SIXTE IV
2° La politique ilalienne. — L'’harmonie réalisée entre les États italiens par la ligue de Lodi (1454) et celle de Naples (1455) fut compromise, sous Sixte IV, par les ambitions de Laurent de Médicis, qui s’engagea dans des entreprises moins profitables à Florence qu’à sa propre maison. En reconnaissance de la protection reçue jadis de la famille des Médicis, Sixte IV, dès son élévation au pontificat, confia aux Médicis, qui avaient une banque à Rome, le trésor pontifical et les combla de faveurs. Laurent néanmoins mit tout en œuvre pour faire échec au Saint-Siège; les rapports s’aigrirent des deux côtés. Laurent se crut lésé de ce que le pape avait refusé la pourpre au jeune Jules de Médicis et accordé en 1474 l’archevêché de Pise à François Salviati, que Laurent considérait comme un rebelle, mais surtout de ce que le pape avait acheté Imola, dont il confia le gouvernement à son neveu Jérôme Riario, et réuni de la sorte aux États de l'Église ce territoire que Laurent convoitait. Le pape, de son côté, fut profondément attristé de voir que Laurent soutenait la révolte fomentée en Ombrie, principalement à Città di Castello, par Nicolas Vitelli qui, défait et vaincu, se réfugia chez les Florentins. Néanmoins ce fut dans une paix relative que fut célébré le grand jubilé de 1475, dont le retour avait été fixé par Paul IT tous les vingt-cinq ans, ce qu'avait confirmé Sixte IV. En vue de ce jubilé, le pape avait fait apporter de nombreuses restaurations aux églises de la Ville éternelle et fait embellir les rues et les bâtiments de la ville. Plusieurs princes vinrent à Rome pour gagner les indulgences du jubilé, ainsi la reine Charlotte de Chypre et le roi Ferrand de Naples, dont le but principal toutefois paraît avoir été de déterminer l’attitude à adopter par rapport à l'alliance conclue en novembre 1474, entre Venise, Milan et Florence. Le roi Christian de Danemark avait rendu visite au pape l’année précédente (1474). Le concours des pèlerins ne répondit cependant pas à l’attente des Romains; la cause en était dans les guerres qui sévissaient partout : en France, en Bourgogne, en Allemagne, en Hongrie, en Pologne, en Espagne. Le pape étendit le jubilé à plusieurs provinces de l'Église, et à plusieurs villes de différents États européens.
Cependant les relations entre Sixte IV et Florence se tendaient de plus en plus. Laurent de Médicis rêvait de mettre l’Ombrie et la Romagne sous l'influence florentine et, dans ce but, ne cessait d’exercer dans les États pontificaux une influence hostile au pape. En mars 1476, Laurent refusa de payer au pape les dîmes promises pour les croisades; en 1477, il soutint l’insurgé C. Fortebraccio dans ses tentatives infructueuses pour soulever Pérouse contre Sixte IV et surtout dans sa campagne contre Sienne. Les Siénois, surpris de ces attaques inattendues contre leur territoire, se liguèrent avec Naples et le pape contre Florence, et conclurent avec Sixte IV une étroite alliance le 8 février 1478. Laurent, de son côté, chercha et obtint l'alliance avec Milan et Venise; une moitié de l’Italie était ainsi opposée à l’autre et la guerre était en perspective. Au début de 1478, l'hostilité entre Rome et Florence était tellement aiguë qu’une catastrophe semblait inévitable. Devant les tentatives continuelles de Laurent pour affaiblir l'État pontifical, Sixte IV, avec tous les adversaires des Médicis, jugea que seule la ruine de cette famille pouvait sauver l'Italie d’une guerre et raffermir l’État pontifical. Ce projet était surtout défendu par le neveu de Sixte IV, Jérôme Riario, qui avait reçu le gouvernement d’imola. C'était un « homme insatiable, vindicatif, sans pitié comme sans conscience, encouragé encore dans ses ambitions par sa femme, Catherine
qui trouvait des partisans dans les métropolites de cette | Sforza qui, fille de Galéas Sforza, avait de sa cervelle
ville, M. Drucki (1474-1477) et Sinnon, son successeur.
dans le crâne et qui partageait sa haine pour Florence »;
cf. C. Poulet, Histoire du christianisme, fase. 16, Paris, 1937, p. 308.
