SIRMIUM (FORMULES DE
commencé à être Dieu. » Ces paroles résument assez bien la pensée de Photin, pour autant que nous puissions la restituer.
Somme toute, si l’on oublie les traces de subordina- Lianisme qui affleurent dans le texte et qui ne sont guère que des reliquats de doctrines archaïques, il faut reconnaître dans cette profession de foi un sérieux effort pour serrer de près les dogmes de la Trinité et de l’incarnation. L'ordre fort dispersé dans lequel se présentent les anathématismes invite à penser que, sans s’astreindre à un ordre logique, le rédacteur ἃ reproduit la série des arguments qui.se sont affrontés dans la discussion entre Photin et Basile d’Ancyre. Auquel cas ils nous permettraient de préciser la pensée de ce prélat et d’apprécier plus équitablement encore le rôle qu'il a joué dans la controverse d’après Nicée. Cf. art. SEMI-ARIENS, ci-dessus, col. 1791.
11 FORMULE (357). — 1° L'occasion. — Entre 351 et 357 de graves événements religieux se déroulent. Constance, qui ἃ fait de la lutte contre Athanase une affaire personnelle, a réussi à faire abandonner par les Occidentaux l’évêque d'Alexandrie déjà renié par les Orientaux. La réunion d’Arles en 353, le concile de Milan en 355, l’exil du pape Libère et du vieil Hosius à la fin de cette même année, préparent la proscription d’Athanase (8 février 356) et la déroute de l’orthodoxie. Le pape Libère lui aussi finit, de guerre lasse, par abandonner l’archevêque d'Alexandrie; dans son lointain exil il souscrit à la première formule de Sirmium et entre en communion avec les évêques orientaux. Voir son article.
C’est vers ce moment et peut-être avant l’arrivée de Libère à la cour impériale, toujours installée à Sirmium, qu’accourent auprès du souverain plusieurs évêques, tout imbus de cet arianisme plus ou moins honteux qui se renforçait alors. Les chefs de cette coterie étaient des prélats de l’Illyricum, déjà mêlés depuis quelque temps aux querelles théologiques Valens de Mursa, Ursace de Singidunum, Germinius, évêque de la ville même de Sirmium. Potamius de Lisbonne et de nombreux dignitaires d'Orient les y rejoignirent bientôt et tout ce monde s’efforça de faire admettre par Constance une nouvelle tessère d’orthodoxie. On adopta finalement la forme d’une déclaration qui, émanée des évêques présents à la cour, serait soumise à l’acceptation de l’épiscopat dispersé. Pour lui donner plus de poids, les meneurs eurent l’idée de la faire patronner par le vieil Hosius qui séjournait pour lors à la cour. Que la signature de celui-ci ait été obtenue par la violence ou qu’elle ait été donnée de plein gré par un vieillard qui ne disposait plus de toutes ses facultés, il est incontestable que la deuxième formule de Sirmium fut présentée au public comme garantie par la signature qui, en 325, ouvrait la liste des « trois cent dix-huit Pères». Le formulaire est appelé par Hilaire le « blasphème d’Hosius et de Potamius », De synodis, n. 11, P. L., t. x. col. 486, ou encore le deliramentum Osii el incrementa Ursacii et Valentis. Adv. Conslantium, n. 23, ibid., col. 599. Hilaire en donne l'original latin, De synodis, n. 11; Athanase une traduction grecque, De synodis, n. 28, qui a été transcrite par Socrate, Η- Ἐς ΤΙ, xxx. Cf. “Hahn, op. cit., $ 161.
