‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 5)Chapitre 186 sur 457 · SIMON Richard, prêtre de l’Oratoire · texte numérisé non relu

SIMON Richard, prêtre de l’Oratoire

1712), le fondateur de la critique biblique. — I. Vie et

ouvrages jusqu'à la sortie de l’Oratoire. II. Après la sortie de l’Oratoire III. L'œuvre et l’homme.

I. VIE ET OUVRAGES JUSQU’A LA SORTIE DE L'ORA- TOIRE. — La vie de Richard Simon se confond avec la composition de ses ouvrages et se résume dans les événements auxquels leur publication a donné lieu.

1° Années de formation. — Né à Dieppe, le 13 mai 1638, fils d’un forgeron, le fondateur de l’exégèse historique était de condition trop modeste pour recevoir une éducation à la hauteur de son talent. Il fallut que des protecteurs étrangers, en particulier son curé, Adrien Fournier, ancien prêtre de l’Oratoire, y pourvussent, d’abord chez les oratoriens de Dieppe, puis, pendant son année de philosophie, chez les jésuites de Rouen.

11 fut reçu une première fois à la maison d'’institution de l’Oratoire le 22 octobre 1659, pour en sortir moins d’une année après; il suivit alors pendant trois ans les cours de Sorbonne, prit des leçons d’Écriture sainte sous Le Maître, de scolastique avec Chamillard, Grandin, Leblond:; il allait de temps en temps entendre chez les jésuites le P. Deschamps qui enseignait la théologie : il étudia seul lhébreu et le svriaque, lut la Somme de saint Thomas, le Maître des Sentences, toute la théologie d’Isambert, Gamache, quelque peu Suarez et Bécan. ΠῚ lut aussi des commentaires de la Bible, dont quelques-uns hérétiques, pour répondre aux calvinistes de son pays; Six siècles des centuriateurs de Magdebourg, l'Abrégé de Baronius par Sponde, le Nouveau Testament avec la paraphrase d’Érasme, les Commentaires de Maldonat, quelque chose de Bellarmin, etc. Jamais peut-être élève n’est resté plus indépendant de ses maîtres et ne s’est trouvé en opposition plus marquée avec l’enseignement officiel.

Il fut reçu de nouveau à l'Oratoire le 13 septembre 1662; pendant son noviciat, il eut la permission d’apprendre l’arabe avec son supérieur le P. Berthad; ensemble, ils lisaient l’Écriture sainte dans les originaux, les Pères de l’Église et principalement saint Jérôme et les œuvres des plus habiles critiques. Au sortir du noviciat, il fut un an professeur de philosophie à Juilly (1664), passa deux ans à la maison de >aris (1665-1666), où il fit le catalogue des nombreux livres orientaux qu’on y possédait, manuscrit aujourd’hui à la Bibliothèque nationale, mss hébreux, 1295. Après quoi, il demanda à revenir à Juilly où il professa encore la philosophie pendant un an et ensuiteselivra à l'étude. Il fut ordonné prêtre à Paris le 20 septembre 1670 par H. de Péréfixe.

20 Ouvrages de préparation et d'approche. — W habite désormais à la maison de la rue Saint-Honoré. Tout en estimant la Perpétuilé de la foi d'Arnauld (1669), il trouvait quelques faiblesses dans la manière de répondre au ministre Claude: il donna donc un supplément aux preuves d’Arnauld dans Æides Ecclesiæ orientalis : Gabrielis metropolitæ Philadelphiensis opuscula nunc primum de græcis conversa cum nolis uberioribus quibus nalionum orientalium persuasio de rebus ecclesiasticis, ex libris præserlim manuscriptis vel nondum Latio donatis illustratur. Opera et studio Richardi Simonis e congregatione Oratorii, Paris, 1671. in-40, 1] vexplique d’une manière solide οἱ judicieuse la croyance des sociétés chrétiennes du Levant sur l’eucharistie et l’appuie,non sur des raisonnements scolastiques, comme avaient fait trop fréquemment Arnauld et Nicole, mais sur des preuves de fait. Les jansénistes lui en voulurent quelque peu, mais le Journaldes savants fit un long extrait de son ouvrage, année 1672, p. 3; cf. Leltres choisies de M. Simon, t. 11, p. 81; t. 111, p. 1, 19.

L'année précédente, il avait publié Factum servant de réponse au livre intitulé : Abrégé du procès fait aux juifs de Melz, 1670, in-4° de 18 p.; il y répondait à un libelle qui accusait les juifs d’avoir égorgé un enfant;

SIMON (RICHARD

pour ce crime prétendu, un pauvre colporteur, Raphaël Lévi, était mort sur le bûcher. Cette accusation de meurtre rituel n’est-elle pas, dit-il, celle qui ἃ fait périr tant de chrétiens innocents à l’époque des empereurs? Est-ce que les papes n’ont pas souvent défendu les Israélites, en particulier Léon X qui accorda sa protection à Reuchlin contre les fureurs insensées des théologiens de Cologne; de même Grégoire IX et Clément VI qui ont envié à la loi juive sa facilité de favoriser le commerce et l’industrie et ont tâché de faire profiter leurs États d’une si industrieuse activité? De tout temps, la nation juive a rendu de grands services à la science : c’est par des traductions de juifs arabes qu’Aristote a été connu des philosophes du Moyen Age, etc. L'ouvrage est réimprimé dans la Bibliothèque crilique, t. 1, p. 109. Le factum eut un plein succès; la sentence du tribunal fut cassée et il fut décidé que les accusations contre les juifs seraient déférées au grand Conseil.

Désormais les ouvrages de R. Simon vont se suivre de près. Comme presque toujours, il prendra le contre-pied de l’opinion généralement admise, il se dissimulera habituellement sous des pseudonymes, assez transparents toutefois pour être découverts : il s’appellera prieur de Bolleville, sieur de Mony, Recared Sciméon, sieur de Simonville, Richard de Lisle, Jean Reuclin, Origenes Adamantius, Jérôme de Costa, Hieronymus le Camus, Pierre Ambrun, Ambrosius, Jérôme de Sainte-Foi.

Il donne d’abord Cérémonies el coulumes des juifs, aujourd’hui traduites de l’ilalien Léon de Modène, par dom Recared Sciméon, Paris, Billaine, 1674, in-12, un petit chef-d'œuvre en la matière. L’épître dédicatoire rédigée par Frémont d’Ablancourt est adressée à Bossuet. La 2e édition est augmentée de Comparaison des cérémonies des juifs et de la discipline de l’Église, avec un discours louchant les différentes messes ou liturgies qui sont en usage dans tout le monde, par le sieur de Simonville, Paris, Billaine, 1681, in-12 de 404 p. (cf. Lettres choisies, t. 1V, p. 87; Biblioth. cril., €. 1v, p. 103); 3°éd., La Haye, 1682; 4e éd., Lyon, 1684. Dans le factum précédent, il fallait seulement, à propos du procès de Lévi, dessaisir le Parlement d’une affaire; ici, Richard veut convaincre d’ignorance certains docteurs de la faculté de Paris qui condamnent les écrits pour se dispenser de les lire. Les juifs ne sont pas seulement « de vains débris épandus çà et là » (1er sermon de Bossuet sur le 11° dimanche de l'Avent); ils forment un corps de nation toujours instructif, sinon par la communauté des mêmes croyances, du moins par celle des mêmes traditions et des mêmes observances rituelles. La ligne de démarcation entre les deux liturgies est insaisissable et l'influence de l’une des deux religions sur l’autre impossible à déterminer au juste. La messe chrétienne a conservé dans sa première partie le cadre du service de la synagogue; l'office garde à peu près les mêmes heures, un assemblage tout pareil de prières communes et de prières propres. C’est àux juifs qu'a été confié le dépôt de la tradition : lis credila sunt eloquia Dei, Rom., 111, 2. Simon admire la vie dont témoigne ce vieux culte, même depuis la dispersion de la nation, les sectes les plus variées se développent dans son sein. Voir Lettres choisies, t. 111, p. 49.

Tout en admirant les juifs, il les critique et le long commerce qu'il eut avec eux ne lui laissa qu'une antipathie très décidée : leurs auteurs accordent la préférence aux commentateurs sur la Bible elle-même; que de risibles rhapsodies ils ont avancées! Les docteurs du Moyen Age sont des prodiges de compréhension auprès de ces talmudistes qui ne savent pas l’hébreu, pour qui tout est malière à commerce; Moïse ben Naaman ne montre-t-il pas Moïse trouvant Dieu en train de

peindre de sa main les couronnes des lettres hébraïques. Lettres choisies, t. 111, p. 206. Il démasque leurs maîtres imposteurs, leurs conversions simulées. Jusque-là, la littérature rabbinique avait été l’objet non de science, mais de polémique ; avec R. Simon, l'esprit scientifique pénètre les choses juives. C'était une grande audace, mais justifiée par ce genre d'autorité unique qu'on nomme la création d’une méthode nouvelle et tempérée par un rare esprit d'équité et de correction. Qu'on relise au besoin le sermon de Bossuet cité plus haut et prononcé « contre les juifs ».

