SILVAGGI (MATTHIEU) — SILVÈRE (SAINT
un successeur au pape défunt. Il jeta les veux sur un sous-diacre de la Curie, Silvère, fils du pape Hormisdas mort en 523. Cette candidature était contraire aux habitudes; d'ordinaire c'était un diacre ou un prêtre que l’on élisait. S’il faut en croire le rédacteur de la première partie de la notice de Silvère, au Liber pontificalis, le désir du roi aurait rencontré des résistances fort vives dans le clergé romain, résistances que le roi n'aurait surmontées qu’en employant la manière forte. Quoi qu’il en soit, Silvère fut reconnu finalement par l’ensemble du clergé romain. Mais rien ne pouvait empêcher qu'il fût classé comme un ami des Goths.
Or, à ce moment même, juillet 536, Bélisaire, général de Justinien, entrait en campagne, franchissait le détroit de Messine, marchait sur Naples, qu’il emportait vers octobre-novembre et poursuivait son avance victorieuse sur Rome. Entre temps, les Austrogoths s'étaient débarrassés de l’incapable Théodahat et avaient élu à sa place Vitigès, bien décidé à la résistance. Hors d’état, néanmoins, d’opposer à Bélisaire une armée suflisante, le roi se retira vers le Nord, ne laissant dans Rome qu’une faible garnison. Ce que voyant, Silvère se mit en rapport avec le général byzantin et promit de lui faire ouvrir les portes de la ville. Dans la nuit du 9 au 10 décembre, les impériaux entraient par la porte Asinaire, tandis que la garnison gothique gagnait le large par la porte Flaminienne. Cependant, Vitigès n’avait pas dit son dernier mot; en février 537, il était de nouveau sous les murs de Rome qu'il allait tenir assiégée pendant toute une année, imposant à la garnison et à la population les rudes souffrances d’un blocus prolongé.
On comprend que le pape élu sous la pression des Goths demeurait suspect à Bélisaire. Les soupçons que l’on gardait en beaucoup de milieux contre lui étaient entretenus par l’ambitieux Vigile, jadis candidat malheureux au Siège apostolique, puis apocrisiaire à Constantinople, d’où il était revenu précipitamment après la mort du pape Agapet. On posera à l’art. VIGiLe la question de savoir s’il avait eu des collusions avec l’impératrice Théodora, protectrice attitrée des monophysites, s’il en avait reçu des promesses, s’il était considéré par l’Augusta comme devant faire sur la chaire pontificale les affaires du monophysisme. Silvère ne devait pas tarder à être la victime des machinations ourdies contre lui. Accusé d’avoir voulu livrer l’entrée de la ville aux Goths qui l’assiégeaient, le pape fut sommé de donner des explications au général byzantin. Peutêtre se serait-il sauvé en donnant quelque gage en faveur des adversaires de Chalcédoine. Il s’y refusa. Sa perte dès lors était résolue. On réussit à le faire sortir de l’asile où il s’était réfugié, Sainte-Sabine sur l’Aventin, et à l’amener au Pincio, résidence de Bélisaire. Entraîné à l’intérieur du palais, où ses clercs n'avaient pu pénétrer, il fut dépouillé de ses insignes pontificaux, revêtu d’un froc monastique et considéré comme déposé. Vigile et plusieurs autres ecclésiastiques étaient, semble-t-il, de connivence. Ceci se passait aux derniers jours de mars 537.
Quelques jours plus tard, alors que Silvère était expédié en Orient, Vigile était élu pape et bientôt consacré. À Patare en Lycie, où il avait été déporté, le malheureux Silvère fut pris en pitié par l’évêque du lieu, qui s’en alla trouver Justinien et lui représenta l’indignité du traitement infligé à celui dont l'autorité était unique sur la terre : judicium Dei contestalus est de tantæ sedis episcopi expulsione, mullos esse dicens in hoc mundo reges et non esse unum sicut ille papa est super Ecclesiam mundi totius. Libératus, Breviarium, c. ΧΧΙΙ, P. L., t. Lxvurr, col. 1040. Justinien donna l’ordre de ramener Silvère à Rome, où l’on ferait une enquête sur la prétendue lettre écrite par lui au roi des Goths, Si l’on prouvait qu’elle venait de lui, sa déposi-
tion comme évêque de Rome serait maintenue, mais il garderait la dignité épiscopale; au cas contraire, il serait remis en possession du siège romain. Le diacre Pélage, apocrisiaire romain à Constantinople, mandaté par Théodora, essaya bien d'empêcher l'exécution de l’ordre impérial. Voir art. PÉLAGE Ie, t. x11, col. 660. Ce fut en vain; Silvère fut ramené en Italie. Effrayé, Vigile s’entendit avec Bélisaire qui, sitôt Silvère arrivé, le livra aux « défenseurs » de Vigile et à ses esclaves. Le malheureux fut prestement interné dans l’île de Palmaria (Palmarola, une des îles Ponza); il paraît bien qu’il y aurait donné sa démission le 11 novembre 537; c’est du moins ce que permettent de conjecturer les données fournies par le Liber pontificalis sur la durée de son pontificat. Durement traité, à peine nourri, il ne tarda pas à mourir (2 décembre 5372). L'Église romaine l’honore comme martyr le 20 juin, ayant voulu voir dans ses malheurs la conséquence de sa fidélité à la foi chalcédonienne. Cf. le martyrologe à ce jour. Un sentiment de pudeur, bien compréhensible, a fait supprimer le nom de Vigile dans la notice; seul Bélisaire est mis en cause et, derrière lui, Théodora. Au fait, ce serait bien aux agissements de la basilissa, fervente protectrice des monophysites, qu’auraient été dus, en dernière analyse, les malheurs de saint Silvère.
