‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 5)Chapitre 217 sur 457 · SEXE · texte numérisé non relu

SEXE

ΠῚ 2198 soit contre les velléités d'indépendance des évêques de la péninsule balkanique, soit contre les empiétements de Constantinople. Voir les deux lettres, Jafté, n. 393, à Périgène de Corinthe, et n. 394, au synode de Thessalonique ; et d'autre part les lettres n. 395, à Proclus, et 396, aux évêques de l’Illyricum. En ces divers textes, le pape insiste sur le fait que l’obéissance qu'il demande aux évêques à l’endroit de son représentant n’est pas chose nouvelle; il essaie de définir les droits respectifs des métropolitains de la région et du vicaire apostolique. Les métropolitains gardent le droit de faire dans leurs provinces les ordinations (épiscopales), mais ils devront auparavant consulter le titulaire de Thessalonique : Zn provincia sua jus habeant ordinandi; sed hoc, inscio vel invilo quem de omnibus volumus ordinalionibus consuli, nullus audeat ordinare. Les causes majeures devront lui être déférées. C’est lui, en particulier, qui devra discuter et approuver le choix des nouveaux évêques ; il s’'entourera d’ailleurs des conseils de ses collègues dans l’épiscopat, aussi bien pour cette question que pour les autres causes qui lui seront apportées. P. L., t. L, col. 611 C. A lui aussi de réunir le synode quand il le jugera nécessaire, quitte à soumettre les sentences de celui-ci au Siège apostolique. Ibid., col. 617 C. En bref, les droits concédés à l’évêque de Thessalonique sont les mêmes qu’exerce le Siège apostolique dans son ressort métropolitain d’Italie; nulle part ailleurs en Occident ne fonctionne un régime de ce genre. Volontiers les évêques de l’Illyricum se rendraient-ils à Constantinople pour y régler leurs affaires. Volontiers le titulaire de la ville impériale étendrait-il vers ces régions de langue grecque le droit de regard, fort mal défini, qu’il pense lui avoir été concédé au concile de 381. Dans une lettre aux évêques de l’Illyricum, Xyste fait allusion à des décisions synodales prises à Constantinople et qui encourageraient des démarches de ceux-ci auprès de l’archevêque. Le pape s'élève là-contre. Les évêques de l’Illyricum n’ont pas à tenir compte des constitutions disciplinaires du synode constantinopolitain. P. L., tbid., col. 618 A; cf. V. Grumel, Les regestes de Constantinople, n. 84. Proclus ne doit pas favoriser la venue dans la capitale des prélats en question, qui ne pourront s’y rendre qu'avec une attestation du titulaire de Thessalonique. Zbid., col. 613 A. Ainsi Xyste veille-t-il à la conservation des droits du Saint-Siège en ces régions, qui continueront longtemps à relever de Rome. Bien entendu la correction doctrinale des évêques de l’Illyricum le préoccupe davantage que leur loyalisme. La Collectio Atheniensis a conservé une lettre de Xyste à l’évêque de Philippopoli, relative au concile d'Éphèse. A. C. O., τ, 1, 7.

Le registre de Xyste III n’a pas gardé de traces d'interventions analogues en Occident, où la submersion du monde romain par les barbares rendait d’ailleurs de plus en plus difficile l’action pontificale. Du moins faut-il mentionner le refus opposé par Xyste à la demande de Julien d’Éclane de rentrer en communion avec l’Église romaine. L'intervention du diacre Léon, le futur pape, aurait été décisive en ce sens. Prosper, Chronicon, an. 439, P. L., t. 11, col. 598. Le Liber pontificalis décrit avec complaisance les travaux exécutés à Rome par les soins de Xyste, soit à Sainte- Marie-Majeure dont la basilique fut renouvelée de fond en comble, soit au baptistère de la basilique constantinienne, soit à Saint-Paul, soit à Saint-Laurent-horsles-Murs, soit à la catacombe de Calliste. Il s'agissait surtout d'effacer les traces des destructions causées par le pillage d’Alaric en 410. La reconstruction de Sainte-Marie-Majeure, d'autre part, fut mise en rapport avec l’affirmation à Éphèse de la maternité divine de Marie. Le Liber pontificalis est moins heureux quand il relate le procès qui aurait été intenté au

2199 SIXTE" TN pape Xyste par un certain Bassus et qui se serait terminé d’ailleurs à la confusion de l’accusateur. Il s’est inspiré en ceci d’une pièce faisant partie des apocryphes symmaquiens, les Gesta de Xysti purgatione. Voir l’art. SYMMAQUE: le texte dans Mansi, t. v, col. 1061-1070. A son tour la narration du Liber pontificalis a inspiré une des fausses Décrétales, Jaffé, n. 397.