Vint ensuite l’ouvrage intitulé : Voyage du Mont- Liban traduit de l'italien du Rév. Père Jérôme Dandini, nonce en ce pays-là. où il est traité tant de la créance et des coutumes des Maronites que de plusieurs parlicularilés touchant les Turcs οἱ de quelques lieux considérables de l'Orient, avec des remarques sur la théologie des chrétiens du Levant et sur celle des mahomélans, par R.S. P., Paris, 1675, in-12 de 402 p. Le jésuite Dandini avait été envoyé au Mont-Liban, en 1596, en qualité de nonce du pape pour s'assurer que les Maronites, malgré leur réunion, ne professaient pas de graves erreurs. Mais il montra dans sa relation que ces prétendues erreurs leur étaient injustement imputées, qu'il s’en était rendu compte en tenant deux conciles dont il cite les actes. Dans son livre, Richard Simon ajoute plusieurs remarques où il explique l’ancienne crovance des Maronites qu’il accuse d’avoir été monothélites, ainsi que les autres chrétiens du Liban; l'abbé Maron, qu'ils regardent comme un saint, partageait cette erreur; quant aux autres hérésies dont on les accuse, elles sont imaginaires et ces peuples ont seulement le malheur de n’avoir pas étudié dans nos écolss : « ce qui fait, dit Batterel, que ne pouvant pas s'expliquer en des termes qui approchent des nôtres, nos missionnaires, qui ne savaient de théologie que la scolastique ordinaire, les ont condamnés comme étant dans des erreurs où ils n’étaient pas en effet ». Mém. domestiques, t. 1V, p. 245.

En 1675, R. Simon écrit un Factum contre les bénédictins de Fécamp (reproduit dans Bibl. critique, t. 1x1, p. 1), en faveur du prince de Neubourg, leur abbé, qui voulait être mis en possession des juridictions et droits dont avaient joui ses prédécesseurs. Les moines portèrent plainte au R. P. de Sainte-Marthe supérieur général. Simon avait été engagé dans cette affaire par le P. Verjus de l’Oratoire, grand vicaire de de Neubourg, qui avait un frère chez les jésuites. Le supérieur lui demanda s’il aimait mieux être à lui qu'aux jésuites; le P. Verjus fut exclu : « Simon, privé d’un tel ami, resta seul en butte à tous les traits qu’on voulut lui porter. L'imputation de jésuitisme, la plus odieuse qu'on pût inventer contre lui, s’attacha sur lui entièrement et on songea, plus que jamais, à l’éloigner de Paris. » Éloge hist., p. 27. C’était le commencement de ses difficultés avec sa congrégation.

3° Histoire critique du Vieux Testament. — Les ouvrages précédemment cités n’étaient que des essais auprès de celui-là qu’il publia en 1678. Pour mieux apprendre l’hébreu, il avait fait comme saint Jérôme qui avait pris les lecons du juif Barraban, il s’était mis à l’école de Jona Salvator, juif venu à Paris pour étendre le commerce du tabac.

En 1676, les protestants de Charenton résolurent de travailler à une nouvelle version de la Bible; l’un d'eux, Justel, proposa au P. Simon d’en dresser le plan qui est imprimé dans l'Histoire critique, 1. 111, c. 1: prendre comme base le texte massorétique contrôlé par les anciennes versions, au lieu des Septante: indiquer en marge les principales variantes, viser plus à la correction et à la clarté qu’à la délicatesse du style; bannir les commentaires dogmatiques, les gloses édéfiantes, rejeter à la fin l'explication des termes

DICT. DE THÉOL, CATHOL

SIMON (RICHARD

techniques. Il traduisit comme spécimen un passage de Job, des Proverbes, fournit quelques chapitres du Pentateuque et des Prophètes, disant qu'il n'avait d'autre but que de fournir un exemple. Là-dessus, Bossuet l’accuse de favoriser les protestants pour toucher les 60000 livres promises par ceux de Genève, d’avoir des relations avec eux, de faire une version de la Bible à l'usage des calvinistes. Or, Bossuet lui-même n'a-t-il pas correspondu avec les ministres, Ferry, Claude? Ilest certain que R. Simon fut toujours l’adversaire de la théologie protestante, et qu’il maintient contre eux la nécessité de la tradition.

Ce fut bien un autre scandale quand parut, au printemps 1678, l’Hisloire crilique du Vieux Testament, Paris, Villaine, in-49, avec l’inprimatur du supérieur général de l’Oratoire : « Le principal de ses ouvrages, ainsi que celui qui lui a acquis une plus grande réputation et qui ἃ fait le plus de bruit. » Batterel, op. cil., p. 247. Dans la préface, il affirme que, dans les Livres sacrés, « on n’a donné au peuple que ce qu’on a jugé nécessaire pour son instruction, on ne peut assurer que toutes les généalogies qui sont rapportées dans cet abrégé soient immédiates ». Les protestants ont tort de penser que la Bible est « claire d’elle-même et suffisante pour établir seule la vérité de la foi et indépendamment de la tradition ».

L'ouvrage est divisé en trois livres : le premier ne traite en apparence que « des révolutions du texte hébreu de Moïse jusqu’à nos jours », mais, en réalité, il contient deux parties bien di-tinctes : une critique du dogmatisme en matière d’exégèse ei un essai de reconstruction de l’histoire littéraire du peuple juif. Le dogmatisme érige une opinion quelconque en tradition antique et immuable. On a toujours cru, dit-on, que la langue révélée par Dieu à Adam était l’hébreu, que Moïse a écrit intégralement les cinq livres du Pentateuque, etc. R. Simon fait voir le contraire par la méthode historique qu'il semble avoir, sinon créée, du moins renouvelée avec bonheur.

Il rappelle ce que dit saint Grégoire de Nysse que Dieu ne fut jamais pour l’homme un maître d’école, Hist. cril., 1. 1, c. xiv; montre que le texte hébreu de la Bible ἃ été falsifié, corrompu, mutilé par la perfidie des Juifs, c. xvin1; que tous les Pères ont donné une part plus ou moins grande à Esdras dans la composition du texte de la Loi. C. 1v. En critiquant ce dogmatisme des rabbins juifs, il n’atteignait pas moins celui des incrédules, comme Spinosa, et des protestants, celui de plus d’un docteur de Sorbonne, représentant attardé de l’ancienne scolastique.

Pour remplacer ce qu’il condamne, il montre que les « récits attribués à Moïse n’offrent qu’une unité de composition toute relative, comme celle qu’on obtiendrait en amalgamant des compositions d’abord séparées et profondément distinctes ». C. v; cf. Lettres choisies, t. 111, p. 216-224. Les livres historiques, les Proverbes, les Psaumes ne peuvent pas davantage être attribués à un seul auteur, mais à des scribes quelquefois modernes : saint Jérôme et Théodoret l’admettaient déjà, et de même les grands docteurs du Moyen Age.

Le 1. IT fait la critique des principales versions : celle des Septante, si estimée encore au xvu siècle, est une altération plus ou moins profonde de l'original; saint Jérôme a su joindre les grâces de la littérature païenne à l’austère vérité de la révélation biblique. Epist., Lxxxm1, 6-7, P. L., t. xx11, col. 758. Le concile de Trente, en déclarant sa traduction authentique, veut dire seulement que, sans être exempte de fautes, elle n’a pas été altérée, falsifiée, corrompue à dessein. Simon reproche à Cajétan, Castalion, de Sacy, de chercher trop l’élégance aux dépens de l'exactitude; quant aux protestants, il critique leurs erreurs en

elles-mêmes, sans nulle préoccupation professionnelle, sans injurier les auteurs, comme c'était assez l’usage de son temps.