I. Sources. — Le Liber pontificalis, édit. Duchesne, t. 1, p. 290-295; Libératus, Breviarium causæ nestorianorum et eutychianorum, €. XXII, P. L., t. LXVIIx, col. 1039-1041; Victor de Tunnunum, Chronicon, ad ann. 543, P. L., ibid., col. 956; Marcellini Chronici continuatio, ad ann. 537, P. L., τ. τι, col. 943; Procope, De bello gothico, 1. 1, c. Χχν; du même, Historia arcana, 1, 2 et 7, édit. Isambert, p. 8 et 14; voir aussi Jaffé, Regesta, t. 1, Ὁ. 115-116.
La notice du Liber pontificalis est formée de deux morceaux assez maladroitement cousus et qui ne peuvent avoir le même auteur, cf. édit. Duchesne, Introduction, t. 1, p. xxx1x sq. La première partie, qui est d’un contemporain, est très hostile à Silvère, dont elle dépeint l’éléction comme viciée par la simonie et la violence, puis elle raconte, non sans quelques erreurs, les débuts de la guerre gothique et les malheurs du siège de 537-538; sur quoi un autre narrateur, tout à fait sympathique à Silvère, revient sur les événements politiques déjà racontés, puis expose les malheurs du pape; c’est une véritable Passio sancti Silveri, au sens hagiographique du mot. Le détail peut en être suspect, mais le fait que Libératus, dans l’ensemble, est d’accord avec ce récit, sauf pour la finale, est de nature à donner des garanties pour l’un et l’autre; la brève mention de Victor de Tunnunum est aussi un confirmalur de la réalité des faits racontés. Procope lui-même, encore qu’il ne dise rien du rôle suspect joué par Vigile, n'ose pas affirmer que les accusations portées contre Silvère soient exactes et, dans l’Historia arcana, parle, comme le Liber pontificalis, de l’action de Théodora; c’est là un témoignage dont il ne faudrait pas se débarrasser trop prestement; seule la Chronique de Marcellin accepte comme vrais les griefs articulés contre Silvère.
II. TRAVAUX. — Ils seront énumérés plus utilement à l’art. ViGiLE, mentionnons seulement ici P. Hildebrand, Die Absetzung des Papstes Silverius, dans Historisches Jahrbuch, t. xzu1, 1922, Ὁ. 213-249; cette étude fournit sur la question de dates de très heureuses précisions, mais nous paraît trop prompte à rejeter dans le domaine de la légende les collusions de Vigile avec Théodora et le rôle joué par cette dernière dans la déposition de Silvère : « Silvère n’a point été une victime de sa fidélité à la foi (chalcédonienne); il demeure suffisamment digne de compassion, si nous le considérons pour ce qu’il fut en effet, une victime de la guerre. » Voir aussi E. Caspar, Geschichte des Papsttums, t. 11, Tubingue, 1933, Ὁ. 228 sq., qui n'accepte pas les démonstrations de P. Hildebrand. ᾿
Ε. AMANN.
SILVESTRANUS BRENZONUS cChristophe, carme italien originaire de Vérone, professeur de théologie à Venise, Florence et Pise. Mort dans cette dernière ville le 20 mai 1608. — 1 ἃ laissé Zn librum Ium,,, JIum,,, JIIum,,, 1 Vum Sententiarum commentaria, Vérone, 1591-1598, 2 vol. in-fol. — Æxamen theologicum in 111% Sentenliarum cum suis lectionibus ad
SILVÈRE (SAINT) — SILVESTRE Ier (SAINT)
seriem distinctionum Magistri, Sixlo V dicatum, Vérone, 1590 (2), in-fol. — Examen theologicum in IVun Sententiarum... Clementi VIII dicatum, Vérone, 1594 (?), in-fol.; Montfaucon, Bibliotheca bibliothecarum manuscriplorum nova, t. 1, Paris, 1739, p. 290, indique un Examen theologicum in 11% Sententiarum, ms. à la Laurentienne de Florence. — Speculum clarissimum in quo summi Pontificis romani imago expressaque sedes utriusque gladii, etc., Ferrare, 1607, in-40,
Bibliotheca carmelitana, Orléans, 1752, t. 1, col. 342-545; Hurter, Nomenclator, 3° 64., t. 111, col. 373; Richard et Giraud, Bibliothèque sacrée, t. XXIV, Ὁ. 69-70; Roskovany, B. V. M. in suo conceptu immaculata ex monumentis omnium sæculorum demonstrata, Budapest, 1873, t. 1, p. 343 et 364; t. 11, p. 14; Études carmélitaines, 1922, p. 113.
