‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 5)Chapitre 219 sur 457 · IV · texte numérisé non relu

IV

des Ablasses im Mittelalter, t. 111, Paderborn, 1923, p. 166-167, qui y énumère aussi les différentes indulgences partielles et plénières concédées par Sixte IV (p. 167-168). Sixte IV étendit les indulgences du jubilé de 1475 à plusieurs villes italiennes, par exemple à Bénévent pour l'Italie méridionale (1°r janvier 1476), à Bologne, pour la Romagne, etc., ainsi qu’à la France en février 1476, à l’Angleterre et à l’Irlande (début de 1476), à l'Écosse (10 février 1476), à la Pologne, à la Hongrie et à la Bohême (en 1476 et en 1481), à Raguse (en 1476 et en 1479), à la Suisse et à l’Allemagne Septentrionale (en 1479), etc. Une partie des aumônes fut réservée et destinée à la croisade. Plusieurs ordres religieux obtinrent le privilège de gagner les indulgences du jubilé dans leurs couvents, ainsi les franciscains, les dominicains, les bénédictins de Melk. Un privilège semblable fut donné au roi Ferdinand de Castille et à sa famille; cf. N. Paulus, op. cil., p. 190- 192. Comme une des premières et principales préoccupations de Sixte IV était la guerre contre les Turcs, il concéda à plusieurs reprises des indulgences plénières à ceux qui contribueraient par les armes ou par leurs aumônes à la croisade, comme il résulte des bulles de la fin de 1471, du 11 août et 4 décembre (Domini et Salvatoris) 1480. De l’indulgence accordée pour la croisade contre les Turcs et qui fut prêchée par les frères mineurs, il faut distinguer celle qui fut prêchée par les hospitaliers de Saint-Jean. Elle fut concédée par Sixte IV le 12 décembre 1479, pour la défense de Rhodes, et put être gagnée du dimanche des Rameaux 1480 jusqu’à Pâques 1481. A côté de ces indulgences qui s’étendaient à toute la chrétienté, il en exista d’autres semblables, qui ne furent concédées qu’à un pays déterminé, par exemple à la Pologne et à l’Autriche au début de 1482, à la Pologne, à la Bohême.et à l’Allemagne à la fin de 1482, à la Suède par une bulle du 14 octobre 1483. Sixte IV concéda également, le 8 mars 1483, pour la durée de trois ans, une Cruzada à Ferdinand d’Aragon et Isabelle de Castille pour la reprise de Grenade. Parmi les bulles promulguées par Sixte IV en faveur des croisades, il faut compter aussi celle qu’il publia, le 14 décembre 1482, contre Bâle, dans laquelle il concéda une indulgence plénière à ceux qui combattraient cette ville, qui refusait de lui livrer l’aventurier André Zamonetié, dont nous avons parlé plus haut. Il faut mentionner enfin une indulgence plénière concédée, le 15 mars 1479, par Sixte IV aux confédérés de la Suisse qui combattraient pour l’Église sous la bannière de Saint- Pierre, qu’il leur avait envoyée. Voir N° Paulus, op. cit., p. 204-210.

Une indulgence qui donna lieu à une longue controverse, est celle qui fut accordée en 1476 par Sixte IV à la cathédrale de Saintes et qui était applicable aux âmes du purgatoire per modum suffragii. Comme ce genre d’indulgences était très rare à cette époque — celle-ci était la seconde concédée par les souverains pontifes, la première étant celle concédée par Calliste III, au début de 1457, au roi Henri IV de Castille —- cette concession excita un grand étonnement non seulement auprès du peuple, mais encore et surtout auprès des prédicateurs et des théologiens. C’est pourquoi le commissaire pour les indulgences, Raymond Peraudi, demanda l’avis de deux théologiens éminents, Jean de Fabrica, O. F. M., et Nicolas Richardi, recteur de l’université de Poitiers. Tandis que Jean de Fabrica tient que le pape peut appliquer les indulgences aux ämes du purgatoire per modum suffragit et aussi aliqualiler per modum auctorilalis, Richardi laisse cette question de côté, mais admet que l’indulgence est infailliblement au profit des âmes, auxquelles elle est appliquée; il faut toutefois continuer à prier pour les âmes du purgatoire. Comme certains prédicateurs

d’indulgences annonçaient au peuple qu'après avoir gagné l’indulgence, il ne fallait plus prier pour les défunts, Sixte IV ordonna à quelques évêques français de proclamer qu’en accordant per modum suffragii une indulgence applicable aux défunts, il a voulu signifier ut illa in modum suffragii animarum saluti prodessel, perindeque ea indulgentia proficerel ac si devotæ orationes piæque eleemosynæ pro earundem animarum salule dicerentur el offerentur (27 novembre 1477). Comme cette explication donna lieu à de nouveaux malentendus et fut interprétée comme si les indulgences n’avaient pas une plus grande efficacité que les prières et les aumônes, Sixte IV se vit obligé de promulguer une nouvelle bulle, le 27 novembre 1477, dans laquelle il s'oppose à cette dernière interprétation et explique la grande différence qui existe entre les indulgences et la prière et les autres bonnes œuvres. Il termine en disant : Præsentium tenore molu proprio decernimus el declaramus in quibuscunque scriptis nostris semper nostræ inlentionis fuisse el nunc esse ipsam plenariam indulgentiam per modum suffragii animabus in purgalorio existentibus concessam sic valere et suffragari quemadmodum communis doctorum schola eas valere el suffragari concedit. Cette bulle ἃ été éditée plusieurs fois, soit seule, soit à la suite des avis de Jean de Fabrica et de Nicolas Richardi (cf. L. Hain, Repertorium, t.1,n.6788, 0881 : Ὁ 11, n.14807, où elle porte le titre : Declaratio super indulgentia pro animabus in purgatorio detentis). Flle a été publiée, mais d’une façon incomplète, par Εἰ. Amort, De origine, progressu, valore ac fructu indulgentiarum, Augsbourg, 1735, Ile part., p. 292-293. Th. Accurti cite cette bulle sous le titre : Explicalio in Nicolai Richardi tractatum contra aliquos male sentientes de auctoritate Sedis apostolicæ super indulgentia concessa pro animabus purgatorii; cf. J.-H. Sbaralea, Supplementum, 2° éd., t. ΠῚ, Rome, 1936, p. 106. La doctrine de Sixte IV sur les indulgences ἃ été plus longuement exposée par Raymond Peraudi dans son commentaire sur la dernière bulle de Sixte IV, intitulé : Summaria declaralio bullæ indulgentiarum Ecclesiæ Xanclonensi pro reparalione ejusdem οἱ tuilione fidei concessarum, 5. 1. n. d., in-fol., 8 p. Voir N. Paulus, op. cit., t. 111, p. 212-213, 382-388. La Sorbonne condamna aussi deux propositions par rapport aux interprétations données aux indulgences applicables aux défunts : 1. dès que quelqu'un ἃ donné l’aumône prescrite, l'âme pour laquelle elle ἃ été donnée va immédiatement au ciel (20 novembre 1482); 2. la juridiction du pape s'étend aux âmes du purgatoire et il pourrait, s’il le voulait, vider tout le purgatoire. Cette thèse soutenue par le fr. mineur Jean Angeli, dans un sermon prêché en 1482 à Tournai, fut condamnée le 5 février 1483, comme de falsitate suspecta el scandalosa et nullalenus populo publice prædicanda. Voir N. Paulus, op. cil., p. 386-387.

Quant à la politique ecclésiastique de Sixte IV visà-vis des chefs d’État et des gouvernements, elle dépassa toute mesure dans la voie des concessions. Par sa trop grande facilité à accorder à l’empereur Frédéric III et aux rois de Danemark, de Hongrie, de Pologne, de Portugal, d'Espagne, etc., le droit de nommer les évêques pour de nombreux sièges, quitte au pape de les confirmer, et le droit de distribuer un grand nombre de bénéfices, Sixte IV fut cause d’une immixtion excessive du pouvoir temporel dans le gouvernement spirituel de l’Église et donna naissance à de multiples conflits entre lui et les chefs d'Etat pour la nomination d'évêques et la distribution des bénéfices. Pour les nombreux diocèses dans les différents pays de l’Europe, pour lesquels les chefs d'État avaient le pouvoir de nommer les candidats et les conflits assez fréquents qui en résultaient, nous renvoyons à L. von Pastor, op. cil., p. 616-623.

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Sixte IV se montra toutefois plus indépendant dans la question de l’Inquisition espagnole, dont l’introduction fut nécessaire pour sévir contre les Marranos, c'est-à-dire contre des juifs et des Maures qui, restant attachés à leur religion, se convertissaient apparemment au christianisme et réussissaient à se faire conférer des dignités ecclésiastiques et des charges civiles. Pour empêcher cela, Sixte IV restaura l’Inquisition par une bulle du 17 novembre 1478, qui autorisait Ferdinand et Isabelle à nommer deux ou trois archevêques, évêques et autres dignitaires ecclésiastiques pour procéder contre les juifs baptisés et relaps et contre les apostats, d’après le droit et les coutumes en vigueur, Ainsi, en vertu d’une bulle pontificale du 17 septembre 1480, le roi nomma comme inquisiteurs de Séville les dominicains Michel Morillo et Jean de San Martin et le prêtre séculier Jean Ruiz de Médine. De nombreuses plaintes étant arrivées au pape sur la sévérité excessive des inquisiteurs, le manque d'ordre et de justice avec lequel ils procédaient et les nombreux abus quise manifestaient, celui-ci promulgua, le 29 janvier 1482, une bulle dans laquelle il reprochait durement aux inquisiteurs les nombreux griefs qu’on leur imputait et les engageait à plus de clémence et d'équité. Dans une autre bulle du 10 octobre 1482, il protesta énergiquement contre l’allure trop séculière que le roi d'Espagne voulait donner à l’Inquisition pour s’en servir contre ses ennemis. Enfin, pour remédier aux trop nombreux appels des justiciables à Rome, Sixte IV institua, le 25 mai 1483, l'archevêque de Séville juge pontifical de l’Inquisition. Comme, malgré tout, la sévérité, la cruauté et l'injustice persistaient dans les tribunaux de l’Inquisition, Sixte IV décréta, le 2 août 1483, que l’appel à Rome avait valeur légale aussi en Espagne, que les pénitents timides devaient être absous en secret, et que les acquittés ne pouvaient plus être molestés; enfin, il enjoignit aux souverains espagnols de laisser les repentis dans la possession de leurs biens. Mécontent de cette disposition au sujet des appels, le gouvernement espagnol réussit, sous les menaces les plus graves, à amener le pape à rétracter, au mois d'août 1483, cet ordre et à nommer un prélat espagnol comme inquisiteur général. Le premier qui fut élevé à cette charge fut le dominicain Thomas de Torquemada (2 août 1483). La sphère de juridiction de cet inquisiteur général, qui se limita d’abord à la Castille et au Léon, fut étendue par un bref pontifical du 17 octobre 1483 à l’Aragon, Valence et la Catalogne. Il était entouré d’un conseil spécial, institué par Thomas de Torquemada et approuvé par Sixte IV. Le grand inquisiteur était nommé par le roi, mais recevait sa juridiction du pape en vertu d’un bref apostolique. Les membres du conseil étaient proposés par l’inquisiteur général et nommés par le roi, mais ils tenaient leur juridiction de l’inquisiteur général. De la sorte, cette nouvelle forme de l’Inquisition espagnole constituait une institution mixte, dans laquelle cependant l’élément ecclésiastique prédominait. Voir L. von ’astor, op. cil., p. 624-630.

Pour ce qui est des relations de Sixte IV avec les ordres religieux, elles sont d’une condescendance excessive envers les ordres mendiants et surtout envers les franciscains. Encore général de l’ordre franciscain, il s'était appliqué à réformer les conventuels et, dans ce but, avait même rédigé des statuts, qu'il confirma après son élévation au pontificat. Toutefois ces statuts, appelés S{atula Sixtina, ne furent jamais observés, parce que Sixte IV, comme pape, n’a plus rien fait pour réformer les conventuels. Bien au contraire, il fut très libéral dans la concession de privilèges. Ainsi, dès la première année de son pontificat, il concédait aux frères, par la bulle Dum fructus uberes du 28 février 1472, sur les instances du ministre général,

le droit d'accepter des héritages. Comme les observants ne voulaient pas de cette concession, il déclara en 1481, qu'ils ne devaient point en user, puisqu'ils la jugeaient contraire à la pauvreté. Il avait aussi réussi à apaiser les esprits par sa déclaration de 1480, dans laquelle il observe qu'aucune prescription, en dehors de celles de la règle, n’oblige gravement et que toutes les peines, y compris les censures papales, ne peuvent être que latæ sententiæ et peuvent être commuées par les supérieurs, s'ils le jugent nécessaire. Par contre les deux grandes collections de privilèges, connues sous le nom de Mare magnum, débutant Regimini universalis Ecclesiæ (31 août 1474) et de Bulla aurea, commençant Sacri prædicatorum et minorum fratrum ordines (1479), furent plus nuisibles qu'utiles à l’ordre. Aussi, d’après Nicolas Glassberger, Chronica, dans Analecla franciscana, t. 11, Quaracchi, 1887, p. 462, les observants y renoncèrent-ils pour ne pas se brouiller avec le clergé séculier. Des privilèges semblables furent donnés aussi aux dominicains (cf. Bullarium ord. prædicatorum, t. 11, Rome, 1731, p. 516 sq.) et aux carmes (cf. Bullarium carmelitarum, 1" partie, Rome, 1715, p. 319 sq., 346 sq., 352 sq.). Sixte IV concéda aussi des faveurs aux frères de la Vie commune et aux chartreux. Il approuva l’ordre des minimes et confirma celui des augustins déchaussés, fondé par Baptiste Poggio de Gênes. Il donna la règle de Saint-Augustin aux alexiens et aux ambrosiennes. Il prit aussi souvent la défense des religieux, comme par exemple des dominicains de Gand dans un décret du 18 février 1483.

