I. LES ANTÉCÉDENTS DE SILVESTRE. — 1° Le savant
— De son nom il s'appelait Gerbert et sous ce vocable il a laissé une grande réputation de savant.
Gerbert est certainement Auvergnat d’origine, sans que l’on puisse déterminer avec exactitude ni la date, (aux alentours de 938), ni le lieu de sa naissance. Mais c’est, à coup sûr, au couvent de Saint-Géraud d’Aurillac qu’il a reçu sa première formation. En 967, le duc d’Espagne, Borell, passant à Aurillac, l'emmène à Vich, en Catalogne, pour y recevoir un complément de culture : l’évêque de cette ville, Hatton, était luimême fort versé dans les sciences, tout spécialement dans les mathématiques. Dans ce milieu, Gerbert entre en contact avec plusieurs savants, par exemple avec l'abbé Guarin de Cuxa, avec Bonifilius qui deviendra plus tard évêque de Gérone, avec Lupitus, évêque de Barcelone, tous personnages avec qui sa correspondance le montre plus tard en relations. Au temps de Jean XIII (965-972), Gerbert accompagne à Rome le duc Borell et l’évêque Hatton. Frappé de sa science, le pape le présente à Otton I#, qui aime à voir aflluer à sa cour les célébrités de l’époque. Gerbert n’y restera pas longtemps. Il sait, dit-il, un peu de mathé-
ler (SAINT) —
SILVESTRE:II 2076 matiques, il voudrait se perfectionner dans la dialectique, science nouvelle dont on commence à s’éprendre en Occident. La renommée de l’archidiacre de Reims, Géranne, l’attire en cette ville, où il a tôt fait de dépasser son maître. L’archevêque Adalbéron le nomme écolâtre et, sous l’intelligente direction de Gerbert, l’école de Reims connaît une vogue extraordinaire.
Richer de Saint-Remi décrit avec la précision d’un témoin l’organisation de l’enseignement que Gerbert avait réalisée à Reims. Historia, 1. 111, c. XLvI 54.» P. L., τ cxxxvun, col. 102. Une grande importance était donnée aux arts du {rivium : grammaire, rhétorique, dialectique. Pour l’enseignement de la seconde de ces disciplines, l’écolâtre faisait lire à ses élèves Virgile, Stace, Térence, puis les satiriques : Juvénal, Perse, Horace, Lucain aussi que le Moyen Age a toujours aimé; Sénèque et Quintilien fournissaient les modèles pratiques de déclamations. La dialectique était fort en honneur; successivement étaient lus l’Isagogue de Porphyre, dans les traductions de Victorin et de Boèce, les Catégories et le Périherméneias d’Aristote dans la version du même Boèce, les Topiques de Cicéron avec les explications de Boèce, suivies par le De differentiis topicis, le De syllogismis categoricis et hypotheticis, les Definitiones et les Divisiones des mêmes auteurs. Gerbert ne se bornaïit pas, d’ailleurs, à l’enseignement du {riviwm; il semblerait même que les disciplines du quadrivium : arithmétique, géométrie, astronomie, musique eussent ses préférences. Aussi bien l’écolâtre était-il l’un des premiers, dans la chrétienté d'Occident, à renouer la tradition des études mathématiques que les Grecs de l’époque hellénistique avaient amenées à un si haut degré de perfection. Au dire de Richer, c’est surtout en astronomie qu’il se révéla un maître préoccupé de faire toucher du doigt à ses élèves les aspects divers de la réalité. Au lieu de tant calculer et de tant déduire, il construit une sphère céleste qui fera comprendre les mouvements des astres; d’autres instruments imaginés par lui montreront les positions respectives des planètes aux divers moments; un dispositif spécial permettra, par l'observation des astres, de déterminer l’heure, non seulement pendant le jour, comme le cadran solaire permettait de le faire, mais pendant la nuit même. Tout cela suppose une masse de réflexions, de tâtonnements, mais aussi de connaissances fort sûres d’ellesmêmes, que l’on chercherait vainement à l’époque. De même en arithmétique, où les opérations sur les nombres sont rendues si compliquées par le système de numération écrite des Latins. Gerbert, qui utilise comme ses contemporains l’abaque (sorte de boulier compteur), simplifie l'instrument en employant des chiffres ou des signes qui ressemblent aux chifires arabes. Nous ne saurions dire exactement jusqu'où l’écolâtre poussait l’enseignement de la géométrie, ni ses leçons sur la musique, qui correspondaient à la partie de notre acoustique où l’on traite des rapports quantitatifs entre les divers sons musicaux.
Un enseignement si complet et si nouveau ne pouvait manquer de faire sensation. On en parlait jusqu’au delà du Rhin. À Magdebourg, le savant Othric en prenait ombrage et cherchait à se renseigner tant sur les méthodes de Gerbert que sur ses conclusions, principalement dans le domaine de la dialectique ou, comme l’on commençait à dire, de la philosophie. Richer, ibid., ec. LV, sq. Or, en 980, dans un voyage qu’il fait en Italie avec Adalbéron son archevêque, l’'écolâtre Gerbert se rencontre à Ravenne, à la cour même d’Otton II, avec le savant de Magdebourg. Une joute dialectique, extrêmement brillante, à laquelle préside l’empereur lui-même, les met aux prises. Tous deux en retirent honneurs et profits. Pour son compte,
Gerbert, qui séjourna quelque temps encore à la cour impériale, reçut finalement l’abbaye de Bobbio, dont la splendide bibliothèque était bien de nature à lui procurer maintes satisfactions, dans le domaine des mathématiques surtout. Le fameux Codex Arcerianus (aujourd’hui à Wolfenbuttel) qu’il y trouva, lui fournit les œuvres des arpenteurs romains Balbus, Nipsus, Épaphrodite, qu'il eut l’occasion d'utiliser. Mais le milieu même de Bobbio ne donnait à Gerbert que des satisfactions modérées. L'opinion publique, en Italie, se montait de plus en plus contre les étrangers; la mort d’Otton II (982) précipita les événements. En 983, Gerbert regagnait Reims, où il revenait à ses anciennes fonctions; il pensa quelque temps à reprendre le chemin de l'Espagne. Bientôt d’ailleurs la politique allait l'accaparer, au point de ne lui laisser plus guère de temps pour des études désintéressées.
