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APOLLINAIRE

sions à Claudien, à Stace, à Virgile. Mais, lorsqu'on ἃ fait la part de tout ce qu'il y a de scolaire dans ses vers, il faut bien reconnaître que la technique ne suffit pas à en expliquer le charme. Sidoine Apollinaire n’est pas un grand poète assurément. Il est cependant plus qu'un versificateur, et pour l’apprécier à sa juste valeur, il n’est que de le comparer à Venance Fortunat : l’évêque de Clermont est infiniment supérieur à celui de Poitiers.

Plus importantes sont les lettres de Sidoine. Lorsque celui-ci fut élevé à l’épiscopat, il renonça à la poésie, craignant, disait-il, que la réputation du poète ne souillât en quelque chose la rigidité du prêtre. Mais il continua à écrire à ses nombreux correspondants, et il lui arriva même, à plus d’une reprise, de mélanger sa prose de quelques morceaux en vers, comme s’il avait voulu prouver que son talent demeurait intact. Ces lettres, recueillies à la prière des destinataires euxmêmes, forment neuf livres, comme nous l’avons dit, publiés successivement vers 469, 472, 474-475 (1. V-VII), 476 (1. VIII), 479 (1. IX). Il ne faut pas chercher dans les lettres de Sidoine, même dans celles qui sont postérieures à l’épiscopat, l’expression des croyances ou des doctrines théologiques de l’auteur. L’évèque de Clermont n’est ni un prédicateur, ni un théologien, ni un moraliste. Il reste avant tout un honnête homme. Aussi l’intérêt fondamental de sa correspondance est-il de nous faire connaître la période où elle a été écrite. « Sans les lettres et les poèmes de Sidoine, l’histoire politique et sociale de la Gaule, à cette époque, serait pour nous presque vide de faits. » Ajoutons qu'il en serait de même de l’histoire littéraire : sans doute faut-il se garder ici de prendre à la lettre tous les éloges que Sidoine adresse à ses correspondants. A l’en croire, il semblerait que la Gaule de son temps fût peuplée d’orateurs, d’historiens, de poètes, de dramaturges, etc. La réalité est bien plus modeste. Cependant, grâce à Sidoine, nous connaissons un certain nombre d'hommes instruits et distingués qui vivaient de son temps, et cela est bien quelque chose.

Les lettres de Sidoine Apollinaire nous parlent encore de quelques écrits qu’il avait rédigés ou qu’il avait en projet, mais dont nous ne savons rien de précis. D’abord une traduction latine de la vie d’Apollonius de Tyane, par Philostrate, traduction qui n’était pas de lui, semble-t-il, mais qu’il aurait revue et améliorée. Epist., VIII, 111, 1. Puis des contestaliunculæ, qu'il avait envoyées à l’évêque Mégéthius, Epist., VIT, III, À : nous ignorons ce que désigne au juste cette expression. On a pensé autrefois à. des préfaces liturgiques, en se souvenant du sens qu’a parfois le mot contestatio, et aussi de l'affirmation de saint Grégoire de Tours qui parle d’un livre constitué par lui de missis ab eo (Sidonio) composilis : si ces missæ sont des textes destinés à être lus au cours de la messe, il sera naturel, en effet, d'entendre ces conlestatiunculæ comme désignant des préfaces. Cependant on a pensé aussi qu’il s'agissait de sermons et nous savons, en effet, que Sidoine avait envoyé à l’archevêque Perpétue de Tours un sermon qu’il avait prononcé à Bourges. Epist., VII, 1x, 1. Il est difficile, entre les deux hypothèses, de se prononcer. Enfin, Sidoine fait part, dans sa dernière lettre, Epist., IX, Xvr, du projet qu’il a conçu d’écrire des hymnes en l’honneur des martyrs, à commencer par saint Saturnin de Toulouse. Il est probable que ce projet n’a pas été mis à exécution.

