‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 5)Chapitre 170 sur 457 · L. BriGué · texte numérisé non relu

L. BriGué

SIGEBERT DE GEMBLOUX, moine belge de la fin du xr° siècle et du début du x11, hagiographe, chroniqueur et polémiste; l’un des principaux adversaires de la politique du pape Grégoire VII. — [. Vie. II. Œuvres. III. Doctrine politique.

I. VIE. — Des renseignements directs sont fournis sur Sigebert par l’un des auteurs qui ont continué après lui les Gesla abbalum Gemblacensium, cf. P. L., τ. CLX, col. 11-12. Divers passages de ses œuvres donnent aussi sur lui des notions intéressantes; cf. L.-C. Bethmann, dans les Prolegomena à l'édition de la Chronique de Sigebert, P. L., loc. cit., col. 13-14. Mais surtout Sigebert a été tellement mêlé aux événements de son temps que beaucoup d’autres documents

SIGEBERT DE GEMBLOUX 2036 sont à consulter pour connaître sa vie. On les trouve indiqués dans tous les ouvrages qui traitent de l’histoire de cette époque. Parmi ces livres, voir A. Cauchie, La querelle des investitures dans les diocèses de Liége et de Cambrai, Louvain, 2 vol., 1890-1891; A. Fliche, La réforme grégorienne, 3 vol., Louvain, 1924, 1925, 1937; H.-X. Arquillière, Saint Grégoire VII. Essai sur sa conceplion du pouvoir pontifical, Paris, 1934.

On ne sait pas le lieu où naquit Sigebert et on ne peut pas fixer avec précision la date de sa naissance. Il entra de bonne heure à l’abbaye de Gembloux. Parmi les nombreux monastères du pays liégeois, si célèbres à cette époque, Gembloux avait acquis une haute réputation de science et de vertu. Cf. A. Cauchie, op. cil., τ 1, p. Lx1vV. Sigebert n’y resta pas longtemps; le frère de l’abbé de Gembloux, Folcuin, lui-même abbé de Saint-Vincent de Metz, fit venir près de lui le moine encore tout jeune. Dans cette nouvelle résidence, Sigebert demeura durant de longues années; il composa un certain nombre de Vies de saints et sut promptement gagner, au dire de son biographe, l’affection de ses confrères et des habitants de Metz. Sur sa demande, il revint pourtant à l’abbaye de Gembloux, qu'il ne devait plus quitter jusqu’à sa mort. Il fut alors, dans toute la région, l’un des hommes les plus consultés et, pendant près de trente ans, sans négliger les travaux purement intellectuels, il prêcha la résistance à la politique des papes. C’est en 1081 que pour la première fois, semble-t-il, il fit œuvre de polémiste. Grégoire VII venait d’excommunier Henri IV pour la seconde fois (mars 1080), et cette nouvelle avait provoqué, dans les pays fidèles à l’empereur, une vive indignation. Les évêques du parti impérial, réunis à Brixen, avaient prononcé la déposition de Grégoire VII, et élu pour le remplacer Guibert de Ravenne, sous le nom de Clément III. Déjà en 1076, à l’annonce de la première excommunication du souverain, on s'était troublé en Belgique, et Grégoire VII avait dû expliquer les raisons de sa conduite dans une lettre à l’évêque de Metz, Hermann, qu'il savait dévoué à sa cause. En 1081, sollicité par son correspondant, il usa du même moyen; sa seconde lettre à Hermann, plus longue et plus précise que la première, est un véritable exposé doctrinal, établissant le droit des papès de déposer et d’excommunier les empereurs. CF. cette lettre dans Grégoire VIT, Registrum, vint, 21, édit. Caspar, p. 545-563; édit. Jafté, p. 453-467; P. L., τ. cxLvII, col. 594-601; pour le commentaire, cf. A. Cauchie, dans la Revue d’hist. eccl., t. v, 1904, p. 588- 597; A. Fliche, op. cil., t. τι, p. 389-414; et surtout H.-X. Arquillière, op. cil., ce. 1v. Sigebert de Gembloux entreprit de réfuter les arguments de Grégoire VII; la facon dont lui-même « parlé de son écrit laisse suffisamment deviner le contenu et les idées politiques qu'il défend. Kespondi epistolæ Hildebrandi papæ, quam scripsit ad Herimannum.…. in potestatis regiæ calumniam. P. L., t. CLx, col. 587.