Nous n'avons pas à étudier ici, dans le détail, l'œuvre littéraire de Gerbert. En dehors de sa correspondance, très précieuse à bien des points de vue (la vieille édition d'André Duchesne, reproduite dans P.L., t. cxxxix, col. 201-264, le cède à celle de J. Havet, Lettres de Gerbert, Paris, 1889), elle comprend à peu près exclusivement des ouvrages de mathématiques, que l’on trouvera rassemblés dans Bubnov, Gerberti opera mathematica.
Quant au traité De corpore et sanguine Domini, mis sous son nom par Pez, et reproduit dans P. L., t. cxxxix, col. 179-199, il n’est certainement pas de Gerbert, voir ici t. xt, col. 809. Le Sermo de informatione episcoporum, édité par Mabillon et reproduit ibid., col. 169-178, est donné par un seul des mss qui le contiennent comme l’œuvre d’un Gilbertus philosophus papa urbis Romæ; son authenticité est loin d’être établie. Nous retrouverons plus loin, col. 2081, le De rationale et ratione uti, ibid., col. 159-162, qui est la résolution d’une difficulté dialectique soulevée par un mot de Porphyre.
2° L'homme politique. — 1.Gerbert au service d’ Adalbéron de Reims.— A partir de 983, date oùilétait rentré à Reims, Gerbert se mit de plus en plus au service de la politique de son archevêque, Adalbéron, qui, depuis 969, occupait le siège de saint Remi. Comme tous ses prédécesseurs, Adalbéron se mêlait beaucoup des grandes affaires du royaume de France; mais, tandis que les anciens archevêques s’étaient montrcs les meilleurs soutiens de la dynastie carolingienne contre les Robertiens, lui ne faisait pas mystère de ses sympathies pour la famille qui, arrivée deux fois déjà au trône de France, mais deux fois évincée, n'avait cessé
de renouveler ses tentatives. En favorisant Hugues }
Capet, Adalbéron, d’ailleurs, songeait davantage encore aux intérêts de la dynastie allemande des Ottons qu’à ceux des Robertiens. Le roi carolingien Lothaire (954-986) était, en effet, pour l'Allemagne un voisin quelque peu gênant. En 985, quand Lothaire, profitant de la minorité d’Otton III, se jette sur l’AIsace, puis sur Verdun, Adalbéron, aidé de Gerbert, intrigue pour opposer au Carolingien «qui ne gouverne la France que de nom, Hugues Capet qui en est le maître véritable ». Gerbert, Epistol., XLvInt, édition Havet. L'union des Allemands avec les Robertiens, explique Gerbert, ce serait la perte de Lothaire et le salut d’Otton III. Cette machination faillit être funeste à Adalbéron. Cité par le roi Louis V, qui venait de succéder à son père Lothaire (f 2 mars 986), à comparaître devant l’assemblée de Compiègne (mai 987), Adalbéron n’évita la peine que méritait sa félonie que par la mort accidentelle de Louis V (22 mai). Mais
alors, d’accusé, Adalbéron devint l’arbitre de la situa- | tion. C’est lui qui, à l’assemblée de Senlis (derniers |
jours de mai), fait donner la couronne de France à Hugues Capet, lui qui sacre le nouveau souverain dans
la cathédrale de Reims (3 juillet 987). Dans toute cette affaire, Gerbert avait été sans cesse, pour Adalbéron, l'auxiliaire le plus actif.
2. Le concile de Saint-Basle. — Dix-huit mois plus tard, Adalbéron mourait (23 janvier 989). Gerbert avait eu des promesses; il comptait que la reconnaissance d’'Hugues Capet lui assurerait le siège de Reims. Mais celui-ci le donna à Arnoul, un bâtard du feu roi Lothaire, espérant désarmer ainsi les derniers Carolingiens. Le calcul ne réussit pas; bien vite Arnoul trahit Hugues Capet, qui finit par mettre la main sur lui et demanda contre le prélat félon une sentence de déposition au pape Jean XV. Voir Mansi, Concil., t. x1x, col. 173. Comme celui-ci tardait, le roi convoqua pour le 17 juin 991 un concile des prélats français au monastère de Saint-Basle de Verzy. Cette assemblée, dont Gerbert lui-même donne un long récit dans ses Ac{a concilii Remensis ad Sanctum Basolum, P. L., t. cxxxIX, col. 287-338 (abrégé par Richer dans son Historia, 1. IV, c. LI-LxxIu, P. L., t. CXxxvInx, col. 147- 155), groupait, avec les suffragants de Reims, les archevêques de Sens et de Bourges, les évêques d’Orléans, Autun, Langres et Mâcon, enfin un grand nombre d’abbés de monastères. La présidence revenait à l'archevêque de Sens, Séguin; mais le véritable animateur du concile était un autre Arnoul, évêque d'Orléans, dont Gerbert inspirait les démarches. Les deux rois, Hugues et son fils Robert, associé au trône, arrivèrent à l’assemblée le 18 juin.