Sixte IV pensa aussi un instant, en 1472, à rétablir l'unité de l’ordre franciscain en assujettissant les observants aux conventuels. Ce projet, patronné par plusieurs cardinaux, surtout par son neveu Pierre Riario, qui, après la mort de Bessarion, avait été nommé protecteur de l’ordre, ne fut cependant point exécuté ni la bulle d’abolition des observants promulguée, grâce à l'intervention des princes et de saint Jacques de La Marche. Pour protéger toutefois les conventuels contre les séculiers Sixte IV, publia, en 1474, la bulle Dum singulos, dans laquelle il défend aux laïques de chasser les conventuels de leurs couvents pour les donner aux observants. Comme on ne tint aucun compte de cette bulle, Sixte IV se vit obligé de la renouveler en 1480. Il permit aux pauvres ermites de l'Ombrie et de la Marche d’Ancône, qui constituaient le restant des partisans d’Ange de Clareno et menaient la vie anachorétique sous l’obédience des évêques, de porter l’habit franciscain et de se choisir un vicaire général particulier, soumis cependant en tout au ministre général des frères mineurs. On les appelait la congrégation della becca, à cause de la forme de leur habit, et leur chef, Pierre d’Espagne, devint leur premier vicaire général. Sixte IV fut le puissant protecteur d’Amédée de Sylva, le fondateur de la congrégation franciscaine des amadéistes, qui se distinguaient par une austérité extraordinaire, surtout au point de vue du jeûne. Amédée, qui fut le confesseur de Sixte IV, en reçut le couvent de Saint-Pierre-in-Montorio à Rome, où il résida jusqu’à sa mort en 1482. Voir H. Holzapfel, O. F. M., Handbuch der Geschichte des Franziskanerordens, Fribourg-en-B., 1909, p. 133- 138; Fr. de Sessevalle, op. cil., t. 1, p. 213-220.

Sixte IV manifesta encore sa prédilection pour l’ordre franciscain en établissant, par la bulle du 3 octobre 1472, la fête de saint François comme une fête de précepte et en canonisant les cinq proto-martyrs de l’ordre franciscain, mis à mort au Maroc sous Honorius III, et surtout saint Bonaventure (14 avril 1482). Il décerna aussi l'honneur des autels au carme Albert de Trapani et, en 1483, mit Jean Buono, le fondateur des giamboniti, au rang des bienheureux. Par une disposition de 1478, il mit sur le même pied le vœu du

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IV 2214 pèlerinage à Santiago de Compostella et celui du pèlerinage à Rome et à Jérusalem, réservant la dispense de ce vœu au Saint-Siège. En 1482 il intervint à Augsbourg contre l’administration trop fréquente de la sainte communion introduite par un curé. Voir L. von Pastor, op. cil., p. 607-610.

Comme le remarque L. von Pastor, 0p. cil., p. 630- 631, Sixte IV favorisa aussi les mouvements de réforme partout où il le put et même, sur son ordre et sur ses instances, une bulle fut rédigée qui contenait les dispositions les plus minutieuses pour la réforme de la Curie romaine des cardinaux. Dans cette bulle Quoniam regnantium cura, conservée dans le Valic. lat. 3884, fol. 118-132, les abus sont mis en pleine lumière et décrits dans tous leurs détails, spécialement ceux qui existaient parmi les cardinaux et des dispositions sont proposées qui, si elles avaient été appliquées, auraient fait changer complètement l'aspect du collège des cardinaux et de la Curie romaine. Malheureusement cette bulle ne fut jamais publiée à cause de l'opposition acharnée des cardinaux, dont la plupart menaient à cette époque une vie luxueuse, mondaine et dissolue. Cf. Pastor, op. cit., p. 633-640. Le 14 mai 1472, Sixte IV fixa à douze le nombre des auditeurs de la Rote, Bullarium romanum, t. v, Turin, 1860, p. 207-208 ; le 22, il publia une bulle contre la simonie. Bull. romanum, t. v, p. 208-209. Il créa en 1474 l’évêché de Casale et, en 1475, il éleva l’archevêché d'Avignon à la dignité de métropole et y nomma son neveu le cardinal Julien Della Rovere, qui y fonda le collège Della Rovere, que Sixte IV approuva et pour lequel il rédigea des statuts par la bulle Sacrosancta romana Ecclesia du 13 août 1476.

Il créa un nombre considérable de cardinaux, qu’il ne choisit malheureusement pas toujours parmi les plus dignes. Dès la première année de son pontificat, il éleva à la pourpre deux de ses neveux, Pierre Riario et Julien Della Rovere, dont le premier mena une vie mondaine et scandaleuse et mourut dès 1474. Il eut surtout égard aux princes séculiers dans la création de quatre cardinaux, le 7 mai 1483, à savoir Philippe de Levis, archevêque d’Arles, recommandé par le roi René, Jean Arcimboldo, évêque de Novare, sur les instances du duc de Milan, Philibert Hugonet, évêque de Mâcon, sous l'influence du duc de Bourgogne, et Étienne Nardini. Le 18 décembre 1476, il fit cinq nouveaux cardinaux, dont un seul Italien, J.-B. Mellini, évêque d’Urbino, deux Français, Charles de Bourbon et Pierre de Foix, un Espagnol, Pierre Ferrici et un Portugais, George da Costa, archevêque de Lisbonne. Le 10 décembre 1477, il donna la pourpre à Jean d’Aragon, fils de Ferdinand, Pierre Foscari, George Hesler, confident de l’empereur Frédéric III, Gabriel Rangone, O. F. M., recommandé par le roi de Hongrie, et à trois de ses neveux : Christophe Della Rovere, Jérôme Basso-Della Rovere et Raphaël Sansoni-Riario, qui avait à peine dix-sept ans. Cette augmentation du nombre des cardinaux amena une nouveauté, qui ne s'était plus vue depuis des siècles, à savoir la création d’un nouveau titre cardinalice, Saint-Nicolas al Colosseo, qui fut assigné à Pierre Foscari. Après la mort de Christophe Della Rovere, le 1er février 1478, Sixte IV le remplaça par un autre de ses neveux, Dominique Della Rovere, qui s’est rendu immortel par le grand nombre de monuments qu’il fit construire. L'esprit mondain et le faste qui régnaient dans le Sacré- Collège s’accrurent par la nomination, le 15 mai 1480, de Paul Fregoso, Ferry de Clugny, Côme Orsini de’ Megliorati, Jean-Baptiste Savelli et Jean Colonna. Le 15 novembre 1483 la pourpre était donnée à Jean Conti de Valmontone, Jean-Baptiste Orsini, Jean Moles, au franciscain Élie de Bourdeilles, archevêque de Tours, et à Jean-Jacques Sclafenato, évêque de

Parme et, en mars 1484, à Ascanio-Marie Sforza, par motifs purement politiques.

Sixte IV s’est acquis un titre de gloire incontestable par le zèle qu'il déploya pendant tout son pontificat à promouvoir les lettres et les arts, de manière à faire de Rome le centre de la renaissance artistique et littéraire. Un des grands mérites de Sixte IV est sans conteste le merveilleux développement qu’il donna à la bibliothèque Vaticane, qui, fondée par Nicolas V, fut complètement réorganisée sous son pontificat. Il la transféra dans le palais de Nicolas V, au Cortile du Perroquet. Sixte IV enrichit dans une large mesure la bibliothèque, portant le nombre des volumes de 1209 à environ 2500, Il en organisa aussi l'administration et la direction, lui assigna des fonds fixes el la pourvut d’un règlement. Enfin il la rendit accessible au public. Imbu lui-même de l'esprit et du goût de la Renaissance, Sixte IV appela à Rome les plus célèbres savants de son temps comme professeurs à l’université romaine et s’éentoura des plus illustres humanistes, parmi lesquels Pomponio Leto et B. Platina, que, malgré leur opposition ouverte au Saint-Siège, il réussit à gagner à sa cause. Sixte IV combla de faveurs les hisriens Sigismond de’ Conti, qui par son Histoire contemporaine, en 17 livres, qui va de 1475 à 1510, occupe une place d'honneur parmi les écrivains du Χ Τ᾿ siècle, Jacques Gerardi de Volterre, célèbre par ses mémoires, Mathias Palmieri de Pise, qui continua la chronique de Matthieu Palmieri de Florence, et surtout B. Platina, qu'il chargea de rassembler les documents relatifs aux droits du Saint-Siège, conservés de nos jours dans trois volumes des archives vaticanes, et qui remit dès la fin de 1474 ou au début de 1475 au pape sa fameuse Histoire des papes, sur la valeur critique de laquelle on peut voir L. von Pastor, op. cit., p. 669- 673. Sixte IV, ne voyant dans l’humanisme qu'un mouvement purement littéraire, sans aucun péril pour la religion, rouvrit aussi l’Académie romaine, en confia la présidence à Pomponio Leto et prit à son service quelques académiciens qui, comme B. Platina et Démétrie de Lucques, avaient pris part à la conjuration contre Paul II. Pour les détails, voir L. von Pastor, op. cil., p. 655-674.

Un autre grand mérite de Sixte IV est d’avoir contribué grandement à l’embellissement de Rome par des fondations grandioses, l'élargissement des rues et la création de nouvelles voies, comme par exemple la via Sistina, la construction d’un nouveau pont sur le Tibre, le ponte Sisto, la restauration des basiliques et des églises et la construction de nouvelles, comme Santa Maria del Popolo et Santa Maria della Pace, la restauration et la construction de palais et d’établissements d'utilité publique, parmi lesquels l'hôpital del Santo Spirito occupe le premier rang. Il étendit son œuvre d’embellissement à presque toutes les villes des États pontificaux et même à Avignon. A l'exemple du pape, les cardinaux, principalement les neveux de Sixte IV, rivalisèrent entre eux pour faire restaurer et construire des églises, des palais et d’autres édifices et surtout pour faire ériger de splendides monuments funéraires. Sixte IV favorisa aussi les peintres de son temps et fit travailler pour lui les plus célèbres comme Ghirlandaio, Botticelli, le Pérugin, Pinturicchio et Melozzo de Forli. L'œuvre la plus célèbre, par laquelle Sixte IV s’est immortalisé, est sans conteste la magnifique chapelle, appelée de son nom Sixtine, qu'il fit construire par Giovannino de’ Dolci et dédia à l’Immaculée-Conception. Pour les détails des embellissements apportés par Sixte IV à Rome, voir L. von Pastor, op. cil., p. 674-710.