J. MERCIER
1. SILVESTRE I: (SAINT), pape du 31 janvier 314, au 31 décembre 335. — I. Données historiques. II. Données légendaires (col. 2070).
I. DONNÉES HISTORIQUES. — Le pontificat de saint Silvestre, un des plus longs (près de 22 ans) et se situant à une des époques les plus importantes de la vie de l'Église, est malheureusement très mal connu. Silvestre remplaça Miltiade qui avait été témoin de la victoire remportée sur Maxence par Constantin et bénéficiaire des premières mesures gracieuses prises par le souverain à l’endroit des chrétiens. Le nouvel élu jouit de la même situation. Mais il se trouva que les initiatives bientôt prises par l’empereur en matière religieuse reléguèrent quelque peu dans l’ombre la personne du pape.
La chose est visible dans la solution donnée par Constantin à l’affaire donatiste. Celle-ci, en 313, a été jugée, à la demande du souverain, par le pape Miltiade, voir t. x, col. 1275. Mécontents de la sentence, les donatistes en appellent à l’empereur, qui avec une promptitude extrême se hâte de convoquer, pour connaître de cette affaire, jugée par Miltiade, un concile d’évêques occidentaux; celui-ci doit se rassembler dans la ville d’Arles le 1° août 314. Le pape Silvestre avait sans doute été invité à y paraître; il se contenta d'y envoyer deux prêtres et deux diacres, cf. P. L., t. vus, col. 816 B, ce qui était d’une heureuse politique. Plus respectueux que Constantin des droits traditionnels du Saint-Siège, le concile, après avoir terminé ses travaux — jugement conforme au premier dans l'affaire donatiste, règlement de diverses questions disciplinaires — en écrivit au pape, regrettant que sa présence ne fût pas venue donner plus de poids à ses décisions. Zbid., col. 818. Il transmit à Silvestre la série des mesures arrêtées, en le priant, étant donnée sa situation particulière, de les faire connaître partout : Placuit antequam a te qui majores diœceses lenes per te potissimum omnibus insinuari. Col. 819. Ce n'était peut-être pas tout à fait ainsi qu’au siècle précédent des papes comme Victor ou Étienne Ier concevaient leur rôle.
La même intervention impériale éclipse semblablement, à Nicée, l’autorité du Siège apostolique. Lors des controverses trinitaires orientales dans la seconde moitié du re siècle, qu'ils’agisse de l’affaire de Denys d’Alexandrie ou de celle de Paul de Samosate, le pape n’y était pas resté étranger et l’on avait pris soin de le tenir au courant. Le pape Denys était même intervenu de façon très personnelle en ce qui concernait les doctrines reprochées, à tort ou à raison, à son homonyme d'Alexandrie. Voir t. αν, col. 126. Au premier éclat de la controverse arienne, l’évêque Alexandre mit aussi le pape Silvestre au fait des doctrines enseignées par Arius et des condamnations prononcées contre lui. Voir à ce sujet une lettre du pape Libère de 354, P. L., t. van, col. 1353. De même fit le synode d’An-
2069 SILVESTRE tioche de 324, qui se rangea aux côtés d'Alexandre. Voir sur ce synode, G. Bardy, dans Fliche-Martin, Histoire de l'Église, t. 1, p. 74. Mais il semble que, du jour où Constantin se fut saisi de l'affaire alexandrine, on ait oublié, plus que de raison, le rôle qui revenait au pape dans une question de cette importance. Silvestre fut simplement invité, comme les autres évêques de l'empire, au concile qui, sur ordre impérial, se réunirait à Nicée. Il y délégua les deux prêtres romains Victor et Vincent; mais ces deux légats — ces cardinaux d’avant la lettre — n’eurent certainement pas au concile le rôle qui reviendra, cent ans plus tard, aux légats du pape Léon à Chalcédoine. A la vérité, bien que simples prêtres, ils signeront au procèsverbal avant l’ensemble des évêques, mais seulement après Hosius, qui a été le vrai président du concile. Sans doute, par la suite, on a cherché à représenter Hosius comme ayant été délégué par Silvestre. Dès la fin du ve siècle, Gélase de Cyzique se fait l’écho de cette idée. Hist. eccl., 1. II, c. v, édit. Lœschke-Heinemann, p. 44. Mais, quinze ans après Nicée, le pape Jules ne sait rien de cette délégation; la Curie, dit-il, a été renseignée sur ce qui s’est passé à Nicée par les prêtres romains qui étaient au concile, Id quoque (l’orthodoxie de Marcel d’Ancyre) festati sunt et presbyteri nostri qui Nicenæ synodo adfuerant, P. L., t. vaux, col. 900 D. De quelque considération, d’ailleurs, qu'aient été entourés à Nicée les représentants du Siège apostolique, il est impossible de dire s’ils ont eu une influence sur les principales décisions du concile. Quant à une approbation demandée et obtenue du pape en faveur de celles-ci, il est tout aussi impossible de la démontrer. Nous dirons plus loin comment la légende a suppléé ici aux lacunes de l’histoire. Pour cette question du pape Silvestre et de Nicée, voir l’article NicéE (1* concile de), t. xt, col. 399-417, et spécialement col. 402, 404, 417. Pour la discussion du can. 6, voir l’art. PATRIARCATS, t. ΧΙ, col. 2253-2259.