Les œuvres de Sidoine Apollinaire ont été éditées par Sirmond, Paris, 1614; c’est cette édition que reproduit P. L., t. Lvrr. Une édition beaucoup meilleure a été préparée par Chr. Luetjohann, Gaïi Solii Apollinaris Sidonii epistolæ el carmina, dans Mon, Germ. hist., Auct. antiquiss., t. Vin,

2035 SIDOINE APOLLINAIRE — Berlin, 1897. Une édition nouvelle a été publiée par P. Mohr, dans la Bibliotheca Teubneriana, Leipzig, 1895.

Paul Allard, Saint Sidoine Apollinaire et son temps, Paris, 1910; Ε΄ Grupe, Zur Sprache des Apollinaris Sidonius, Saverne, 1892; E. Geisler, De Apollinaris Sidonii studiis, Breslau, 1885; M. Schuster, De G. Solii Apollinaris Sidonii imilationibus studiisque horatianis, Mäh isch-Ostrau, 1906; H. Légier-Desgranges, Les Apollinaires, Paris, 1937; P. Henry, Plotin et l'Occident, Louvain, 1934; Hamish Rutherford, Sidonius Apollinaris, Étude d'une figure galloromaine du Ve siècle, Clermont-Ferrand, 1938.

G. BARDY.

SIGAUD DE LAFOND Jean-René, savant et apologiste français, né à Dijon en 1740, mort à Bourges en 1810. — Célèbre chirurgien, il composa de très nombreux livres de médecine et de physique, et fut nommé membre de l’Institut en 1796. Il ἃ écrit l'École du bonheur, ou Tableau des vertus sociales, Paris, 1782, 1 vol. in-12, réédité en 2 vol. in-12 en 1802. Il faut surtout signaler ici ses deux ouvrages apologétiques : 1. La religion défendue contre l’incrédulilé du siècle, contenant un Précis de l’histoire sainte, Paris, 1785, 6 vol. in-12. L’auteur y relate les événements de l’histoire du monde en suivant le récit de la Bible, et réfute au fur et à mesure les objections « que les incrédules modernes opposent hardiment et qu’ils rajeunissent à leur manière ». Préface, p. x. L'ouvrage auquel il est fait le plus souvent allusion est celui de Voltaire, publié à Londres en 1777 sous le titre : La Bible enfin expliquée par plusieurs aumôniers de S. M. L. R. D. P. Sigaud de Lafond répond aux adversaires du christianisme en un style alerte et incisif; son apologétique a évidemment beaucoup perdu de sa valeur; le t. vi, qui traite de l’authenticité des Évangiles, de la résurrection du Christ, du témoignage des martyrs, est peut-être celui qui a le moins vieilli. —- 2. L'économie de la Providence dans l'établissement de la religion, Paris, 1787, 2 vol. in-12, est la suite de l’ouvrage précédent. L'auteur y veut montrer «la conduite du Seigneur à notre égard, la marche qu’il a suivie depuis l’origine du monde dans la préparation et l’établissement de notre religion ». Préface, ἢ. xxxvI. Contre les incrédules, il établit la nécessité d’une religion fondée sur la révélation; contre les juifs, il prouve que la loi judaïque est abrogée; contre les protestants surtout, il défend la valeur de la tradition et fait un véritable traité sur les caractères et la constitution de l'Église. En cette dernière partie, il soutient les idées gallicanes sur la supériorité du concile et sur ce qu’il appelle « la prétendue infaillibilité du pape »; il loue les quatre articles de la déclaration des évêques de France à l'assemblée de 1682; cf. t. 11, p. 384-385, 411-425. Sigaud de Lafond annonce dans la préface de l'Économie de la Providence qu’il veut faire un autre ouvrage, « qui embrassera le dogme et la morale de la religion chrétienne ». Il ne l’a pas composé.

Michaud, Biographie universelle, t. XXX1IX, p. 320-321; F.-X. de Feller, Dictionnaire historique, t. v, p. 497; Hoefer, Nouvelle biographie générale, t. XLu—, col. 966.

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