Jérôme s’efforça de forger un complot contre les Médicis en exploitant habilement les antipathies que leur politique dominatrice avait créées contre eux à Florence, principalement dans la famille des Pazzi, et chez le cardinal François Salviati, qui avait d’abord été empêché par les Médicis de parvenir au siège archiépiscopal de Florence et qui, nommé à celui de Pise, n'avait pu recevoir l'investiture par l’opposition de Laurent. Sixte IV, mis au courant du complot, donna son consentement pour renverser Laurent et changer ainsi le gouvernement de Florence, à condition toutefois qu’il n’y eût pas de sang versé. Le coup échoua et donna lieu à des scènes abominables où périrent >azzi et Salviati avec nombre de leurs adhérents (26 avril 1478). Cf. Poulet, op. cit., p. 309. Le cardinal François Sansoni fut mis en prison comme complice, bien qu’absolument innocent. Laurent de Médicis donnera désormais libre cours à sa passion de vengeance et, la multitude lui étant revenue, il se trouvera plus fort que jamais.
Sixte IV, qui n’avait pas trempé dans le complot sanglant, reçut avec joie la nouvelle de l’échec de la conjuration. Toutefois, lorsqu'il connut le détail, en particulier l'exécution ignominieuse de l’archevêque Salviati, sans aucune forme de procès et au mépris des lois de l’Église, et l’incarcération du cardinal Raphaël Sansoni, ce fut l’indignation qui prévalut. Le 1e juin 1478, il lançait la bulle Zniquitatis filius, par laquelle, après avoir énuméré les attentats commis par Florence contre l’Église, la protection donnée aux adversaires du pape, les entraves à la liberté des pèlerins qui se rendaient à Rome, le mépris de l’autorité ecclésiastique, l’exécution de l’archevêque de Pise et de plusieurs ecclésiastiques, l’incarcération du cardinal Sansoni et le refus de le délivrer, il excommuniait Laurent de Médicis et les magistrats de Florence et menaçait la ville d’interdit. L’unique résultat fut la délivrance du cardinal Sansoni le 12 juin. Les Florentins ne tinrent aucun compte des censures et acclamèrent Laurent, qu’ils surnommèrent le Magnifique, comme le martyr de la patrie. Le pape renouvela l’anathème le 20 juin, jeta l’interdit sur Florence et contracta une alliance avec Naples et Sienne. En juillet, la guerre éclata et les troupes pontificales entrèrent en Toscane. Le 21 juillet, la seigneurie de Florence répondit par un manifeste à la bulle de Sixte IV du 20 juin, dans laquelle il interdisait, entre autres, toute alliance avec Florence et défendait de porter les armes au service de la république. Le clergé de Florence ne tint aucun compte de l’interdit; son exaspération est mise en pleine lumière dans un document connu sous le nom de Synodus Florentina, où le pape est attaqué avec une violence de langage jusqu'alors inconnue en Italie et est traité de «suppôt de l’adultère » et de « vicaire du diable ». Plusieurs savants cependant ont révoqué en doute l'existence de ce synode et l’authenticité de ses actes (cf. L. von Pastor, Geschichle der Päpste, t. n, δ. éd., Fribourg-en-B., 1923, p. 546-547), malgré les raisons qui tendent à établir l’une et l’autre. Voir Hefele-Leclercq, Histoire des conciles, t. virr a, 1917, p. 65-66.