Il reste que saint Silvestre a été dans Rome l’un des témoins et même l’un des acteurs principaux du grand changement qui s’opère dans la situation du christianisme. Rudement persécuté dix ans plus tôt, celui-ci devient la religion tout spécialement choyée par le souverain. Les munificences impériales, en particulier l'érection et l’opulente dotation des grandes basiliques chrétiennes, sont le témoignage extérieur de ce brusque revirement. En insérant dans sa notice une documentation considérable relative aux constructions de l’époque, le rédacteur de la seconde édition du Liber pontificalis a donné la meilleure démonstration de ce qu’a été le pontificat de Silvestre : la Rome païenne commence à devenir la Rome chrétienne. Par les soins de Constantin s’élèvent : la Basilique constantinienne (Saint-Jean de Latran) avec son baptistère; Saint-Pierre, où est déposé le sarcophage contenant les reliques du prince des apôtres; Saint-Paul-hors-les-Murs, où est transporté le corps de l’Apôtre des gentils; la Basilique sessorienne (Sainte- Croix de Jérusalem), où sera déposée ultérieurement une importante relique de la vraie croix; Sainte- Agnès sur la voie Nomentane; Saint-Laurent sur la voie Tiburtine, sans compter d’autres édifices dans la petite ou la grande banlieue. Tous ces sanctuaires élevés ou au moins commencés au temps du pape Silvestre, plusieurs à sa suggestion, n’ont pas peu contribué à augmenter le prestige de la chaire apostolique. Et cette transformation de Rome a réagi à son tour sur le souvenir du pape qui en avait été le témoin. Sa notice se termine sur une note qui intervient rarement au Liber pontificalis : Qui vero catholicus el confessor quievit. Mais, aussi bien, dès ce moment la légende avait énergiquement travaillé sur la mémoire de Silvestre.
Ier (SAINT) 2070
II. DONNÉES LÉGENDAIRES. — On peut distinguer celles qui ont déjà laissé des traces dans le Liber pontificalis (2° édition de la fin du vre siècle), et celles qui, prenant leur point d'appui dans ces données, les ont ultérieurement prolongées.
1° Données du « Liber pontificalis ». — 1. La conversion et le baptême de Constantin. — D’après la notice, au début de son pontificat, Silvestre est « en exil », au mont Soracte, puis, «revenant avec gloire, il baptisa l'empereur Constantin, que le Seigneur guérit (alors) de la lèpre; c'était pour fuir la persécution de celui-ci que Silvestre s'était ainsi enfui en exil ». Cette présentation des événements est une suite de contre-vérités. Constantin n’a jamais persécuté les chrétiens; par ailleurs, il n’a certainement pas été baptisé au début de sa « conversion » au christianisme, il ne l’a pas été à Rome. C’est aux tout derniers jours de sa vie qu’il le fut, à Nicomédie, par l’évêque arianisant de cette ville, Eusèbe. Cf. Eusèbe de Césarée, Vita Constlantini, LIV, c.zxr; Socrates, Hist.eccl.,l.I,c. xxx1x ; Sozomène, HIISTMeCCI RUN C EX XXE
Or, toute cette narration du Liber pontificalis est empruntée à un roman, la Vita Silvestri, dont l’on trouvera une des formes dans Mombritius, Sancluarium, nouvelle édition, t. 11, p. 508-531. Levison en a fait connaître une forme assez différente et qui semble l’original : Konstantinische Schenkung und Silvesterlegende, dans Mélanges Ehrle, publiés dans Studi e testi,n. 38, t. 11, 1924, p. 159-247. La jeunesse et l’éducation de Silvestre y sont d’abord longuement racontées, puis ses ordinations, par Miltiade, comme diacre et comme prêtre, son élection enfin au siège pontifical. Mais une violente persécution est déclenchée contre les chrétiens par Constantin; Silvestre s’enfuit au mont Soracte. Cependant l’empereur, atteint de la lèpre, reçoit des prêtres païens le conseil de prendre pour guérir un bain dans le sang de petits enfants; il en fait rassembler un grand nombre. Finalement, il est pris de pitié et renvoie les mères qui les avaient amenés en leur rendant leur progéniture. Sa clémence est récompensée; la nuit suivante, lui apparaissent deux personnages inconnus de lui, qui ne sont autres que les apôtres Pierre et Paul. Ils lui conseillent de faire chercher Silvestre qui lui indiquera un bain de nature à lui rendre la santé. Ainsi est-il fait. Silvestre, amené devant Constantin, lui fait reconnaître dans les images des saints apôtres, qu'il lui montre, les deux personnages que l’empereur a vus en songe, le renseigne sur le bain qui doit le regénérer et qui n’est autre que le baptême. Le souverain accepte, non sans avoir reçu et promis d'accomplir la pénitence que lui impose Silvestre : aumônes, fermeture des temples païens, élargissement des prisonniers. Le baptême est conféré à Constantin, dans la piscine des bains du palais des Lalerani; l'empereur en sort purifié dans son âme et dans son corps, qui est soudainement guéri. Durant toute la semaine qu’il passe in albis (revêtu du costume blanc des néophytes), le souverain édicte diverses mesures en faveur des chrétiens, la plus importante est celle qui reconnaît l’autorité du pontife romain sur tous les évêques : privilegium Ecclesiæ romanæ pontificique contulit ut in loto orbe romano sacerdotes ila hunc caput habeant sicut omnes judices (les fonctionnaires) regem. Le huitième jour, albis depositis, il vient à la confession de saint Pierre et, après une longue prostration, il prend lui-même la pioche et commence le tracé des fondations d’une nouvelle basilique; même acte le lendemain pour fonder la basilique du Latran. Sont ensuite rapportés les efforts faits par Constantin pour amener au christianisme les sénateurs attachés à la vieille religion et sa mère Hélène, qui est passée au judaïsme. Une conférence contradictoire est organisée entre juifs et chré-
2071 SILVESTRE tiens ; Silvestre, par son argumentation, comme parses miracles — il ressuscite un taureau foudroyé par une passe magique d’un juif — établit la divinité du Christ; Hélène et les juifs se convertissent. L’apostolat de Silvestre multiplie dans Rome les baptêmes, et un autre miracle la lutte victorieuse contre un serpent monstrueux — achève son succès. Constantin de son côté, presse le peuple de se convertir. Rome, quand meurt Silvestre, est entièrement chrétienne.