Dans le 1. IIT, en faisant la critique des commentateurs, il raconte en réalité la véritable histoire de la pensée religieuse depuis les époques les plus lointaines : aucun auteur n’a vu la même chose dans la Bible. En montrant combien elle est difficile à interpréter, il répond à Luther et Calvin qui veulent fonder toute la vie religieuse et même la théologie sur le seul texte de la Bible; cf. Lettres choisies, t. 11, p. 229 sq.; il répond aussi à des théologiens qui veulent appuyer, non seulement leurs principales thèses théologiques, mais toutes leurs conclusions sur des citations de l’Écriture, et aux écrivains, très nombreux de son temps, qui décriaient l’érudition exégétique. La Bible est inexplicable, pense-t-il, pour quiconque n’est pas armé de toutes les ressources de la science scripturaire. Pour sortir de cette difficulté, il faut établir l’histoire de la critique biblique sur le principe de la continuité de la tradition, malgré sa diversité. Elle est diverse assurément dans les Pères, dans Cajétan, dans Maldonat.… Chaque génération apporte son contingent de pensée à l'héritage qu’elle croit transmettre avec intégrité, aussi la tradition reste-t-elle continue. Cela n’est possible que par le privilège d’une Église aussi souple que le catholicisme, avec l’autorité vivante qui le constitue et qui permet cette expérience toujours nouvelle du divin. Richard Simon revient sur ces idées dans la Lettre à M. l'abbé P. touchant l'inspiration des Livres sacrés, par le prieur de Bolleville, Rotterdam, 1699, in-4°, En commençant, il fait cette déclaration très raisonnable : « Ce sont des hommes qui ont été l'instrument de Dieu et qui, pour être prophètes, n’ont pas cessé d’être hommes. Le Saint-Esprit les a conduits d’une manière qu'ils ne se sont jamais trompés dans ce qu’ils ont écrit; mais on ne doit pas croire pour cela qu’il n’y a rien dans leurs expressions que de divin et de surnaturel. Au moins, n’est-ce pas la pensée des Pères, ni de nos plus savants théologiens. » Voir aussi Lettres choisies, t. 111, p. 206.

L'Histoire critique déplut presque également à quelques catholiques et aux protestants les plus zélés. Un exemplaire de la table saisi par Tornard est remis par Eusèbe Renaudot à Bossuet qui y voit « un amas d’impiétés et un rempart du libertinage ». Ce prélat court le jeudi saint 1678 chez le chancelier Le Tellier qui fait saisir deux exemplaires, dont l’un pour Bossuet et l’autre pour Nicole, lequel y voit surtout la critique de la doctrine de saint Augustin sur la grâce. Le lieutenant de police La Reynie fait mettre au pilon les 1 300 exemplaires dont se composait l'édition : Batterel prétend que le coup fut porté surtout par les jansénistes qui en voulaient à l’auteur de sa lettre sur la Perpétuilé de la foi et de son refus d’être leur agent secret près d’Innocent X, ce qu’accepta de faire le P. Poisson, p. 251. Voir ici art. Poisson, t. ΧΕΙ, col. 2411. Simon, lui, accuse Nicole : « C’est lui qui a eu le plus de part à la suppression de mon livre, bien qu'il n’en ait pas été le premier auteur. C’est l’homme le moins capable de Paris à en juger, parce qu’il ne s’est jamais appliqué à cette sorte de littérature dont il ignore même les premiers éléments. » Lettres choisies, τ, 1V, p. 92, et Bibl. crit., t. 1v, p.61, lettre xx au P. Du Breuil. Pour faire revenir ses juges de leurs préventions, il écrit le Mémoire instructif touchant le livre qui a pour titre : Histoire critique du Vieux Testament. Le P. de Sainte-Marthe prie Bossuet de ne pas engager la congrégation dans cette affaire; il reçoit cette réponse : « Vous savez combien je la respecte et avec quel zèle j'embrasserai ses intérêts, » 16 avril 1678. Simon accepte de faire les corrections nécessaires, de mettre son livre en latin, 7 mai. Il le répétera

SIMON (RICHARD

en février 1679. Ce n’était peut-être qu’une feinte et Bossuet l’en accusera, car le P. de Sainte-Marthe ne put obtenir qu il changeât seulement le titre en supprimant le mot critique à qui on donnait parfois le sens de satirique. Le général écrivit à Le Tellier : « Nos Pères assistants et moi ne souffrirons jamais dans la congrégation une personne qui s'oppose à ce que vous commanderez.. La permission... d'imprimer n’est jamais fondée que sur l’approbation des docteurs nommés par le roi », 18 mai. Le 21 mai, il signifie au P. Simon son exclusion de la congrégation : les difficultés dans lesquelles celle-ci se trouvait ne furent pas étrangères à cette décision et le livre lui-même n’en fut pas le principal motif.

Quelques exemplaires échappés au pilon furent copiés en Angleterre et servirent de base à deux éditions hollandaises dont celle d'Amsterdam, 1685, est la plus exacte. Simon prétendit qu'il n’y était pour rien : il est possible qu’il s’y soit opposé un moment; il espérait encore que son livre pourrait être réimprimé à Paris; il était en pourparlers à ce sujet avec Bossuet qui le reçut plusieurs fois. Tout cela reste obscur. Voir A. Bernus, Æichard Simon, p. 131-134. Il v eut une édition Elzevier très fautive, faite sur une copie de Mme la duchesse de Mazarin, une latine traduite en 1681 sur l’Elzevier par Noël-Aubert de Versé, une allemande. Voir Bernus, ibid., p. 131-140. L’ouvrage fut mis à l’Index le 1er décembre 1682.

Sans doute la condamnation si rapide et si complète de l’Histoire critique s'explique par l’état d’esprit d’alors, de la Sorbonne en particulier qui, sous la surveillance du gouvernement, exerçait une censure sévère et étouffait à son apparition tout livre portant une idée nouvelle. Mais, malgré sa grande valeur, malgré les connaissances très nombreuses dont elle témoignait, l’œuvre de Richard Simon donne par bien des côtés prise à la critique : 1. Sauf pour le Pentateuque, la question de l’auteur et de l’époque de la composition des livres de l’Ancien Testament est à peine abordée : « Il est, dit-il, inutile de rechercher avec curiosité les auteurs particuliers de chaque livre de la Bible, parce qu’on n’en peut avoir que des conjectures incertaines », p. 26. — 2. 11 suppose que, à l'instar de l'Égypte et des monarchies orientales, le peuple hébreu a eu ses scribes, lesquels étaient considérés comme inspirés et appelés prophètes : cela paraît bien peu probable avant l'établissement et le développement de la royauté.— 3. Sa prétention paraît assez arbitraire de retrouver partout trois couches successives d’historiens : les écrivains qui ont composé une première fois; ceux qui ont donné une nouvelle forme aux actes de leurs prédécesseurs, des prophètes inspirés, eux aussi, de beaucoup postérieurs, qui ont rassemblé ces mémoires et les ont réunis en un seul corps. Sans doute, le texte a pu se perfectionner peu à peu, à la manière d’un corps organique qui progresse, l’inspiration divine lui conservant toujours son sens originel, mais cette régularité dans le développement paraît bien excessive. —- 4. Pour rendre compte des inversions dans le récit après la fixation définitive du texte, Simon suppose que les rouleaux sur lesquels il était écrit ont été déplacés, embrouillés et qu’'ainsi l’ordre a élé bouleversé en plus d’un endroit et que, dans la suite des temps, il en est résulté beaucoup de confusion. C’est en réalité un bien grand effet d’une petite cause, à laquelle il était facile de remédier.

Bossuet n’avait donc pas tout à fait tort quand, en jugeant ce que Simon a écrit du Nouveau Testament, il appréciait toute son œuvre en disant : « Quand, par sa critique, Simon faisait semblant de vouloir établir la tradition et réduire les hérétiques à la reconnaître, il en renversait la principale partie et le fondement de l’authenticité des Livres saints. » Défense de la Tradi-

lion et des Saints-Pères, [τὸ part., 1. I, c. πὶ. Huet écrivait sur l’exemplaire qui lui appartenait: « Cet auteur

a toutes les connaissances nécessaires pour bien traiter ]

la matière qu'il a entreprise... Mais il n’a pas vu les conséquences des maximes et des propositions dangereuses qu'il a avancées. Son amour-propre et sa présomption lui ont fait traiter avec mépris les auteurs qu'il a appelés à sa censure, dont la plupart valent mieux que lui.» Voir Bernus, op. cit., p. 43, n. 1. Le livre aussi manque d'unité dans la conception, de netteté dans l'exposition, d'ordre dans le développement : défauts, il est vrai, inévitables à la naissance d’une science nouvelle.

IL. APRÈS LA SORTIE DE L'ORATOIRE. — Étourdi, sans être abattu, par le coup que son entêtement surtout lui avait attiré, Simon se retira, dès 1678, dans son prieuré-cure de Bolleville près de Fécamp, dont son ami le P. Verjus l’avait pourvu; il n’y resta certes pas inactif mais son caractère s’aigrit, sa plaisanterie devint plus acerbe.

1° Polémique à l’occasion de «l'Histoire critique du Vieux Testament ». — Les contradicteurs viennent surtout du côté protestant et ne perdent point de temps. L'édition de 1685, p. 549, a une Lettre de M. de Veil à M. Boyle, 16 mai 1678 : l’auteur, un juif convertipar Bossuet et passé plus tard au protestantisme, essaie de prouver que l’Écriture est la seule règle de la foi. Simon répond le 16 août : Lettre à M. J*** (Justel) S. D. R., en signant R. de Lisle, prêtre de l’Église gallicane, Zbid., p. 557. Dans cet écrit, modèle d’argumentation historique, il dit redouter les rêveries de l’illuminisme pour son contradicteur qui, en effet, entra ensuite chez les anabaptistes.