Florence toutefois ne manquait pas de puissants alliés, dont le principal était le roi de France, Louis XI, dont les relations avec Sixte IV n'avaient jamais été cordiales. Celui-ci chercha à intimider Sixte IV par toutes sortes de menaces, principalement par celle de la convocation d’un concile général et d’un schisme. Le pape ne se laissa cependant pas ébranler et, poussé surtout par Ferrand de Naples et son neveu Jérôme Riario, il résolut de continuer la guerre aussi longtemps que Laurent de Médicis et Florence n'auraient
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ΙΝ 2204 pas réparé les attentats commis contre l'Église. Il s’allia à l’empereur Frédéric III et à la Suisse, qui, par sa guerre contre Milan, empêcha cette dernière d'intervenir en faveur de Florence. Les longs pourparlers de l'ambassade de la ligue florentine, qui comprenait des envoyés de la France, de Florence, de Milan, de Venise et de l’Angleterre, avec Sixte IV dans les consistoires des 27 janvier, 15 février, 5 mars, 27 avril et 31 mai 1479 n’aboutirent à aucun résultat. Enfin, le 2 juin, alors que les envoyés de la ligue florentine étaient sur le point de quitter Rome, Sixte IV leur fit savoir qu'il acceptait la médiation des rois de France et d'Angleterre, à condition toutefois que l’on acceptât également Frédéric III et son fils Maximilien; il suspendrait les hostilités et les censures jusqu'à la publication de la sentence des arbitres. Les Florentins, toutefois, commençaient à s’énerver. Laurent de Médicis, se sentant menacé, tenta un coup d’audace qui allait précipiter les choses. Il se rendit auprès de Ferrand de Naples, le 5 décembre 1479, pour le gagner à sa cause. Ce dernier se détacha du pape pour passer du côté de Florence. Il ne restait à Sixte IV qu’à ratifier le traité de paix, qui lui fut imposé par Laurent de Médicis et Ferrand de Naples, mais en insistant sur la condition que Laurent devrait se rendre en personne à Rome. La conquête d’Otrante par les Tures (11 août 1480) fit disparaître les derniers obstacles qui s’opposaient à une complète réconciliation. L’ambassade florentine arriva à Rome le 25 novembre et les négociations pour la paix aboutirent sans tarder. Florence promit de respecter la liberté ecclésiastique, de s'abstenir de toute guerre contre le Saint-Siège et d’équiper quinze galères contre les Tures. Le 3 décembre, enfin, les ambassadeurs florentins implorèrent le pardon pour eux et leur peuple; sur quoi Sixte IV donna aux Florentins l’absolution des censures ecclésiastiques qu'ils avaient encourues.
* Entre temps les Turcs avaient profité des luttes intestines de l’Europe pour y étendre leur puissance. En juin 1475, ils s'étaient emparé de Kaffa et de la côte méridionale de la Crimée. Très sensible à la perte de cette ville, pour la conservation de laquelle le Saint-Siège s'était toujours dévoué, Sixte IV invita instamment les princes chrétiens à se liguer contre les Turcs. Toutefois ses efforts n’eurent pas de succès. Les conditions de la chrétienté devenaient de jour en jour plus critiques. Matthias Corvin, en qui le pape avait mis beaucoup d'espoir, se vit obligé, en 1476, de cesser la guerre contre les Turcs à cause de difficultés intérieures, Les Turcs poussèrent leurs incursions en Croatie, en Dalmatie et jusqu’à Salzbourg et, à l’automne de 1477, ils envahirent l'Italie et dévastèrent la plaine entre l’Isonzo, le Tagliamento et la Piave. Cette même année les Vénitiens furent battus en Albanie et leur général François Contarini tué. En 1478, les Tures s'étaient emparés de la plus grande partie de l’Albanie et faisaient des descentes continuelles en Autriche, dans le Frioul et en Italie. Ne pouvant compter sur le secours des autres États italiens à cause de la guerre du Saint-Siège contre Florence, Venise résolut de renoncer à la guerre contre les Turcs et signa, le 25 janvier 1479, la paix par laquelle elle renonçait à l’Albanie, à Nègrepont et à Lemnos, et recevait en compensation la liberté de son commerce dans le Levant. Pendant l'été de 1479 les Turcs s’emparèrent de l’île de Leucade, et libres désormais sur mer, grâce à la paix avec Venise, ils attaquèrent Rhodes, qui, de mai à juillet 1480, se défendit vaillamment. Furieux de ne pouvoir emporter cette île qui restait le seul obstacle sérieux dans la Méditerranée orientale, Mahomet II parut soudain sur les côtes d'Italie et s’empara, le 11 août 1480, d'Otrante, où le gouverneur et l’archevêque furent sciésen deux et 12000 habitants massacrés.