On a beaucoup discuté sur la date et la patrie de ce roman hagiographique. Pour ce qui est du texte, tel que Levison l’a reconstitué, il est incontestablement romain d’origine, comme en témoignerait à elle seule sa parenté évidente avec les Gesta martyrum romains, et sa connaissance exacte de la topographie de la capitale. Sa date est fixée assez exactement à la seconde moitié du ve siècle, car les apocryphes symmaquiens, cf. ci-dessous et aussi l’article SYMMAQUE, de la fin de ce même siècle, y font de claires allusions. C’est vainement qu’on a voulu faire dériver le texte latin de recensions grecques ou orientales. Tout ce que L. Duchesne voulait retenir, c’est que la légende ellemême était venue d’Orient, comme en général les légendes relatives à l’invention de la sainte Croix et ce qui se rapporte à Constantin et à Hélène. Mais les arguments qu’il développe avec beaucoup de sagacité se sont révélés fragiles, spécialement celui qu’il tire de la présence de la légende silvestrine dans Moïse de Khorène, un écrivain arménien que l’on plaçait jusqu'ici au ve siècle et dont il convient de rabaisser beaucoup la date. Voir les arguments de Duchesne dans Le Liber pontificalis, t. 1, Ὁ. ΟΧῚΙ sq., et les réponses qui nous paraissent péremptoires de Levison, loc. cit. L'origine romaine de la légende semble démontrée.. D'ailleurs, elle s’est fait une place importante dans la « tradition »; on la retrouvera, débarrassée de ses plus grossières invraisemblances, en diverses leçons du bréviaire romain (9 et 18 novembre; 31 décembre).
2. Aclivilé dogmatique, disciplinaire et liturgique de saint Silvestre. — Après avoir rapporté la fondation par Silvestre du fitulus Equitii, le Liber pontificalis introduit l’activité proprement ecclésiastique de ce pape par cette petite phrase : Hic fecil constilutum de omni Ecclesia. Suit immédiatement la mention du concile de Nicée, qui aurait été tenu cum ejus præcepto (la 1re édition dit cum ejus consensu), et dans lequel les « trois cent dix-huit Pères » exposèrent la foi catholique et « condamnèrent Arius, Photin, Sabellius et leurs adhérents. Puis, dans la ville de Rome, (Silvestre) rassembla lui-même, sur le conseil de l’empereur, deux cent soixante-dix-sept évêques, et condamna derechef Calliste, Arius, Photin et Sabellius ». Suivent des ordonnances disciplinaires et liturgiques dont la notice semble dire qu’elles furent prises à cette réunion consécration du chrême et consignation des baptisés par l’évêque seul; défense à un laïque d’intenter un procès à un clerc; usage pour les diacres, dans le service liturgique, de la dalmatique et du manipule; défense aux clercs de se pourvoir devant la justice séculière ; défense de se servir pour les corporaux d’autre étoffe que de lin; temps que les clercs doivent passer dans les divers ordres, etc.
Tout ceci, y compris la permission (ou l’ordre) de célébrer le concile de Nicée et le renouvellement des prescriptions dogmatiques de cette assemblée en un synode romain, vient en droite ligne de la série des apocryphes symmaquiens. Parmi ces pièces apocryphes figure, en effet, un Constilutum Silvestri, texte en une double rédaction dans P. L., t. ν πὶ, col. 829- 840. Le début se rapporte à des questions dogmatiques. Silvestre condamne « Hippolyte, diacre des valentiniens, Calliste, qui, dans sa jactance, détruisait la Trinité (un peu plus haut Calliste est dit s'être montré
Ier (SAINT) 2072 sabellien, et n’avoir admis qu’une seule personne en Dieu) » et surtout l’évêque Victorin, qui est représenté comme un hérétique des plus dangereux, à cause du cycle pascal qu'il veut faire prévaloir. Voir art. PAQUES, t. ΧΙ, col. 1961 sq. La suite du texte énumère les prescriptions liturgiques et disciplinaires qu'a reprises le Liber pontificalis.