La même année, Ézéchiel Spanheim,un Genevois envoyé en mission en Angleterre par l'électeur palatin, écrit une Lettre à un ami où l’on rend compte d’un livre qui a pour titre « Histoire critique du Vieux Testamen », 10 décembre 1678. Ibid., p. 565-622. Il y est question de la portée dogmatique et des conséquences religieuses de l’ouvrage. Au lieu de répondre directement, Simon compose : Lettre d’un théologien de la faculté de Paris qui rend compte à un de ses amis de « l'Histoire critique du Vieux Testament », 10 septembre 1679. Ibid., p. 625-667.

Pour être plus tardives, d’autres attaques, dont les réponses occupent un second volume de l’édition de 1685, ne sont pas moins violentes. Le volume commence par la Réponse de Pierre Ambrun, ministre du saint Évangile à « l'Histoire critique du Vieux Testament» composée par le Père Simon de l’Oratoire de Paris. Celui qui montra le plus d’acrimonie fut Isaac Vossius, l’infatigable chanoine de Windsor. Il regardait la traduction des Septante comme « sainte et inspirée

de Dieu » et se sentit outragé de la critique qu’en avait.

faite Simon au I. II, c. rv. Le chanoïne anglais écrit : Isaaci Vossii responsio ad objecta nuperæ Criticæ sacræ; Simon réplique par Richardi Simonis, gallicanæ Ecclesiæ theologi, opuscula critica adversus Isaacum Vossium, anglicanæ Ecclesiæ canonicum. Defenditur sacer codicus ebraicus et D. Hieronymi translatio,

Édimbourg, 1685 .C’est un fort bon abrégé de Histoire | critique : Simon y examine l’autorité des Septante et | celle de la Vulgate. Peu après, il oppose au même |

critique Opuscula critica adversus Isaacum Vossium, 1685; puis Hieronymi le Camus, theologi Parisiensis, judicium de nupera Isaaci Vossii ad iteratas P. Simonii objectiones responsio [il signe le Camus par allusion de son nom au mot latin Simus qui veut dire Camus; quoiqu'il y ait le nom d’Édimbourg, le livre fut imprimé en Hollande, la date est marquée ainsi : Juliobonæ in caletibus, die 12 januarii 1685.] C’est au reste le même ouvrage que les Castigationes ad opusculum Isaaci Vossii de sibyllinis oraculis et responsiones

SIMON (RICHARD

ad objectiones nuperæ crilicæ sacræ et Excerpla ex disquisilionibus criticis Richardi Simonis, gallicanæ Ecclesiæ theologi. Ainsi les Castigationes suivent les Objectiones, les Excerpta répondent aux Disquisitiones, un Judicium à une Responsio. Pendant douze ans, c’est un feu roulant de justifications et de ripostes, de répliques et de dupliques qui font admirer la profondeur des études de Simon et sa facilité à écrire en un latin très érudit.

En parlant des Bibles polyglottes dans son Histoire critique, Simon avait indiqué le projet d’une nouvelle Bible de ce genre qui fût plus pratique; plus tard, il publia Novorum Bibliorum polyglottorum synopsis, Utrecht, 1684, in-8°, signé Origène. Jean Le Clerc, professeur à Amsterdam, lui offrit sa collaboration dans une longue lettre latine dont les premières pages sont en tête de la Réponse aux sentiments qui, dans toutes les éditions, fait partie des annexes de J’Hisloire critique. Simon refusa sèchement; entre les deux, simple conflit d’amour-propre plus que bataille d'idées. En 1685, paraît une nouvelle lettre sur le projet de polyglotte : Ambrosii ad Origenem epistola de novis Bibliis polyglottis, publiée à Utrecht, in-8°. Jean Le Clerc écrit de son côté : Sentiments de quelques théologiens de Hollande sur l’Hisloire critique du Vieux Testament, Amsterdam, 1685. Ce sont vingt lettres dans lesquelles il dit en commencant : « Personne de ma connaissance ne le bläme, ni ne l’approuve en tout. La plupart disent même qu’on peut le mettre au nombre des bons livres », et en terminant, p. 457: « Il y a beaucoup de remarques très utiles et très véritables... Le P. Simon a trouvé la meilleure méthode d’expliquer l’Écriture sainte, quoiqu'il ait mêlé beaucoup de choses peu vraisemblables sur la manière dont les livres furent composés. On peut faire du profit en le lisant. » Simon riposte par : Réponse au livre intitulé : Sentiments de quelques théologiens de Hollande... par le prieur de Bolleville. Outre les réponses aux théologiens de Hollande, on trouvera dans cet ouvrage de nouvelles preuves el de nouveaux éclaircissements pour servir de supplément à cette Histoire crilique, daté de Bolleville, le 15 septèémbre 1685. Il y traite durement son adversaire qu’il aceuse d’avoir « plus de vanité que de véritable capacité ». Il est vrai que M. Le Clerc avait dit de lui dans l’avertissement : « On n’aime pas à disputer avec des gens qui gardent aussi peu de mesure d’honnêteté et qui se soucient aussi peu de la vérité que lui. »

Simon écrit encore : Lettre à M. l'abbé P. D. et P. (Pyrot) docteur et professeur en théologie, touchant l'inspiration des livres sacrés, datée du 15 novembre 1686, dans laquelle il tâche de concilier l'inspiration de l’Écriture avec ce qu’il a dit des écrivains chargés chez les Juits d’en faire l’abrégé.

Le Clerc l’ayant attaqué de nouveau dans sa Défense des sentiments de quelques théologiens de Hollande. contre la réponse du prieur de Bolleville, Amsterdam, 1686, 459 p., Simon rédige une Réponse au livre intitulé : Défense des sentiments... par le prieur de Bolleville. Cette réponse est fort vive, il accuse Le Clerc d’être socinien, de faire de la religion une série de propositions toutes dogmatiques et qu’on ne doit aborder qu'avec la seule raison.

Jurieu, ministre à Rotterdam, l’avait aussi attaqué dans son livre fameux De l’accomplissemen! des prophélies. Pour se convaincre que la fin des temps est proche, il suffit de considérer le nombre actuel des faux prophètes parmi lesquels Richard Simon tient le premier rang; un des principaux chapitres a pour titre : Coup de fouet contre Richard Simon. Pour Jurieu, l'Histoire critique se ramène à quatre ou cinq paradoxes dont les uns sont impies et les autres badins. Dans sa Réponse aux sentiments, p. 189 et 218, Simon raille

finement les supputations bizarres du ministre sur la fin des temps et la bête de l’Apocalypse, mais surtout, dans la Lettre des rabbins (Lettres choisies, t. 1, p. 318), il charge les rabbins d'Amsterdam d'adresser d’ironiques félicitations à son contradicteur. Les Origène et les Augustin ont, par leurs allégories, détruit sans doute le judaïsme, mais n’ont pas moins profondément miné le christianisme. De cet édifice « Luther fait sauter le comble; sur les murs, Calvin et Zwingle paraissent qui travaillent de toutes leurs forces à les jeter à bas; Socin frappe les fondements, et c’est à vous, Monsieur, que la Providence réserve d’en achever la destruction. » P. 337. Il répond encore avec aigreur et moquerie à Guil. Salden, d’abord pasteur à La Haye, puis professeur à Utrecht; avec plus de modération à un auteur anonyme. Quand il cessa de répondre, on continua de l’attaquer, particulièrement en Allemagne et chez les catholiques. Voir A. Bernus, op. cil., p. 104-105. Pendant ces discussions, il prenait à peine le temps de manger; il en devint malade. En mars 1682, il était encore à Bolleville; cette année-là, il se démit de sa cure et vint habiter Dieppe.

2° Travaux divers. —. Entre temps, cependant, KR. Simon trouve le moyen de composer : 1. Comparaison des cérémonies des Juifs el de la discipline de l’Église, 1681, ajouté à la 2e édition des Cérémonies et coutumes des Juifs, citée plus haut. — 2. Antiquitates Ecclesiæ orientalis clarissimorum virorum card. Barberini, L. Allatii, Luc. Holstenii, Joa. Morini, etc. disserlationibus epistolicis enuclealæ, nunc ex ipsis edilæ, quibus præfixa est Joannis Morini, congregationis Oratorii Parisiensis, vita, Londres, 1682, in-12, 487 p. C’est un recueil de 84 lettres sur divers sujets, dont la plupart sont du célèbre P. Jean Morin, de l’Oratoire; quant à la vie de celui-ci, qui est plutôt une satire de lui en même temps que de sa congrégation, Simon aflirma à Bossuet qu'il n’en était pas l’auteur, qu’il n’avait pas publié l’ouvrage; il s’en défendit encore dans l’Apologie pour l’auteur de l'Histoire critique du Vieux Testament contre les fausselés d’uñ libelle publié par Michel le Vassor, prêtre de l’Oratoire, Rotterdam, 1689.