L'activité inlassable déployée par Sixte IV contre l'invasion des Turcs et son zèle à promouvoir les arts et les lettres sont obscurcis par le favoritisme dont il

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IV 2216 fit preuve à l’égard de ses neveux et de sa famille, C’est le reproche le plus grave qu'on puisse lui faire. Comme nous l’avons déjà vu, il éleva six de ses neveux à la dignité cardinalice et donna le gouvernement d’Imola et de Forli à un autre neveu, Jérôme Riario, qui exerça une influence néfaste sur Sixte IV, le jeta dans les entreprises les plus aventureuses et lui causa les déboires les plus amers. Un autre neveu, Léonard Della Rovere, fut fait, en 1472, préfet de Rome et épousa une fille naturelle du roi de Naples, Jeanne, qui lui apporta une grosse dot. Α sa mort, le 11 novembre 1475, lui succéda son cousin, Jean Della Rovere, un autre neveu de Sixte IV, qui épousa Jeanne de Montefeltre, fille du duc Frédéric d'Urbino. En un mot, le pape combla ses parents de faveurs et de richesses et un bon nombre de possessions pontificales leur furent données en fief. Voir à ce sujet 1 nepoti di Sisto IV, dans Civillà cattolica, 1868, t. 1, p. 667-683. Ce népotisme, universellement reproché à Sixte IV, trouve quelque excuse dans la situation troublée de l'Italie et le peu de fidélité qui se rencontrait parmi les nobles. Pour se faire assister dans sa lourde tâche, Sixte IV eut donc recours à ses propres parents, dans lesquels il trouvait en général les instruments les plus dociles et les collaborateurs les plus sûrs. Tout ceci néanmoins n’excuse pas une conduite qui ouvrit la voie à la déchéance de la discipline ecclésiastique. Si la critique doit rejeter en grande partie les graves accusations portées par Étienne Infessura, partisan des Colonna, contre Sixte IV, elle doit se garder d’autre part de le considérer à l’exemple de Pastor, op. cil., p. 640-654, comme un pontife idéal. L'appréciation donnée dans Hefele-Leclercq, op. cil., p. 113- 114, est autrement nuancée : « Plus savant qu'’homme d’État, aux prises avec d'innombrables oppositions, rejeté vers ses parents par la déloyauté alors générale dans le monde politique, Sixte IV n’a point été étranger aux faiblesses humaines, mais son énergie au service de grands desseins, surtout des croisades, des lettres et des arts, lui assure une place honorable dans l’histoire. Rome montre encore aujourd'hui les résultats de son activité vigilante. Dans un temps et au milieu de circonstances où la passion entassait à plaisir les calomnies, en dépit de la haine d’un Infessura et des Florentins, qui certainement en matière de mœurs ne sont pas des juges au-dessus de tout soupçon, les vertus qui honorèrent son pontificat ont été reconnues même par ses ennemis. C’est manquer trop évidemment à la vérité et à la justice que de le représenter comme « un homme sans parole et sans foi, «sans honte et sans conscience, chez qui rien de ce qui «est immoral n’est impossible » (cf. M. Brosch, Papst Julius 11. und die Gründung des Kirchenstaales, p. 21- 29, Gotha, 1878). »

L. Wadding, Annales minorum, 3° éd., τς XI11, Quaracchi, 1932, an. 1464, ἢ. 1-vr, Ὁ. 391-395; ἢ. xI-X11, Ὁ. 397; an. 1468, ἢ. x111, p. 492-493; an. 1471, n. 1-x, p. 534- 535; t. XIV, Quaracchi, 1933, an. 1472, n. 1-VI1, Ὁ. 1-5; ἢ. X, p. 6-7; an. 1473, ἢ. 1-XXXI1, p. 87-97; an. 1474- 1481, passim; du même, Scriplores ord. min., 3° éd., Rome, 1906, p. 211-212; J.-H. Sbaralea, Supplementum ad scriplores ord. min., 2° 6d., ἀν 111, Rome, 1936, p. 104-106; B. Platina, Vita δία 1V, dans L. Muratori, Rerum italicarum scriplores, nouv. éd., t. 111, fase. 1, p. 398 sq.; Jacques de Volterra, Diarium romanum ab an. 1472 usque ad an. 1484, ibid., t. ΧΧααι, fase. 3; E. Infessura, Diario della città di Roma, édit. par O. Tommasini, Rome, 1890; A. de Tummulillis, Notabilia Lemporum, édit. par C. Corvisieri, dans Fonti per la storia d'Italia, Rome, 1890; $S. de’ Conti de Foligno, Le storie de suoi tempi dal 1475 al 1510, τι ας Rome, 1883; E. Frantz, Sixtus IV. und die Republik Florent, Ralisbonne, 1880; H. Holzapfel, Handbuch der Geschichte des Franziskanerordens, Fribourg-en-B., 1909, p. 132-138; Fr, de Sessevalle, {Histoire générale de l'ordre de Saint-François, Paris, ὅν αν 1935, p. 211-220, 618-624 ; { calunnialori di

Sisto 1V, dans Civiltà cattolica, 1868, t. 1, p. 142-153; Uno sgardo al pontificato di Sisto IV, ibid., p. 394-410; 1 nepoti di Sisto IV, ibid., p. 666-683; II nepotismo di Sisto IV, ibid., t. 11, p. 654-667 et t. 111, p. 408-423; E. Casanova, 1 tumulli del giugno 1482? in Siena e alcuni brevi di Sisto IV, extr. de Miscell. stor. Senese, Sienne, 1894; L. Frati, Una lettera della duchessa Bona di Savoia a papa Sisto IV, dans Arch. stor. lombardo, t. vir, 1890, p. 941-943; R. Maphæus, Vitæ summorum pontificum Sixti IV, Innocentii VIII, Alexandri VI et Pii III, Venise, 1518; E. Müntz, Un mécène italien au XVe siècle. Les lettres et Les arts à la cour de Rome pendant le règne de Sixte IV, dans Revue des deux mondes, t. XLVIN, 1881, p. 154-192; le même. Les arts à la cour des papes pendant le XV® et le XVI® siècle. Recueil de documents inédits tirés des archives et des bibliothèques romaines, t. 111, Sixte IV- Léon X, Paris, 1882; B. Perk, Sixtus IV en Lorenzo de Medicis, Dordrecht, 1869; E. Piva,. La querra di Ferrara del 1482, Periodi I, L'alleanza dei Veneziani con Sisto IV, Padoue, 1892; J. dalla Santa, Le appellazioni della repubblica di Venezia dalle scomuniche di Sisto IV e Giulio II, extr. du Nuovo arch. veneto, t. xvr1, Venise, 1899; B. Baldi, Vitae fatti di Frederigo di Montefeltro, duca di Urbino, t. 111, Rome, 1824; E. Bissolati, Le vite di due illustri Cremonesi {Bart. Platina e Marco Gir. Vida). Milan, 1856; J. Burckhardt, Geschichte der Renaissance in Italien, 3° éd., Stutgart, 1891; le même, Die Kultur der Renaissance in Italien: 7° éd., par L. Geiger, Leipzig, 1899; B. Buser, Lorenzo de’ Medici als italienischer Staatsmann, Leipzig. 1879; J.-W. Clark, On the Vatican library of Sixtus IV, dans Cambridge Antiquarian Society's proceedings and communications, t. X, Cambridge, 1899; P. Fabre, La Vaticane de Sixte IV, dans Mélanges d'archéol. et d’hist., t. XV, Paris, 1895; F. Gregorovius, Geschichte der Stadt Rom im Mittelalter, 3° éd., L. 111, Leipzig, 1880; J.-A. Llorente, GeschicFte der spanischen Inqguisition, trad. par Hôck, Gmünd, 1819-1822; P. Pierling, Le mariage d’un tsar au Vatican : Ivan 111] et Zoé Paléologue, dans Revue des quest. hist. t. XL11, 1887, p. 353-397; Fr. J. Rodrigo, Historia verdadera de la Inquisiciôn, 3 vol., Madrid, 1876-1877; J. Schlecht, Andrea Zamonetiè und der Basler Konzilsversuch vom Jahre 1482, Paderborn, 1903; E. Steinmann, Die Sixtinische Kapelle, t. 1, Bau und Schmuck der Kapelle unter Sixtus IV., Munich, 1901; le même, Rom in der Renaissance, 2° éd.. Leipzig, 1902; L. de Villeneuve, Recherches sur la famille Della Rovere, Rome, 1887; Cl. Bauer, Finanze papali durante il pontificato di Sisto IV, dans Arch. d. R. Soc. di storia patria, t. L, 1927, p. 319-404; V. Pacifici, Un carme biografico di Sisto IV, Tivoli. 1927; E. Gôüller, Deutsche Kirchenablasse unter Sixtus IV., dans Rôm. Quartalschr., 1923, p. 55-70; le même, Sixtus IV. und der Konstanzer Bistumsstreit 1474-1480, dans Freib. Diüz. Arch., 1924, p. 1-60; F. Rodocanachi, Histoire de Rome. Une cour princière au Vatican pendant la Renaissance, Sixte IV, Innocent VIII, Alexandre V1 Borgia, Paris, 1925; U. Boncompagni Ludovisi. Roma nel Rinascimento. t. 11, Albano. 1928, p. 1-101; P.-M. Sevesi, Lettere autografe di Francesco Della Rovere da Savona, ministro generale (1464- 1469) e cardinale (1467-1471), poi Sisto IV (1471-1484), dans Arch. franc. hist., t. xxvi11, 1935, p. 198-234, 477-499; P. Paschini, Frate Zanetto da Udine, ibid., τ. xxv1, 1933, Ρ- 105-126; B. Marinangeli, L’arazzo di Sisto IV, dans Miscell. francisc., t. xv, 1914, p. 83-87; le même, 11 poliotto di Sisto IV, ibid., t. xvi1, 1915, p. 179-182; le même, La canonizzazione di 5. Bonaventura e il processo di Lione, ibid., τ. ναι, 1916, p. 65-86, 105-120; τ. xvrrr, 1917, p. 125- 135; Fr. A. Benofli-G. Abate, Degli studi nell’ordine dei minori, ibid., t. XXxX1, 1931, p. 155-156; A. Canezza et M. Casalini, Pio istituto di 5. Spirito e ospidali reuniti di Roma, Roma, 1933; N. Papini et E. Magrini, Minoritæ convenluales lectores, ibid , dans Miscel. francisc., t. xxx111, 1933, p. 384-385; Ch. Poulet, Histoire du christianisme, t. 111, Paris, 1937, p. 307-311; Hefele-Leclercq, Histoire des conciles, t. Vitt, 1° part., Paris, 1917, p. 36-114; L. von Pastor, Geschichte der Päpste im Zeitaller der Renaissance, ὅν 11, 55 éd., Fribourg-en-Br., 1923, p. 451-710, où l’on peut trouver une abondante bibliographie.

5.SIXTE V, de son nom Félix PERETTI, et nommé aussi MONTALTO, frère mineur conventuel, pape du 24 avril 1585 au 27 août 1590.

I. AVANT LE PONTIFICAT. — Félix Peretti naquit, le 13 décembre 1520, à Grottammare (prov. d’Ascoli- Piceno) dans la Marche d’Ancône, où son père, Pierre-

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Gentille Ricci, plus connu sous son surnom de Peretto ou Peretti, était venu s'établir. Fils de pauvres laboureurs, il fut obligé d’aider ceux-ci de bonne heure, jusqu’à ce que son oncle, un conventuel du nom de Salvator, qui habitait le couvent de Montalto, le prit sous sa protection et, remarquant son esprit perspicace, lui fit fréquenter l’école de ce village. Bientôt il le prit avec lui au couvent de Montalto, où, à l’âge de douze ans, le jeune Félix revêtit l’habit des conventuels et, l’année suivante (1534), fit profession, retenant le nom de Félix. Il poursuivit ses études à Ferrare, Bologne, Rimini et Sienne, pour les couronner, le 25 juillet 1548, par le grade de docteur en théologie, obtenu à l’université de Fermo. En 1551, il fut nommé régent de la faculté théologique au couvent de Sienne. Même avant d’avoir reçu le sacerdoce, fidèle à son idéal de devenir un grand prédicateur, il s'était consacré à ce ministère dans les principales villes de la Marche d’Ancône. Ayant attiré l’attention du cardinal Carpi, protecteur des franciscains, ce dernier l’invita à Rome, en 1552, pour y prêcher le carême; il y fut retenu par Jules III pendant toute l’année, pour y commenter trois fois par semaine l’épitre aux Romains.