Sixte IV, qui au début paraît avoir songé à chercher un refuge en France, reprit bientôt une attitude plus ferme. Il envoya Gabriel Rangoni prêcher la croisade à Naples, convoqua les ambassadeurs de tous les États italiens à Rome, envoya des légats à tous les princes chrétiens, mais sans succès. Il décida dans les Etats de l’Église la levée de deux années de dîmes et ordonna des prières partout, hâta, au prix de grands sacrifices, l'équipement d’une flotte de 25 vaisseaux qui devaient rejoindre la flotte napolitaine et pourvoir à la sécurité des côtes de l’État pontifical. La chute d'Otrante hâta la réconciliation de Florence avec le pape, comme nous l’avons remarqué. Le ὃ avril 1481, Sixte IV publia une encyclique, dans laquelle il engageait derechef les princes chrétiens à se liguer contre les Turcs, et promulgua dans toute l'Italie des bulles d’indulgences, invitant tous les Etats italiens à concourir pécuniairement et militairement à chasser les Tures. L'appel du pape fut reçu avec empressement dans toute l'Italie, si l’on en excepte Venise, qui était liée à la Porte par un traité de paix. Pendant que l’on se livrait à tous ces préparatifs, le 2 juin 1481, arrivait à Rome la nouvelle de la mort inopinée de Mahomet IT. Le pape en profita pour lancer un nouvel appel aux princes chrétiens. Ce fut en vain. Le 4 juillet, la flotte pontificale fit voile sous le commandement du cardinal Paul Fregoso pour Otrante, où elle se joignit à celle de Naples et aux troupes hongroises. Après une résistance acharnée de la part des Turcs, on s’empara d’Otrante le 10 septembre 1481. Sixte IV engagea son légat à poursuivre le combat contre l'ennemi et à le chasser de l’Albanie et de la Méditerranée, mais il rencontra une résistance obstinée de la part du cardinal Fregoso, qui, au début d’octobre, rentra avec sa flotte à Civitavecchia et que ni instances, ni menaces du pape ne purent amener à reprendre la lutte. Ainsi se termina cette campagne contre l'Islam, qui aurait pu avoir des résultats bien plus étendus que la prise d’'Otrante, si l’on avait voulu exploiter la victoire.
Pendant que le pape se consacrait cœur et âme à la guerre contre les Turcs, son neveu, l’insatiable Jérôme Riario, non content de posséder Imola et une partie des Romagnes, convoitait Naples et, dans ce but, ourdissait un complot avec Venise contre Naples, promettant aux Vénitiens de leur donner Ferrare, depuis longtemps convoitée, s'ils lui prêtaient secours. Sixte IV, qui depuis la trahison de Ferrand de Naples, lors de la guerre avec Florence, cherchait l’occasion de prendre sa revanche, accéda au projet de son neveu, d’autant plus volontiers qu’il avait à se plaindre de son vassal Hercule de Ferrare. L'alliance définitive entre Venise et le Saint-Siège fut contractée à l’automne de 1481. Contre ceux-ci se liguèrent, avec Ferrare, Naples, Milan, Florence, Mantoue, Bologne, Frédéric d’Urbin et Alphonse de Calabre, fils de Ferrand de Naples, ainsi que les nobles familles de Savelli et de Colonna de la branche Paliano-Genezzano, qui avait recu de Ferrand les comtés d’Alba, Fucense et Tagliacozzo, convoités par la famille Orsini. On espéra d’abord empêcher, au début de 1482, cette guerre par l'intermédiaire du cardinal Julien Della Rovere, autre neveu du pape, qui venait de rentrer de sa mission en France et qui exerçait sur Sixte IV une sage influence; elle devint inévitable quand Ferrand de Naples lui-même eut ouvert les hostilités vers la mi-avril. Cette guerre fut fatale pour le Saint-Siège, d'autant plus qu’à Rome même s'étaient rallumées les luttes entre les Colonna et les Orsini.
