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MAGICIEN

3° Les légendes des Actes apocryphes. — Nous groupons sous ce titre non seulement les Actes de Pierre sous leurs différentes formes, voir Supplément au Dictionn. de la Bible, t. 1, col. 496 sq., mais encore les récits qui, à une date plus tardive, se sont incorporés dans les romans clémentins. Voir ibid., col. 514 sq. et cf. Revue des sciences religieuses, L. x11, 1932, p. 222- 238. Sous leur forme la plus ancienne, les Actes de Pierre pourraient être de la fin du re siècle. C’est un peu plus tard que se sont formées les légendes que nous appellerons les Clémentines.

Les Actes de Pierre, dont l’origine orientale n’est guère contestable, continuent, somme toute, l'épisode des Actes canoniques rappelé ci-dessus et la narration du conflit entre l’apôtre Pierre et le magicien Simon. Peut-être signalaient-ils une deuxième rencontre des deux hommes à Jérusalem; cf. L. Vouaux, Les Acles de Pierre, p. 33 sq.; p. 320 sq.; mais il nous en reste surtout la partie qui traite de la lutte engagée à Rome entre Pierre et Simon. Les principaux épisodes, qui se sont incorporés d’assez bonne heure à l’histoire traditionnelle, en sont bien connus. Nous n’avons pas à les rappeler ici. Retenons que le portrait qui est tracé de Simon est sensiblement le même que nous avons trouvé dans Justin. L’adversaire de Pierre apparaît avant tout comme un redoutable sorcier; c’est par ses prestiges qu’il détache de la foi la jeune communauté romaine; finalement c’est en cherchant à réaliser le plus difficile de ses tours qu’il est victime d’un pouvoir supérieur au sien. Mais en même temps, et conformément aux Actes canoniques, Simon se donne comme une vertu de Dieu, et s’attribue une épithète que nous retrouverons. Dans le discours final où il promet de s'élever au ciel, il dit en effet : « Demain, vous abandonnant, hommes très athées et très impies, je volerai vers mon Dieu, dont je suis la Force, quoique affaiblie. Pendant donc que vous, vous êtes tombés, voilà que je suis le Constant, ὁ ἑστώς, et je retourne vers mon père et je lui dirai : « Moi aussi, le Constant, « ton fils, ils ont voulu me faire tomber; mais, ne me « laissant pas faire par eux, je me suis repris d’un élan « en arrière. » Actes de Pierre, ©. XXXI1, Vouaux, p. 407. Le progrès de la pensée est notable par rapport à ce qu’on lit dans les Actes canoniques et les rapports entre le Dieu suprême et Simon sont précisés : il se dit fils de Dieu, et se donne l’épithète de Constant.

Or, c’est très exactement le même portrait de Simon que l’on retrouve dans la partie des romans clémentins relatant la lutte entre Pierre et Simon, mais cette fois dans les villes de la côte syrienne. C’est en première ligne comme un magicien, et plutôt malfaisant, que Simon apparaît; en particulier comme un redoutable nécromant capable d'aller jusqu’au crime. Voir Hom., τι, 32, P. G.,t. τι, col. 100; Recogn., 11, 9; It, 44-48; τι, 63, etc., t. 1, col. 1252, 1302 sq., 1309: Mais les passages ne manquent pas où il se donne aussi comme un être du monde transcendant et s’attribue à lui-même cette épithète de s{ans, ἑστώς, que nous avons déjà relevée. Voir Recogn., 1, 72; 11, 7, 11, t. 1, col. 1246, 1251, 1253; Hom., x, 22, 24, t. x, col. 89, 92; noter surtout l'expression : /ilius Dei stans in æternum, Recoan., 111, 47, t. 1, col. 1303. Et Pierre lui en fait précisément grief, Hom., XVI, 6, 7, t. 11, col. 407, en déclarant qu'il le convaincra sur ce point de mensonge. Comme les Actes de Pierre, d’ailleurs, les romans clémentins savent un séjour de Simon à Rome: cf. Recogn., 111, 63, t. 1, col. 1309; mais, chose à quoi ne font point allusion les Actes apocryphes, ils connaissent, tout comme Justin, l’histoire de cette Hélène que Simon promène partout et qu'il fait passer pour une incarnation d’un être céleste, Hom., n, 25, t. 11, col. 93. Pourquoi les Actes apocryphes, du moins dans la partie qui nous est conservée, n’en font-

