‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 5)Chapitre 192 sur 457 · I. TÉMOIGNAGES DIVERS RELATIFS A SIMON · texte numérisé non relu

I. TÉMOIGNAGES DIVERS RELATIFS A SIMON

1° Les Actes des apôtres (vint, 9-13; 18-24). — Lors de l’évangélisation de la Samarie par le diacre Philippe, celui-ci rencontre, dans la capitale du pays, « un homme, nommé Simon qui y exerçait la magie et frappait d’étonnement les habitants, se disant quelqu’un de grand. Tous s’attachaient à lui du plus petit au plus grand et l’on disait de lui : « Celui-ci est la « puissance de Dieu, celle qu’on appelle la grande. » Et l’on était attaché à lui, parce que, depuis longtemps, il étonnait le monde par ses enchantements. » Convertis par la prédication de Philippe, les Samaritains se font baptiser. Soit conviction profonde, soit surprise de voir dans le diacre une puissance (magique) supérieure à la sienne, Simon se convertit lui aussi et reçoit le baptême. ἃ quelque temps de là, les deux apôtres Pierre et Jean viennent en Samarie pour imposer les mains aux néophytes et leur donner le Saint-Esprit. Témoin des prodiges qui accompagnent, comme au jour de la Pentecôte, l’effusion de l'Esprit, Simon, plus encore qu’il ne l’avait fait dans le cas de Philippe, voit dans les apôtres des magiciens plus forts que lui, dans le geste de l’imposition des mains une « passe » beaucoup plus efficace que ses secrets. Il offre de l’argent aux apôtres, afin qu'ils lui cèdent à lui aussi le pouvoir de donner le Saint-Esprit par l’imposition des mains. On sait la sévère réponse de Pierre. Encore que l’apôtre ne prononce pas contre Simon une malédiction définitive, encore qu’il invite le magicien au repentir, encore que celui-ci paraisse touché par les paroles de Pierre, l’impression que laisse l’épisode c’est que Simon n’est pas resté du nombre des vrais fidèles et qu’il est revenu à ses pratiques antérieures et aux idées plus ou moins consistantes par lesquelles il les justifiait. Il n’y ἃ pas à s’attarder à discuter ici l’authenticité de ce passage des Actes, que nous considérons comme faisant partie de la rédaction primitive.

Quoi qu’il en soit, d’ailleurs, le portrait qui est ici tracé de Simon est celui d’un magicien, d’un enchanteur, de haut ou de bas étage, peu importe, qui, en possession de certaines recettes, de certaines formules, ou même, si l’on veut, d’une vraie science astrologique, est capable de produire certains effets, bienfaisants ou malfaisants, ou de prédire l’avenir avec un pouvoir qui dépasse les forces ordinaires de la nature. De ce chef il peut prétendre à n’être pas un homme comme les autres. Il se donne pour quelqu'un de grand. Qu'il ait accrédité lui-même le bruit, ou qu'il l’ait simplement laissé circuler, il passe non pas seulement pour détenir une parcelle de la vertu d’en haut, mais pour être cette vertu même, cette puissance divine, ἢ δύναμις τοῦ θεοῦ, ἣ καλουμένη μεγάλη. On ἃ voulu opposer ces deux concepts : du charlatan qui accomplit des « tours » ou, si l’on préfère, du mage oriental, appliqué aux spéculations astrales, et de l’inspiré qui se présente comme une sorte d’incarnation de la divinité. Dans un milieu syncrétique comme était celui de la Samarie, les deux idées ne sont pas absolument

2131 SIMON LE incompatibles. Le monde gréco-romain connaissait lui aussi de ces « faiseurs de prestiges », qui, sincères ou non, se présentaient comme des porte-parole de la divinité. Ne jugeons pas trop vite les gens et les choses d'autrefois d’après nos idées et nos expériences d'aujourd'hui.

Cet épisode raconté, le livre des Actes se tait entièrement sur Simon. Aucun autre écrit du Nouveau Testament n’y fait allusion. Il en est de lui comme du magicien Élymas qui apparaît un instant dans l’histoire des missions de saint Paul pour s’évanouir aussitôt. Act., χα, 8-12.

20 Justin. — Originaire de Flavia-Néapolis (Naplouse), Justin, bien qu'il ne soit pas Samaritain de race, paraît en savoir plus que les Actes sur les destinées ultérieures de Simon. Il sait que « Simon le Samaritain, du bourg de Gitthon, est venu à Rome sous le règne de Claude, qu’aidé par les démons il y fit des prodiges de magie », à telles enseignes qu’on le prit pour un dieu et qu’il eut sa statue dans l’île du Tibre, avec cette inscription latine Simoni Deo sanclo. Il sait aussi que presque tous les Samaritains et quelques hommes d’autres nations le reconnaissent et l’adorent comme le premier dieu. « Une certaine Hélène, ajoute-t-il, qui l’accompagnait alors dans toutes ses courses et qui avait vécu d’abord dans une maison close, passe pour être sa première expression (sa pensée, ἔννοια). » De Simon, Justin rapproche son disciple Ménandre, un Samaritain lui aussi, chef d’une secte qui subsistait encore à Antioche, et même Marcion, mais sans le donner comme le descendant spirituel de Simon. Du moins celui-ci fait-il figure de chef de file de tous les hérétiques postérieurs. Apol., I, xxvi. Un peu plus loin, c. Lvr, Justin renouvelle les mêmes attaques et demande la destruction de la statue en question. Le Dialogue, c. GXX, résumant ce qui est dit dans l’Apologie, rappelle que Justin a essayé de convaincre d'erreur les Samaritains, qui voyaient en Simon un Dieu supérieur à toute principauté, à toute vertu, à toute puissance, ὃν θεὸν ὑπεράνω πάσης ἀ;χῆς καὶ ἐξουσίας καὶ δυνάμεως εἶναι λέγουσι.

Il faut au moins retenir de tout ceci l’influence que Simon aurait exercé en Samarie, où il aurait été l’objet d’un culte véritable. Le « magicien » du livre des Actes, dont on disait déjà de son temps qu'il était la « grande vertu » de Dieu, s’est donc mué, soit avant, soit après sa mort, en un dieu. Sans doute, Justin pourrait bien exagérer quand il fait de cette persuasion une idée commune à « presque tous les Samaritains ». Mais il faut néanmoins admettre l’existence d’une secte samaritaine, à diffusion plus ou moins grande, qui se réclame d’un Simon (lequel ne peut guère être un autre que celui des Actes), et qui lui associe une sorte de déesse parèdre en la personne d’une certaine Hélène.

Quant au séjour que Simon aurait fait à Rome, l'afirmation de Justin est beaucoup plus difficile à recevoir. Si elle repose exclusivement sur la rencontre faite par le philosophe d’une statue érigée à Simon dans l’île du Tibre, elle est de nulle valeur. Car la statue vue par Justin a bien été retrouvée, à la Renaissance, à l'endroit même indiqué par celui-ci; mais l'inscription, lue de travers par Justin, la restitue à SEMONI SANCO DEO, une vieille divinité sabine, alors que le philosophe ἃ lu Simon DEO Saxcro. De ce chef, le témoignage de Justin se trouve gravement compromis. Bien qu’on ait voulu le sauver, en prétendant que Justin connaissait par ailleurs la venue de Simon à Rome, nous pensons qu’il vaut mieux ne pas y insister. De ce chef tout un chapitre de l’histoire ecclésiastique est frappé de suspicion, c’est celui qui se rapporte à la lutte entre Pierre et Simon le Magicien à Rome.

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