Arnoul de Reims finit par avouer la trahison dont il s’était rendu coupable; mais, quand il s’agit de statuer sur la peine, ses défenseurs, qui se recrutaient surtout parmi les abbés, firent valoir que la cause n’était plus intacte, puisque le pape en avait été régulièrement saisi; d’ailleurs, c’était là une « cause majeure » que le droit, ou plutôt la jurisprudence, réservait au Saint-Siège. Depuis le 1x2 siècle, cette jurisprudence s’était inscrite dans les Fausses Décrétales, dont nul n’avait plus l’idée de contester l’authenticité. Les décrétales attribuées à Damase furent lues à l’assemblée; elles auraient dû emporter pièce et empêcher le concile de procéder contre l’archevêque félon. Mais l’évêque d'Orléans, Arnoul, fourni d’arguments par Gerbert, ne s’en laissa pas imposer. Luimême et son inspirateur se rendaient obscurément compte que les collections canoniques authentiques étaient les témoins d’une jurisprudence toute difrérente de celle que préconisaient les faux isidoriens; les conciles africains, en particulier, leur donnaient et des précédents et des textes législatifs montrant à l’évidence que les « causes majeures » dont on parlait tant n'étaient pas, de droit, réservées au Siège apostolique. Arnoul le dit, il le dit avec véhémence et bientôt de la région sereine des idées générales descendit dans le champ de la polémique contre les occupants du Siège apostolique. Bien des échos étaient venus jusqu’en France des événements pénibles ou même scandaleux qui, au cours du Χο siècle, avaient déshonoré le Saint-Siège. Tout cela fut rappelé sans pitié. Le raisonnement d’Arnoul ne menait à rien de moins qu’à l’idée qu’il y avait lieu de refuser l’obéissance à des papes ignorants et immoraux. Que restait-il à faire aux Églises locales, sinon à s’organiser ellesmêmes dans une large autonomie. « Cherchons, disait l’orateur, où se pourraient trouver les éléments de la parole divine. ἃ coup sûr, il y a en Gaule Belgique, en Germanie, des évêques tout à fait remarquables par leur piété. Ne vaudrait-il pas mieux s’en rapporter à leur jugement qu’à celui d’une ville où tout, à l'heure présente, est à l’encan, où les jugements se rendent non d’après l’équité, mais d’après la quantité des écus qui ont été versés? » P. L., loc. cit., col. 314 B.
Tous ces propos étaient fort dangereux et n’allaient
à rien de moins qu’à un bouleversement total de la constitution ecclésiastique. Arnoul l’emporta néanmoins et le concile se décida à procéder contre l’archevêque; il fut déposé dans les formes et dégradé et consentit à ce qu’on lui donnât un successeur. ἃ sa place, dès le lendemain, on élisait Gerbert qui fut prestement sacré et intronisé.
3. Gerbert archevêque de Reims. — Averti sans doute par les évêques de Lotharingie et d’Allemagne, Jean XV, dès 992, envoyait à Aix-la-Chapelle comme légat du Saint-Siège, Léon, abbé du monastère romain de Saint-Boniface. La lettre qu’il apportait, Jafré, n. 3841, prescrivait aux évêques français de venir à Aix pour ventiler toute l'affaire. Comme ces prélats ne se hâtaient point, le légat repartait bientôt pour la Curie, d’où une sommation fut adressée aux mêmes évêques et aux deux rois de se rendre à Rome pour donner les explications nécessaires. Jafté, n. 3845. En France, on fit encore la sourde oreille, Léon se remit donc en route pour l’Allemagne et, rassemblant un concile à Ingelheim, au cours de 991, il demanda aux évêques allemands de casser les actes de Saint-Basle, ce qui fut fait.
Fort de cet appui, Jean XV pouvait procéder contre les récalcitrants. Une lettre de Gerbert montre que le pape entendit lancer une sentence d’excommunication contre l’archevêque de Reims et les membres du concile de Saint-Basle. Epist., cxcn1, édition Havet, p. 182, à Séguin de Sens. De pareille sentence, Gerbert contestait la légalité : « Les privilèges de Pierre, répétait-il, n’ont plus de valeur quand les règles de l’équité ne sont pas observées. » Pour faire front contre les prétentions romaines, un concile se rassemblait à Chelles, au cours de 995, sous la présidence du roi Robert. Voir le récit dans Richer, op. cil., 1. IV, c. LXXXIX, 00]. 160. Gerbert, comme à Verzy, mais cette fois à visage découvert, était l’âme de la résistance au Saint-Siège. Si le pape, disait-il, avançait une opinion contraire aux canons des Pères, il n’y avait qu’à la tenir pour nulle et non avenue, car il est écrit : « Fuyez l’hérétique, fuyez l’homme qui se sépare de l'Église. » On approuva une fois de plus l’abdication d’Arnoul de Reims et la promotion de Gerbert.