Sous prétexte de défendre les Colonna contre les Orsini, les troupes napolitaines envahirent l’État pontifical et Alphonse de Calabre, secondé par les familles Savelli et Colonna, s’empara de Marino, d’Albano, de Castel Gandolfo et de Cività Lavinia, poussant jus-
SERTDES PV
qu'aux portes de Rome, tandis que la flotte napolitaine prenait Bénévent et Terracine. L’alarme fut grande à Rome. Accusés de trahison, les cardinaux Prosper Colonna et Jean-Baptiste Savelli furent enfermés au château Saint-Ange, tandis que le pape équipait à la hâte une armée. L’inquiétude du pape augmenta encore, quand il apprit que le prélat aventurier André Zamonetiè, archevêque titulaire de Granea, qui avait été trois fois ambassadeur de Frédéric III auprès du Saint-Siège (en 1478, 1479 et 1480) et qui venait de sortir du château Saint-Ange, s'étant fait passer comme un légat de Frédéric III et comme cardinal du titre de Saint-Sixte, avait promulgué, le 25 mars 1482, dans la cathédrale de Bâle, la célébration d’un concile général dans cette ville. Il était soutenu dans son projet par les princes hostiles à Sixte IV, principalement par Laurent de Médicis et Ferrand de Naples, qui envoyèrent des délégués à Bâle. Comprenant la gravité de la situation, le pape mit tout en œuvre pour empêcher ce concile et faire arrêter l’imposteur. Heureusement, Frédéric III se rangea du côté du pape et somma André de renoncer à ses projets. Les négociations entre le pape, Frédéric III et la ville de Bâle continuèrent, jusqu'à ce que, abandonné par les princes italiens, qui, après la paix du 12 décembre 1482, s'étaient ligués avec le pape contre Venise, l’aventurier fût arrêté et incarcéré le 18 décembre 1482. Surgit ensuite un conflit de juridiction entre le pape et la puissance séculière, pour savoir s’il devait être livré au Saint-Siège pour être jugé. L’afiaire traînait en longueur et l’on n’arrivait pas à une solution, quand elle se termina par le suicide d’André, que l’on trouva pendu dans sa prison le 13 novembre 1484.
On comprend sans difficulté les vifs reproches que Sixte IV adressa à son neveu Jérôme Riario pour l’avoir jeté dans une guerre aussi aventureuse. Tout changea cependant du jour où le capitaine vénitien Robert Malatesta parut à Rome (23 juillet 1482) et prit le commandement des troupes pontificales. Son renom extraordinaire rendit confiance et le peuple le reçut avec une joie délirante. Après avoir repris successivement Castel Gandolfo, Castel Savello et Albano, il défit complètement l’armée napolitaine, le 21 août, dans les marais Pontins, entre Velletri et Nettuno. L’allégresse causée par cette victoire fut troublée par la mort de Malatesta, enlevé par la malaria le 10 septembre. La guerre ne prit cependant pas fin. Le duc de Calabre ne tarda pas à se ressaisir, tandis que son père, Ferrand de Naples, guerroyait contre Gênes, qui s'était alliée au pape, et que Venise cherchait à s’emparer de Ferrare. Toutefois, sur la proposition de Naples, le 12 décembre, la paix fut signée entre Naples et Gênes. Sixte IV fonda en souvenir l’église Santa Maria della Pace.
Souhaitant une paix durable en Italie, Sixte IV invita Venise à participer à cette paix et à lever le siège de Ferrare. Mais Venise se plaignit amèrement de la conduite de Sixte IV et résolut de continuer la guerre, voulant à tout prix s’emparer de Ferrare. Elle ne réussit qu’à grouper contre elle, au congrès de Crémone, la plus grande partie des États italiens. Aux instances du pape pour faire cesser les hostilités, Venise répondit en rappelant son ambassadeur de Rome et en faisant appel à un concile général. Le 30 avril 1483, Sixte IV publiait son alliance avec Naples, Milan, Ferrare et Florence contre Venise et, devant la résistance des Vénitiens, il promulguait, le 24 mai, la bulle par laquelle il jetait l’interdit sur la République. Les Vénitiens en appelèrent de nouveau à un concile général. Les adversaires de Venise obtinrent plusieurs avantages dans leurs combats, mais ils ne purent en tirer profit à cause de leur division. A
Venise également, on ne tarda pas à se convaincre que les résultats obtenus ou possibles ne répondaient nullement à la grandeur des sacrifices. De part et d'autre, dès 1484, s’affichait un vif désir de la paix.