3. L'histoire critique de la créance et des coutumes des nations du Levant par le sieur de Moni, Francfort, 1684, in-12; 2e éd., 1693; 3° un peu modifiée, Trévoux, 1711. L'ouvrage était prêt dès 1678 et avait été ébauché à l’occasion d’un livre composé en anglais et publié en français, Recherches curieuses sur la diversité des langues οἱ des religions par toutes les principales parties du monde, par Ed. Brerewood, professeur à Londres el mises en français par J. de la Montagne, Paris, 1640. Le livre contenait beaucoup de fautes; Simon, quand il le connut tardivement, fit des remarques qui devaient être insérées dans une nouvelle édition, mais le libraire confia ces notes à un reviseur chargé de le retoucher et d’en ôter ce qui pouvait déplaire aux protestants. L'auteur en fut averti, retira ses notes et leur donna la liaison nécessaire pour être publiées à part. Il dit dans la préface : « J’ai reconnu que la plupart des hérésies qu’on attribue aux peuples du Levant n’ont presque aucun fondement, bien que les missionnaires, pour faire mieux valoir leur emploi, les accusent d’un grand nombre d'erreurs... Il y ἃ souvent de l'illusion dans l'esprit de ceux qui condamnent avec trop de facilité les sentiments de leurs frères. » Contre les affirmations des protestants, il montre que les Grecs admettent la transsubstantiation. I1 cite un abbé Adam, venu à Rome pour la réunion des nestoriens et qui prétend « que le nestorianisme d'aujourd'hui est une hérésie de nom et qu'on ne les a condamnés que parce qu'on ne les entendait point », P.89. On peut en dire autant pour les premiers siècles et concilier par exemple les opinions de Nestorius et de saint Cyrille, mais les Grecs ont toujours été

SIMON (RICHARD

de grands disputeurs et leurs dissentiments reposent le plus souvent sur des équivoques. Voir Bibl. critique, t: 1, p: 227,299;

Un Anglais, Smith, contesta l’autorité de Gabriel de Philadelphie dont M. Simon s'était occupé en 1671; celui-ci lui répondit dans ce dernier ouvrage. L’Anglais riposta par cinq dissertations dont deux regardaient personnellement Simon qui répliqua par La créance de l’Église orientale sur la transsubstantiation avec une réponse aux nouvelles objections de M. Smith, où l’on fait voir que Cyrille Lucar, patriarche de Constantinople, qu’il honore du titre de saint martyr, α été un imposteur, Paris, 1687, in-12 de 303 p. Il montre par des exemples que des auteurs les plus ennemis de l’Église ont admis la présence réelle. Les journalistes de Hollande ayant donné un extrait très infidèle de son livre, il y ajouta peu après un supplément.

4. En 1684 encore, sous le nom de Jérôme de Costa, il publie Hisloire de l’origine et des progrès des revenus ecclésiastiques où il est traité selon l’ancien et le nouveau droit de tout ce qui regarde les matières bénéficiales, de la régale, des investilures, des nominations et des autres droits attribués aux princes, par Jérôme de Costa, docteur en droit et prolonotaire apostolique, Francfort, mais en réalité, selon Batterel, à Rotterdam: 2e éd., 1691 à Francfort, mais en réalité à Rouen; 3° éd., Bâle, 1706, en réalité à Rouen, 2 vol. in-12. Un supplément est ajouté dans la Bibliothèque critique, t. 111, ©. ΧΧΧΙΙ- XXXII, p. 331 sq. Ce qui est dit sur les bénéfices en général est assez superficiel; mais, comment ne pas s'étonner avec lui quand le roi d'Espagne du xvrre siècle se trouve être, après le pape, le plus haut prélat de la chrétienté, le supérieur légal du plus grand nombre de couvents, le bénéficiaire le mieux pourvu de canonicats, de prieurés, de prébendes ? Saint Augustin refusait d'accepter des héritages ou d'acheter des terres pour son Église et Richard Is exposait aux évêques de son royaume qu'il n’avait plus rien en propre, que tout était tombé aux mains des moines. Simon a du moins le mérite de faire l'éloge de la congrégation qu'il a dû quitter : « Elle surpasse en mérite et en piété toutes les autres communautés séculières qui sont en France », p. 377; cf. Bibl. crilique, Ἐς 1x1, p. 394 sq.

5 Du Pin l'avait mis, sans le nommer, au nombre de ceux qui nient que le Pentateuque soit de Moïse. Simon se justifia par la lettre de l’abbé P., déjà citée, sur L’inspiration des livres sacrés, mais il revint plus tard à la charge dans la Disserlalion critique sur la nouvelle bibliothèque des auteurs ecclésiastiques, où l'on établit en même lemps la vérilé de quelques principes que l’on a avancés dans l'Hisbire crilique du Vieux Teslament, par Jean Reuchlin, Francfort, 1688, in-12 de 125 p. Voir Ellies Du Pin, Diss. préliminaire ou prolégomènes sur la Bible, p. 190 sq. et Bernus, op. cit., p. 112-113.

3° L'Histoire critique du Nouveau Testament. — Simon ne pouvait abandonner les études scripturaires. Dès 1681, il avait mis en état d’être imprimée une polyglotte de l'Ancien Testament, elle resta dans ses papiers et fut léguée à la bibliothèque de la cathédrale de Rouen. Voir Batterel, op. cil., p. 273. Mais il publia sous le titre Novorum Bibliorum polyglottorum synopsis, Lypis Frederici Arnoldi, 1684, in-8° de 31 p., un projet de polyglotte en trois langues, l'hébreu, le grec, le latin avec une quatrième colonne pour la version italique; les versions arabe, svriaque, chaldaïque dérivées de l'hébreu n'y figureraient que par des variantes. Il signe sous le nom d’Origène.

Dans la brochure Ambrosii ad Originem epistola de novis Bibliis polyglottis, Utrecht, 1685, 14 p. in-80, 1] 56 fait dire à lui-mème qu'il faudrait ajouter un nouveau dictionnaire et une nouvelle méthode hébraïque : l'ouvrage est resté dans sa pensée.

N'ayant plus à sa disposition les très précieux ouvrages de la bibliothèque de l’Oratoire sur l’Ancien Testament, il écrivit d’abord l'Histoire crilique du texte du Nouveau Testament, où l’on établit la vérité des actes par lesquels la religion chrétienne est fondée, par Richard Simon, prêtre, Rotterdam, 1689, in-4° de 430 p. Il cite au long dans leur langue originale les Pères dont il n'avait donné que la référence dans l'Histoire critique du V. T.; il suffit que l'Écriture soit inspirée quant à la substance, on ne doit entendre par inspiration qu’une direction de l’Esprit-Saint qui a empêché les auteurs sacrés de tomber dans l'erreur. Il développe ses idées sur le sens littéral, mystique, allégorique dans les Lettres choisies, t. 111, p. 166-205.

L'année suivante, il donne comme suite Histoire critique des versions du Nouveau Testament, où l’on fait connaître quel a été l’usage des Livres sacrés dans les principales Églises du monde, par Richard Simon, prêtre, Rotterdam, 1690, in-4° de 539 p. Après avoir, dans le premier volume, établi l’autorité des originaux, il s'attache à montrer comment les Églises d'Orient et d'Occident les ont employés pour leur usage; il relève le prix des anciennes traductions faites sur l'original grec et se plaît à critiquer vivement la version de Mons. Voir Bibl. critique, t. 111, p. 177. Dans le même ouvrage, ibid., p. 411, il fait, dans un rapport au P. Lelong, la critique de plusieurs autres versions, en particulier de celle du P. Quesnel.

. Trois ans après, il publie l’AHistoire critique des principaux commentateurs du Nouveau Testament depuis le commencement du christianisme jusqu’à notre temps, avec une dissertation critique sur les principaux actes manuscrits qui ont été cités dans les trois parties de cet ouvrage, par Richard Simon, prêtre, Rotterdam, 1693, in-4° de 926 p., sans la dissertation sur les manuscrits qui en ἃ 99. La marche est la même que dans l’Histoire critique du V. T., mais l’ouvrage est beaucoup plus long. Bossuet, qui avait craint d’abord de nouvelles difficultés pour l’auteur, lui proposa au contraire, s’il voulait faire quelques corrections, d’user de son influence auprès de Le Tellier pour obtenir la réimpression de l’Histoire critique du V. T. Voir Lettres choisies, t. 111, supplém., p. 260. Pour occuper cet esprit, disait-il à Renaudot, il fallait lui proposer de traduire plusieurs traités des Grecs schismatiques contre les Latins; Simon n’accepta point, parce qu’il songeait à donner une Bibliothèque sacrée, dans laquelle il mettrait les pièces originales dont il n’avait donné que les abrégés. Il était du reste trop personnel pour se contenter de traduire. Ce projet échoua comme celui de l'Histoire critique du V. T., voir Lettres choisies, ibid.

