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SILVESTRE DE LAVAL — SILVESTRI (FRANÇOIS

l’ordre des frères prêcheurs. — Avant d'occuper cette charge en 1525, François Silvestri avait d’abord pris l’habit dominicain à l’âge de quatorze ans au couvent des Anges dans sa ville natale, Ferrare. Métaphysicien subtil et tôt remarqué, il enseigna à Bologne, cultiva la littérature et la musique, devint vicaire général de la congrégation lombarde. Comme maître général des dominicains, il travailla activement à augmenter les études, fût-ce au détriment des observances plus médiocres. Une grande partie de son généralat fut occupée à la visite des couvents de France. En ses dernières années, il avait acquis un embonpoint considérable qui causa sa perte, tandis qu’il résidait à Rennes. En effet, une barque où il avait pris place chavira sur la Vilaine.

En théologie thomiste, François Silvestri est essentiellement le contemporain, l’émule, l’admirateur et parfois le contempteur décidé mais discret de Cajétan. Cajétan est demeuré le commentateur quasi officiel des textes de la Somme théologique. De la même manière, Silvestri est demeuré le commentateur le plus consulté de la Somme contre les gentils. C’est au point que, dans l'édition léonine officielle de saint Thomas, les commentaires de Silvestri sont annexés à chaque chapitre correspondant de la Somme contre les gentils. Michele Pio rapporte que François Silvestri avait composé également des commentaires sur la Prima pars; mais il les détruisit quand il constata la supériorité des commentaires correspondants de Cajétan. Par contre, lorsque Cajétan passa par le couvent de Bologne comme maître général des dominicains, en 1518, et qu'on lui eut présenté les commentaires de la Somme contre les gentils dont le manuscrit avait été rédigé deux ans plus tôt par Silvestri, Cajétan ordonna que ces commentaires fussent imprimés à cause de leur manifeste utilité. Cajétan montrait une certaine grandeur en décidant de la sorte, car la doctrine de Silvestri n’était pas toujours conforme à la philosophie du maître général. On touchait à la dernière phase de la grande querelle italienne et surtout padouane sur l’immortalité de l’âme. Cajétan s’était risqué jusqu'aux frontières du naturalisme averroïste, sans aller bien entendu jusqu'aux extrémités d’un Pomponazzi. Silvestri, au contraire, tout en ayant la même virtuosité d’analyse logique et métaphysique, obliquait vers l’intellectualisme thomiste dans ce qu’il avait de plus spirituel. C'était là une tendance générale de son esprit qui se retrouve jusque dans ses commentaires de livres d’Aristote. A fortiori, ce point de vue était-il plus aisé à maintenir dans un commentaire de cette Somme contre les gentils où, avant Scot qui parlera de natures intellectuelles, Thomas traite longuement des substances intellectuelles. Il est un point en particulier où Silvestri est connu chez les scolastiques modernes, c’est le point où il s’oppose à Cajétan pour ce qui concerne la causalité occasionnée par les images dans tout ce qui concerne l’intellection. Voir, par exemple, Zn 1Ium contra gentes, ©. LXXvVII. Il est évident que Silvestri cherche par tous les moyens à réduire le rôle de ce conditionnement que les images apportent dans l’activité intellectuelle. Ce plus grand spiritualisme de Silvestri s’apparente peut-être davantage aux positions instinctives de la connaissance vulgaire, mais il a sur le naturalisme de Cajétan l’avantage d’être moins apparemment paradoxal. Bien entendu la très honnête analyse métaphysique instituée par Silvestri tout au long de la Somme contre les gentils ne saurait soutenir pour la profondeur du génie une comparaison avec les commentaires de Cajétan sur la Somme t(héologique. Silvestre de Ferrare demeure donc le commentateur honnête, sérieux, disert, fidèle au maître, qu'on aimera à étudier pour mieux comprendre non seulement la Somme contre les gentils mais toute la métaphysique thomiste. Il n’en reste pas moins que ce