Nommé régent du studium de Naples en 1553, il y commenta dans l’église de Saint-Laurent l’évangile de saint Jean. En 1555 il prêcha, à la demande du cardinal Carpi, à la cathédrale de Pérouse. Quelques-uns des sermons de Peretti ont été édités, à savoir Sopr'il misterioso Vangelo della Selluagesima, Del saper del scolare christiano, Della felicissima venuta del promesso Messia; Dell immacolata concezzion della madre di Dio, ensemble, à Naples, 1554. Le dernier fut publié séparément deux fois dans la suite. Un cinquième sermon, donné le mercredi des cendres 1555, à Pérouse, Della necessilà della Sacra Scriltura a reformare l’huomo, fut imprimé probablement à Pérouse, en 1555. Voir Η. Narducci, Intorno ad alcune prediche stampate di Sixlo V,extr. de Il Buonarroti, 115 sér., t. v, avril 1870. Un autre sermon, prêché le deuxième dimanche d’un avent entre 1561 et 1565, quand il était procureur général de son ordre, en présence du pape Pie IV, a été édité par J. Abate, dans Miscell. franciscana, t. xx111, 1922, p. 4-6. Deux volumes de sermons quadragésimaux et quelques autres seraient conservés inédits dans la bibliothèque du couvent franciscain Saint-Isidore à Rome, cf. J.-H. Sbaralea, Supplemenlum ad scriptores ord. min., 2° éd., t. 11, Rome, 1936, p. 106; J. Franchini, Bibliosofia francescana, Modène, 1693, p. 189-190; D. Sparacio, Papa Sisto V, Pérouse, 1929. Ὁ. 31

Ayant fait partie, lors de son séjour à Rome en 1552, d’un groupe d'hommes qui travaillaient à la réforme catholique, groupe auquel appartenait le cardinal Antoine Carafa, Félix Peretti, après l'élévation de ce dernier au pontificat, le 23 mai 1555, sous le nom de Paul IV, fut appelé à Rome, en 1556, pour prendre part à la discussion instituée par la Congrégation au sujet de la réforme de la Curie romaine. Cette même année 1556, il fut nommé régent des études au couvent Frari de Venise et, en 1557, il fut désigné par Paul IV comme inquisiteur pour toute la république vénitienne. Il y fit imprimer l’{ndex librorum prohibitorum de Paul IV, mais, à cause de sa trop grande sévérité et de son caractère violent et brusque, il s’y fit de nombreux ennemis, de sorte qu'après la mort de Paul IV il se retira à Montalto. Après l'élection de Pie IV, il fut renvoyé, par l’intermédiaire du cardinal Carpi, en février 1560, à Venise comme recteur des études de son ordre et comme inquisiteur général. Mécontente de ce retour, la Sérénissime demanda à la Congrégation de l’Inquisition le rappel du P. Félix. Transféré à Rome, au mois de juin 1560, il devint, par l’intermédiaire du cardinal Michel Ghislieri, consulteur de la

Congrégation citée, qui enleva en même temps l’Inquisition à Venise aux franciscains pour la confier aux dominicains. Nommé procureur général des conventuels en 1561 par les soins du cardinal Carpi, il entra également dans la Congrégation instituée pour le concile de Trente. Félix Peretti collabora à la même époque avec Antoine Posius à l'édition des œuvres d'Aristote, et rédigea trois tables de ses livres, avec des notices biographiques, qui vont de 1540 à 1560 et qui nous renseignent avec exactitude sur la vie qu'il avait menée jusque là. Il fut aussi membre de la commission pour une nouvelle édition du Décret de Gratien. Pour le soustraire à l’envie de ses ennemis, le cardinal Gdhislieri obtint qu'il fût assigné comme théologien au cardinal Hugues Buoncompagni, envoyé, en 1565, en Espagne pour reviser le procès de Carranza, archevêque de Tolède, que l’Inquisition espagnole avait condamné comme hérétique. Cette mission fut interrompue par la mort de Pie IV. Comme le cardinal Buoncompagni l’avait devancé pour pouvoir assister au conclave, Félix Peretti s’en revint seul, à Rome, où il apprit avec joie que son protecteur, le cardinal Ghislieri, avait été élevé au pontificat et avait pris le nom de Pie V.

Désormais la carrière de Félix Peretti était assurée. Pie V le nomma, le 14 janvier 1566, vicaire général de l'ordre des conventuels, après la mort du général Antoine de’ Sapienti et, le 15 novembre 1566, il l’éleva au siège épiscopal de Sainte-Agathe des Goths, avec l'ordre de continuer à gouverner l’ordre. A partir de 1568, où Jean Tancredi fut élu général, Félix Peretti, appelé vers cette époque généralement Montalto, du lieu d’origine de son père, put se consacrer entièrement à son diocèse; Pie V le nomma cardinal le 17 mai 1570, lui assigna la Congrégation de l’Index et le nomma membre de la Congrégation des Évêques et Réguliers, ainsi que de la Congrégation instituée pour l'affaire Carranza. Le cardinal Montalto, comme il se nomme désormais, fut transféré, le 17 décembre 1571, du diocèse de Sainte-Agathe des Goths à celui de Fermo, auquel il renonça à l’été de 1577. Après la mort de Pie V et l'élévation au pontificat du cardinal Hugues Buoncompagni sous le nom de Grégoire XIII, commença pour le cardinal Montalto une période de contrariétés, parce que le nouveau pape se montra, dès le début, antipathique à son égard. Cette antipathie, qui, paraît-il, datait du temps de leur mission en Espagne, ne fit que s’accroitre avec le temps, d’abord, sous l'influence des nombreux ennemis du cardinal Montalto et, ensuite, parce que Grégoire XIII était d'avis que les religieux devaient rester dans leurs couvents et ne pas prendre des charges dans l’Église. Peu à peu, Félix Peretti fut mis complètement à l'écart. Il ne resta cependant pas inactif et employa ses loisirs à éditer les œuvres de saint Ambroise, dont le premier volume parut à Rome en 1580. Faite avec précipitation, cette édition était loin d'atteindre la perfection désirée dans ce genre de travaux. Génie fougueux, peu fait pour l'élaboration minutieuse d’un texte critique, comme dit Pastor, Geschichte der Päpste, t. x, p. 156, il était plus porté à dominer les manuscrits qu'à se laisser dominer par eux. Au texte ambrosien il ajouta et retrancha selon qu'il le jugeait bon. Par ailleurs, il fit ériger dans la basilique de Sainte-Marie- Majeure un monument funéraire à Nicolas IV, qui comme lui avait appartenu à l'ordre franciscain et fit commencer dans la même basilique par l'architecte Dominique Fontana la construction d’une chapelle, dans laquelle serait transportée la relique de la crèche du Sauveur et qui devait lui servir de lieu de sépulture. Π fit construire aussi sur la pente de l’Esquilin une magnifique villa pour lui et sa famille, appelée Villa Peretti et de nos jours Villa Massimo. Il avait fait

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venir sa sœur Camille à Rome, avec ses enfants Françoiset Marie-Félix. Cette dernière se maria à Rome avec un petit commerçant et, après sa mort, le cardinal Montalto adopta ses enfants : Alexandre, Michel, Flavie et Orsine, qui portèrent dès lors aussi le nom de Peretti. François se maria à son tour, le 21 juin 1573, avec Victoire Accoramboni de Gubbio, fort dépensière. Ce mariage eut une fin tragique. François, en effet, fut tué dans la nuit du 16 au 17 avril 1581 par le duc de Bracciano, avec la complicité, paraît-il, de sa femme Victoire, qui, peu de temps après, allait vivre avec le meurtrier de son mari. À cette occasion on parla encore du cardinal Montalto qui était tombé dans le plus profond oubli et on admira la profonde résignation avec laquelle il supporta l’outrage que lui fit Grégoire XIII en laissant impuni l'assassin de son neveu.

II. LE PONTIFICAT. — Le 24 avril 1585 le cardinal Montalto fut élu pape à l’unanimité par «adoration », avant que le scrutin, qui l’établit définitivement sur la chaire de saint Pierre, n’eût eu lieu. Il prit le nom de Sixte V en souvenir de Sixte IV qui, comme lui, avait appartenu à l’ordre des mineurs conventuels. L'activité déployée par ce pape pendant son pontificat relativement court est merveilleuse. D'un caractère impulsif, véhément, impétueux et colérique, il se fâchait à la moindre occasion, mais se calmait très vite. Il était d’une sévérité exagérée en toutes choses et d'autre part, facile à émouvoir. D'une économie extraordinaire, il se montrait en général libéral et généreux. D'une prudence peu commune, il pouvait être, d’après les circonstances, bienveillant et encourageant ou très difficile et brusque dans les refus. Sa nature impétueuse et impulsive allait de pair avec d'excellentes qualités comme sa grande ténacité, son éloquence fascinante, son activité infatigable et sa facilité d'enthousiasme. C'était un caractère fort, autoritaire et sans égards dans la poursuite de son but, de sorte que la raison de toute son activité se trouve dans la force de sa pensée et de sa volonté. Bon et prévenant envers ceux qui avaient confiance en lui, il était dur et intransigeant envers ceux qui s'opposaient à ses desseins. D'autre part il était profondément pieux, simple, sobre, adversaire de tout luxe et il portait une affection peu ordinaire à saint François et à son ordre. D'une constitution robuste, il avait une capacité extraordinaire de travail, traitant lui-même toutes les affaires et prenant à lui seul toutes les décisions, même les plus importantes. La crainte que l’on put avoir un instant de la reviviscence du népotisme, à la suite de l'élévation à la pourpre, le 13 mai 1585, de son arrièreneveu François Peretti, âgé seulement de quinze ans, fut cependant vite dissipée; Sixte V, bien que très attaché à ses parents, ne leur accorda aucune charge ni aucun bénéfice et même le cardinal Peretti ou Montalto n’exerça aucune influence décisive sur les affaires de l’État pontifical ou de l’Église.

1° Le gouvernement de l’État pontifical. — A peine monté sur le trône de saint Pierre, Sixte V jeta la frayeur dans le cœur des Romains. Il avait promulgué le 30 avril un édit par lequel il défendait de porter certaines armes; le même jour, quatre jeunes gens furent arrêtés pour infraction à cet ordre, et condamnés à mort. Malgré l'intervention des personnes les plus influentes et des cardinaux, Sixte V exigea l’application rigoureuse dela loi et la sentence fut exécutée le lendemain. Sixte V déclara une guerre sans merci aux brigands qui infestaient Rome et les États pontificaux. Une des causes de la reprise du banditisme sous Grégoire XIII avait été, outre la faiblesse du pape, un ordre émané de lui en vertu duquel les familles romaines qui possédaient illégalement des biens étaient obligées de les rendre au Saint-Siège.

Ce décret rencontra l'opposition des familles intéressées, qui s’allièrent aux bandits, les appelant à leur aide jusque dans Rome même et, en retour, leur donnant refuge dans leurs châteaux, quand ceuxci étaient serrés de trop près par les soldats du pape. A la tête des brigands se trouvaient les membres des plus opulentes familles romaines, comme Alphonse Piccolomini, Louis Orsini, Lambert Malatesta. Pour en finir avec le brigandage, Sixte V procéda avec la plus grande sévérité non seulement contre les brigands, mais aussi, et d’une façon exemplaire, contre leurs chefs, qui en général appartenaient aux grandes familles. Pour conjurer avec plus d'efficacité ce fléau, il institua une congrégation composée des cardinaux Albani, Salviati et Carafa, auxquels incombait le soin de prendre les mesures les plus sévères et les plus rigoureuses. Dès les premiers jours de son pontificat, Sixte V mit les Romains au pas. Aux conservateurs du Capitole, qui demandaient pour le peuple justice, paix et abondance, il répondit qu'il prenait sur lui d'assurer la paix et de pourvoir aux nécessités du peuple, mais qu'il leur recommandait à eux-mêmes l'exercice de la justice et qu'ils pouvaient compter sur son appui s'ils faisaient leur devoir, mais aussi sur les plus sévères punitions s'ils y manquaient, résolu qu'il était, s’il le fallait, à leur faire couper la tête.

Pour exterminer le banditisme, Sixte V prit dès le début de son pontificat des mesures énergiques. Au premier consistoire du 10 mai 1585, il exigea l’application du décret pontifical du 24 septembre 1573, en vertu duquel le droit de refuge, dont jouissaient les ambassadeurs étrangers, les cardinaux et les nobles romains. était supprimé. La constitution importante du 1° juillet 1585 fut dirigée principalement contre ceux qui prêteraient aide et asile aux bandits; elle fut renforcée par le décret du 5 novembre suivant. L'application fut impitoyable; sitôt arrêtés, les bandits étaient exécutés et leurs têtes exposées sur le pont Saint-Ange. Le cardinal Colonna, chargé de nettoyer la campagne romaine, fit .couper tous les bois qui servaient de repaires aux bandes et refoula celles-ci vers le territoire napolitain. Pour mettre fin à toute relation entre la noblesse et les bandits, le pape procéda avec une sévérité terrifiante. Pour ne donner qu'un exemple, le légat pontifical, le cardinal Salviati, ayant demandé en vain au comte Jean Pepoli de Bologne l’extradition d’un brigand, ce noble fut arrêté. Comme il s’opiniâtrait et écrivait de sa prison plusieurs lettres contre le « tyrannique frate », il fut condamné à mort par Sixte V. Cette exécution frappa toute la noblesse de terreur. En même temps le pape obtenait de Naples et de Venise des clauses d’extradition. Il travailla à gagner à la même cause le grandduc de Toscane, qui se montra toutefois moins accommodant. Le fameux chef de bandits, Lambert Malatesta, qui appartenait à l’illustre famille jadis souveraine à Rimini, s'était réfugié en Toscane au début de 1582; Sixte V fit aussitôt des démarches pour qu'il fût livré. Le grand-duc n’y avant donné aucune suite, le pape lui écrivit des lettres de plus en plus énergiques. Devant la menace de rompre les relations, le grand-duc finit par céder et livra Malatésta qui fut conduit le 26 juin 1587 à Rome et décapité le 13 août suivant. Dès l’automne 1587, on pouvait constater que l’ordre régnait partout dans les États pontificaux. Les procédés énergiques employés par le pape furent d’ailleurs universellement loués, même à l’étranger, et tous les contemporains saluèrent en Sixte V le restaurateur de la paix publique.