Mgr de Harlay, archevêque de Paris, lui était aussi favorable, mais au lieu d’une nouvelle édition, Simon composa de Nouvelles observations sur le texte et les versions du Nouveau Testament par R. 5. P., Paris, 1695, in-4° de 599 p., pour lequel il eut le privilège du roi. Il revient, dans la première partie, sur la diversité des exemplaires du texte et dans la seconde sur les versions; il s’en prend de nouveau à la traduction de Mons qu'il appelle un ouvrage de parti. Il explique la distinction entre une révélation immédiate et une direction spéciale du Saint-Esprit, et promet de recevoir les avis qu’on aura la bonté de lui donner.

Le P. Bouhours, S. J., avait également critiqué la version de Port-Royal; pendant ces discussions parurent encore deux lettres intitulées : Difjicultés proposées au P. Bouhours sur la traduction des IV évangélistes par le sieur de Romainville, Amsterdam (en fait Rouen, 1697. On attribue encore à Simon l'Avwis important sur le nouveau projet d’une bibliothèque d'auteurs jansénistes, 1691, in-8° de 36 p. Par moquerie, il propose de se charger de l’impression de 2 ou 6 volumes in-folio des plus beaux ouvrages qui ont paru

SIMON (RICHARD

sur les questions de la grâce et de la morale : il a nié en être l’auteur. Voir Batterel, op. cit., p. 278 sq.

Sans en être très satisfait, Bossuet avait trouvé peu à reprendre dans l'Histoire du texte et des versions du Nouveau Testament; mais, quand l’auteur s’attaqua aux commentateurs, principalement à saint Augustin qu'il regardait lui-même comme le « maître des maîtres », ilse mit à composer la Défense de la Tradition el des saints Pères, qu’il n’eut pas le temps d'achever, à cause des affaires du quiétisme (les douze premiers livres parurent seulement en 1763 et le 1. XIII en 1862). Dans la Préface, il le prend de très haut; il accuse Simon de lever « dans l’Église même l’étendard de la rébellion contre les Pères », d’être « tout à fait novice en théologie... Sous prétexte d’une analyse telle quelle.., il veut dire son sentiment sur le fond des explications, louer, corriger, reprendre qui il lui plaira et les Pères comme les autres... Il dit ce qu’il veut, sans que son livre se puisse réduire à aucun dessein régulier. » Et plus loin : « qu’il étale tant qu’il veut sa vaine science οἱ qu’il fasse valoir sa critique, il ne s’excusera jamais, je ne dirai pas d’avoir ignoré avec tout son grec et son hébreu les éléments de la théologie; mais je dis d’avoir renversé le fondement de la foi, et, avec le caractère d’un prêtre, d’avoir fait le personnage d’un ennemi de l’Église ». L. I, c. vu. « Ce ne sera pas perdre le temps que de montrer l’ignorance, la témérité ou plutôt la mauvaise foi de ce censeur. » 1bid., c. x1. Venant ensuite au détail, l’évêque de Meaux formule les accusations suivantes : « En soutenant que l’Église ancienne a cru à la nécessité absolue de l’eucharistie, Simon favorise des hérésies manifestes. » C. xur. « Il nous appelle, dit-il, à l’Église orientale comme plus éclairée et plus savante. C’est de quoi je ne conviens pas. » C. 1v. Il lui reproche de ne louer la tradition que pour affaiblir l’Écriture, d’affaiblir la croyance à la Trinité en disant qu'elle n’est pas bien établie dans la Bible, d’induire son lecteur à l’indifférence des religions, de nier que la prédestination gratuite au sens de saint Augustin est de foi. Il y a sans doute quelque chose de fondé dans quelques-unes de ces accusations, mais telles qu’elles sont présentées elles paraissent vraiment excessives. Bossuet passe la mesure; la position de Simon est défendable quand il se place sur le terrain des faits; quelle que soit l’importance de saint Augustin, sa doctrine sur la prédestination et la grâce n’est cependant pas définie par l'Église, et les Pères grecs plus anciens ont pu nous conserver les traditions mieux que les latins. R. Simon répondit dans Bibl. critique, t. 1V, lettres XXXYV à LI1, p. 303- 553. Il dit avec assez de justesse dans la préface des Nouvelles observations : « Mon intention n’a pas été de diminuer en quoi que ce soit l’autorité de saint Augustin que j’ai toujours reconnu être le plus habile théologien des Églises d'Occident... S’il n’a pas toujours expliqué l’Écriture selon le sens littéral.…., on peut dire qu’il a réussi dans le dessein qu’il s’est proposé, ayant toujours eu en vue d’instruire les lecteurs... Les théologiens l’ont pris pour maître, il ne s'ensuit pas que ces théologiens aient été obligés de ne s’éloigner jamais de ses opinions... ni que ces opinions soient des articles de foi... J'aurais pu... garder plus de modération dans ce qui est des expressions... je n'ai jamais eu dessein de combattre la doctrine. » Cependant, qu’il s'agisse de l’Ancien ou du Nouveau Testament, il faut blâmer dans ses ouvrages un certain nombre d’erreurs ou tout au moins de témérités. Il prétend s'appuyer sur la Tradition; mais, au lieu d’en montrer l'unanimité, il semble chercher à y trouver des variations et des incertitudes. Dans l'Histoire des commentateurs, il parle avec trop peu de respect des Pères en général et en particulier de saint Augustin, qu’il se plaît à opposer aux Pères plus anciens et aux

Pères grecs sur les questions de la grâce; il fait trop l'éloge d’un certain nombre d’hérétiques des premiers siècles et des temps modernes. Ce n’est pas sans raison que la plupart de ses ouvrages ont été condamnés à Rome. La loi de l’Index n'était pas alors reçue en France; il ne paraît pas s’en être préoccupé, il n’en parle nulle part. Voir R. de La Broise, S. J., Bossuel et la Bible, p. 364 sq.

49 Derniers ouvrages. — Le bombardement qui avait détruit la ville de Dieppe en 1694 obligea Simon à venir à Paris où il resta désormais la plus grande partie du temps.

1. Arnauld l’entreprit rudement, à propos de l’Avis important. dans ses Difficultés à M. Steyaert… sur l'avis donné par lui à M. l’arch. de Cambrai, Cologne, 1691, in-12. Simon composa une Lettre pour lui répondre, mais ne l’imprima point; il se défendit seulement contre lui d’avoir parlé trop favorablement de Mahomet : la lettre composée en 1696 est au t. 111 des Lettres choisies, lettre xXxX&11, p. 243. — 2. On lui attribue des Lettres criliques où l’on voit les sentiments de M. Simon sur plusieurs ouvrages nouveaux, publiées par un gentilhomme allemand, Bâle, 1699, in-12 de 346 pages. Ces lettres roulent sur l’édition de saint Jérôme par les bénédictins, qu’il attaque vivement. Comme il était mal avec eux, on a jugé qu’il en était l’auteur et qu’il avait écrit par la plume de son neveu. Lettres choisies, t. 1v, p. 32, 34, 44. — 3. Quelques-uns de ses amis crurent rendre service au public en recueillant ses lettres les plus intéressantes sous ce titre : Leltres choisies de M. Simon où l’on trouve un grand nombre de faits anecdotes de littérature, 4 vol. in-12; l’édition porte le nom d'Amsterdam, quoique faite à Trévoux. Un t.1 parut en 1700, il était si défiguré que l’auteur crut devoir avertir qu’il ne s’y reconnaissait pas; on le réimprima en 1702 avec des augmentations; un t. 11 parut en 1704, un t. ππι en 1705. Une 2° édition parut, à Amsterdam, cette fois, en 1730, augmentée d’un t.1v qui avait été malencontreusement ajouté à la Bibliothèque critique. Le t. 1 est précédé de l’Éloge historique de Richard Simon, prêtre, par Bruzen La Martinière, son neveu à la mode de Bretagne. On y trouve racontées un grand nombre d’anecdotes intéressantes et l’auteur y donne des preuves des nombreuses recherches qu’il a faites dans les bibliothèques; ces lettres n’ont pas toujours été adressées aux personnes dont elles portent le nom; le plus souvent, l’auteur s’en sert comme d’un moyen pour apprendre au public ce qu’il veut lui faire savoir. Il s’y occupe, en dehors de celles qu’il a traitées dans ses ouvrages, des questions discutées alors : des préadamites; du mouvement de la terre; de publications, comme les Annales ecclésiasliques du P. Le Cointe; des éditions de saint Augustin, de saint Jérôme par les bénédictins, de celles de Lactance, de saint Jean Chrysostome, d’Origène, de Gerson; des ouvrages de Maldonat, de Petau, de Thomassin; de la traduction de Plutarque par Amyot; du bréviaire de Quignonez; de l’habitude conservée par les chanoines de Lyon de ne pas fléchir complètement le genou à l'élévation; de la bibliothèque des livres défendus après la révocation de l’édit de Nantes; de la Nouvelle bibliothèque des auteurs ecclésiastiques de Du Pin, t. 1, p. 338; de la question de la Pâque telle que l’a envisagée le P. Jean Lamy. Voir la table chronologique au commencement du t. 1 qui manifeste en Richard Simon un esprit universel, ennemi de la simple spéculation.