n’est point le lieu d'exposer ici dans tous leurs détails les thèses et opinions propres à Silvestri. On arriverait probablement à une première approximation très sujette à caution, comme il est arrivé, pour le cas spécial de la justice originelle, au P. Kors, pourtant excellent théologien de cette matière. Ayant voulu évoquer l'opinion de Silvestri sur la question, il n’en saisit pas la subtilité et se fit relever avec quelque rudesse par le P. Laurent dans La pensée de Sylvestre de Ferrare et de Cajétan sur la justice originelle, Revue thomisle, juillet 1928. Même aventure advint concernant la théorie de la connaissance chez Silvestri à P. Garin qui fut critiqué par le P. Congar dans la Revue des sciences philosophiques et théologiques, novembre 1932. Cela ne veut pas dire que la théologie générale de Silvestri soit insaisissable. Mais le plus analytique des commentateurs de saint Thomas devra être étudié par des spécialistes pendant des années et des années avant qu’on ait le droit de se livrer à son propos à la fantaisie d’une heure de synthèse.

Au surplus, si les théologiens métaphysiciens veulent commencer à entrer dans les vues de Silvestri, ils peuvent tenter de se familiariser avec les notions de ce philosophe, par exemple l’inhérence aptitudinelle, In IVum contra gentes, ©. LXV, ou bien la causalité dans les genres les plus généraux, In Iv® contra gentes, c. xxv, ou encore le formel confus pris matériellement, In In contra gentes, c. x1. On aurait d’ailleurs tort de prendre à la légère ces raffinements d’ontologie. Ils servent à Silvestri, dans le premier cas, à exposer sa théologie de l’eucharistie, dans le second cas à préciser sa méthodologie dialectique, dans le troisième cas à préciser sa notion de la révélation par rapport à ce qu'avait soutenu Duns Scot.

Silvestri a été le directeur spirituel d’une mystique dominicaine, Osanna de Mantoue, qui ἃ été depuis béatifiée. La biographie de la bienheureuse a été reprise par le Ρ. ἃ. Bagolini, La beala Osanna Andreasi da Mantoua, Florence, 1905. Le P. Bagolini fournit divers renseignements sur la direction spirituelle de la bienheureuse Osanna par Silvestri.

Les commentaires de Silvestri sur la Somme contre les gentils ont été édités pour la première fois à Paris en 1552. Ils ont été réédités maintes fois avant l’édition léonine : Lyon, 1567; Anvers, 1568, etc. Ses Annotaliones in libros posleriorum Aristotelis οἱ S. Thomæ étaient parues de son vivant, Venise, 1517. Ses Quæstiones luculentissimæ formant deux volumes : Zn octo libros physicorum et In tres libros de anima ne devaient paraître qu’en 1577, à Rome, avant d’être réimprimées à Venise en 1617.

Enfin en 1525, à Rome, Silvestri publiait un écrit contre Luther : Apologia de convenientia institutorum romanæ Ecclesiæ cum evangelica libertate tractatus adversus Lutherum de hoc pessime sentientem, Laurentio cardinali Puccio tit. S. S. Quatuor Coronalorum episcopo Prænestino ordinis prædicalorum protectori ab auctore jam ordinis magistro nuncupatus. Ce livre maintes fois réémprimé eut une réelle influence, due non seulement à un style brillant et alerte, mais à la manière agréable dont il présentait l’Église catholique comme parfaitement apte à promouvoir les saintes libertés que prêche l'Évangile.

F.Laucherit, Die ilalienischen Gegner Luthers, Fribourg-en- Brisgau, 1911; A. Mortier, Histoire des maîtres généraux de l'ordre de Saint-Dominique, t. v, Paris, 1911, p. 260-284; M. Pio, Vita degli huomini illustri di S. Domenico, t. 11, Pavie, 1613.

M.-M. GORCE.

SILVY Louis, magistrat français (1760-1847). — Il naquit à Paris, le 27 novembre 1760, d’une famille fort attachée au jansénisme. 11 fut l'élève et le disciple du bénédictin dom Deforis, lui-même partisan du

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