Mais le légat pontifical Léon, qui conservait le contact avec l’épiscopat de Germanie et de Lorraine et créait, par ses agissements, de sérieux embarras au roi Hugues, donna derechef rendez-vous aux évêques de ces pays et à ceux de France à Mouzon, sur la Meuse. Défense fut faite aux prélats français de s’y rendre; mais Gerbert sentait croître contre lui les défiances. Voir les lettres de justification qu’il écrit alors aux évêques de Liége et de Strasbourg. Epist., CXCIN, CCxvII, édition Havet. Il ne put éviter de comparaître et de s'expliquer (juin 995). I] le fit en des termes dont la modération fait contraste avec le ton passionné que l’on avait pris à Saint-Basle; somme toute, il ne se réclamait que de son entière bonne foi, dans une affaire où toutes les apparences étaient contre Arnoul. Voir son discours dans P. L., t. CxxxIx, col. 343-346, à compléter par Richer, 1. IV, c. crr-cv, t. cxxxvirt, col. 166-169. Cette attitude fit bonne impression; les évêques comprirent sans doute que la cause d’Arnoul était médiocre, on se mit d’accord pour la reprendre à Reims un mois plus tard. Le légat, néanmoins, fit entendre à Gerbert qu'il devrait se considérer comme suspens et, tout en récriminant, l'archevêque promit de ne point célébrer jusqu’au 1er juillet, date fixée pour le concile. Nous ne savons si cette assemblée se tint; il semble que l'affaire soit encore demeurée en suspens. Mais, de ce chef, la situation de Gerbert à Reims devenait intenable, car ses ennemis rappelaient qu'il demeurait sous le coup de l'excommunication lancée par Jean XV. Autour de lui
les défections se multipliaient; ses clercs même refusaient de s’asseoir à sa table. Cf. Epist., cLxxxI, à la reine Adélaïde. Il crut bon de céder devant l'orage. Avec la cour d’Otton III, il avait conservé de bons rapports; au printemps de 996, il rejoignit le jeune roi qui descendait en Italie pour y chercher la couronne impériale, espérant que celui-ci s’interposerait auprès de Jean XV.
3. Gerbert en Italie. — Or, ce pape disparaissait au moment même de l’arrivée d’Otton III et, pour le remplacer, le roi désignait un de ses chapelains qui devenait Grégoire V. Malgré ses attaches avec la cour germanique, celui-ci ne paraissait guère pressé de liquider l'affaire de la succession de Reims et parlait de Gerbert comme d’un intrus. Jaffé, ἢ. 3866. La mort d’Hugues Capet (octobre 996), le plus ferme soutien de l’archevêque, achevait de découvrir celui-ci. Au concile tenu par Grégoire V à Pavie, en février 997, le pape déclarait suspens des fonctions épiscopales les évêques ayant pris part à la déposition d’Arnoul, pour n’avoir pas obéi aux monitions ultérieures du Saint- Siège. Gerbert, qui était rentré en France — il était en mars 997 à un synode tenu à Saint-Denis — ne pouvait plus demeurer à Reims. Il reprit le chemin de l'Allemagne, puis accompagna Otton III dans sa deuxième campagne en Italie, qui devait mater la révolte de Crescentius (printemps 998). A peine le calme revenu dans Rome, Gerbert, par la volonté d’Otton et du consentement de Grégoire V, était nommé archevêque de Ravenne. Jafté, ἢ. 3883 (28 avril 998).
Sitôt nommé, Gerbert se faisait à Ravenne le promoteur de la réforme ecclésiastique. Voir Mansi, Concil., τ. xix, col. 219. De même secondait-il avec zèle l’action de Grégoire V. Aux derniers mois de 998, il était aux côtés du pape en ce fameux concile de Saint-Pierre qui menaça d’excommunication le roi Robert le Pieux et les évêques qui avaient favorisé son mariage avec Berthe, sa cousine, régla avec autorité diverses causes épiscopales, tant en Allemagne qu’en France, bref, procéda justement selon les principes contre lesquels avait si vivement protesté le concile de Saint-Basle. Mansi, ibid., col. 225-226.
Quelques semaines plus tard, mourait le pape Grégoire V (18 février 999). Comme le dit son épitaphe, c'était la volonté d’Otton IIT « qui lui avait confié le bercail de Pierre ». Cette même volonté faisait monter sur la chaire apostolique, le 2 avril 999, Gerbert, archevêque de Ravenne. L’un des premiers protagonistes de ce que l’on pourrait déjà appeler le gallicanisme ecclésiastique devenait, de ce chef, le pape Silvestre II.
11. LE PONTIFICAT DE SILVESTRE II. — Trop bref — il durera un peu plus de quatre ans — le pontificat de Silvestre II ne donnera pas tous les résultats qu’on aurait pu en attendre. Il marque néanmoins un renforcement passager de l’autorité du Saint-Siège et il n’est pas sans intérêt de voir Gerbert se montrer intransigeant dans la défense des droits traditionnels du Siège apostolique.
Un de ses premiers actes était pour régler en Allemagne la question de l’ambitieux Gislar qui, évêque de Mersebourg et ne pouvant devenir archevêque de Magdebourg, avait imaginé, en 981, de faire supprimer la distinction des deux diocèses et se considérait comme archevêque dans l’unique ressort ainsi créé. Tout puissant auprès de l’empereur Otton II, il avait arraché au Saint-Siège, par l'intermédiaire de celui-ci, une approbation telle quelle de ses agissements. Mais les vues d’Otton III n’étaient point celles de son père; l'affaire de Gislar fut évoquée au synode romain qui suivit l'accession de Silvestre. La suspense ab ofjicio fut prononcée par le pape contre l'archevêque qui s'était montré récalcitrant aux ordres du pape Grégoire V.
