du grand docteur des Gaules, saint Hilaire. Ayant eu de nombreuses occasions d’apprécier pendant le concile le jugement et la doctrine du P. Schrader, il le demanda, en 1872, comme directeur d’études au supérieur général, lequel ne crut pas devoir refuser, nonobstant les informations peu favorables qu’il recevait de France concernant les chances de succès de l’affaire. Sur la faculté de Poitiers, voir : Mgr Baunard, Histoire du cardinal Pie, t. 11, 1887, p. 487 sq. et 578 <q.; Burnichon, La Compagnie de Jésus en France. Histoire d’un siècle : 1814-1914, t. 1V, 1922, p. 527 sq.; Pii IX acta. Pars prima, t. vir, Rome [s. d.], p. 112 : bref d’érection de la Faculté, 1er octobre 1875.

Peut-être la réputation de cemaître importé de Rome eût-elle aplani peu à peu les difficultés de l’entreprise. Malheureusement, il n’avait plus guère que deux ans à vivre. Deux ans d’un travail intense et fécond, d’ailleurs. Dans la pleine maturité de son talent, il rêvait de

(CLEMENT) 1578 composer un Cours complet de théologie répondant à sa conception personnelle de cette discipline. En conséquence, tout en éditant selon son habitude les thèses objet de son enseignement, Theses theologicæ.. Series VIII : De theologiæ prolegomenis et de angelis; accedit de prædeslinatione commentarius, Poitiers, 1874 (sur cet exposé de la prédestination post prævisa merila, cf. Revue des sciences ecclésiastiques, 1874, t. 11, p. 359- 371 et 497-517), il fit paraître, en 1874 encore, à Poitiers, deux larges traités où il développait la doctrine des thèses, et qui représentaient les premières assises de sa grande théologie : De theologia generatim et De Deo creante. De plus, à la fin de Ja même année il mettait la dernière main à un autre traité fondamental, De theologico leslium fonte deque... traditione commentarius. Mais il devait laisser à un confrère venu le rejoindre de Rome, le P. Aug. Ferretti, le soin de publier cet ultime ouvrage, car, en février 1875, une pleurésie l’emportait âgé à peine de cinquante-cinq ans.

S’il avait eu l’estime et la vénération de l’évêque de Poitiers, comme de bien d’autres, le P. Schrader s'était vu, en revanche, fort maltraité par les publicistes du camp adverse, dont plusieurs, surtout en Allemagne, affectaient de ne voir en lui qu’un spécimen achevé de la théologie ultramontaine. Ainsi Doellinger : cf. Granderath, Histoire du concile du Vatican, trad. fr., t. x, 1907, p. 206, 434 et 79 sq.; ainsi von Schulte, dans Allgemeine deutsche Biographie, t. Xxx1—1, 1891, p. 425- 427. On s’explique en partie la chose quand on feuillette les livres techniques du savant professeur. D’une part, en effet, la présentation et la langue en sont on ne peut plus rebutantes, y faisant comme barrage à la pensée, selon la juste remarque de critiques par ailleurs bienveillants, tel un recenseur anonyme de la revue Der Katholik, 1863, t. 1, p. 102; tel aussi Schecben, dans le Literarischer Handweiser, 1869, p. 334. De sorte que toute la science enfouie dans ces volumes hérissés se trouve fatalement vouée à rester méconnue. D’autre part, il est indéniable que, dans sa hantise du libéralisme, Schrader va parfois à l’extrême opposé. Sa conception de l’infaillibilité pontificale, par exemple, fondue qu’elle est avec l’idée d’une juridiction universelle du pape dans la chrétienté, fait parfaitement comprendre les appréhensions des anti-infaillibilistes du concile du Vatican.

Précisons. Une formule comme celle de ce titre de paragraphe du De unitate romana (t. 11, p. 415) : Supremus christiani juris fons el custos romanus, pourrait, isolée, s'entendre correctement. Mais dans l’orchestration de l’ouvrage elle prend une résonance fâcheuse. Comparer : p. 127-143, 360, 446-452. Au fond, Schrader se représente la société chrétienne à la manière de beaucoup de médiévaux, comme un tout organique, où fonction séculière et fonction spirituelle-pontificale se comportent à peu près dans le même rapport que le corps et l’âme chez l’homme individuel. Un cléricalisme doit logiquement sortir de là. Et peut-on espérer que la logique du théologien sera ici en défaut ?

