‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 5)Chapitre 209 sur 457 · SIRMIUM (CONCILES ET FORMULES DE · texte numérisé non relu

SIRMIUM (CONCILES ET FORMULES DE

— La ville de Sirmium, aujourd'hui Mitrovièa, sur la Save, une soixante de kilomètres avant le confluent de cette rivière avec le Danube, a joué un rôle politique assez considérable dans les années 350-360. Les séjours obligés qu'y fit alors l’empereur Constance y favorisèrent la venue de personnages ecclésiastiques, soucieux de se concilier à eux-mêmes ou à leurs idées la faveur d’un souverain toujours prêt à s’immiscer dans les affaires religieuses. C’est ainsi qu’y furent tenus plusieurs synodes et rédigées plusieurs professions de toi. De celles-ci certaines sont demeurées célèbres. Comme elles sont d'inspiration fort différente, le théologien doit savoir les distinguer les unes des autres. Elles seront énumérées et étudiées ici dans leur ordre chronologique. Pour le détail des circonstances où elles se produisirent, se reporter à l’article ARIANISME.

[τὸ FORMULE (351). --- 1° L'occasion. — Depuis 343 ou 344 la ville de Sirmium avait comme évêque Photin, Galate d’origine, qui avait été diacre de Marcel d’Ancyre el passait pour reproduire les idées de celui-ci. Voir leurs deux articles. Dès le début, le parti eusébien, hostile à Marcel et à Athanase, accusait l’évêque d’Ancyre de renouveler l’hérésie de Sabellius, qui ne reconnaît pas la distinction réelle des trois personnes divines. Π semble bien que Photin ait accentué encore la doctrine de Marcel et on le soupçonnait de retomber dans les erreurs professées par Paul de Samosate. Le condamner, c'était compromettre la mémoire de Marcel, compromettre aussi Athanase qui avait eu longtemps partie liée avec l’évêque d’Ancyre. Ces raisons d'ordre personnel se joignaient aux préoccupations doctrinales pour amener l’épiscopat oriental à poursuivre la condamnation de Photin. Dès 345 une députation de l’Orient venait trouver l’empereur d’Occident, Constant, et lui soumettait une pièce élaborée à Antioche et désignée sous le nom d’’Exbeoic μαχκρόστι- 406, Hahn, Bibliothek der Symbole, $ 159. La doctrine de Marcel et de Photin y est longuement réfutée; en particulier on fait état contre elle des théophanies de l’Ancien Testament, qui sont expressément rapportées au Fils. N. 6. Comme suite à cette démarche, Photin fut condamné par les Occidentaux dans deux réunions qui se tinrent à Milan en 345 et 347; mais il fut impossible de faire descendre Photin de son siège épiscopal. Voir ὦ. Bardy, dans Fliche-Martin, Hist. de l'Eglise, t. 11, p. 133-135. C’est durant le séjour que fit Constance à Sirmium, en 351, que les Orientaux crurent le moment opportun d’en finir avec Photin contre qui ils avaient fait une non moins vaine tentative à la fin de 347. Bardy, ibid., p. 137.

20 Les événements. — On est mal renseigné sur la composition de l'assemblée qui se réunit à Sirmium à la fin de 351; les données fournies par Socrate, H.E.,

) SIRLETO (GUILLAUME) — SIRMIUM

IT, ΧΧΙΧ et xxx, et reprises par Sozomène, H. E., IV, vi, se rapportent en partie à une autre réunion, celle de 359. Le renseignement le plus intéressant est fourni par saint Épiphane. Hær., LXx1, 1-3. Photin, sentant bien que le concile lui serait défavorable, demanda à être entendu en débat contradictoire par une commission de magistrats impériaux; Basile d’Ancyre lui poserait des questions et discuterait ses réponses. Ainsi fut fait et un procès-verbal fut dressé de cette joute théologique. Épiphane l’eut en main et ἃ pu nous donner ainsi quelque idée des arguments jetés dans le débat et qui nous permettent de nous représenter un peu la doctrine de Photin. Comme dans l’"Eyθεσις μαχρόστιχος, Basile fait état des théophanies de l’Ancien Testament pour prouver l’existence, à côté de Dieu le Père, de son Verbe subsistant. Battu devant la commission, Photin le fut aussi devant le concile qui le déposa; la présence de l’empereur permit de donner force exécutoire à la sentence.