Le pape Xyste mourut le 18 août; c’est la date où son nom figure au martyrologe romain; son pontificat prépare dignement celui de saint Léon qui lui succédera.

Le Liber pontificalis, éd. Duchesne, t.1, p. 88-89, 232-237, et, pour ce qui concerne les Gesta de Xysti purgatione, Ῥ. CXXVI-CXXVI1; Jafté, Regesla pontificum romanorum, t. 1, p. 57-58; les lettres de Xyste III sont rassemblées dans P. L.,t.L1, col. 581-618, qui reproduit l'édition de Coustant; pour celles qui sont relatives à la fin de la question de Nestorius nous avons renvoyé aussi aux Acta conciliorum æcumenicorum de Schwartz (A. C. O.), cf. art. NESTORIUS, t. x1, col. 156. Pour les rapports avec Proclus, voir aussi V. Grumel, Les regestes du patriarcat de Constantinople, fasc. 1, 1932, p. 36 sq.

Parmi les travaux récents, outre les histoires de l'Église : L. Duchesne, t. 11; Fiiche-Martin, t. 1v, voir P. Batiffol, Le Siège apostolique, 1924, c. vi, ὃ 6, p. 398-410; E. Caspar, Geschichte des Papsttums, t.1, 1930, p. 356 sq., 381, 416-422.

=. AMANN.

4. SIXTE IV, de son nom FRANÇOIS DELLA ROVERE, de l’ordre des frères mineurs conventuels, né en 1414, pape du 9 août 1471 au 12 août 1484.

I. AVANT LE PONTIFICAT. — Né d’une famille ancienne et illustre, mais appauvrie, le 21 juillet 1414, à Celle Ligure, près de Savone, il fut voué par sa mère dès son âge le plus tendre à saint François d'Assise. Confié dès l’âge de neuf ans au franciscain Jean Pinarola, le jeune François apprit à estimer la vie franciscaine, qu'il embrassa plus tard dès qu’il eut atteint l’âge canonique. Il apprit la grammaire au couvent de Savone, la dialectique au couvent de Chieri, la philosophie et la théologie aux universités de Padoue et de Bologne. Après avoir conquis le grade de docteur en théologie à Padoue, le 14 avril 1444, François Della Rovere enseigna avec beaucoup de succès aux universités de Padoue, Bologne, Pavie, Sienne, Florence et Pérouse. François fut aussi un prédicateur recherché. Sa renommée de savant et d’orateur ne lui attira pas seulement la bienveillance et l’amitié du cardinal Bessarion, mais aussi l’estime de ses confrères et de ses supérieurs. Ainsi en 1460 il fut élu provincial de la Ligurie et, peu après, on lui confia l’importante charge de procureur général. Le général Jacques de Sarzuela se l’attacha comme son vicaire pour l'Italie. François prit aussi une part active dans la fameuse controverse sur le sang du Christ, qui divisait à cette époque les franciscains et les dominicains et s’illustra spécialement dans la dispute qui eut lieu en décembre 1462 sur ce sujet en présence du pape Pie 11. Voir cidessus, t. vi 1, col. 291 et t. χιν, col. 1094 5 1. Les discussions durèrent trois jours et, dans l’examen de la question qui suivit et auquel participèrent aussi les cardinaux, la majorité se prononça en faveur de la thèse dominicaine. Le pape se rallia également à leur avis, mais avant besoin des franciscains pour la prédication de la croisade, il ne publia pas le décret condamnant la thèse franciscaine.