Voir Thietmar de Mersebourg, Chronicon, 1. IV, c. XXVIN, P. L.. t. cxxxIX, col. 1265. Même attitude de Silvestre à l'endroit des évêques français. Sous Grégoire V aussi, Étienne qui était arrivé par violence au siège épiscopal du Puy, avait été déposé et ses consécrateurs excommuniés. Jaffé, post n. 3896. En novembre 999, Silvestre confirme la nomination du successeur qui ἃ été donné à Étienne. Jafté, n. 3906. Il y a mieux : Arnoul de Reims, à la déposition de qui Gerbert avait pris un si grand intérêt, est venu à Rome à la fin de 999. Silvestre donne à cette affaire la solution la plus convenable. Sans innocenter l'archevêque contre lequel avait si violemment requis le concile de Saint-Basle, le pape + considérant que la sentence de ce concile n'avait pas été approuvée par le Saint-Siège », autorisa Arnoul à reprendre toutes ses fonctions. « Nul ne devra à l'avenir, lui opposer le fait de sa déposition et lui en faire grief de quelque façon. » Jafté, ἢ. 3908. L'année suivante, l’évêque de Laon, Adalbéron (ou Ascelin), accusé par son souverain Robert le Pieux de multiples félonies, reçoit de Silvestre une des plus sévères mercuriales qui soient jamais parties de la chancellerie pontificale. Jaffé, n. 3914. Tout au début de 1001, le synode tenu à Saint-Sébastien de Rome, en présence d’Otton, casse le jugement rendu par Willigis de Mayence, qui enlevait à l’évêque de Hildesheim ses droits sur le monastère de Gandersheim. Jafté, post ἢ. 3915. Tous ces actes montrent de quelle manière Silvestre concevait son rôle de chef de l'Église.
L'autorité qu'il revendiquait, il entendait la faire servir au bien général. De plus en plus, dans l’Église, il était question de réforme. En attendant de plus amples projets, il était un abus auquel il fallait d’abord s'attaquer, c'était la simonie dont les conciliaires de Saint-Basle s'étaient plaints avec tant d’amertume. A Ravenne déjà, Gerbert lui avait déclaré la guerre; devenu pape, il continua. Même si l’on n’admet pas l’authenticité du Sermo de informatione episcoporum, où ce crime est durement repris, il reste, pour juger des idées de Silvestre, une consultation donnée par lui à un abbé de monastère qui, se sentant coupable, avait demandé au pape de quelle manière il pouvait le mieux expier sa faute. 714 6, n. 3930.
Sur ces divers points, le pape était en parfait accord avec le jeune empereur qui, ayant fixé à Rome sa résidence, ne s’écartait guère de la capitale que pour des voyages de piété ou d’affaires. Silvestre était devenu son plus intime confident. Il voyait avec joie, s’il ne suggérait pas lui-même, les grandioses projets que le souverain, demi-grec par sa mère Théophano, nourrissait et commençait à réaliser. L’idée que l’Empire, récemment relevé par Otton I°, n’était point chose germanique, que c'était une puissance universelle, la chrétienté envisagée sous son aspect de Cité de Dieu, cette idée, Silvestre l'avait soufflée au jeune Otton. Elle s'étale dans l’exorde de cette discussion dialectique De ralionali et ratione uti, où Gerbert s’écriait : « La Grèce n’est pas seule à se vanter de posséder la puissance romaine. Nôtre, vraiment nôtre, est l'empire romain. Sa force, elle est dans la fertilité de l'Italie, dans les qualités guerrières de la Gaule et de la Germanie, dans l’appui que lui fournissent les royaumes des Slaves. » P. L., t. cxxxIX, col. 159 C. Faire à nouveau de Rome la capitale de l'Empire, c'était à quoi tendait de plus en plus Otton III qui, dans son palais de l’Aventin, copiait tout le pompeux cérémonial, tout le fastueux appareil de la cour byzantine. Encore que les plans qui s’ébauchaient ne fussent pas sans danger pour l'indépendance du Saint- Siège, Silvestre évitait de les contrecarrer, mais il s’eflorçait de faire dévier dans une autre direction les
chimériques, une chose surtout lui souriait : le fait que l'Empire se dénationalisait et prenait dans la chrétienté allure plus catholique. Maintenant que le christianisme dépassait largement, dans la direction de l'Est, les frontières de la Germanie, il s'agissait de détacher l’un de l’autre christianisme et germanisme, de donner aux jeunes Églises que l’Allemagne avait essaimées le sentiment de leur indépendance. Ainsi fut fait et les conseils de Silvestre n’ont pas été sans contribuer à ce grand résultat.
C’est par l'intermédiaire de la cour impériale qu’Étienne, roi de Hongrie, demande au pape Silvestre les pouvoirs nécessaires pour établir en son pays, qui commence à se convertir, les évêchés nécessaires; peutêtre sollicite-t-il en même temps la reconnaissance par le Saint-Siège de la jeune monarchie. Cf. Thietmar de Mersebourg, Chronicon, 1. IV, c. xxxvin, P. L. t. cxxxIX, col. 1272 C : Imperaloris gratia et hortatu, Waic (c’est le nom magyar d’Étienne) in regno suimet episcopales cathedras faciens, coronam et benedictionem accepil (mais la pièce, Jaffé, n. 3909, est un faux qui ne remonterait qu’au xvit siècle). Les paroles de Thietmar laissent entendre qu’il y eut d'importantes concessions faites au nouveau royaume.