Si Sixte V recueillit l'approbation universelle pour ces mesures, il reçut moins de louanges pour la sévérité avec laquelle il procéda contre l'astrologie et autres

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superstitions par la bulle du 5 janvier 1586, ainsi que contre certaines fautes morales comme le blasphème, l’adultère, la prostitution, la transgression du repos dominical, la diffusion de notices fausses ou injurieuses, l’étalage d’écrits et d'images obscènes. Tous ces délits furent sanctionnés par des peines draconiennes en vertu de bulles promulguées en 1587 et 1588. Non seulement l'inceste et l’avortement, mais aussi certains délits de presse entraînaient irrévocablement la condamnation à mort. Non content d’avoir ramené l’ordre dans ses terres, Sixte V voulut aussi assurer à tout prix la sécurité sur mer, particulièrement sur les côtes, troublées par des corsaires turcs. C’est pourquoi il résolut de créer une flotte qui aurait sa base à Civitavecchia et, dans ce but, il institua, en janvier 1587, une Congrégation de cardinaux. Cette flotte opéra si efficacement que, dans le consistoire du 13 août 1590, Sixte V put communiquer que sa flotte était parvenue à capturer trois navires turcs et avait apporté la sécurité sur mer et sur les côtes. Il fit frapper une médaille commémorative, sur laquelle” sont reproduites ses galères avec l'inscription : Terra marique securilas. Sixte V non seulement veilla à la sécurité dans ses États, mais aussi à l’approvisionnement, à la bonne administration et à l'assainissement des finances. Dans cebutilinstitua, par la célèbre bulle du 22 janvier 1587, outre les Congrégations déjà existantes de la Segnatura di grazia et de la Consulta, quatre nouvelles Congrégations, auxquelles il confia l’université romaine, l’approvisionnement, l’entretien des routes, des ponts et des aqueducs et, enfin, la réglementation des taxes. Sixte V fit régler la préparation et la vente du pain, lavorisa l’agriculture, commença l’assainissement des marais Pontins, encouragea l’industrie, en particulier celle de la laine et de la soie, et améliora partout les

- finances. A son arrivée au pouvoir il avait trouvé les

caisses vides; il entreprit la réorganisation des finances, tant par des économies que par l’élévation du prix de vente de nombreux offices et la création d’offices nouveaux. De même institua-t-il des Monti vacabili ou emprunts qui pouvaient être amortis après un certain temps et des Monti non vacabili ou simplement Monti, qui constituaient la dette consolidée de l'État. Enfin, il établit de nouvelles laxes. Par ces moyens il réussit à accumuler au chàteau Saint-Ange cinq millions et demi d’écus, qui constituaient la réserve des États pontificaux. Une bulle, publiée au consistoire du 21 avril 1586, déterminait les différents cas dans lesquels il était permis de puiser à ces réserves. À la fin de son règne, Sixte V disposait du plus beau trésor de l’Europe.

29 Rapports avec les puissances. — 1. L'Espagne. — Sixte V n’obtint pas de moins beaux résultats dans sa politique extérieure et dans ses relations avec les États de l’Europe. Cherchant avant tout à garder la plus stricte neutralité dans les conflits qui divisaient les pays entre eux et surtout les citoyens d’un même pays comme la France et l’Angleterre, il se laissa guider principalement par deux principes fondamentaux, à savoir le maintien de l’équilibre européen et la sauvegarde des droits et de la liberté de l’Église. Le caractère autocratique de Sixte V et la haute conception qu'il avait de la dignité pontificale expliquent qu'il ait accepté à contre-cœur la situation créée après la guerre de Paul IV, qui confirmait la prépondérance de l'Espagne, abaïssait l’État pontifical au rang d’une puissance de second ordre et menaçait la liberté du Saint-Siège à cause du césaropapisme des rois espagnols. Aussi, une des plus grandes préoccupations de Sixte V, dès le début de son règne, fut-elle de reconquérir au Saint-Siège, parmi les autres États, la place à laquelle il avait droit. C’est pourquoi il veillera avec soin à ne pas étendre l’hégémonie de

l'Espagne, et combattra avec vigueur le césaropapisme de ses rois, là où ille jugeait nécessaire. Il s’opposa énergiquement à différentes tentatives faites par le roi Philippe II contre les droits de l’Église, dont la principale est la « Pragmatique des titres », publiée par ce souverain en octobre 1586 et par laquelle le roi s’attribuait le droit de conférer des titres aux ecclésiastiques. A peine Sixte V eut-il connaissance de ce document, qu’il menaça de le mettre à l’Index si le roi ne retirait les dispositions à l’égard des ecclésiastiques et, dans le consistoire du 27 juillet 1587, il défendit aux cardinaux, sous peine d’excommunication réservée au souverain pontife, de recevoir des lettres de l'Espagne, dans lesquelles on ne leur donnerait pas le titre qui leur était dû. De plus il s’efforça d'arrêter l’extension de l’hégémonie espagnole, partout où cela lui était possible, principalement dans les guerres de religion en France et en Angleterre.

2. La France. — A l’avènement au pouvoir de Sixte V, la France, sous le gouvernement de Henri III, était en proie à la guerre civile, qui opposait les huguenots dirigés par Henri de Navarre, et la Ligue des catholiques menée par Henri de Guise, dit le Balafré. A la demande de secours que lui fit Henri III, le pape répondit, au début de juin 1585, qu'il était décidé à soutenir le roi de France non seulement de son argent et de son autorité, mais aussi de son sang. L’attitude du pape à l’égard du roi de France était donc claire et il ne s’en départira pas pendant toute la durée de son pontificat. I] lui fut plus difficile de prendre position à l’égard de la Ligue, parce queles opinions elles-mêmes étaient divisées. Tandis que l’ambassadeur espagnol, le comte Henri d’Olivarès, et le cardinal Nicolas Pellevé lui présentaient les ligueurs comme les uniques soutiens d’une restauration catholique, qu’il fallait dès lors approuver sans réserve, l’ambassadeur Jean de Vivonne et le cardinal Louis d’Este voyaient plutôt en eux des intrigants qui, sous prétexte de défendre la foi, servaient les ambitieux desseins des Guises, principalement du chef de la Ligue, Henri le Balafré. Le discrédit de Henri III et les difficultés de sa succession, causées par le fait qu'Henri de Navarre était passé au protestantisme, faisaient entrevoir au duc de Guise la possibilité de ceindre la couronne. Pour servir ce dessein, il avait patronné, dès le 31 décembre 1584, dans un acte signé à Joinville par les Guises et l’ambassadeur du roi d’Espagne, la candidature du cardinal Charles de Bourbon, oncle de Henri de Navarre et du prince de Condé et archevêque de Rouen, comme héritier du trône de France, qui régnerait après la mort de Henri III sous le nom de Charles X, en attendant son accession à lui-même au trône. On faisait aussi remarquer à Sixte V quela Ligue, impuissante à vaincre seule ses adversaires, ne pourrait triompher qu'avec l’aide de l'Espagne et qu’ainsi cette dernière étendrait d’une façon sensible son hégémonie. I.e pape restait perplexe, convaincu d’un côté que la Ligue avec l'appui de Philippe II pouvait chasser le calvinisme de la France, mais aussi, d’un autre côté, que la prépondérance espagnole s’imposerait par là à toute la chrétienté. I finit par comprendre que, pour conserver en France un contrepoids à l’hégémonie espagnole, il fallait que la France se libérât elle-même par l’entente de tous les catholiques, groupés sous une même bannière, celle du roi. I travaillera donc sans relâche à dégager le mouvement ligueur de tout esprit d'opposition au roi. Ce principe guida toute sa conduite à l’égard de la France.

Après la paix de Nensours, conclue entre Henri III et la Ligue, le 7 juillet 1585, et par laquelle le roi de France s'était allié aux ligueurs et s'était engagé à révoquer toutes les promesses faites aux huguenots, les déclarant inaptes à exercer n'importe quel oflice,

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principalement à ceindre la couronne de la France, et imposant à tous ses sujets de retourner au catholicisme ou de quitter la France dans les six mois, Sixte V crut le moment venu de réaliser ses desseins et d’unir tous les catholiques français sous la direction du roi. Convaincu qu'il pourrait séparer définitivement Henri III des huguenots et rendre plus étroite l'union entre le roi et les ligueurs, il promulgua, le 21 septembre 1585, une bulle qui déclarait Henri de Navarre privé de ses droits à la succession royale comme hérétique. Dans la pensée de Sixte V, l’excommunication d'Henri de Navarre ne faisait que renforcer la paix de Nemours, puisqu'il faudrait être à l’avenir pour la foi catholique avec la Ligue et le roi, ou contre elle avec les huguenots et Henri de Navarre. C'était donc le salut de la France en perspective et le salut sans l'intervention espagnole. Cf. Ch. Poulet, Histoire du christianisme, τ. 11, p. 780.

Malheureusement la bulle obtint un effet tout opposé à celui que le pape poursuivait. D'abord, elle rencontra une opposition farouche de la part d'Henri de Navarre, qui déclara la bulle contraire aux lois du royaume et parvint même à faire aflicher à Rome, le 6 novembre 1585, une réplique à l’invalide excommunication de Sixte-Quint. Les publicistes protestants de leur côté réclamèrent énergiquement et un des plus célèbres d’entre eux, François Hotmann, édita le Brulum fulmen Sixli V adversus Henricum regem Navarræ (1585), qui déclarait l’excommunication impie, injuste et fausse, dénonçait le pape comme un archihérétique et un antéchrist et lançait un appel d'Henri de Navarre à un concile libre pour traiter la légitimité de l’excommunication. En même temps, le Béarnais adressait une protestation, rédigée par Duplessy-Mornay, à la Sorbonne, à la noblesse, au tiers et à la ville de Paris, dans laquelle il réclamait la convocation d’un concile et la réunion des États généraux. Le Parlement flétrissait en termes véhéments l’usurpation de Sixte V, qui avait osé s’ingérer dans une question dynastique de la France; il proposait au roi de jeter publiquement la bulle au feu. La publication de cette bulle eut encore pour effet qu’un grand nombre de catholiques, qui ne partageaient nullement les idées d'Henri de Navarre, se détachèrent de la Ligue et se rallièrent au Béarnais parce qu'ils considéraient la bulle comme inspirée par des gens qui voulaient troubler la paix et assujettir la France à l'Espagne. De même les États italiens, et en particulier Venise, virent dans cette bulle un acte de faiblesse du pape envers l'Espagne. Les ligueurs, de leur côté, soutenus par le pape et appuyés sur le traité de Nemours, étaient décidés à résister à outrance au Béarnais

De la sorte, à la suite de la bulle d’excommunication d'Henri de Navarre, la guerre civile reprit plus ardente que jamais. Nous n’avons pas à la raconter ici; rappelons seulement le regain de popularité du Balafré, la formation du Conseil des Seize qui prend la tête de la Ligue, la « Journée des barricades » (9 mai 1588) qui oblige Henri III à quitter Paris, l’édit de Rouen (19 juillet 1588), par lequel le roi essaie de ressaisir la Ligue, en reprenant les termes mêmes du trailé de Nemours, la réunion à Blois des États généraux (septembre 1588), finalement l'assassinat du duc de Guise et de son frère le cardinal (23 décembre), et l’'emprisonnement des principaux chefs de la Ligue, à commencer par le cardinal Charles de Bourbon.

L'assassinat du 23 décembre suscila la plus vive indignation de Sixte V, d'autant qu’en frappant le ‘ardinal de Guise et en tenant interné le cardinal de Bourbon, le roi avait porté atteinte à l’immunité ecclésiastique. Aussi le pape exigea-t-il qu'Henri [TI demandâtl’absolution, mais, tout en louant le zèle des ligueurs, il n’approuva pas leur rébellion contre Henri II,

ss ‘as

qui restait leur roi légitime. Après la mort du duc de Guise, Henri III, à Plessis-lez-Tours, s’allia au Béarnais. Tous deux marchaient sur Paris, quand le peuple excité par le clergé et par le décret de la Sorbonne qui, le 7 janvier 1589, avait déclaré que le peuple français était délié du serment de fidélité envers Henri III, fit éclater sa fureur contre le roi; tout ceci devait amener, à échéance plus ou moins lointaine, l'assassinat d'Henri III par Jacques Clément (1 août 1589). Or, après l'alliance d'Henri III avec le Béarnais, Sixte V, fidèle à sa ligne de conduite selon laquelle la France devait se libérer elle-même, avait patienté, convaincu que, s’il s’alliait aux ligueurs, il avantagerait ou les huguenots ou ceux qui, sous couleur de défendre le catholicisme, visaient un but politique, comme les Guises et Philippe 11. Comme Henri III ne voulait la victoire d'aucun parti mais la réconciliation du Béarnais avec Rome, Sixte V était entré complètement dans ces vues et s'était déclaré prêt à recevoir Henri de Navarre, pourvu qu'il se fit catholique. A la fin pourtant, il s'était résolu, le 12 mai 1589, à envoyer un monitoire à Henri III, dans lequel il se bornait toutefois à le sommer, sous peine d’excommunication, de remettre en liberté dans les dix jours le cardinal de Bourbon et l’archevêque de Lyon et de comparaître à Rome. Quand il apprit la terrible fin du roi de France, Sixte V y vit un juste châtiment : le sang appelle le sang. Cf. Ch. Poulet, op. cit., p. 782.