3° Les textes dogmatiques. — L'assemblée, de ce non contente, voulut aussi rédiger une profession de foi qui combattit la doctrine antitrinitaire de Photin et établit clairement la distinction des personnes divines. Π ne faut pas s’empresser de voir dans cette formule une manœuvre dirigée contre le consubstantiel nicéen. Du moins l’idée de beaucoup des membres de l’assemblée était que l’homoousios pouvait, mal interprété. faire penser à l’indistinction des personnes divines. Saint Athanase, dans le De synodis, 27, P. 6... τ xxvI, Col. 736-740, se contente de mettre la formule dans la série chronologique des professions de foi élaborées par les adversaires de Nicée, mais sans porter sur elle de jugement. Saint Hilaire, au contraire, dans son ouvrage de même nom, De synodis, 38-62, P. L., L. x (1845), col. 509 sq., donne de cette formule une interprétation bienveillante ; elle est, dit-il, une des tentatives faites par les évêques orientaux pour s’approcher de la vérité : mullifarie episcoporum consiliis atque sententiis quæsila verilas est el intelligentiæ ratio exposila est per singulas scriptæ fidei professiones, singulis quibusque generibus impiæ prædicationis exstinctis. N. 62, col. 522. C’est le point de vue de l’évêque de Poitiers qui a des chances d'être le plus exact. Il est aussi, à cent ans d'intervalle, celui de Vigile de Thapse qui écrit : Zllius catholici concilii apud Sirmium contra Photinum ex lolo Oriente congregati quis sufjiciet multiplices fidei sancliones comprehendere. Cont. Eutycheten, 1 N}\c'unx, PL, τι κι, Col 136:

La première formule de Sirmium nous est transmise dans son texte original par saint Athanase, loc. cil., où Socrate l’a prise, H. E., 11, xxx, dans une traduction latine par saint Hilaire, loc. cit.; voir le texte critique dans Hahn, op. cil., ὃ 160. Sa partie positive n’est pas autre chose que la quatrième formule d’Antioche de 341, Hahn, ὃ 156. Cf. art. ARIANISME, col. 1811. Elle exprime la foi en un seul Dieu, le Père tout puissant « et en son fils unique, Notre-Seigneur Jésus- Christ, engendré du Père avant tous les siècles, Dieu de Dieu, lumière de lumière, par qui tout a été fait, dans le ciel et sur la terre, les êtres visibles et invisibles, Verbe et Sagesse, lumière véritable et vie ». Suivent les articles relatifs à l’incarnation, à la passion, à la résurrection, au jugement dernier, après lequel « le règne (du Christ) continuera sans fin dans l'éternité des siècles, car il demeurera assis à la droite du Père, non seulement dans ce siècle, mais dans le siècle futur ». Enfin viennent les mots relatifs au Saint-Esprit « que (le Christ) a promis d'envoyer aux apôtres après son ascension au ciel, afin de leur enseigner toute vérité, qu'il a de fait envoyé et par qui sont sanctifiées les âmes de ceux qui croient fidèlement en lui. » Comparée à la profession nicéenne, celle-ci se fait remarquer par la suppression de l'’homoousios d’une part, par l’addi-