4. À la même époque, il fut engagé dans une nouvelle querelle : Basnage de Bauval et Huet avaient entrepris de faire en Hollande une nouvelle édition du Dictionnaire de Furetière; Simon fut invité, par les libraires de Trévoux qui avaient dessein de donner un dictionnaire pour le même usage, à étudier l’édition

SIMON (RICHARD

de Hollande; il composa donc Remarques critiques de M. Simon sur le Dictionnaire universel, publié par M. Basnage de Bauval et par M. Huet ministre, qui furent imprimées dans les Mémoires de Trévoux, mars 1701. Les éditeurs répondirent chacun par une lettre insérée dans le Journal des savants; Simon répliqua par de Nouvelles remarques publiées aussi dans les Mémoires de Trévoux, suppl. de septembre 1701.

5. Lui qui avait tant critiqué les traductions des autres voulut y aller de la sienne : Le Nouveau Testament de N.-S. J.-C. traduit sur l’ancienne édition latine avec des remarques littérales et critiques sur les principales difficultés, Trévoux, 1702, 4 vol. in-8°; 2e éd., 1703. Dans la préface, il fait cette déclaration : « Le décret du concile de Trente n’a été fait que pour le bon ordre et pour empêcher les brouilleries qu’auraient pu apporter les différentes versions. Notre version latine étant obscure et équivoque en quelques endroits, il n’y a point d’autre remède pour ôter ces obscurités que d’avoir recours aux originaux... Ce n’est pas que je blâme ceux qui publient des réflexions morales sur l’Écriture; mais je souhaiterais qu’elles fussent toujours jointes à des interprétations littérales. »

Plusieurs partis se réunirent pour le condamner et lui faire payer cher sa critique de la Rible de Mons. Par une Ordonnance du 15 septembre 1702, le cardinal de Noaiïlles interdit la lecture de cet ouvrage de Simon. Texte dans Lettres choisies, t. 11, p. 333. Le 12 octobre, Simon qui, trente ans plus tôt, lui avait donné des leçons d’hébreu, fait paraître une Remontrance, ibid., p. 346, où il accuse d’ignorance et de mauvaise foi les théologiens qui l’ont jugé; il a demandé, sans l’obtenir, de n'être pas condamné avant d’être entendu, il prie le P. de La Tour d'intervenir; il explique les passages incriminés où les dogmes de la prédestination, de la grâce, du péché originel, etc... ne sont pas du tout niés. Bossuet, qui, à la première lecture du livre, avait souhaité que l’auteur, en corrigeant l'Histoire critique du V.T.,fitune traduction de toute la Bible, change de sentiment et condamne le Nouveau Testament. Il écrit à M. de Noailles le 19 mai 1702 : « Je trouve presque partout des erreurs, des vérités affaiblies. les pensées des hommes au lieu de celles de Dieu. » A l’abbé Bertin, également le 19 mai : « Je ne veux que du bien à cet auteur et rendre utiles à l’Église ses beaux talents qu’il a luimême rendus suspects par la hardiesse et les nouveautés de ses critiques. » À quoi l’abbé répond avec plus de modération : « J’ai peine à croire qu'il se soit jamais formé aucun système suspect. Je croirais plutôt qu’il n’a pensé qu’à faire des recherches et des remarques dont il laissait le jugement au lecteur. »

Se conformant « à la docte et juste censure donnée à Paris, le 15 septembre », Bossuet défend sous peine d’excommunication ipso faclo « de lire ou retenir le livre nommé ci-dessus, sa préface, sa traduction et ses remarques comme étant respectivement la traduction infidèle, téméraire, scandaleuse. » (29 septembre 1702.) Il écrit en 1702 et 1703 deux Znstrucltions, une sur le dessein et le caractère du traducteur, l’autre sur les passages particuliers : « 1] semble dans toutes les notes, dit-il, que l’auteur n'ait eu dans l'esprit que le dessein de ravilir les idées de l’Écriture. » 1τὸ Inst., 12° passage. Il trouve des sentences sociniennes, des affinités avec Grotius, Crellius, avec les pélagiens parce que Simon traduit : Sine me nihil poleslis facere par : Vous ne pouvez rien faire étant séparés de moi. « Les faux critiques, dit-il, qui sont ordinairement des grammairiens outrés, mettent toute la délicatesse de leur esprit à examiner les paroles, peu sensibles à l’exactitude des mœurs. » Remarques sur les explications tirées de Grotius, xv. Il lui reproche d'attaquer du même coup saint Augustin, saint Thomas, Estius, Salmeron

sur la grâce, la prédestination, etc. Parmi les critiques particulières que fait Bossuet, il y en a de fondées,

mais dont il exagère l'importance : ainsi lorsqu'il re- |

jette l'expression : « c’est là mon corps », à la place de : « ceci est mon corps ». Quelques-unes sont mesquines : Simon avait traduit : « Celui qui va venir après moi est au-dessus de moi, parce qu'il est plus grand que moi ». Joa., 1, 15. Bossuet veut que l’on traduise « a été fait au-dessus de moi, parce qu'il éfait plus grand que moi ». Dans certains cas, ce qu'il critique paraît bien être le véritable sens : « S’ils ont gardé ma parole, ils garderont aussi la vôtre. » Joa., xv, 20. Simon traduit : S'ils ont épié, surveillé. 11 l'accuse presque de nier la divinité de Jésus-Christ, de favoriser l’arianisme et le socinianisme, parce que l’auteur distingue ce que Jésus-Christ a fait en qualité de Messie, de ce qu’il a fait comme Dieu. 115 inst., 26° passage. Sa conclusion est vraiment bien dure : « L'auteur fait ce qu'il lui plaît du texte de l'Évangile, sans autorité et sans règle. 11 ne se montre savant qu’en affectant de perpétuelles et dangereuses singularités... sa critique est pleine de minuties et d’ailleurs hardie, téméraire, licencieuse, ignorante, sans théologie, ennemie des principes de cette science. » L’accusé avait fait quelques réponses sur les remarques manuscrites de Bossuet, Lettres choisies, t. 1V, lettres XXXV à XXXIX, p. 255-303, décembre 1702-janvier 1703. Un ami γέ: digea les suivantes, lettres XL à ται, p. 304-466 (1703).

6. Simon donne encore : Moyens de réunir les protestants à l’Église romaine publiées par P. Camus, évêque de Belley, sous le titre de l’avoisinement des protestants vers l’Église romaine. Nouvelle édition avec des remarques par Richard Simon, Paris, 1703,in-12. «On a cru dans le public, écrit Batterel, qu’il n’avait donné la connaissance de cet ouvrage déterré, que pour se venger de M. Bossuet, en faisant voir par là que M. de Belley avait conçu en 1640 et exécuté avant lui le dessein de l’exposition de la foi catholique, livre qui a fait tant d'honneur à M. de Meaux. » Op. cit., p. 290. La phrase suivante d’une lettre écrite le 7 juillet 1685 indiquerait assez bien que c'était là sa pensée; il envoie son propre exemplaire de 1648 à un ami et ajoute : « Je suis persuadé que cette lecture vous ôtera les préjugés que vous avez contre l’Exposition de la foi publiée par M. l’évêque de Meaux. » Lettres choisies, t. 1, p. 276.