Même spectacle en Pologne, où se constituait un État considérable sous le gouvernement de Boleslas le Vaillant. Encore que les ambitions de celui-ci aient pu sembler menaçantes pour la Germanie, Otton III ne laissait pas de lui faire des avances. Un lien d’ailleurs unissait les deux souverains, une vénération commune pour la mémoire de saint Adalbert, tombé en 997 sous les coups des Prussiens. ἃ Gniezno, Boleslas, qui avait racheté son corps, avait donné au martyr une magnifique sépulture. Otton II, en 996, avait connu Adalbert à Rome, s'était mis sous sa direction, avait conçu pour ce père spirituel une juvénile affection, En l’an 1000 il voulut aller sur son tombeau, désireux de voir de ses yeux les miracles qui s’y accomplissaient. C’est dans le sanctuaire que se rencontrèrent le duc et l’empereur, et c’est sur la châsse du martyr que fut décidée l’organisation en Pologne d’une hiérarchie qui serait indépendante de l’Église d'Allemagne. Gniezno deviendrait un siège archiépiscopal, avec comme suffragants, les évêchés de Kolberg, en Poméranie, de Breslau, en Silésie, de Cracovie en Petite-Pologne. Bien qu'il ne reste pas de traces d’une participation de Silvestre II à cet arrangement, il n’est pas vraisemblable que la Curie y soit demeurée étrangère. Parti de Rome au début de l’an mille, Otton y était rentré en octobre. Soit avant son départ, soit à son retour, il a dû mettre le pape au courant de ce qu’il méditait ou de ce qu'il avait réalisé en Pologne.
Cet an mille, que l’empereur passa presque entièrement en dehors de Rome, avait donné quelques émotions à Silvestre, qui se sentait plutôt toléré qu’accepté par les Romains. Cf. Jaffé, n. 3913. Il se passa néanmoins sans trop d’encombre. Le retour d’'Otton III, en octobre, rassura pleinement le pape. Mais bien vite il dut déchanter. En février de l’année suivante, 1001, une échauffourée assez grave contraignit le pape et l’empereur à quitter Rome où ils ne se sentaient plus en sûreté. Voir Thangmar, Vila S. Bernwardi, n. 23 sq., P. L., t. cxL, col. 412 sq. Durant toute cette année, Silvestre paraît bien avoir suivi Otton, parcourant l'Italie dans toutes les directions, s’installant quelques semaines à Ravenne, puis, à l’été, circulant aux alentours de Rome qui ne paraissait pas décidée à ouvrir ses portes. Après avoir passé à Todi les fêtes de Noël, le quartier général alla s'installer au pied du Soracte, au château de Paterno. C’est là qu’Otton fut atteint d’une fièvre maligne qui l’emporta en quelques jours. Il mourut le 23 janvier 1002, assisté dans son agonie
intentions impériales. En toutes ces vues plus ou moins | par Silvestre IT. Tandis que la dépouille de l’empereur
2083 SILVESTRE II — était ramenée en Allemagne, le pape, complètement abandonné par les Allemands, était bien obligé de négocier avec les Romains. C’était Jean Crescentius, le fils du héros de 998, qui, décoré du titre de patrice, exerçait maintenant le pouvoir dans la capitale. Avec sa permission, Silvestre put rentrer au Latran; sa situation redevenait ce qu'avait été celle de ses prédécesseurs du Χο siècle; il n’était plus que chef spirituel. Du moins le laissa-t-on mourir en paix (12 mai 1003).
C’est après sa mort que la légende s’acharna sur sa mémoire. Ses connaissances astronomiques, qui dépassaient de beaucoup l’ordinaire, ses réussites dans la vie, qui faisaient de son existence un vrai roman, sont vraisemblablement au point de départ d’un récit qui circulait déjà à la fin du xr siècle, et qui s’est finalement déposé dans le Speculum historiale de Vincent de Beauvais, L X XIV, c. xcvirr, où Martinus Polonus l’a pris pour l’insérer dans son catalogue des papes. Moine de Fleury-sur-Loire, Gerbert, dit cette fable, abandonna l’état monastique et, pour réussir dans la vie, fit hommage au diable qui lui promit d’accomplir tous ses désirs. Le séjour qu’il fit à Séville le mit en grande réputation de science, il fut le précepteur de l’empereur Otton et du roi Robert. L'assistance du diable le fit ensuite arriver aux sièges de Reims, de Ravenne, enfin à celui de Rome. Il ne lui restait plus qu’à garder longtemps cette suprême dignité; le diable lui promit qu’il la garderait autant qu'il le voudrait, pourvu qu’il ne célébrât pas la messe à Jérusalem. Joie de Gerbert, qui n’avait nul désir de passer la mer. Mais, un jour de carême qu’il célébrait en la basilique romaine de Sainte-Croix-en-Jérusalem, il entendit le bruit que faisaient autour de lui les démons : il était pris. Malgré sa scélératesse, il ne désespéra cependant point de la miséricorde divine et, confessant publiquement sa faute, il demanda qu'après sa mort on lui coupât les membres par lesquels il avait rendu hommage à Satan et qu’on ensevelît son corps mutilé là où le porteraient les animaux attelés au char. Ainsi fut fait, et le macabre convoi vint aboutir à la basilique du Latran. C’était le signe que Dieu lui avait fait miséricorde! — Il manquerait quelque chose à la physionomie de Gerbert si on ne lui ajoutait pas ce dernier trait.