Au chapitre général tenu à Pérouse le 19 mai 1464, François Della Rovere fut élu ministre général de l’ordre entier de Saint-François. S'appliquant non seulement à avoir la sympathie des observants, dont contrairement à ses prédécesseurs il fut l'ami, mais aussi à réformer la communauté ou les conventuels, François mit fin temporairement aux dissensions internes qui divisaient les membres de l’ordre. Il fit construire un couvent près de la basilique des Douze-

SIXTE IV 2200 Apôtres, qui avait été donnée, en 1463, aux conventuels par le pape en compensation du couvent de l’Ara Cæli, qu'ils avaient été obligés de céder aux observants. Son gouvernement fut toutefois de courte durée. Après le chapitre général de Florence, en 1467, François, qui avait passé l’été dans son pays natal pour refaire sa santé, s’apprêtait à se rendre à Venise pour y donner des leçons de théologie pendant l'hiver, quand, arrivé à Pavie, il fut prévenu de son élévation au cardinalat le 18 septembre 1467. Il se rendit immédiatement à Rome, où il arriva le 15 novembre, et reçut comme titre l’église Saint-Pierre-ès-Liens. ἢ continua toutefois à mener la vie de franciscain et à gouverner l’ordre jusqu’au chapitre général qui fut célébré à Venise le 19 mai 1469, et dans lequel Jean Zanetto d’'Udine fut élu général. Voir P. Paschini, Frate Zanetto da Udine, dans Arch. franc. hist., t. XXVI, 1933, p. 109 sq. Sur l’activité déployée par François pendant son cardinalat, on peut voir les nombreuses lettres autographes de cette époque, éditées par P.-M. Sevesi, O. F. M., dans Arch. franc. hist.,t. ΧΧΎΥΤΙΙ, p. 198-234 et 477-499. Sa vie était si régulière et si édifiante que son palais, à côté de Saint-Pierre-ès- Liens, ressemblait plutôt à un couvent qu’à l’habitation d’un prince de l’Église.

François profita de sa liberté pour s’adonner aux études et composer quelques ouvrages. Ainsi il aurait rédigé vers cette époque un Traclatus de sanguine Christi, où il développe la thèse franciscaine sur le sang du Christ, déjà exposée et défendue lors de la dispute solennelle, tenue à Noël 1462, en présence de Pie II. Ce traité, dédié à Paul 11, futédité à Rome, en 1471 ou 1472; à Nuremberg, en 1473 et 1474; cf. L. Haïin, Repertorium bibliographicum, t. τι, Berlin, 1925, n. 14 796-14 798. Ces mêmes éditions comprennent un autre ouvrage de François Della Rovere, intitulé Tractalus de potentia Dei, également dédié à Paul II, dans lequel il attaque la thèse d’un carme bolonais, selon qui Dieu par sa toutepuissance ne pourrait pas sauver un damné. François Della Rovere est aussi l’auteur d’un Tractalus de futuris contingentibus, composé à l’occasion d’une controverse agitée à l’université de Louvain au sujet de la vérité des futurs contingents. Ce traité fut imprimé à Rome, en 1473, in-fol., 10 ff.; cf. L. Haïn, op. cit., n. 14 800. Ces trois traités sont conservés dans le ms. lat. 12 930 de la Bibliothèque nationale de Paris et dans le ms. Urb. lal. 151 de la bibliothèque Vaticane. Si François a composé vers cette même époque un Tractatus de conceptione bealissimæ Virginis, ce traité, d’après Th. Accurti, n'aurait été jamais édité, comme le soutiennent à tort C. Schottgenius (cf. J.-A. Fabricius, Bibliotheca latina, t. vr, Hambourg, 1746, p. 556), G.-W. Panzer, Annales lypographici, τ. 11, p. 428, n. 69, L. Haïn, op. cit., t. τι, ἢ. 14.799, ΝΥ. ΣΙ δὴν B. Joannes Duns Scotus οἱ Sancta Sedes, Quaracchi, 1929, p. 15-16, et Fr.de Sessevalle, Histoire générale de l'ordre de Saint-François, t. 1, Paris, 1935, p. 618. I n'aurait pas été dirigé contre les erreurs d’un carme bolonais, comme l’aflirment ces mêmes auteurs, qui confondent le Tractatus de conceptione Virginis avec le Tractatus de potentia Dei. Voir J.-H. Sbaralea, Supplementum ad scriplores ord. min., 2° éd., τ. 117, Rome, 1936, p. 106. D’après W. Lampen, op. cil., p. 14-16, François Della Rovere aurait été un fidèle disciple de Duns Scot: il le dit lui-même dans une inscription autographe à la fin du ms. Vat. lat. 888, qui contient le Commentarius in IVum Sent. de Duns Scot. Dans son Traclatus de sanguine Christi, Rome, 1472, fol. 58 ro, il écrit, Theologica adeo subtiliter et bene tractavit ut nihil erroneum, nunquam, in suis scriplis fuerit compertum. D'après Jacques Textor, O. F. M., François Della Rovere aurait suivi Duns Scot dans ses leçons

et aurait composé une Expositio de distinctione formali. |

Voir W. Lampen, op. cit., p. 14. Il aurait travaillé aussi à mettre fin aux luttes doctrinales qui divisaient les franciscains et les dominicains et à cet effet se serait efforcé de démontrer que l’opposition entre Duns Scot et saint Thomas n'est pas réelle, mais purement verbale.