Cependant les Colonna et les Savelli s'étaient réconciliés avec le pape et, le 15 novembre 1483, les deux cardinaux Colonna et Savelli avaient été mis en liberté. Mais bientôt de nouvelles discussions éclatèrent entre les Colonna et les Orsini. Ces derniers y donnèrent naissance en chassant Antoine Savelli d’AIbano, et la guerre civile recommença. Voulant mettre fin à ces luttes, Sixte IV convoqua, le 30 mai 1483, Laurent Colonna à son palais. Celui-ci, malgré sa volonté de donner suite à l’appel du pape, en fut empêché par ses amis. Accusé du crime de lèse-majesté, Laurent fut assiégé dans son palais par Jérôme Riario et Virginio Orsini et, après deux heures de résistance, il fut pris et enfermé au château Saint-Ange; son palais fut dévasté et rasé. La guerre civile fit rage aux alentours de Rome; le 27 juin, tomba Marino, d’où les Colonna se réfugièrent à Rocca di Papa. Le 30 juin, Laurent fut décapité. La guerre continua contre les Colonna, qui opposèrent une résistance acharnée. Tous ces faits exercèrent une influence néfaste sur le pape, déjà malade, et aggravèrent si fortement son état qu’au début du mois d’août, il reçut les derniers sacrements. Un autre fait, qui hâta la fin de Sixte IV, ce fut la défection de Ludovic le More de Milan, qui, en 1484, làcha l'alliance pontificale pour adhérer au parti des Vénitiens, ainsi que la paix qui fut signée à l’insu du pape à Bagnolo, le 7 août 1484 le roi de Naples rentrait en possession de Gallipoli et les Vénitiens obtenaient la Polésine (bouches du ΡΟ), au détriment du duc de Ferrare. Sixte IV en fut atterré. Son état s’aggravant de jour en jour, il expira le 12 août 1484. Il fut enterré dans la basilique de Saint-Pierre, où le cardinal Julien Della Rovere lui érigea un magnifique monument dans la chapelle du Saint-Sacrement.
Dans sa politique italienne, Sixte IV ne s’est point laissé diriger en général par le bien commun des États pontificaux et ne s’est révélé ni un habile diplomate ni un homme d’État supérieur et indépendant, il fut sans cesse dominé par son neveu Jérôme Riario, dont il subit la néfaste influence jusqu’à se jeter dans les aventures les plus dangereuses pour la papauté. « Jérôme Riario fut le mauvais génie de Sixte IV, l’instigateur premier de la conjuration des Pazzi et donc de la guerre contre Florence, puis de celle contre Ferrand de Naples, qui, outre qu’elle exposait l’État pontifical à une invasion napolitaine, risquait de livrer à l’inquiétante Venise le Ferrarais, couverture de la Romagne, antimurale romaniole, comme dit un document pontifical. Entachée d’égoïsme et de violence, servie par des intrigues multiples, l’action diplomatique de Jérôme fut détestable; plus d’une fois la sage influence du cardinal Julien Della Rovere voulut s’interposer; elle ne parvint à prédominer qu’à la fin, convertissant la folle guerre contre Naples en une sage guerre contre Venise. » Ch. Poulet, op. cit, p. 310-311. ἔ
39 Le gouvernement de l'Eglise. — Si Sixte IV s’est montré un prince médiocre dans sa vie politique, il s’est acquis plus de gloire dans le gouvernement spirituel de l’Église.