Il devait bientôt reprendre la plume afin de protester contre un décret du pape au sujet des prêtres mariés. Malgré les exemples de vertu donnés par ses évêques et la ferveur généralement maintenue dans ses monastères, l'Église de Liège n’avait pas complètement échappé à la contagion du vice; peu à peu le relâchement s'était introduit et Grégoire VII l'avait signalé en 1075 à l’évêque Théoduin. Cf. A. Cauchie, op. cit., t. 1, p. 37. L'avertissement ne suffit pas, sans doute, puisqu’un décret pontifical intervint, qui interdisait aux fidèles d'assister aux offices célébrés par les prêtres mariés. Les Liégeois protestèrent contre cette décision et Sigebert fut leur porte-parole. Ce n’était point qu'il approuvât la conduite scandaleuse des ministres de la religion; mais il voyait dans le décret la source d’une funeste anarchie, capable en bien des cas de dresser

2037 SIGEBERT les laïques contre les clercs. A vrai dire, ses craintes étaient vaines. Si regrettable qu'elle fût, ce n’était pas l’immoralité qui devait causer à Liége le plus de ruines; le schisme dont cette Église allait faire profession menaçait d'être beaucoup plus grave. Otbert, nommé évêque de Liége dans les dernières années du

Χιὸ siècle, était un simoniaque ; manifestement il avait |

acheté son élection. Cf. Martène et Durand, Amplis-

sima collectio, t. 1v, col. 974 et 1072. Pour ce fait, le |

pape Urbain II l'excommunia au concile de Plaisance en 1095; or, malgré cette condamnation, le clergé lui demeura unanimement soumis et, quand les monastères eurent retrouvé partout le calme à partir de 1099, tous les clercs liégeois, réguliers et séculiers, reconnurent pratiquement l'autorité de leur prélat. La situation devait encore s’obscurcir pour la ville, devenue l’un des principaux retranchements de Henri IV et la dernière forteresse du césarisme. En 1103, le pape Pascal II avait décidé d'atteindre le monarque schismatique en saccageant la cité qui lui restait fidèle et il avait donné l’ordre au comte de Flandre d’attaquer la ville. On conçoit la douloureuse stupeur des Liégeois à cette nouvelle. Ce fut encore Sigebert de Gembloux qui exprima les sentiments de tous dans une lettre fameuse, qui est peut-être le document où ses idées politiques sont le mieux exposées. Heureusement, les événements se précipitèrent et firent surgir rapidement un nouvel état de choses. Henri IV, vaincu par son propre fils en 1106, mourut à L.iége la même année; dès lors la réconciliation de l’évêque, du clergé et du peuple avec Pascal II fut rendue plus facile; le schisme fut bientôt terminé. Cf. A. Cauchie, op. cit., t. 11, p. 184 sq. Alors, dans tout le pays, on travailla avec zèle à réparer les ruines. L’un des chanoines de Saint-Lambert. Alger, dans son De misericordia et justitia, poursuivit les simoniaques et défendit avec énergie les préceptes canoniques. Cf. L. Brigué, Alger de Liége; un théologien de l’eucharistie au début du X11e siècle, Paris, 1936, p. 9, 18-23, 167-174. On ne sait pas la part que prit Sigebert de Gembloux à cette réaction ; on sait seulement qu’il mourut très vieux, en 1112, laissant aux moines, ses confrères, le souvenir d’un saint et fervent religieux. Son biographe loue tout particulièrement son grand savoir, sa piété vive et sincère et sa charité, qui le rendait si aimable à tous ceux qui l’approchaïient. Cf. P. L., loc. cit., col. 11-12; A. Cauchie, op. cit., t. 1, p. 68.

II. Œuvres. — Sigebert ἃ écrit de nombreux ouvrages d’inégal intérêt. Il nous en a laissé lui-même la liste dans le Liber de scriptoribus ecclesiasticis, P. L., loc. cit., col. 587; on peut les classer en trois groupes : hagiographie, polémique, histoire et critique.

1° Hagiographie. — 1. La vie de saint Thierri, évêque et fondateur de l’abbaye de Saint-Vincent de Metz. P. L., loc. cit., col. 694-726. A remarquer l Éloge en vers de la ville de Metz, ibid., col. 717-718, « poème qui a quelques beautés dans la pensée et la description, mais qui n’est point soutenu et ne répond pas à l’idée avantageuse que Trithème et quelques autres nous ont voulu donner de la poésie de son auteur ». Hist. littér. de la France, t. 1x, p. 545.

2. Les écrits composés à la gloire de sainte Lucie, dont l’abbaye de Saint-Vincent se flattait de posséder les reliques : a) La passion de sainte Lucie, en vers alcaïques, éditée par Dümmiler, dans Abhandl. der kôünigl. Akad. der Wiss. zu Berlin, phil. und hist. Klasse, 1893, p. 1-125; — δ) un écrit « pour répondre à ceux qui regardaient comme fausse la prédiction que la sainte avait faite, touchant la paix de l’Église », il n’a pas été édité; — c) un sermon sur les diverses translations des reliques de sainte Lucie, P. L., loc. cit., col. 810-814.

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