tion du passage relatif au règne éternel du Christ (passage qui est entré, sous une forme simplifiée, dans le texte du symbole dit de Nicée-Constantinople), enfin par les développements relatifs au Saint-Esprit. Au texte positif se joignent 27 anathématismes qui donnent à celte profession de foi sa physionomie très particulière. Ils ont pour objet de mettre en sûreté la distinction des trois personnes divines, n. 2, 18, 19, parmi lesquelles le Saint-Esprit reçoit plus d'attention qu'on ne lui en avait donné jusque-là, n. 20, 21, 22; d'affirmer la subsistance éternelle du Monogène, n. 1, 5, que l’on ne doit pas appeler Logos immanent ou proféré, n. 8: d'établir sa distinction absolue d’avec le Père, dont il ne doit pas être considéré comme une partie, n. 4, ni un simple épanouissement qui finaleme nt se résorberait en le Père, n. 6 et 7 (ces deux anathématismes expriment la condamnation du sabellianisme le plus évolué). Pour maintenir l'unité divine qui semblerait menacée par l'affirmation de trois subsistences indépendantes, on insiste sur le fait que le Père est le principe unique, en sorte qu'il n’y a pas deux (ou trois) êtres ἄναρχα καὶ ἀγέννητα; le Fils est la tête ou le principe de tout, mais le principe du Christ, c’est Dieu, ainsi tout se ramène finalement à un seul principe : οὕτω γὰρ εἰς μίαν ἄναρχον τῶν ὅλων ἀρχὴν δι’ υἱοῦ εὐσεδθῶς τὰ πάντα ἀνάγομεν. Ν. 26. La génération éternelle du Verbe n’a pas eu lieu sans que le Père l’ait voulue: en d’autres termes ce n’est pas contraint par une nécessité de nature que le Père a engendré son fils. N. 25. Mais il ne faut voir ici rien de semblable au vouloir par lequel Dieu fait venir à l'existence les créatures. N. 24. Une pensée quelque peu subordinatienne ne laisse pas de s'exprimer ςὰ et là : le Christ fils de Dieu travaille en sous-ordre à l'œuvre de la création, n. 3; cf. 18 : « nous ne mettons pas le Fils sur le même rang que le Père, mais (nous le faisons) subordonné au Père : où γὰρ συντάσσομεν υἱὸν τῷ πατρί ἀλλ΄ ὑποτεταγμένον τῷ πατρί. C’est au Fils seul que sont attribuées les théophanies de l'Ancien Testament. N. 14-18. Une attention toute spéciale est accordée au mystère de l’incarnation Jésus, fils de Marie, n’est pas simplement un homme, ἢ. 9; mais l’élément divin qu'il faut reconnaître en lui n’est pas le Dieu inengendré ou une partie de celui-ci, n. 4, 10; c’est le Verbe du Père, son Fils subsistant de toute éternité; toutefois, en se faisant chair, il ne s’est pas transformé en la chair et n’a été soumis à aucun changement. N. 12. Sans doute on parle du Fils de Dieu crucifié pour nous, mais il faut bien se garder de soumettre sa divinité à la corruption, à la souffrance, au changement, à l’amoindrissement, à la mort. N. 13. 1 faut noter enfin que le premier anathématisme reproduit l’anathématisme nicéen, mais avec une variante significative : « quant à ceux qui disent que le Fils vient du néant, ou d’une autre hypostase (le Nicænum ajoute : ou d’une autre ousie, faisant synonymes les deux mots ὑπόστασις et οὐσία), qu’il fut un temps ou une durée (χρόνος ἢ αἰών). où il n’était pas, la sainte Église catholique les tient pour étrangers à elle. » La suppression du mot οὐσία est certainement voulue; en Orient, tout spécialement à Antioche, on entendait faire une différence entre ce mot et celui d’hypostase, et déjà se préparait la formule de l'avenir : τρεῖς ὑποστάσεις ἐν μίᾳ οὐσίᾳ, trois hypostases (ou subsistences) dans l’unité d’une seule ousie, formule que le symbole de Nicée semblait exclure. Le dernier anathématisme résume, à l’encontre de Photin, l’idée même du christianisme : « Anathème à qui ne confesse pas que le Christ-Dieu est le Fils de Dieu préexistant aux siècles, et qui ἃ travaillé sous les ordres du Père à la création de l’univers, mais pense que c’est au moment où il a été conçu de Marie qu'il a été appelé Christ et Fils et qu'il ἃ

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