Cependant Henri de Navarre, à une délégation de seigneurs catholiques qui étaient venus lui demander de renoncer au protestantisme, répondait qu'il ne pouvait abjurer sur le champ sa religion, mais qu'il était prêt à se faire instruire par un concile national ou provincial qui se réunirait dans les six mois et à maintenir exclusivement l’exercice de la religion catholique dans tout le royaume (4 août 1589). En retour, une grande partie de la noblesse le reconnaissait et lui promettait obéissance. Ce contrat réciproque fut publié et enregistré le 14 août au parlement de Tours; de la sorte, le parti royaliste put garder dans ses rangs un nombre considérable de catholiques. La Ligue au contraire acclama comme roi, sous le nom de Charles X, le cardinal de Bourbon, vieux, impuissant et prisonnier d'Henri IV au château de Loches. On distingua dès lors deux tendances parmi les ligueurs. D'une part, les extrémistes ou révolutionnaires, incarnés dans les « Seize », esprits exaltés, partisans de la résistance à outrance, d’autre part, les ligueurs politiques ou ligueurs français : royalistes fidèles tels que Villeroy et Vitry, magistrats comme Molé, bourgeois, tous éléments modérés, d’un patriotisme éclairé, qui voulaient l'accord avec Henri et à qui déplaisaient les compromissions avec l'Espagne. Énergique, intelligent et vaillant, Henri IV investit Rouen, battit la Ligue à Arques, le 21 septembre 1589, et marcha sur Paris. Le duc de Mayenne, frère de Henri de Guise et chef de la Ligue, devant ce danger menaçant appela à grands cris l’aide de l'Espagne. Ligueurs et Espagnols furent battus à Ivry par le Béarnais, dont les troupes poussèrent jusqu'à Paris. La capitale opposa une ferme résistance, dans laquelle s’affirmait la volonté du peuple de ne pas accepter un roi hérétique.

Dans ces luttes sanglantes, Sixte V ne se départit pas de la ligne de conduite qu'il s'était tracée dès le début de son pontificat, à savoir sa volonté que la France catholique se sauvât elle-même, sans l'Espagne. Mais, fidèle au principe, proclamé jadis par Henri III à Blois, que la France ne pouvait être gouvernée que par un catholique, Sixte V donna son appui à la Ligue. Il remplaça le légat Jean-François Morosini par Henri Caetani, qu'il chargea auprès de Charles de Bourbon et, éventuellement, auprès du duc de Mayenne, de préparer l'élection d’un roi catholique, mais aussi de

DICT. THÉOL. CATHOL.

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se renseigner sur la possibilité de la conversion de Henri IV et sur les menées ambitieuses de l'Espagne. Quand il fut assuré par le duc François de Luxembourg, représentant auprès du pape des catholiques ralliés à Henri IV, que le Béarnais abjurerait le calvinisme, si on pouvait arriver à le persuader, et qu'il était à souhaiter que le Saint-Siège confiât à des prétres capables le soin de l’instruire, Sixte V, inquiété par la puissance de la Ligue et par l'influence toujours croissante de Philippe ΠῚ en France, donna ordre au légat Caetani de traiter aussi avec les catholiques, partisans de Henri IV. Le parti espagnol, furieux de ce que le pape entrait en pourparlers avec les délégués du Béarnais, lui fit présenter au nom de Philippe II par son ambassadeur, le hautain Olivarès, un avis dans lequel le roi d'Espagne menaçait Sixte V des armes matérielles et spirituelles s’il ne changeait point d’attitude. Philippe 11, voyant l’heure décisive, fit remettre au pape, au début de 1590, un projet d'alliance et lui demanda de désigner un chef pour son armée qui devait pénétrer en France. Sur le refus de Sixte V, qui menaçait même Philippe II d’excommunication s’il persistait à vouloir faire la loi au souverain pontife, Olivarès revint à la charge le 3 mars, exigeant le renvoi du comte de Luxembourg, l’excommunication des partisans catholiques de Henri IV et une condamnation de ce dernier. Comme Sixte V restait impassible, le légat espagnol alla même jusqu’à le menacer d’un concile et d’un schisme. La situation devint si tendue qu’en Italie on s’attendait à une rupture complète entre le Saint-Siège et l'Espagne. Le 19 mars, les cardinaux en consistoire se rangèrent à l’avis du pape, surtout après que le cardinal d'Aragon eut fait ressortir qu’une intervention violente, comme la voulait Philippe IT, n’aurait pour effet qu’une union plus étroite entre les Français et Henri IV. Sixte V, de son côté, déclara qu’il préférait mourir que de céder aux requêtes de l'Espagne. La conduite prudente de Sixte V trouvait cependant des détracteurs à Rome et à Paris, où, le 7 mai 1590, la Sorbonne proclamait que les catholiques français n’étaient pas tenus en conscience d'accepter un hérétique pour roi et renouvelait cette proclamation après la mort de Charles de Bourbon (9 mai 1590).

Le 19 juillet 1590, sur les instances du duc de Sessa, nouvel ambassadeur de Philippe II, Sixte V s’engageait à une intervention militaire en France pour défendre les catholiques contre les violences des calvinistes et faciliter la nomination d’un roi. Mais, comme il différait sa signature, dans l’espoir que le Béarnais se ferait catholique après la prise de Paris, Sessa et Olivarès ne cessèrent de menacer le pape, surtout après que celui-ci eut proposé d'envoyer deux nonces en France, l’un auprès des ligueurs, l’autre auprès des “atholiques ralliés à Henri IV, pour pouvoir arriver plus efficacement à l'élection d’un roi. « Sixte V menaçait de faire une déclaration solennelle, où il exposerait comment, sous couleur de religion, les Espagnols ne poursuivaient en France que le succès d’une politique ambitieuse, et pourquoi, le pape ne voulant pas en être l’instrument, ils lui reprochaient de favoriser l’hérésie et faisaient invectiver contre lui par les prédicateurs. Mettre les foudres romaines et le trésor du château Saint-Ange au service des ambitions espagnoles, jamais. Il fallait que la France restât une grande nation et qu’ainsi fût maintenue avec l’équilibre européen la liberté du Saint-Siège. » Poulet, op. cit., p. 788. Sixte V usa toutefois dans cette fameuse lutte ses dernières forces; il mourut peu après, le 27 août 1590.

3. L'Anglelerre. — Le pontificat de Sixte V fut pour les catholiques anglais un tournant décisif de leur histoire. Deux faits importants, en eflet, dominent

DE

le bref règne de Sixte V, à savoir le supplice de Marie Stuart, qui enleva tout espoir de voir la couronne anglaise ceinte par un catholique après la mort d’Élisabeth, et la défaite de l’Armada espagnole, qui donna la conviction qu'il ne fallait plus penser à la restauration de la religion catholique par l’appui d’une nation étrangère. A l'élection de Sixte V, dix-sept ans s'étaient déjà écoulés depuis que la reine d'Écosse, Marie Stuart, avait cherché du secours en Angleterre et qu'elle avait été emprisonnée. A l’avènement de Sixte V, les politiques d'Angleterre nourrissaient depuis quelques années le projet d’en finir par un acte décisif avec les menaces étrangères et les conjurations à l’intérieur contre la reine Élisabeth et le régime protestant. Une occasion pour gagner l'opinion publique et les hommes d’État anglais à l’idée d’une action décisive contre les catholiques en général et contre la reine d'Écosse en particulier se présenta au secrétaire d'État François Walsingham. Le 10 juillet 1584, Guillaume d'Orange était assassiné et le jésuite Crichton était arrêté, porteur d’un plan d’invasion. L'opinion s’affola. L’assassinat d’Élisabeth, l’invasion espagnole lui devinrent un cauchemar incessant. Un projet fut voté, d’après lequel, en cas d'attaque contre l’Angleterre ou la reine Élisabeth, tous les révoltés seraient mis à mort et aussi les prétendants, en faveur desquels ils agiraient (novembre 1584). C'était l'épée de Damoclès sur la tête de Marie Stuart. Bien que les prêtres et les catholiques eussent envoyé à la reine Élisabeth une supplique où ils protestaient de leur loyalisme, la considérant comme leur souveraine légitime et regardant comme une faute d’attenter à sa personne, bien que les prêtres, sur l’échafaud, affirmassent leur attachement à Élisabeth, bien que Marie Stuart eût déclaré par écrit qu’elle adhérait à la ligue pour la défense de la reine, sa proche parente, l’implacable législation, qui allait tenter la destruction complète du catholicisme, n’en restait pas moins en vigueur. Finalement la reine d'Écosse serait impliquée dans une accusation de complot contre Élisabeth, jugée, condamnée et exécutée (18 février 1587). Si la vie de Marie Stuart fut parfois celle d’une aventurière, si parfois les passions troublèrent la lucidité de son génie politique, tous doivent cependant reconnaître qu’elle mourut comme une sainte, tombant comme représentante du catholicisme. Bien que personne ne fût intervenu pour la sauver, après sa mort cependant tout le continent s’'émut. Son fils renégat, Jacques VI, lui-même protesta, ainsi que le roi de France Henri III, qui parla même d’une entreprise contre l'Angleterre.

Avec l'exécution de Marie Stuart, « la question anglaise passait au premier plan des préoccupations politiques et religieuses ». Ch. Poulet, op. cit., p. 865. Comme la France était impliquée dans les guerres de religion, l’entreprise contre l'Angleterre ne pouvait être menée que par Sixte V et Philippe II. Le pape néanmoins, tout en détestant Élisabeth comme protestante, avait pour elle une admiration naturelle, parce qu'elle faisait front aux nombreux périls avec la maitrise d’une souveraine de grande envergure. De plus, elle réussissait à s’envelopper de tant de nuages de mensonges que, après les nombreuses persécutions déchaînées par elle, elle pouvait encore jouer la comédie d’être restée affectionnée à l’ancienne religion; Sixte V, jusqu’à la dernière année de son règne, continua à se bercer de l'espoir d'un retour de la reine à la foi catholique. Il ne laissa pas cependant de recommander, par l'intermédiaire de ses nonces, à la France et à l'Espagne, une intervention armée. Celle-ci avait d’ardents partisans, comme Alexandre Farnèse, gouverneur espagnol des Pays-Bas, Guillaume Allen, qui, le 7 août 1587, fut élevé à la dignité cardinalice et reçut le titre de cardinal d'Angleterre. Mais ce dernier

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ne se rendait pas compte que, depuis son départ de l’Angleterre, la mentalité y avait changé; les catholiques répudiaient toute entreprise armée contre leur pays et contre la reine, et la flotte britannique s'était singulièrement renforcée.

L'entreprise n’avançait donc que très lentement, à cause de la lenteur de Philippe II et, surtout, à cause de la radicale différence qui existait entre les deux conceptions pontificale et espagnole par rapport au but de l’expédition et au choix du roi qui, en cas de réussite, devait prendre le gouvernement de l’Angleterre. Sixte V envisageait l’entreprise avant tout sous l'angle religieux. Philippe IT, au contraire, sans négliger ce point de vue, poursuivait surtout des ambitions politiques. Son but primordial était d'obtenir l’Angleterre sinon pour lui, du moins pour sa fille, Isabelle. « Le pape fut cependant obligé d'accepter les services de Philippe et un accord secret fut conclu le 29 juillet 1587, en vertu duquel le Saint-Siège financerait l’expédition contre l’Angleterre, que le cardinal Allen accompagnerait comme légat; il présiderait, après la conquête, à la restauration religieuse de sa patrie. De plus, Sixte V promulgua un décret qui renouvelait l’excommunication et la déposition d'Élisabeth. Enfin, la flotte espagnole quittait Lisbonne, à la fin de mai 1588, sous le commandement de Medina Sidonia, » On sait le reste et l’effroyable désastre qui, au mois d'août, dispersait la Grande Armada. Avant l’entreprise, le cardinal Allen, par un violent pamphlet, signé par lui, mais composé par Parsons, avait tenté de soulever les catholiques anglais contre Élisabeth, mais en vain, car prêtres et laïques s'étaient unis avec les protestants pour sauver leur patrie.

Cette expédition fit un immense tort aux catholiques anglais; malgré leur loyalisme, ils furent englobés dans une même haine avec l'Espagne et considérés comme des ennemis communs d’Élisabeth. Le peuple anglais vit dans la victoire sur l’Armada un véritable jugement de Dieu, le triomphe du protestantisme incarné dans Élisabeth sur le catholicisme représenté par Philippe 11. Triomphant, le protestantisme anglican s’affirma de plus en plus combattif. A la fin de 1588, quelques conseillers de la reine tramèrent une sorte de Saint-Barthélemy contre les catholiques, projet que d’ailleurs Élisabeth repoussa. Mais, pendant les deux dernières années du pontificat de Sixte V, les perquisitions, les incarcérations et les exécutions de catholiques redoublèrent; ils payaient cher l'attaque espagnole contre l'Angleterre que le pape avait soutenue.