2133 SIMON LE ils pas mention? Il est difficile de le dire. Mais, en définitive, il n’y a pas lieu de s'étonner des grandes ressemblances entre les narrations clémentines et les Actes de Pierre; quoi qu’il en soit des théories émises à ce sujet, il est infiniment vraisemblable que l’ Écrit fondamental, point de départ des Récognilions et des Homélies, a été influencé par les Actes de Pierre. Ceuxci, d'autre part, ont subi l'influence de Justin.

Il reste que, dans les milieux populaires de la fin du πὸ et du commencement du ze siècle, Simon faisait figure non pas seulement de charlatan ou de sorcier, mais d’un personnage se donnant comme un être céleste, descendu pour quelque temps sur la terre à laquelle il apporte un message divin. Si elles n’indiquent pas expressément que Simon soit devenu le chef d’un groupement religieux, nos deux narrations font prévoir néanmoins que le Magicien pourrait bien être quelque jour le dieu d’une Église opposée à la communauté chrétienne.

4° Les hérésiologues. — 1. Hégésippe. — C'est peu après Justin que le Palestinien Hégésippe venait à Rome et se préoccupait déjà de combattre les sectes hérétiques devenues fort nombreuses. Nous connaissons mal le contenu et la tendance des Mémoires, ὑπομνήματα, composés par lui; mais, autant qu’on en peut juger par les fragments qui en restent, l’auteur attachait une grande importance à l’origine des sectes dissidentes. Voyant les choses de son point de vue de Palestinien, il pense que c’est à l’imitation et partiellement sous l'influence des sectes qui existaient dans le judaïsme que les dissidences ont pris jour dans l’Église chrétienne : « L'œuvre de corruption, dit-il, vint des sept sectes juives; de celles-ci sortirent Simon, de qui viennent les simoniens, Cléobius, père des cléobiens », et, avant ainsi énuméré cinq sectes, avec leur éponyme, « c’est de celles-ci, ajoute-t-il, que dérivèrent les ménandriens, marcionistes, carpocratiens, valentiniens, basilidiens, satorniliens, qui ont tous introduit, chacun de son côté, leurs opinions particulières. » Texte dans Eusèbe, H. E., 1. IV, c. xxun1, ἢ. 5. Ce tableau généalogique dont il n’est pas difficile de remarquer le vague, s’imposera très vite aux hérésiologues postérieurs. Non seulement Simon apparaît comme l’éponyme d’une secte, mais il est encore l'ancêtre de toutes les dissidences.

2. Saint Irénée. — Irénée a donné corps à cette conception qui reste encore bien floue dans Hégésippe. Qu'il ait emprunté une partie de sa documentation à un écrit hérésiologique d’origine romaine datant d'avant 175, ou qu'il mette en œuvre des données éparses recueillies par lui, il reste que l’évêque de Lyon ἃ fixé, pour toujours, dans le Contra hæreses, la place de Simon en tête des représentants des diverses aberrations pseudo-philosophiques. Sans doute son volumineux traité commence par exposer le système de Valentin; mais, l’ayant copieusement décrit et avant d'en entreprendre la réfutation, Irénée croit nécessaire d’en indiquer les origines, Cont. hær., 1, ΧΧΙΙ, 2, P. G., τ. vir, col. 669, et il n’hésite pas à retrouver celles-ci dans les enseignements de Simon. Zbid., xx111 tout entier. Après avoir fait état des données fournies par les Actes canoniques et des renseignements de Justin sur la venue de Simon à Rome, il commence donc une description du système philosophico-religieux qu’'aurait enseigné et propagé Simon. Celui-ci, qui fut par beaucoup glorifié comme un Dieu, aurait enseigné sur son propre compte les points suivants : « Il était, en fait, la Vertu suprême, le Père qni est au-dessus de tout et dont les divers noms que lui donnent les hommes n’expriment point la perfection. En Judée il s'était manifesté comme le Fils (comprenons sans doute que le magicien s’identifiait avec Jésus), en Samarie comme le Père, parmi les gentils comme le

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