II. LE PONTIFICAT. — A la mort de Paul II (26 juillet 1741), le conclave composé de dix-huit cardinaux se réunit à Rome le 6 août 1471 et, le 9 août suivant, fut élu comme souverain pontife le cardinal François Della Rovere, qui prit le nom de Sixte IV.

1° La lutte contre les Turcs. — Couronné le 25 août 1471, Sixte IV consacra ses premiers soins à la guerre contre les Turcs : Mahomet II, qui avait déjà conquis une partie de la chrétienté, menaçait d’envahir l'Italie et de s'emparer de Rome. Le pape s’efforça d’abord d’unir entre elles les principales puissances italiennes, Naples, Florence, Milan et Venise, et de renouveler les alliances antérieures. Il réussit à aplanir les diffcultés avec Venise et Naples et entretint les meilleurs rapports avec la famille des Sforza de Milan et celle des Médicis de Florence, dont il avait été l’ami avant son élévation au pontificat. Il fallait ensuite rallier les autres puissances européennes. ἃ cette fin, le pape résolut de convoquer une assemblée générale de tous les princes; le projet échoua. Sans se décourager, Sixte IV entreprit alors de négocier l’affaire par des légats et, au consistoire secret du 23 décembre 1471, il désigna quatre cardinaux pour traiter avec les principales puissances européennes et les gagner à l’idée de croisade. Il envoya Bessarion en France, R. Borgia en Espagne, M. Barbo en Allemagne, Hongrie et Pologne, tandis que O. Caraffa était chargé du commandement de la flotte destinée à opérer contre les Turcs dans la Méditerranée. Ces légations échouèrent à leur tour. Sixte IV toutefois, avec l’aide de Venise et

de Naples, réussit à réunir une flotte de 82 galères, :

qu’il confia au cardinal Caraffa. Elle parvint, en 1472, à forcer l'entrée du port de Satalie, mais sans pouvoir emporter la ville. D'ailleurs la brouille se mit bientôt entre Napolitains, Vénitiens et Pontificaux. Le 23 janvier 1473, Caraffa rentrait à Rome, sans avoir fait grand’chose, en dépit de circonstances générales favorables, en particulier de la diversion tentée par le roi des Perses, Ussunhassan. Mahomet II réussit à infliger à celui-ci une défaite définitive (26 juillet 1473) et s’en vint ensuite dévaster la Carinthie et la Styrie. L'espoir nourri pendant un certain temps par le Saint-Siège de recruter un nouvel allié contre l'Islam en la personne du grand-duc Ivan III de Moscou et de réaliser l’union entre l’Église russe et l’Église romaine par le mariage avec Ivan de Zoé Paléologue, nièce du dernier empereur de Byzance, élevée à Rome dans la foi catholique, n’aboutit lui non plus à aucun résultat. Sur la promesse des délégués russes, reçus par Sixte IV le 25 mai 1472, relative à l’union projetée entre les deux Églises et sur l’engagement de la princesse Zoé de ne pas abandonner la religion catholique, le pape permit le mariage qui se fit par procuration le 1e juin 1472 dans la basilique de Saint-Pierre. Mais, à peine Zoé eut-elle mis le pied en Russie, qu’elle se comporta en schismatique et adhéra pleinement à l'Église orthodoxe. Le légat qui l’accompagnait se vit interdire l’accès de Moscou et fut obligé de retourner à Rome. En 1474, Ivan III voulut renouer les relations et envoya une ambassade à Sixte IV pour y traiter de la concession du titre de roi ou d’empereur. Le roi de Pologne toutefois, craignant ce rapprochement de la Russie avec Rome, fit échouer ces négociations, bien qu'il travaillât à opérer l’union de Kiev avec Rome,

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