A ce texte se rattachent deux lettres destinées à faire la liaison entre ce concile et celui de Nicée. La première : Quoniam omnia, ibid., col. 822-823, est adressée à Silvestre par les présidents de l’assemblée orientale, Hosius de Cordoue, Macaire de Jérusalem, les prêtres romains Victor et Vincent, qui demandent au pape de confirmer les décrets de Nicée. La seconde est une réponse de Silvestre, qui se présente sous une double forme : Gaudeo promptam, ibid., col. 823 B (donnant une approbation sans réserve au concile, avec addition de l’anathème contre Victorin et son cycle pascal) et Gloriosissimus alque piissimus, ibid., col. 823 D (rappelant la condamnation en synode romain de l’évêque Victorin et du diacre Hippolyte, fauteurs du manichéisme, de Jovien et de Calliste, coupables d'erreurs analogues sur le comput pascal, approuvant aussi la condamnation de Photius (sic), de Sabellius et d’Arius, frappés par le concile de Nicée dont toutes les décisions sont approuvées). Ainsi le concile soi-disant tenu à Rome par Silvestre est donné comme antérieur à l’assemblée de Nicée et destiné à préparer celle-ci.
Une seconde pièce apocryphe est une autre Constlitulion de Silvestre, représentant les décisions d’un concile de «deux cent soixante-quinze évêques », censé tenu après Nicée et destiné à confirmer les décisions dogmatiques et disciplinaires de l’assemblée orientale. Texte, ibid., col. 825-826. Cette deuxième pièce ne ressemble pas, comme facture, à la première, laquelle fourmille d’invraisemblances et même d’absurdités, et quelques auteurs qui rejettent, comme tout le monde le fait, la première, essaient de sauver l’authenticité de celle-ci. Mais cette authenticité ne peut être établie. Il y a déjà près de trois siècles que dom Coustant a fait remarquer que, de toute évidence, la pièce en question se rattache aux controverses sur le comput pascal qui ont éclaté sous le pape Symmaque. Voir ses remarques, ibid., col. 824.
Le fait, néanmoins, que ces divers textes ont pénétré plus ou moins vite dans les collections canoniques n’a pas laissé de leur donner une importance hors de toute proportion avec leur valeur originelle.
20 Données légendaires ajoutées à celles du « Liber pontificalis ». La donation de Constantin. — Les faveurs d'ordre matériel dont l’empereur Constantin avait en réalité comblé l’Église romaine au temps de Silvestre, l'influence qu’à tort ou à raison on prêtait à ce pape dans les conseils de l’empereur à une période de transition si importante dans l’histoire de l’Église, l’activité législative qu’on lui attribuait, le relief que lui donnaient ses interventions, vraies ou prétendues, dans les questions dogmatiques, tout cela désignait ce pape pour être, après coup, le bénéficiaire d’une donation plus considérable encore qui faisait au Siège apostolique une situation toute nouvelle dans le monde romain.
Au début de la seconde partie des Fausses-Décrétales, figure de fait une pièce, de toute évidence apocryphe, qui est une soi-disant lettre de Constantin à Silvestre. Texte dans Hinschius, Decrelales pseudoisidorianæ, p. 249-254; cf. P. L.,t. cxxX, col. 245-252, et aussi t. vit, col. 567-578 (les notes de Binius que l’on trouvera ici sont extrêmement intéressantes). La première partie est un récit — dont le thème est emprunté à la Vila Silvestri — de la façon dont l’empereur a été converti à la foi chrétienne; l’autre énu-
mère les faveurs qu’en reconnaissance pour Silvestre, principal artisan de sa conversion, Constantin accorde à ce pape et, en sa personne, à tous ses successeurs. Le souverain est bien décidé, en effet, à exalter au maximum la puissance de l’Église romaine. Il lui confère donc en premier lieu, et sensiblement dans les termes employés déjà par la Vila Silvestri, la primauté spirituelle sur les autres évêques, et en particulier sur les quatre patriarches d’Antioche, d'Alexandrie, de Constantinople (!) et de Jérusalem, de telle sorte que le titulaire de Rome celsior el princeps cunclis sacerdotibus lotius mundi existat. À cette faveur d’ordre spirituel s’en joignent d’autres d’ordre temporel et d’abord la construction et la dotation de basiliques à Rome, puis le don au pape du palais impérial du Latran, le plus somptueux de tout l'empire. Mais, puisque le souverain cède son palais, il est tout naturel qu’il cède encore au pape les ornements impériaux eux-mêmes; volontiers il lui eût donné le diadème, mais, le pape n'ayant pas voulu porter une couronne d’or sur la couronne cléricale, cet ornement sera remplacé pour lui par la mitre (phrygium). Il aura droit à la même escorte qui accompagne l’empereur, ses clercs euxmêmes participant aux honneurs impartis à la suite même du souverain. Mais, de toute évidence, ces diverses concessions ne viennent là que pour préparer la concession majeure et la voici: « Pour que la dignité pontificale ne s’avilisse pas, et qu’elle soit vraiment entourée d’une dignité plus qu’impériale, voici