4. Les queslions orientales. — Un pape comme Sixte V ne pouvait rester indifférent à l'égard du péril musulman. Dès le commencement de son pontificat, il songeait à une croisade contre les Tures et n’y voyait d'abord qu'un obstacle : l’état critique des finances pontificales. Mais l’argent ne suflisait pas, il fallait aussi des armées. Le pape s’en ouvrit d’abord à Venise. Toutefois, tenant compte de la situation particulière de la Strénissime, plus exposée que personne aux attaques des Turcs, il ne voulut pas que Venise s’exposât seule et la première. Il pensa d’abord à une expédition contre Alger, mais dut y renoncer parce que Philippe I, sur lequel il comptait, se montrait peu disposé à suivre le pape dans ses plans. Or, à l'automne 1585, le roi de Pologne, Étienne Bâthory, conçut le plan hardi de s'emparer d’abord de la Russie, où le peuple, mécontent de son souverain, désirait s'unir au roi de Pologne et, ensuite, de conquérir Constantinople et ainsi de délivrer définitivement l’Europe du péril turc. Il envoya, vers la fin de mars 1586, son frère, le cardinal André, exposer au pape ses plans. Sixte V approuva les projets de Bâthory et lui promit son appui. Ce plan grandiose toutefois ne fut jamais réalisé; Bâthory mourut prématurément le 12 décembre 1586, pleuré

amèrement par le pape, qui l’exalta dans le consistoire du 7 janvier 1587. Sixte V revint donc à son projet de faire la guerre aux musulmans de l'Afrique du Nord, mais, ne pouvant gagner Philippe II à cette noble cause, il se vit obligé à renoncer à toute guerre contre les ennemis de la religion,

Après la mort d’Étienne Bâthory, la Pologne fut l'objet des soins de Sixte V, à cause des diflicultés qu'on rencontra dans l'élection du successeur de Βάthory, qui était mort sans enfants. Le pape institua une Congrégation spéciale, le 7 juin 1587, chargée de traiter les affaires de la Pologne. Tandis qu’au début le pape se contenta de recommander aux Polonais de se choisir un roi catholique, il manda à partir du 31 mars 1587, au nonce Annibal de Capoue, de travailler pour l'élection d’un archiduc autrichien, croyant pouvoir travailler ainsi plus efficacement à une guerre contre les Turcs, puisqu’un Habsbourg pouvait compter sur l’appui de l’empereur et de Philippe II. Le 19 août 1587, toutefois, dans la diète, réunie depuis le 30 juin, Stanislas Karnkowski, archevêque-primat de Gniezno, et Zamoiski proclamèrent roi de Pologne Sigismond, prince héritier de Suède. Les partisans de l’Autriche de leur côté élurent, le 22 août, l’archiduc Maximilien, de sorte que la Pologne eut deux rois. C'était aux armes à décider. Le 24 janvier 1588, Maximilien fut défait et fait prisonnier et, de la sorte, la couronne de la Pologne revint à Sigismond de Suède. Dès le 12 mars suivant, Sixte V reconnut Sigismond comme roi légitime. Le 23 mai 1588 ilnomma le cardinal Hippolyte Aldobrandini légat en Pologne pour travailler à la délivrance de Maximilien. Après de longs pourparlers on arriva enfin, le 7 décembre 1588, à un accord entre Sigismond de Suède, l’empereur Rodolphe 11 et son frère Maximilien.

3. Les États italiens. — Quant aux relations de Sixte V avec les États italiens, tout en insistant sur la nécessité de la concorde entre eux, il s’opposa à la conclusion d’alliances qui pouvaient être une occasion et une cause de guerre. Il recommanda avant tout les bons rapports avec le grand-duc de Toscane. Comblant de faveurs la république de Venise, Sixte V voulait s'unir étroitement à elle parce qu’elle était le seul état italien, avec l’État pontifical, qui eût conservé sa pleine indépendance, mais aussi, et surtout, parce qu'il voulait faire front contre le protestantisme et l'exclure le plus possible de l’Italie. De même qu’il avait appuyé dans le même but les ambitions du duc Charles-Emmanuel de Savoie dans sa conquête de Saluces et de Genève, où de nombreux protestants italiens avaient cherché un refuge, ainsi favorisa-t-il Venise, parce qu'il la considérait comme le bastion contre le luthéranisme.

3° Politique ecclésiastique. — 1. La réforme de L'Église. — La même sévérité dont Sixte V avait fait preuve contre les bandits des États pontificaux, il la montra comme chef suprême de l’Église. Un de ses premiers soins fut la réforme intérieure de l'Église, qu'il ne cessa de poursuivre jusqu’à sa mort, non seulement dans ses états et dans l'Italie, mais aussi dans les autres pays. Pour éliminer les abus qui s'étaient de nouveau introduits à Rome pendant le règne de Grégoire XIII, Sixte chargea, le 23 juillet 1585, deux évêques, Philippe Sega de Plaisance et Jules Ottinelli de Castro, de la visite de toutes les églises et des collèges de Rome, où ils devraient sévir contre tous les abus qu'ils rencontreraient. Il procéda avec une telle vigueur que, dans le consistoire du 16 novembre 1587, il pouvait aflirmer que le clergé de Rome était entièrement réformé de haut en bas. Il sévit avec une grande sévérité contre les simoniaques et contre le cumul des bénéfices. Il insista sur la stricte application du décret du concile de Trente sur la résidence

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des évêques, des curés et aussi des cardinaux. Pour promouvoir plus efficacement la réforme dans l’Église universelle, Sixte V, par la bulle du 20 décembre 1585, rétablit la visite obligatoire ad limina de tous les évêques, tombée en désuétude après le Grand Schisme, et imposa aux évêques de lui faire à cette occasion un rapport détaillé de la façon dont ils s’acquittaient de leurs obligations pastorales et de ce qui regardait l’état de leurs Églises. Il détermina aussi le temps auquel devait se faire cette visite, qui varia d’après la distance plus ou moins grande de Rome. Les effets salutaires de cette mesure ne se firent pas attendre, surtout dans les pays où les protestants étaient nombreux. On ne peut nier que ce fut là un des facteurs qui contribuèrent le plus efficacement à la réforme intégrale de l’Église. Le papes’attacha aussi avec succès à la réforme du clergé régulier, sévissant avec vigueur et fermeté contre le vagabondage des religieux et contre les infractions à la clôture.

2. Attitude à l'égard des ordres religieux. — Sixte V approuva les feuillants, dérivés de l’ordre cistercien, les ermites augustiniens de Centorbia, les hospitaliers de Saint-Hippolyte, les clercs réguliers minimes, les frères de la Bonne mort, fondés par saint Camille de Lellis, qu'il autorisa à émettre les quatre mêmes vœux que les frères de Saint-Jean de Dieu. Sa prédilection allait toutefois à l’ordre franciscain auquel il appartenait, principalement à la branche des conventuels, dont il promut de nombreux membres à la dignité épiscopale (cf. D. Sparacio, op. cil., p. 99-102) et Constance Torri de Sarnano à la pourpre (20 avril 1587). Sous Sixte V, au chapitre général de 1587, le supérieur général prit de nouveau officiellement le titre de « ministre » au lieu de « maître », comme il était désigné depuis la séparation entre observants οἱ conventuels (1517). Le pape décréta, en 1587, que la charge du ministre général des branches de l’ordre franciscain ne s’étendrait pas au delà de six ans et celle du provincial pas au delà de trois ans. Il institua dans la basilique de Saint-François à Assise l’archiconfrérie des chordigères (19 novembre 1585) et porta la fête de saint Antoine de Padoue au rite double pour l'Église universelle. En 1588, il éleva au rang des saints Diego d’Alcala des mineurs observants. Par la bulle du 14 mars 1588, il proclama saint Bonaventure docteur de l’Égliseet porta ainsi le nombre des docteurs à six. Il recommanda dans la même bulle l’étude de la doctrine du Docteur séraphique. Il avait d’ailleurs déjà fondé, dans ce but, en 1587, le collège de Saint-Bonaventure, à côté du couvent des Douze- Apôtres à Rome, pour les conventuels. On ne pouvait y recevoir que des jeunes gens d'élite qui devaient se consacrer à l’étude des œuvres de saint Bonaventure. Bien que, par le bref du 3 septembre 1586, il eût concédé, sur la demande de François Gonzaga, général des observants, l’occupation des couvents, même de ceux qui avaient été pris aux conventuels et qu'ils possédaient à cette époque, Sixte V cependant, par la bulle du 30 août 1587, reprit aux observants le couvent de Corinalto, dans la Marche d’Ancône, pour le restituer aux conventuels. Les préférences de Sixte V allaient toutefois à la congrégation des conventuels réformés, qui vivaient d’après les décrétales αὶ et Exivi et se rapprochaient des capucins pour leur habit, Il les prit sous sa protection contre les nombreuses attaques dont ils étaient l’objet et leur donna, en 1589, les couvents des mineurs déchaussés fondés en Italie par Jean-Baptiste de Pesaro. Aussi, sous Sixte V, cette congrégation prit-elle une grande extension surtout en Italie, mais les tentatives faites pour réunir les observants et les capucins et les autres branches réformées de l’ordre n’aboutirent pas. Le pape fut aussi très lié à l’ordre des capucins, non seulement à cause

des nombreux saints religieux qui illustraient l’ordre, comme Jérôme de Narni, Félix de Cantalice et Joseph de Léonisse, mais aussi parce que leurs théologiens suivaient pour ainsi dire exclusivement la doctrine de saint Bonaventure. Accueillant favorablement les instances du supérieur du tiers-ordre régulier, il détacha, en 1586, ce dernier presque complètement de la juridiction des observants, à laquelle Pie V les avait assujettis en 1568 et leur accorda une ample autonomie.

Il fut aussi favorable aux dominicains, élevant en 1586 Louis Bertrand au rang des saints, donnant la pourpre à Jérôme Bernieri; il leur restitua aussi le couvent et l’église de Sainte-Sabine. Favorable aux jésuites au début de son pontificat, principalement dans un procès de l’Inquisition espagnole contre quatre jésuites et dans les visites projetées des provinces espagnoles des jésuites par Jérôme Manrique, évêque de Carthagène, Sixte V, sous l’influence des troubles suscités en Espagne par l’élément réformateur de l’ordre, ordonna, le 10 novembre 1588, à l’Inquisition romaine de désigner deux théologiens, qui, avec un jésuite, examineraient les constitutions de l’ordre et en corrigeraient les défauts. La sentence de cette commission fut en général favorable aux jésuites. Sixte V, cependant, auquel ne plaisait pas la dénomination de « Compagnie de Jésus », résolut de supprimer ce nom et ordonna, en 1590, au général Aquaviva de promulguer lui-même le décret ordonnant ce changement. Comme le pape sous cette condition renonçait à toute autre réforme de l’ordre, le général se soumit, rédigea le décret mentionné et le présenta au pape. Pour pouvoir l’examiner avec plus d’attention, Sixte V fit déposer ce décret sur sa table de travail; il s’y trouvait encore quand le pape mourut subitement; de la sorte, ce décret ne fut jamais exécuté.

Sixte V fut aussi un grand promoteur des missions, principalement au Japon et en Chine. En 1588, il érigea un évêché au Japon, avec résidence à Funai, capitale du Bungo, dont le premier évêque fut Sébastien Moralez, 5. J. Cette mission fut confiée aux jésuites qui réussirent aussi, en 1586, à pénétrer dans la Chine, jusque là rigoureusement fermée aux étrangers. Les franciscains déployèrent une activité merveilleuse aux Philippines, et le pape éleva leur custodie en province. Les dominicains y fondèrent, en 1586, la province du Saint-Rosaire, qui joua un rôle important dans l’histoire des missions. Les franciscains s’introduisirent aussi en Chine, avec l’appui du pape, et firent de sensibles progrès aux Indes, au Mexique et au Brésil. Sixte V poursuivit avec énergie les tentatives commencées par Grégoire XIII pour opérer l'union de l'Église orientale avec Rome, ainsi que celle des coptes d'Égypte, des ruthènes de Pologne, des grecs schismatiques de Constantinople, où, en 1586, les capucins remplacèrent les jésuites, qui avaient tous succombé à la peste.