En octobre 1863, à la suite du discours de Montalembert à Malines, la Civillà cattolica, par la plume, croit-on, du P. Curci, avait proposé comme une solution conciliatrice au problème de la liberté de conscience, la distinction bientôt célèbre de la thèse et de l'hypothèse. Dans l’œuvre du P. Schrader, cette distnction n’a pour ainsi dire pas de place. Elle n'apparaît que dans une note du De theologia (1874), p. 143; et antérieurement, sous une forme équivalente, dans une phrase rapide du De fide utrum imperari ea possit (1868), p. 91. Par contre, en 1865, l’auteur de la brochure Die Encyclica des 8. Decembers 1864 (second fascicule de la série Der Papst und die modernen Ideen) écrivait sans sourciller, p. 33, commentant les propositions 77-79 du Syllabus : « En face de ces propositions, on ne peut plus

dire aujourd’hui, comme on l’a répété tant de fois, qu'il n'existe aucun principe ecclésiastique empêchant un catholique de penser qu'il est des circonstances où l'État ne peut rien faire de mieux que d'accorder une pleine liberté religieuse. » Négation formelle de la doctrine de l'hypothèse. On notera que Schrader s’opposait ici, sans le nommer, à l’évêque de Mayence, Ketteler, dont il reproduisait une déclaration textuelle.

Il n'existe aucun principe ecclésiastique », etc. (Freiheit, Autorilät und Kirche, 1862, p. 155) pour la qualifier d’intenable. Ketteler protesta sans tarder dans son Deutschland nach dem Krieg 1866, Mayence, 1867 (L'Allemagne après la guerre de 1866, trad. Belet, 1867, Ρ. 135), et sa réponse, motivée autant qu'irénique, fut insérée dans le Correspondant du 25 mai 1867, p. 218 sq. A ce moment-là, notre théologien écrit ou prépare sen opuscule De fide utrum imperari ea possil, deque libertale conscientiæ commentarius dogmaticus, qui paraîtra l’année suivante. Or, s’il y accorde quelques lignes à la « tolérance » de l'erreur, il n’en continue pas moins à passer sous silence la distinction pourtant essentielle de la liberté morale et de la liberté civile, persistant à identifier — d'accord, croit-il, avec le Syllabus — Etat libéral et État athée, liberté de conscience et indifrérentisme (voir surtout p. 75-101). Et ce qui aggrave son conflit avec les partisans de l’opinion de Ketteler, c’est qu'il attribue sans hésiter au Syllabus la valeur d’un document définitoire. Zbid., p. 80, note; De unitale romana, t. 11, p. 387; De theologia generalim, p. 136 sq. Comparer Choupin, Valeur des décisions doctrinales, Paris, 1907.

Au demeurant, pas plus chez le P. Schrader que chez les autres théologiens ardents adversaires du libéralisme, cette ardeur combattive n’est commandée par une dureté ou une sécheresse de cœur. C’est son zèle pour les âmes, c’est son dévouement à l’Église du Christ, hors de laquelle il n’y a pas de salut, qui a dicté à l’auteur du De unitate romana ses pages les plus rigoureuses. Dans la notice qu’il lui a consacrée, le P. Ferretti raconte qu’en septembre 1870, lors de l’attaque de Rome par les Piémontais, il obtint de ses supérieurs la permission d’aller sur les remparts, pour assister de son ministère sacerdotal les défenseurs du pape. Avec eux, il tint jusqu’au bout, sous la mitraille, auprès de la Porta Pia. — Ce trait d'histoire est en même temps un symbole. D'un bout à l’autre de sa carrière, le P. Schrader a été, comme il le fut ce jour-là, le prêtre dévoué corps et âme à la cause de l’Église et du pontife romain.

C. von Wurbach, Biographisches Lexicon des Kaiserthums Œsterreich, t. xxx1, 1876, p. 253; Mgr Pie, Lettre à son clergé, 8 avril 1875, dans Œuvres, t. 1X, p. 80; A. Ferretti, S..J., De vita et scriptis R. P. Clementis Schrader, en tète de ΟἹ. Schrader, De theologico testium fonte, Paris, 1878; Sommervogel, Bibl. de La Comp. de Jésus, t. VIx, col. 912 et app. τ; Hurter, Nomenclator, 8° édit., t. v, col. 1527; card. Steinhuber, Geschichte des Collegium Germanicum, t. 11, 1906, p. 511; L'Universilà Gregoriana del Collegio romano nel primo secolo dalla restiluzione (1824-1924), Rome, 1924; L. Koch, Jesuilen-Lexicon, col. 1614.

J. DE BLic.

SCHROERS Henri, théologien et historien allemand (1852-1928), — Schrürs, né à Crefeld dans la Prusse rhénane le 26 novembre 1852, fut un élève de Hergenrôther οἱ des jésuites d’Inspruck. Après son ordination sacerdotale en 1877, il se consacra à l'étude de l’histoire et du droit et fut admis comme Privatdozent à la faculté de théologie de Fribourg-en-Brisgau en 1883. Sa monographie sur Hinemar de Reims, qui parut l’année suivante, lui valut la chaire d'histoire à la faculté de théologie de Bonn. Ses cours étaient très goûtés, non seulement par les étudiants en théologie, mais aussi par ceux des autres facultés. Schrôrs fut recteur de l’Université durant l’année scolaire 1904-1905. Depuis le Kulturkampf, c'était la première fois qu'un

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