que, livrant tant notre palais que la ville de Rome et toutes les provinces, lieux et cités de l'Italie et des régions occidentales à Silvestre et les abandonnant à son pouvoir et à celui de ses successeurs, nous déclarons que la chose est ainsi réglée et que tout cela demeurera sous le pouvoir et la juridiction de la sainte Église romaine. Il nous apparaît donc convenable de transférer dans les régions orientales le siège de notre empire à nous et de bâtir une cité qui portera notre nom en la région de Byzance. Il n’est pas juste, en effet, qu’à l'endroit où l’empereur céleste a établi le principat des prêtres et le chef de la religion chrétienne, un empereur terrestre exerce la puissance. » Ainsi, partage de souveraineté temporelle entre le pape et l’empereur, quelle que soit d’ailleurs l’exacte délimitation des territoires abandonnés au Siège apostolique, telle est la concession essentielle faite à Silvestre par Constantin. À qui connaît, ne füt-ce que sommairement, la nature vraie des rapports entre papes et empereurs entre le τνὸ et le vire siècle, l’invraisemblance, pour ne pas dire l’absurdité, de cette pièce saute aux yeux. Cela ne l’a pas empêchée de faire une brillante fortune. Citée au 1x£ siècle, au moins par les auteurs francs, peu connue d’abord en Italie, elle finit par pénétrer, à partir de Burchard de Worms (début du ΧΙ siècle), dans les collections canoniques et finalement dans le Décret de Gratien, caus. XII, q. 1., ©. 15. Mais, un siècle auparavant, la Curie romaine s’y référait déjà explicitement. Saint Léon IX semble avoir été le premier des papes à le faire. Cf. lettre à Michel Cérulaire, n. 10, 12, 13, P. L., t. cxzun1, col. 751 et 752. A partir de Grégoire VII, le texte va sortir tous ses effets; il justifie à la fois la primauté ecclésiastique du Siège romain — qui avait pour se défendre de meilleurs garants — et son autonomie temporelle, voire sa supériorité sur l’empire. Les théologiens pontificaux s’y appuient pour démontrer cette précellence; les impérialistes, de leur côté, y trouvent des arguments pour dire qu’une bonne partie des droits du Saint-Siège sont des concessions de la puissance séculière. La collection des Libelli de lite fournirait de la sorte une ample moisson de références dans l’une et l’autre direction. Au ΧΙΠ siècle, la Donation de Constantin est absolument en possession. Qu'il suffise
SILVESTRE Ier (SAINT)
de signaler le sermon d’Innocent III sur saint Silvestre, P. L., τι cexvu, col. 481, et l'interprétation qu’en donne Innocent IV, lequel, fidèle à sa doctrine générale, voit dans le geste de Constantin par rapport au pape, non point une concession, mais une simple restitution. Voir Potthast, Regesta pontif., n. 11 848, et cf. art. INNOGENT IV, t. vit, col. 1194. Chose curieuse, les canonistes byzantins eux-mêmes ont connu le texte et en ont admis l’authenticité. Le Nomocanon en qualorze titres mis sous le nom de Photius, voir ici, EL. x11, col. 1546, en cite l’essentiel, tit. νι, €. 1, P. G., t. civ, col. 1077; Balsamon le commente dans sa grande œuvre canonique. P. G., t. cxxxvir, col. 322, cf. col. 1312. Il faut attendre l'éveil de la critique au xvie siècle pour voir s'élever les premiers doutes sur l’authenticité, que certains continuent encore à défendre au xvre siècle. En résumé, l'influence de ce faux ἃ été durable; elle a été considérable, tout comme celle des Fausses Décrétales, avec lesquelles, d’ailleurs, il a été véhiculé.
Pourtant il ne se rattache que par un lien tout extérieur à la collection pseudo-isidorienne, à laquelle il a certainement préexisté et il ne sort pas de cet atelier de ïfaussaires qui travaillaient au milieu du ix* siècle. De ce point de vue, il faut rejeter les démonstrations de Noël Alexandre (sæc. 1V, diss. XXV, a. 2 et 3), de Zaccaria, de Cenni (cf. dans P. L., t. xcvurr, col. 272), qui ont cherché en Francie la patrie du document. Il existait dès le début du 1xe siècle et sans doute déjà bien avant, car il nous paraît bien que le pape Adrien Ier y fasse une allusion discrète dans une lettre à Charlemagne de 778. Cf. Jafïé, n. 2423, voir le texte dans P. L., t. xcvinr, col. 306 A : et sicut temporibus beati Silvestri, etc. À en juger même par sa parenté avec des documents authentiques en provenance de la chancellerie pontificale au temps d’Étienne II et de Paul Ier, il faudrait le remonter assez près du milieu du virre siècle, encore qu’il ne nous apparaisse pas du tout démontré qu’il ait été apporté en Francie par le pape Étienne II, quand il y vint en 754 demander la protection du roi Pépin. On n’a aucune preuve qu'il ait servi alors, soit à Ponthion, soit à Quiersy-sur-Oise, pour appuyer les revendications temporelles de ce pape. C’est pourtant vers ce moment, ou peut-être un peu plus tard, qu'il a dû prendre naissance dans les bureaux de la chancellerie pontificale. L’auteur du faux nous paraît être, en effet, un clerc romain, qui opère entre 753 et 770.