I. SourCEs. — Liber ponlificalis, éd. Duchesne, t. 11, p. 263-264; Jafté, Regestu, t.1, p. 496-501; textes des diverses chroniques dans 1. Watterich, Pontificum romanorum vitæ, τ. 1, p. 693-699; et dans les Œuvres de Gerbert, sa Correspondance, éd. J. Havet.
11. TRAVAUX. — 1° Rôle scientifique de Gerbert. — Travaux très nombreux; on retiendra, outre ceux qui ont été signalés au cours de l’article : K. Werner, Gerbert von Aurillac, 2e éd., Vienne, 1881; F. Picavet, Gerbert, un pape philosophe, Paris, 1897; M. Büdinger, Ueber Gerberts wissenschaftliche und politische Stellung, Cassel, 1851.
2e Activité politique οἱ religieuse. — Outre les travaux généraux de Gregorovius et de Duchesne, mentionnés à propos des papes contemporains,consulter les histoires générales de l’époque : F. Lot, Les derniers Carolingiens, dans Bibl. de l'École des hautes-études, fase. 87; du même, Le roi Hugues, ibid., fase. 147; C. Pfister, Études sur le règne de Louis le Pieux, Paris, 1885; voir aussi: C. Lux, Papst Silvester 11. Einfluss auf die Politik Ottos 111., Breslau, 1898; K. Th.-Schlockwerder, Das Konzil von Saint-Basle, Magdebourg, 1906; É. Amann, dans Fliche-Martin, Histoire de l'Église, τ, VII, p. 68-77.
É. AMANN.
3. SILVESTRE III, pape du 20 janvier au 10 mars 1045. — Il n’a sans doute pas le droit de compter dans la série des papes légitimes, ayant été substitué par la force à un autre pontife, lui-même indigne, Benoît IX. Voir l’article de celui-ci. Par ses violences tout autant que par sa conduite, Benoît s'était rendu insupportable aux Romains. Aux derniers jours de 1044, une insurrection éclata dans Rome, plus sérieuse que jamais. Voir Annales romani, dans L. Duchesne, Le
DE LAVAL 2084 Liber pontificalis, t. 11, p. 331. Benoît réussit à s’enfuir, mais il gardait des partisans, surtout dans le Transtévère. Cela amena au début de janvier des rixes entre Romains et Transtévérins. Ceux-ci voulurent en finir; le 20 janvier, ils élisaient comme pape Jean, évêque de Sabine, qui prit le nom de Silvestre III. Il paraît d’ailleurs que, pour arriver à ce résultat, Jean avait acheté l’appui d’un des capilanei romains, Gérard di Sasso, l’un de ceux qui avaient détrôné Benoît. Cf. Bonizon de Sutri, Liber ad amicum, 1. V, P. L.,t. ci, col. 817 CD, qui, à la vérité, brouille l’ordre des événements. Silvestre, au fait, n'avait pas régné deux mois que les frères du pape déchu le chassaient du Latran et restauraient Benoît. On ne sait trop ce que devint alors Silvestre III; au dire de Didier du Mont-Cassin (le futur Victor III), il serait rentré dans son évêché de Sabine. Dialogi, 1. III, P. L., t. cxLIx, col. 1004. On sait que, peu après ces événements, Benoît IX céda le Siège apostolique à son parrain, Jean Gratien, qui devint Grégoire VI (5 mai 1045). Vingt mois plus tard, le roi de Germanie Henri III intervenait. Au concile de Sutri, 20 décembre 1046, il entendit régler la question soulevée par l’existence de trois prétendants — au moins possibles — au trône pontifical, Benoît IX, Silvestre III et Grégoire VI. Ce dernier seul était présent à cette assemblée. Le cas de Silvestre III était le plus facile à résoudre; unanimement, il fut déposé de l’épiscopat et même du presbytérat et condamné à finir ses jours dans un monastère. Bonizon de Sutri, Liber ad amicum, ibid., col. 818 C; cf. Annales romani, loc. cit., p. 332. Nous ne pourrions dire comment la sentence fut exécutée, car on perd toutes traces de Jean depuis ce moment. Ultérieurement, les chroniqueurs présenteront sous un jour très différent la situation de 1046. Ils s’imagineront les trois papes, soi-disant rivaux, siégeant simultanément à Rome, l’un à Saint-Pierre, l’autre à Sainte-Marie-Majeure, le troisième au Latran. Voir Othon de Frisingen, Chronicon, 1. VI, c. XXxHI. C’est une interprétation fantaisiste des événements; la bonne foi d’'Othon est certaine, mais il a mal interprété des suggestions faites par les écrivains impérialistes qui l’ont précédé et qui ont donné au souverain germanique le rôle de sauveur de l’Église.
Les divers textes sont énumérés dans Jaffé, Regesla pontificum romanorum, t. 1, Ὁ. 521 (expulsion de Benoît IX), p. 523-524 (élection puis expulsion de Silvestre), p. 525 (concile de Sutri). Voir aussi Watterich, Pontificum romanorum vitæ, t.1, Ὁ. 70, 72-74, 75-77; Liber pontificalis, éd. Duchesne, t. 11, p. 270, 331-332; Gregorovius, Geschichte der Stadt Rom, t.1v, p.46 sq.; L. Duchesne, Les premiers temps de l’État pontifical, 2° éd., p.375 sq; É. Amann, dans Fliche- Martin, Histoire de l’Église, t. vx p. 91 sq.
É. AMaNx.