Π a veillé avec soin sur la pureté de la doctrine catholique en procédant avec vigueur contre les sectes hétérodoxes en Piémont, en France, en Allemagne et en Hongrie, comme en témoigne la bulle Ad comprimendam du 28 octobre 1483, portée contre les hérésies répandues en Allemagne et publiée en partie par L.von Pastor, op. cil.,t.11, Fribourg-en-B., 1923, À ppendice, n. 147a, p. 798-799, et la nomination du domini-
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IV 2208 cain Nicolas Ignace de Cassovia comme inquisiteur en Hongrie. 1bid., Appendice, n. 147b, p. 799. L'humaniste Galeotto Marzio, accusé d’hérésie, fut absout par Sixte IV. Celui-ci confirma par la bulle Licet ea, du 9 août 1479, la condamnation de plusieurs propositions de Pierre Martinez d'Osma, professeur de théologie à l’université de Salamanque, au sujet du sacrement de pénitence, portée par l’archevêque de Tolède le 24 mai 1479. Cf. Denzinger-Bannwart, Enchiridion, n. 724-733; N. Paulus, dans Zeitschr. f. kath. Theologie, t. xxx111, 1909, p. 599-608 et dans Katholik, 1898, t. 11, p. 92 sq. et 475 sq.; F. Stegmüller, Pedro de Osma, dans Rômische Quartalschr., t. xLir, 1935, p. 205-266. Il condamna aussi par la bulle Ad Christi vicarii du 3 janvier 1474 plusieurs erreurs de Pierre de Rivo d’Alost en Belgique, professeur à l’université de Louvain, sur la vérité des futurs contingents. Denz.- Bannw., ἢ. 719-723. Il ordonna aux inquisiteurs de procéder contre les magiciens et les sorciers; cf. J. Hansen, Zauberwahn, Inquisition und Hexenprozess im Miltelalter, Munich, 1900; Quellen und Untersuchungen zur Geschichte des Hexenwahns und der Hexenverfolgung im Miltelalter, Bonn, 1901. Le 17 mars 1479, Sixte IV autorisa le recteur et le doyen de l’université de Cologne à frapper de censures ecclésiastiques ceux qui imprimaient, achetaient, se procuraient ou lisaient des livres hérétiques. Il s’efforça de conserver le caractère monarchique de la constitution ecclésiastique. Dans ce but, en 1478, il déclara nuls les décrets du concile de Constance, auxquels Martin V avait déjà refusé son assentiment, à l'exception toutefois des articles concernant la foi. En 1478 il renouvela la bulle Exsecrabilis de Pie II du 18 janvier 1460, qui défend l'appel à un concile. Il déploya un grand zèle en faveur de la liberté de l’Église et, en 1476, il urgea l'observation des lois canoniques contre ceux qui emprisonnaient ou maltraitaient les clercs dans leur personne ou dans leurs biens.
Sixte IV se distingua par une tendre dévotion à la sainte Vierge. Il célèbre la Vierge avec une telle ardeur et une si profonde piété que l’on croit lire saint Bernard, par exemple dans les invocations gravées dans le cloître de Santa Maria della Consolazione. Il prit grand soin des sanctuaires italiens dédiés à Marie, surtout de ceux de Lorette et de Genezzano. En 1475, il promulgua une bulle pour remettre en honneur la fête de la Visitation. Il s’eflorça de promouvoir la dévotion au rosaire et d’engager les chrétiens à sa récitation fréquente. Il fit construire à Rome plusieurs célèbres églises en l’honneur de Marie, comme celles de Santa Maria del Popolo, Santa Maria della Pace et la chapelle Sixtine, dédiée à l’Immaculée Conception. Il se montra aussi un vrai fils de saint François dans la défense assidue de l’immaculée conception, qui, pendant son pontificat, fut fortement attaquée en Italie par les dominicains, principalement par V. Bandelli. Ce dernier ouvrit le feu en publiant, en 1475, à Ferrare, sous l'anonymat, un livre intitulé : De la vérité de la conception, dans lequel il accusait ses adversaires d’ignorance, de témérité, d’ambition et d’imposture et, pour combattre la préservation originelle de la Vierge, employait les arguments dont avait usé saint Augustin pour attaquer les hérésies de son temps. Ce livre passionné fut aussitôt pris à partie par Pierre Dumont, Jean Ajora et les deux franciscains Louis de La Torre el Antoine Cucaro, évêque d’Acerno. Dans une dispute publique organisée par Hercule d’Este, duc de Ferrare, V. Bandelli, ©. P., défendit l’opinion des maculistes, tandis que le franciscain Barthélemy Bellati soutint la thèse de l’immaculée conception. V. Bandelli s’attribua tout le succès dans le récit de la séance qu'il composa et qui fut condamné par Sixte IV comme injurieux et outrageant