20 La formule. — Le début paraît anodin : « Étant données les discussions qui s'élèvent au sujet de la foi, on s’est occupé avec diligence, à Sirmium, de toute cette affaire et, en présence de Valens, d'Ursace et de Germinius, on est arrivé aux constatations suivantes : Une chose est certaine, l’existence d’un Dieu et Père tout puissant, auquel croit tout l’univers, et de son fils unique Jésus-Christ, notre Seigneur et Sauveur, engendré par celui-ci avant tous les siècles; mais ni on ne peut, ni on ne doit prêcher deux dieux, car le Seigneur
lui-même a dit : « Je m'en vais à mon Père et à votre « Père, à mon Dieu et à votre Dieu ». (Joa., xx, 17.) Il n’y ἃ donc qu'un seul Dieu, comme l’Apôtre nous l’enseigne : « Dieu est-il seulement le Dieu des Juifs, n'est- « il pas aussi le Dieu des gentils? Il l’est, car il n’y a « qu'un seul Dieu, qui justifie les circoncis en partant « de la foi, les incirconcis par la foi. » Tout le reste s’ensuit et sur ce point il ne s’est trouvé aucune dissonance. »
Pour orthodoxe que soit, en elle-même, cette affirmation de l’unité ou plutôt de l’unicité divine, on remarquera avec quelle insistance elle met l’accent sur ce point, au détriment de la parfaite divinité du Fils de Dieu. Hilaire nes’v est pas trompé : Dum Pater unus et solus omnium Deus prædicalur, écrit-il, Deus esse Filius negalur. Loc. cit.. n. 10, col. 486.
Plus caractéristique encore est le rejet des deux expressions homoousios et homoiousios par lesquelles les nicéens d’une part, les orthodoxes de la nuance de Basile d’Ancyre, d'autre part, entendaient exprimer la relation entre le Fils de Dieu et son Père : « Ces deux formules, dit le texte, ont excité beaucoup de trouble, il vaut donc mieux n’en pas faire usage, pour cette raison qu’elles ne sont point dans l’Écriture, qu'elles dépassent la science de l’homme, car personne, au dire même de l’Écriture, ne peut «raconter la géné- « ration du Fils de Dieu ». Seul le Père sait comment il a engendré son Fils, seul le Fils sait comment il a été engendré par le Père. » Cet agnosticisme délibéré exaspère saint Hilaire : dum de homousio ac de homæousio laceri decernitur, id decretum est ut, aut ex nihilo ut crealura, aut ex alia essentia ut consequentia creaturarum οἱ non ex Deo Patre Deus Filius confirmaretur. Ibid.
La suite, en effet, exprime le subordinatianisme le plus décidé : « Π n’y ἃ aucun doute que le Père ne soit plus grand que le Fils; aucun doute que le Père, en honneur, en dignité, en gloire, en majesté et par son nom même de Père, ne soit plus grand que le Fils; celui-ci même l’atteste : « Celui qui m’a envoyé, dit-il, «est plus grand que moi.» Voici la pensée catholique que nul n’ignore; le Père et le Fils sont bien deux personnes, le Père supérieur, le Fils inférieur, avec tout ce que le Fils doit finalement soumettre au Père : le Père n’a point de commencement, il est invisible. immortel, impassible; le Fils est né du Père, Dieu de Dieu, lumière de lumière, et sa génération de Fils, comme on l’a déjà dit, nul ne la connaît sauf le Père. »
Voici pour terminer la formule de l’incarnation « Le Fils de Dieu notre Seigneur et Dieu, ἃ pris du sein de la vierge Marie une chair, un corps, un homme {carnem vel corpus, id est hominem suscepisse), comme l’ange l’a annoncé; et, comme toutes les Écritures l’enseignent et tout spécialement l’Apôtre et le Docteur des nations, il a pris un homme par qui il a pu souffrir (hominem suscepisse per quem compassus est, ἄνθρωπον ἀνέλαδεν... δι ‘ οὗ πέπονθε). » EL voici la conclusion : «il faut toujours garder le dogme de la Trinité, comme nous le lisons dans l'Évangile : « Allez «et baptisez toutes les nations au nom du Père et du « Fils et du Saint Esprit, » Ce nombre trinitaire est intact, parfait. Quant au Saint-Esprit, il est par le Fils: envoyé par celui-ci, il est venu pour instruire, enseigner, sanctifier les apôtres et tous les croyants. »
De toute évidence la deuxième formule de Sirmium donne corps à cet anoméisme qui, tout en évitant les brutales formules de l’arianisme première manière, reprenait l'essentiel de la pensée d’Arius. Celui-ci non plus n’hésitail pas à donner le nom de Dieu au Fils, créé par le Père pour être l'instrument de la création. Sans doute le prêtre d'Alexandrie mettait-il l'accent, avec plus de force que notre formulaire, sur le caractère de créature du Fils de Dieu. Évitant de se com-