SILVESTRE DE FERRARE. Voir SILVESTRI.
SILVESTRE DE LAVAL, frère mineur capucin français (xvie-xviie 5.). — Né à Laval, en 1570, d’après N. Desportes, Bibliographie du Maine, au mot Silvestre de Laval, il appartint à la province des capucins de Paris. D’après une liste des chapitres provinciaux des capucins de Paris, conservée dans le ms. 2420 de la Mazarine de Paris, il aurait été nommé lecteur de dialectique, en 1597, gardien de Paris en 1601, et d'Amiens en 1606; il aurait été élu définiteur en 1601 et en 1607. De plus, il aurait exercé la charge de commissaire de la province ou de vicaire-provincial, en 1602, pendant l'absence du P. Ange de Joyeuse pour assister au chapitre général, selon la Chronologie historique de ce qui s’est passé de plus considérable dans la province de Paris depuis l'an 1574 jusques à l’année.., ms. des archives provinciales des capucins à Paris. Le P. Silvestre s’est avant tout distingué dans ses controverses avec les hérétiques. Il eut
beaucoup de conférences avec les ministres luthériens et calvinistes et réussit à opérer un grand nombre de conversions, parmi lesquelles celle de M. de Sainte- Marie fit beaucoup de bruit à Paris. Selon N. Desportes, op. cil., il fut aussi prédicateur du roi. Il mourut inopinément à Poitiers, dans une tournée de prédication. L. Wadding, J.-H. Sbaralea, Bernard de Bologne attribuent sa mort subite à un empoisonnement opéré par les protestants; mais la Chronique inédite citée n’en dit rien, et relate seulement sa mort subite.
Le P. Silvestre a laissé deux écrits, témoins de ses luttes contre les calvinistes : D’abord Correction chrestienne des erreurs et des impiélez de Vignier, ministre à Bloys, ès livres qu’il appelle Examen etc. et de la vraye participation du corps et du sang de Nostre Seigneur; plus un sincère discours touchant la disposition du chrestien pour communier fructueusement, contre les inepties de son homélie sur ce sujet, Blois, 1608, 2 vol. in-8° ; un certain nombre d'exemplaires de cet ouvrage ont été tirés à Orléans, également en 1608, 2 vol. in-8° de x1v-316 et 292 p.; J.-H. Sbaralea cite encore une édition de Paris, 1610. L'ouvrage est dirigé contre l'Examen des erreurs avancées en quelques proposilions et écrits par F. Sylvestre. Avec le discours de ce qui s’est passé sur le défi faict par iceluy au ministre, Saumur, 1607, de Nicolas Vignier, ministre à Blois, l’un des controversistes les plus passionnés de cette époque, et qui finit, pourtant, par se convertir au catholicisme. Cf. B. Hauréau, Histoire littéraire du Maine, t. τν, p. 130. N. Vignier répondit à l'ouvrage mentionné du P. Silvestre de Laval par sa Confirmation de la doctrine de la vraie participation du corps et du sang de N.S. J.-Chr. contre la prétendue correction de Sylvestre Du Val, prédicateur capucin, Saumur, 1608.
L'autre ouvrage a pour titre : Les justes grandeurs de l Église romaine contre l’impiété de ceux qui nomment le pape Antichrist, singullièrement contre le ministre Vignier, Poitiers, 1611, in-4°, comprenant quatre livres à pagination spéciale: 317, 216, 282 et 364 p. Le Catalogus officinalis bibliothecæ exoticæ, Francfort, 1625, p. 29, cite encore une édition de Poitiers, 1613. Le P. Silvestre y attaque le célèbre ouvrage du même Vignier : Théâtre de l’Antechrist. À la fin, il y a une longue poésie d'Adam Blacuodaeus en l'honneur de Silvestre de Laval, intitulée : Zn opus rev. p. Sylvestri Vallensis, e collegio PP. capuccinorum ecclesiastæ, de justa romanæ sedis amplitudine, potestate et magnanimitate odæ. 1] faut citer, enfin, un traité intitulé L’image d'une heureuse mort, tirée des dernières paroles et du trépas inopiné du R. P. Sylvestre de l’Aval, prédicateur capucin, Poitiers, 1612, in-8°, 23 p. Il résulte de la date d'impression de ce livre que Silvestre de Laval mourut au plus tard en 1612 et que par conséquent Bernard de Bologne et J.-H. Sbaralea doivent se tromper, quand ils placent sa mort en 1616.
L. Wadding, Scriplores O. M., 3° éd., Rome, 1906, p. 210; J.-H. Sbaralea, Supplementum, 2° éd., t. 111, Rome, 1936, p. 100-101; Bernard de Bologne, Bibliotheca scriptorum O. M. capuccinorum, Venise, 1747, p. 231; Arthur de Munster, Martyrologium franciscanum, 2° éd., Paris, 1653, p. 59 et 419 a; H. Hurter, Nomenclator, 3° éd., t. 111, col. 418-419; Fr. Pérennès, Dictionnaire de bibliographie catholique, t. 1, Paris, 1858, col. 803; N. Desportes, Bibliographie du Maine, Le Mans, 1844, au mot Silvestre de Laval.
SILVESTRE PRIERIAS. Le même que Μα- ZOLINI, Voir t. x, col. 474.
SILVESTRI François, dit SILVESTRE DE FER- RARE ou encore dans des textes latins : FERRA- RIENSIS (1474-1528), l’un des commentateurs classiques de saint Thomas; quarantième maître général de