pour les défenseurs du privilège de la Vierge. Ceux-ci furent encouragés par le verdict porté par le chef de l'Église contre ceux qui combattaient l’immaculée conception. Parmi eux une place d'honneur revient au bienheureux Bernardin de Feltre, O. F. M. (f 1494), auxquels ses adversaires voulurent imposer de rétracter publiquement un sermon dans lequel il avait soutenu et défendu l’immaculée conception. Comme des faits de ce genre se répétaient fréquemment, Sixte IV ordonna, en 1475, une discussion approfondie du privilège, dont il serait lui-même le témoin et le juge. Les deux partis se trouvèrent de nouveau en présence : d’un côté : V. Bandelli et, de l’autre, François Nani, le général des frères mineurs. Ce dernier l’'emporta sur son adversaire. A la suite de cette dispute, Léonard Nogarelli, chanoine de Vérone, présenta à Sixte IV une supplique pour obtenir l’approbation d’une messe et d’un office composés par lui en l'honneur de l’immaculée conception, qui ne laissaient plus persister aucun doute sur le vrai sens de la fête. Le pape les approuva par la constitution Cum præexcelsa du 28 février 1476, qui semble être le premier acte officiel émané de la Cour romaine en faveur du privilège de Marie. Il enrichit en même temps l'office des mêmes indulgences que possédait celui du Saint- Sacrement.
Les disputes toutefois ne prirent pas fin, même après l'intervention de Sixte IV et l'institution officielle de la fête de l’Immaculée Conception. Des prédicateurs poussaient même l’audace jusqu’à affirmer que c'était une hérésie et un péché mortel que d'admettre ce privilège de Marie, de réciter son office et d’écouter des sermons dans lesquels l’immaculée conception était défendue. V. Bandelli édita un nouvel écrit en 1481, dans lequel il soutint à peu près les mêmes thèses. La lutte devint tellement vive que le pape crut de son devoir d'intervenir et, le 4 septembre 1483, il promulgua la constitution Grave nimis, dans laquelle, sans prononcer une sentence définitive, il manifestait clairement ses préférences pour la thèse qui tient pour la préservation de Marie du péché originel. On y lit :
……nonnulli, ut accepimus, diversorum ordinum prædicatores in suis sermonibus ad populum publice per diversas civitates et terras affirmare hactenus non erubuerunt, et quotidie prædicare non cessant, omnes illos, qui tenent aut asserunt eandem gloriosam et immaculatam Dei Genitricem absque originalis peccati macula fuisse conceptam, mortaliter peccare, vel esse hæreticos, ejusdem immaculatæ conceptionis oflicium celebrantes, audientes sermones illorum, qui eam sine hujusmodi macula conceptam esse aflirmant, peccare graviter.. Nos hujusmodi assertiones utpote falsas et erroneas et a veritate penitus alienas, editosque desuper libros prædictos, id continentes, quoad hoc auctoritate apostolica, tenore præsentium, reprobamus et damnamus. “
Mais pour empêcher que l’on ne prit cette déclaration comme une décision dogmatique, Sixte IV reprit aussi ceux qui ausi fuerint asserere, contrariam opinionem lenentes, videlicet gloriosam virginem Mariam cum originali peccalo fuisse conceptam, hæresis crimen vel peceatum incurrere mortale, cum nondum sil a romana Ecclesia et apostolica Sede decisum... Denz.-Bannw., n. 735. Voir «ΓΤ. de Sessevalle, op. cil., p. 618-623. La controverse au sujet de l’immaculée conception eut pour conséquence que le culte de sainte Anne prit une diffusion plus grande. Sixte IV remplit aussi un vœu depuis longtemps émis par les hommes les plus éminents de l’Église, en introduisant la fête de saint Joseph dans toute la chrétienté.
Sixte IV se montra très généreux dans la concession d'indulgences pour toutes sortes d'œuvres pieuses et spécialement pour la construction d'’églises. Cette grande libéralité fut louée par les uns et blämée par les autres, comme le remarque N. Paulus, Geschichte
SIXTE