7. I] publie la Bibliothèque critique, ou recueil de diverses pièces critiques, dont la plupart ne sont point imprimées, ou ne se trouvent que difjicilement. publiée par M. de Sainjore, qui y a ajoulé quelques notes, à Bâle, pour Christian Wackerman, 1708-1710, 4 vol. in-12; un t. v a été ajouté depuis. Il v traite de beaucoup de choses : d’un procès intenté par Pierre de Gondi aux docteurs de la faculté de théologie qui prétendaient avoir le droit de publier des censures, t. 1, p. 1; de faux inventés par les bénédictins pour faire de Jean Gerson l’auteur de l’Zmitation, p. 17; du Gallia christiana des frères de Sainte-Marthe dans lequel il découvre des fautes, p. 142; de son projet de donner un recueil de pièces De Græcia schismatica, pour montrer aux protestants qu’ils n’ont aucune raison de nous opposer l’Église grecque, p. 203; des premières éditions des Pères, p. 255; de Maldonat qu’il défend contre l’accusation d’être antitrinitaire, p. 378-448; d’une réponse des chartreux à un libelle lancé contre eux par l’abhé de Rancé, p. 478. Il parle d’une discussion entre les vicaires apostoliques et les jésuites sur les cérémonies de la Chine, t. 11, p. 42; d’un arrêt du Parlement de Rouen contre les sorciers, p. 114; du sens à donner à l’adoration des mages, p. 131; de la question de savoir s’il y a une ou plusieurs Madeleines, p. 284; du quatrième vœu de servitude que le

P. de Bérulle demandait aux carmélites, vœu qu’il |

SIMON (RICHARD

appelle « extraordinaire, sinon bizarre », p. 303; du livre De virginilate du P. Seguenot, p. 324; de la signification de la vision d'Ézéchiel qui ne se rapporte pas à la résurrection des corps, mais à la délivrance des Juifs, p. 502; de l’histoire du concile de Trente par Pallavicini qu’il trouve pleine de fautes, €. 111, ἢ. 56; de l'édition de saint Augustin par les bénédictins, p. 101 ; ailleurs, il leur reproche d’y travailler par intérêt, Leltres choisies, t. IV, p. 45. Il s’occupe aussi de la version du Nouveau Testament par le P. Amelote, dont on a supprimé l'introduction qui déplaisait aux jansénistes, Bibl. cril., t. 111, p. 183; des abus auxquels les indulgences ont donné lieu, p.371. A propos du mouvement de la terre, il écrit cette phrase très importante, discutée au xvue siècle, hien admise aujourd’hui : « Celui qui voudrait établir les vérités de la physique, des mathématiques, de l’astrologie, et de toute autre partie de la philosophie, sur de certains passages de l'Écriture, qui n’en font mention qu’en passant et en des termes usités parmi le peuple, ferait une chose indigne et d’un théologien et d’un philosophe. » T. 1v, p. 96. Au ο. ΧΧχΙ du t. 11, Ὁ. 447, il tâche de se justifier de l’accusation, intentée par Thoinard et confirmée par les journalistes de Trévoux, de s’être approprié au t. 11, p. 19 de ses Leltres choisies une dissertation de l’abbé de Longuerue sur les antiquités des Chaldéens et des Égyptiens. La fin du t. 1v, p. 303-554, est consacrée à défendre sa traduction du Nouveau Testament.

5° Livres posthumes. — Après sa mort, fut publiée la Nouvelle bibliothèque choisie où l’on fait connaître les bons livres en divers genres de littérature et l'usage qu’on en doit faire. Amsterdam (Paris), 1714, 2 vol. in-12. L'auteur de la préface attribue la plus grande partie du travail à Barat : « 11 y ἃ dans ces volumes, dit Niceron, quantité de faits littéraires curieux qui auraient quelquefois mérité que l’auteur les eût un peu plus appuyés. L’auteur ne s’y est pas oublié, il s’y donne de l’encens à pleines mains. » Mémoires, 1729, ἘΣ:

En 1688, il avait répondu une première fois à Ellies Du Pin (col. 2104). Plus tard, il releva avec son âpreté coutumière les erreurs contenues non seulement dans les prolégomènes, mais aussi dans le corps même de la Bibliothèque ecclésiastique pour laquelle il fournit plus d’une rectification intéressante; l’ouvrage resté inachevé ne parut qu’un bon nombre d’années après la mort de tous deux : Critique de la Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques et des Prolégomènes de la Bible, publiés par Ellies Du Pin avec des éclaircissements et des suppléments aux endroils où on les a jugés nécessaires, par feu M. Richard Simon, avec des remarques, Paris, Εἰ. Ganeau, 1730, 4 vol. in-8°. Dans le Journal des savants, avril 1731, p. 247, se trouve une lettre du P. Souciet qui affirme que ces notes sont bien de Richard Simon : on accuse cependant ce Père d’avoir mutilé le manuscrit en quelques endroits. A la fin du t. 11, on ἃ imprimé quelques fragments de la critique que Simon avait commencée sur la Bible de dom Calmet dont le premier volume est de 1707; il trouvait le commentaire scolastique et sans vie. Les amis de Calmet réussirent à empêcher l’impression en lui refusant l’approbation des censeurs. Voir Bernus, op. cit., p. 127, n. 1. Le P. Lelong lui attribue une traduction française du Pentateuque dont il dit que le manuscrit a été entre les mains de Frédéric Léonard, libraire à Paris. Voir Batterel, op. cit., p. 292.

III. L'ŒUVRE ET L'HOMME. — L’appréciation de R. Simon étant très difficile, les jugements ont été très différents; s’il fut souvent méconnu, il le doit sans doute aux ignorances et aux incompréhensions dont il a été la victime, maïs il le doit aussi à lui-même.

1° À l’Oratoire. — Bien qu’il n’ait appartenu à cette congrégation que pendant seize ans, qu’il n’ait publié,

2111 SIMON pendant ce temps, que le premier de ses grands ouvrages, qu'il ait survécu près de trente-cinq ans à sa sortie, Richard Simon reste pour l’histoire « le célèbre oratorien »$ à l’Oratoire, il doit sa vocation de critique et une bonne part de sa formation. Il en ἃ dit quelquefois du bien, plus souvent du mal, dans la vie de Jean Morin; dans son Apologie il le venge du reproche d’avoir été janséniste : « L’Oratoire devint partagé entre deux factions. Celle qu’on nommait les jansénistes y était beaucoup plus forte que l’autre parti, qu'on appelait des molinistes.. Le premier y a tellement prévalu qu’il y régne presque tout présentement. Mais j'appellerais plutôt ce parti anti-jésuite que janséniste. Car tous les Pères de l’Oratoire ont signé le Formulaire, et seraient bien fâchés qu'on les traitât de jansénistes. » Bibl. cril., τς 11, p. 330-331, vers 1660. Bien qu'il ait parlé durement du P. Morin, de Thomassinet d’autres, ilrestait en relation avec quelques-uns de ses anciens confrères, les PP. Du Breuil, Bordes (Bibl. crit., t. IV, p.-220), Malebranche, Jean Lamy, La Tour, supérieur général. On sent un peu d’amertume dans cette phrase : « C’est l’ordinaire de la plupart des gens de communauté de se porter envie les uns aux autres, surtout ceux qui se mêlent d'écrire, » Zbid., t. 1, p. 145. Batterel, qui ne l’avait pas connu personnellement, ne l’aime pas, il lui reproche son caractère acariâtre, de la duplicité, il l’appelle souvent « notre rabbin » : peut-être traduisait-il le sentiment commun, lequel ἃ persisté au x1x* siècle, si l’on s'arrête à ce jugement du P. de Valroger : « R. Simon devait perdre le fruit de ses facultés et de son immense érudition. L’attention resta concentrée sur les parties dangereuses de ses ouvrages dont les erreurs ont compromis la partie saine et féconde. »

20 Le moliniste. — A une époque où presque tous les théologiens étaient augustinistes, il se déclara et resta toute sa vie moliniste; la plupart de ses confrères à l’Oratoire étaient augustinistes militants : pour un homme qui aimait à batailler, il choisissait bien son temps en y entrant, et ce fut peut-être la première cause des difficultés qu’il rencontra. Bruzen La Martinière dit que le P. de Sainte-Marthe (1672-1696) « avait commencé l'exercice de sa nouvelle dignité par l'éloignement de ceux qu’il ne croyait pas assez zélés pour le système de la grâce, tel que ses disciples font profession de l’enseigner... Simon fut traité avec beaucoup plus de douceur que beaucoup d’autres à qui on ne faisait aucun quartier. » Éloge, p. 28. A cette époque. l'influence de saint Augustin était telle qu’on peut à peine l’imaginer; pour Port-Royal en particulier, il est plus qu’une doctrine, c’est une vie: on y trouvait non seulement des sentences d’oracle, mais de véritables arrêts de vie ou de mort.

Cette doctrine inspire à Simon une aversion qu’il n’essaie pas de dissimuler : damner les enfants morts sans baptême, c’est, selon lui, faire comme dans les cités antiques, vouer à la mort ou à l'esclavage tout ce qui n’en est pas l'élite. Saint Jean Chrysostome n’amoindrit pas le mystère de la grâce en le présentant sous un biais plus favorable à la nature humaine. Ce n’est pas que Simon dédaigne saint Augustin, dont il fait souvent l'éloge, mais il refuse d'admettre que, ne sachant pas l’hébreu, il ait «cependant mieux entendu le véritable sens de l’hébreu que les Hébreux mêmes ». Bibl, crilique, t. 111, p. 469. II n’approuve pas toutes les allégories et, comme il dit, les pointilles; il sourit, comme tout le monde fait, quand le docteur entend l'instrument à huit cordes, du jugement dernier : « Il faut mettre, dit-il, de la distinction entre les opinions qui ont été particulières à saint Augustin et celles qui lui ont été communes avec toute l'antiquité... Ceux qui favorisent la doctrine des Pères grecs sur la grâce, sur le libre arbitre, sur la prédestination et la répro-

Page 1