SIBYLLINS
(LIVRES) 2032 elle mérite aussi d'attirer l'attention. A en juger par les abondantes citations qu'ont faites des oracles d’origine juive les premiers apologistes, on voit combien leur ἃ paru séduisante l’idée que le monde hellénique et barbare n'avait pas été absolument imperméable à la révélation. Ceci complétait une autre conception qui leur était chère et selon laquelle le meilleur de la sagesse grecque était un emprunt plus ou moins direct aux livres inspirés que possédait le judaïsme. Si donc les Oracles sibyllins n’ont pas fourni d'idées religieuses aux apologistes, du moins ont-ils eu quelque influence sur leurs méthodes et sur leur manière de comprendre le prosélytisme. Ces remarques valent surtout pour Théophile d’Antioche et Clément d'Alexandrie.
Un siècle plus tard, quand les Oracles sibyllins se seront profondément christianisés, Lactance y puisera d’abord une partie fort importante de sa « démonstration chrétienne ». Voir ici art. LACTANCE, t. ΠῚ, Surtout col. 2436-2437; on méconnaîtrait un des aspects essentiels de son apologétique, si on laissait de côté l'argumentation de cet auteur qui prend son point de départ dans les oracles de la Sibylle. Les données proprement théologiques empruntées par lui à cette source sont moins importantes: on ne saurait démontrer que le professeur de Nicomédie doive aux Oracles sibyllins les vues si contestables de son angélologie. Mais l’eschatologie est chez lui en dépendance fort étroite de ce recueil, où l’on a vu qu'elle occupait une place si considérable. Tout autant faut-il en dire de Commodien. Somme toute, c'est surtout comme prophétesse du dernier jugement que la Sibylle ἃ gardé quelque place dans la tradition théologique et surtout dans l'imagination populaire. Si, au plafond de la chapelle Sixtine, les diverses sibylles figurent encore dans le voisinage des prophètes de l’Ancien Testament, on ne saurait dire que la théologie de l’École leur ait accordé une attention considérable. Ce que nos scolastiques en savent, c’est à peu près exclusivement ce que leur a transmis saint Augustin. Cf. S. Thomas, Sum, theol., 115-115, 4. 11, à. 7, ad 3un,
I. TEXTE ET TRADUCTIONS. — 1° L'editio princeps a été donnée en 1545 par Xystus Betuleius (Sixtus Birken), à Bâle : Σιδυλλιακῶν χρησμῶν λόγοι 027%; c'est seulement en 1828 que A. Maï publie les livres XI-XIV, dans Scriplorum velerum nova collectio, t. ταὶ, 3° part. L'édition monumentale de Ch. Alexandre donne en 1841 le prologue et les 1. I-VIII; en 1853 les 1. XI-XIV;: en 1856 les Excursus et les Index; il convient toujours de s’y référer, sa traduction métrique en latin, ses commentaires abondants, ses études de points particuliers en font un ouvrage unique, L'édition donnée par Aloïse Rzach, Νρησμοὶ Σιδυλλιαχοί, Vienne, 1891, a le mérite de la brièveté. On utilise de préférence aujourd’hui l'édition de 14 Geffcken, Die Oracula Sibyllina, Leipzig, 1902.
20 Traductions. — Latine, dans l’édit, Alexandre; — française des 1. I-III par Bouché-Leclercq, dans Revue de l'hist. des religions, t. ναι, 1883, p. 236 sq., t. vit, 1883, p. 619 sq.; t. 1X, 1884, p. 220-233; — anglaise des textes spécifiquement juifs, 1. III-V, dans Charles, The Apocrypha und Pseudepigrapha of the Ὁ. Τὶ ται, p. 368-406; des textes chrétiens dans M.-R. James, The apocryphal New Testament, Oxford, 1924; -— allemande, parties plus spécialement juives dans E. Kautzsch, Die Pseudepigraphen des A.T., 1900, p. 177-217; parties chrétiennes dans E. Hennecke, Neutestamentliche Apokryphen, éd. de 1904, p. 318-345 (commentaire dans le {andbuch zu den N. Tlichen Apokr., 1904, Ῥ. 339-350); nouv. éd. 1924, assez différente, p. 399-421.
11, TRAVAUX. — Se reporter pour plus de détail au Supplément du Dictionn. de la Bible, τ. 1x, 1928, col. 428 et col. 533. — Les ouvrages essentiels, outre C. Alexandre, sont ceux de F. Geffcken, Komposition und Entstehungszeit der Oracula Sibyllina, dans Texte und Untersuchungen, t. XXII, fase. 1, Leipzig, 1902, et Bousset, art. Sibyllen, dans Protest. Realencyclopädie, τ. xvir1, 1906, p. 265-280; voir aussi les introductions des éditions de textes de Kautzsch et Hennecke. ἢ
ΕΒ. AMANN.