Si l’on écarte l’idée qu’il travaillait sur les ordres et sous la responsabilité du pape régnant — et cette idée ne nous semble pas recevable — on peut néanmoins se demander quels étaient les mobiles de ce faussaire. Ils ne sont pas faciles à démêler dans le détail, encore que l’idée essentielle soit assez claire. C’est le moment où se constitue le pouvoir temporel du pape, à Rome, dans l’ancien duché et, plus à l'Est, aux dépens de l’ancien exarchat de Ravenne. La monarchie franque, qui, dans un premier mouvement, ἃ promis de constituer au pape un royaume viable, semble hésiter dès que l’on vient aux questions de réalisation. Pépin le Bref ne détruit pas le royaume lombard, aux dépens duquel la papauté aurait pu se constituer un solide établissement. Charlemagne est encore plus hésitant que son père, jusqu’au jour où il se décide à annexer à l’Empire franc les territoires lombards. Certains à la Curie s’impatientent de ces tergiversations; ils s’impatientent aussi de sentir que, même dans le domaine assez modeste constitué au pape, la haute main appartienne finalement au souverain franc. Ne convenait-il pas de montrer qu’autrement avait agi — on se le figurait du moins — l’empereur Constantin? D'un geste infiniment large, il avait fait de Silvestre le souverain d’un vaste domaine et, pour y assurer la
2075 SILVESTRE pleine autonomie du pape, il était allé lui-même s’installer loin de là, sur le Bosphore. Quel exemple pour celui qui, au dernier tiers du vire siècle, semblait aspirer à jouer en Occident le rôle de Constantin! Ce n’est pas sans quelque timidité que le pape Adrien fait usage de l’argument dans la lettre signalée ci-dessus; il l’utilise néanmoins. Un de ses agents lui avait-il montré le papier, qui peut-être sommeillait déjà depuis plusieurs années dans quelque carton de la chancellerie? Ce n’est pas impossible. Mais, quoi qu’il en soit, la pièce n’avait pas encore aux yeux d’Adrien une incontestable valeur; s’il paraît s’en inspirer, ce n’est pas elle qu’il envoie alors à Charlemagne, mais des diplômes authentiques, témoignant des droits de propriété du Saint-Siège sur telle ville, tel domaine. Il faudra du temps encore pour que la Donation de Conslantin au pape Silvestre devienne la charte fondamentale des droits temporels du Saint-Siège. Au début, c’est un simple manifeste, exprimant les revendications de l’entourage pontifical dans un domaine relativement modeste. Le clerc qui le rédigea ne se doutait pas assurément des répercussions, à échéance retardée, que son acte pourrait avoir dans l’avenir.
I. POUR L’HISTOIRE PROPREMENT DITE. — Liber pontificalis, édit. Duchesne, t. 1, Ὁ. 75-80 (1τὸ édit.), p. 170-201; Jafté, Regesta pontificum romanorum, t. 1, Ὁ. 28-30. Se référer aux articles DONATISME, t. IV, col. 1703 sq.; NiCÉE, (Ier concile de),t. κι, col. 399-417 ; E. Caspar, Geschichte des Papsttums, t.1, Tubingue, 1930, p. 103-130; J.-R. Palanque, dans Fliche-Martin, Histoire de l’Église, t. 11,1936, p. 36 sq. Voir aussi P. Batiffol, La paix constantinienne et le catholicisme, Paris, 1914, p. 269-362.
II. POUR LES LÉGENDES SILVESTRINES. — L. Duchesne, Le Liber pont., t. τ, introd., p. GvrI-Cxx; Levison, Konstanlinische Schenkung und Silvesterlegende, dans Mélanges Ehrle, publiés dans Studi ὁ testi, n. 38, Rome, 1924, on y trouvera une bibliographie considérable.
III. POUR LA DONATION DE CONSTANTIN. — La bibliographie serait énorme; pour la plus ancienne voir H. Bühmer, art. Konstantinische Schenkung, dans Protest. Realencyklopädie, t. xt, 1902, Ὁ. 1-7, on y trouvera une bonne discussion des diverses opinions; G. Laehr, Die konstantinische Schenkung in der abendländischen Lileratur des M. A. bis zur Mitte des XIV. Jahrhunderts, dans Historische Studien, Berlin, 1926, fasc. 116; L. Duchesne, Les premiers lemps de l’État pontifical, 2° édit., Ὁ. 181 sq.; Levillain, dans Bibl. de l’École des Chartes, t. XCIV, 1933; R. Aigrain, dans Fliche- Martin, Histoire de l Église, t. v, 1938, Ὁ. 425 sq.; É. Amann, ibid., t. vi, 1937, p. 49-70. 4
Ε. AMANN.