3. Les questions doctrinales. — Sixte V veilla avec grand soin à la pureté de la doctrine catholique. D’âpres controverses avaient commencé entre jésuites et dominicains au sujet de la conciliation de la grâce et de la liberté; Baïus, professeur à l’université de Louvain, cherchait à prendre sa revanche en dénonçant plusieurs propositions énoncées par le jésuite Lessius. La faculté de Louvain en condamna, le 12 septembre 1587, trente-quatre de « saveur moliniste », dont la principale était que, d'après Lessius, c’est la volonté humaine qui rend toute grâce efficace par son libre acquiescement. La querelle fit grand bruit dans le pays et tout le monde y prit part. Bellarmin et Lessius lui-même s’efforcèrent de réfuter les accusations de la faculté de Louvain. Les universités étaient divisées. Tandis que celle de Douai prenait le parti de

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Louvain, Paris ne se prononçait paset celles de Trèves, Mayence et Ingolstadt se mettaient du côté des jésuites. Après une année de débats, le nonce Octave Mirto Frangipani mit Rome au courant des controverses et y envoya en même temps les propositions condamnées. Sixte V, craignant que cette controverse n’eût de fâcheux effets pour l’Église, écrivit au nonce de se rendre à Louvain et d'imposer lesilence aux deux partis. En vain Frangipani s’efforça-t-il d'arriver à un compromis entre l’université de Louvain οἱ les jésuites. Pour en finir, il promulgua, le 10 juillet 1588, un décret où il défendait aux deux partis, sous peine d’excommunication, de se censurer mutuellement. C'était désapprouver la censure portée par la faculté de Louvain contre Lessius. Mais, en 1587, le dominicain Dominique Bañez publiait son commentaire sur la Somme de saint Thomas, dans lequel il introduisait une terminologie nouvelle dont plusieurs s’émurent, parlant de prémotion et de prédélermination physique. De son côté, Molina écrivait son fameux ouvrage Concordia liberi arbitrii cum gratiæ donis, qui, malgré les eflorts de Bañez, parut en 1589 et ne fit qu’accentuer la profonde discorde entre jésuites et dominicains. Aussi ces deux écrits déchaînèrent-ils sur l'Espagne une tempête de débats et de controverses.

Sixte V soutint de toute son autorité l’Inquisition romaine. Il érigea de nouveaux tribunaux, rétablit, en 1586, la fête de l’inquisiteur dominicain saint Pierre Martyr, tué pendant l'exercice de sa charge, confirma en octobre 1585 la peine de mort, portée par Paul IV, contre ceux qui célébreraient la messe sans être prêtres et décréta, le 13 août 1587, que ceux qui seraient condamnés par les évêques ou les inquisiteurs n’en pourraient appeler qu'au Saint-Siège. Bien qu’il ait déployé une sévérité extraordinaire contre les brigands, il n'y eut toutefois pendant son pontificat que cinq condamnations à mort de la part de l’Inquisition. Il confia à l’Inquisition les délits de magie et d’astrologie, contre lesquelles il ordonna de procéder avec sévérité. En 1587, il chargea la Congrégation de l’Index de la rédaction d’un nouvel /Zndex des livres défendus et demanda à cet effet le concours des universités de Paris, Louvain, Salamanque, Alcala et Coïmbre. Bien que la bulle d'introduction à ce nouvel /ndex porte la date du 9 mars 1590, ce dernier ne fut cependant pas publié pendant sa vie.

4. La Vulgate. — Sixte V est célèbre par son édition de la Bible, qui toutefois eut un sort malheureux. Le concile de Trente avait déclaré authentique l’ancienne traduction latine du texte original hébreu et grec, à savoir la Vulgate, en insistant pour que l’on en fît une édition aussi correcte que possible. Les premiers travaux de revision et de correction de la Bible furent vite interrompus et des particuliers entreprirent de corriger le texte de la Vulgate. Ainsi, dès 1547, le dominicain Jean Henten publia à l’université de Louvain sa Biblia latina ad vetustissima exemplaria recens casligala, qui, après sa mort (1566), fut encore perfectionnée sous la direction de Luc de Bruges. Cette Bible eut de nombreuses éditions et fut adoptée partout dans la chrétienté. Le concile de Trente fut clos en 1563, avant que la correction officielle de la Vulgate fût terminée, saint Pie V confirma la commission instituée par son prédécesseur pour la correction de la Vulgate et augmenta le nombre de ses membres. Ils reprirent tout ce qui avait été fait jusque là, afin de profiter des leçons des manuscrits anciens apportés récemment à Rome. Le travail avança toutefois avec la plus grande lenteur et il fallut continuer à se contenter de l'édition de Plantin d'Anvers. Sous Grégoire XIII, le cardinal Félix Peretti ayant remarqué, alors qu’il préparait l'édition des œuvres de saint Ambroise, que ce docteur faisait les citations de l'Ancien Testa-

ment non d’après la Vulgate, mais d’après la version grecque des Septante, obtint l'institution d’une commission pour l'édition des Septante, dont les bénédictins du Mont-Cassin firent partie. En huit ans, en 1586, les travaux furent terminés et, en 1587, parut l'édition des Septante et, en 1588, une version latine.

A côté de cette Sixtine du texte grec des Septante, Sixte V caressa aussi le projet d'une Vulgate sixtine. Dès la seconde année de son pontificat (1586), il fit reprendre activement la correction de la Vulgate et voulut que l’entreprise fût menée avec rapidité. Il confia les travaux préparatoires à une commission, sous la présidence du cardinal Antoine Carafa et se réserva à lui-même le droit de trancher d'autorité les questions de critique textuelle en vertu d’un privilège spécial concédé par Dieu au Saint-Siège. La commission, dans le contrôle du texte des manuscrits de l'Ancien Testament, reprit en général les conclusions de Guillaume Sirlet, versé plus que personne dans les langues classiques et l’hébreu. Avec lui on adopta généralement la lecture du manuscrit du Mont Amiata. A la suite d’une violente discussion avec le cardinal Carafa, le 16 novembre 1588, Sixte V se fit remettre le lendemain les travaux de la commission, décidé à conduire l’œuvre à son terme d’une manière digne de lui. Aussi la correction du texte avança-t-elle rapidement, de sorte qu’en juin 1589 il était déjà arrivé au dernier livre du Nouveau Testament, l’Apocalypse. L’intervention de Sixte V fut toutefois néfaste, car il appliqua, dans l'établissement du texte de la Bible, les mêmes principes de critique textuelle qu’il avait adoptés dans son édition des œuvres de saint Ambroise. Ne faisant aucune attention au travail de la commission, qui s'était référée aux plus anciens manuscrits, il rétablit le plus souvent les leçons de la Bible éditée à Anvers en 1583, que la commission avait retranchées ou corrigées. Il ajouta de nouveaux textes, qui de notes marginales qu’ils étaient d’abord, s'étaient introduits dans le texte et que la commission avait retranchés; fait plus grave, il omit des textes qui appartenaient certainement au texte authentique de la Bible. Il consultait dans les doutes d’autres savants, entre autres le jésuite Ange Tolet, mais reprenait ensuite sa liberté pour faire ce que bon lui semblait.

Avant la fin de la revision, le texte fut livré pour l'impression à la typographie vaticane, fondée par Sixte V en 1587. Le travail avança si rapidement que, dès le 2 mai 1590, la Bible entière était imprimée : Biblia sacra Vulgatæ editionis ad concilii Tridentini præscriptum emendata a Sixto V P. M. recognila et approbala, in-fol. en trois parties de 1140 p., à deux colonnes. Le texte est imprimé en gros caractères, sans séparation des versets, dont les chiffres sont indiqués dans la marge. Le texte est précédé de la bulle Æternus ille, d’après laquelle cette édition de la Vulgate devenait l’unique version latine autorisée. L’impression morale produite par cette édition fut toutefois déplorable et des critiques s’élevèrent de partout. Le cardinal Carafa, qui protesta énergiquement, fut menacé de l’Inquisition. Le cardinal Ascanio Colonna, au nom de l’Inquisition, fit à son tour de graves observations et les savants romains ne cachèrent pas leur opinion au sujet de la défectuosité de cette édition. Etant donnée cette opposition générale, Sixte V, bien que fougueux et impulsif, ne pouvait s’entêter devant l’évidence. Il renonça à promulguer la bulle qui déclarait cette Bible la seule authentique et en imposait l'usage à l'exclusion de toute autre. Il songea même à corriger cette Bible et à en publier une seconde édition entièrement revue. La mort interrompit ce travail. Quelques jours après son décès, les cardinaux firent suspendre la vente de cette Bible et bientôt on alla même jusqu’à

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en rechercher, racheter et supprimer tous les exemplaires, qui pour cette raison sont très rares. Clément VIII, le successeur de Sixte V, reprit le travail. Cette nouvelle Bible parut en 1592. Clément VIII ne figure pas dans le titre et tout l'honneur est laissé à Sixte- Quint Pour le détail, voir l’art. VULGATE.

Poursuivant l’œuvre de Grégoire XIII pour la correction du martyrologe romain, Sixte V en chargea Baronius, qui lui dédia cet ouvrage. Il projeta aussi une nouvelle édition des Décrélales et la confia, en 1587, à une commission présidée par le cardinal Dominique Pinelli. Π n’en vit cependant pas la fin. Il trouva néanmoins une compensation dans la collection des constitutions pontificales depuis Léon Ier jusqu’à Sixte V, recueillies par l’avocat romain Laërce Cherubini sous le titre de Bullarium, édité à Rome, en 1586. 5. L'administration de l'Église. — Par la célèbre bulle Postquam verus du 3 décembre 1586, Sixte V donna au collège des cardinaux sa forme définitive, établissant les conditions requises pour leur nomination et portant leur nombre à soixante-dix, dont six évêques, cinquante prêtres et quatorze diacres. Dans une constitution du 13 avril, il régla la forme extérieure du Sacré-Collège en déterminant les églises qui devaient être assignées aux cardinaux comme titres. A Sixte V revient le mérite éminent d’avoir réorganisé l'administration de l’Église. Jusque là il n’y avait que quatre Congrégations permanentes : celle du Concile, celle des Évêques, l’Index et l’Inquisition. Le 17 mai 1586, il institua la Congrégation des Réguliers et, comprenant le grand avantage qu’il y aurait pour l'expédition des affaires si elles étaient confiées à des Congrégations cardinalices, Sixte V, par une bulle du 22 janvier 1588, partagea la besogne entre quinze Congrégations, dont six étaient chargées de l’administration de l’État pontifical et les autres des affaires spirituelles ; la décision d’une Congrégation, pour être valide, devait réunir l’approbation d’au moins trois cardinaux. Quant aux affaires confiées aux principales Congrégations, Ch. Poulet, op. cit., t. 111, p. 920- 921, résume comme suit l’ample exposé qu’en donne L. von Pastor, op. cil., p. 182-190 : « En premier lieu vient l’Inquisition romaine pour la défense de la foi, qui devait juger l’hérésie, le schisme et l’apostasie. Adjoint à l’Inquisition, l’Index, chargé de condamner les livres erronés ou immoraux. Ensuite la Congrégation pour la mise en vigueur et l’interprétation des décrets tridentins : elle veillerait à ce que soient tenus tous les ans les synodes diocésains, tous les trois ans les synodes provinciaux, dont elle contrôlerait les décisions. En outre elle donnerait audience aux évêques qui venaient à Rome rendre compte de leur administration, les interrogerait sur l’état moral de leur diocèse et veillerait à la résidence. D’une façon générale elle prendrait l'initiative de tout ce qui pourrait rénover la piété. A la Congrégation pour les affaires des évêques, Sixte V donnait des pouvoirs étendus : à elle de répondre aux questions multiples concernant les droits et privilèges, l’immunité, l’exemption, les rapports des prélats avec leurs chapitres, avec les corporations et les propriétaires séculiers. La Congrégation des Réguliers réglerait tout ce qui regarde les religieux : passage d’un ordre à un autre, apostasie, réformes, etc. Parmi les quatre nouvelles Congrégations érigées par la bulle du 22 janvier 1588, la plus importante est la Consistoriale. A elle revient l’enquête préalable sur les nouveaux évêques et sur le transfert des anciens. La Congrégation de la Signature de grâce devait examiner toutes les demandes de faveur, ne ressortissant pas à la justice ordinaire. Celle des Rites et cérémonies veillerait à ce que les anciennes coutumes fussent partout gardées en ce qui regarde le service divin. Aussi corrigerait-elle au besoin les livres liturgiques,

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entre autres le pontifical, le rituel et le cérémonial. | Vatican était en construction. Une des plus grandes

Elle s’occuperait en outre de la canonisation des saints. La quatrième des nouvelles Congrégations reçut la surveillance de la typographie vaticane, fondée par Sixte V : elle veillerait à une publication correcte des ouvrages religieux tels que la Bible, les décrétales, la patrologie et à l’exploration des manuscrits qui se trouvaient dans les bibliothèques romaines, entre autres à la Vaticane. Le centre de gravité du gouvernement de l’Église reposa désormais dans ces Congrégations, auxquelles passèrent la plus grande partie des affaires jusque là expédiées en consistoire. Un des plus grands avantages de ces Congrégations fut de libérer les cardinaux de la tutelle des familles régnantes et des gouvernements : avec la division du travail, ils obtinrent une plus grande liberté et purent échapper plus souvent aux sollicitations importunes. En général, toutes les affaires furent traitées avec plus de connaissance, plus de réflexion, plus de rapidité et dans un plus grand secret. L'ensemble de cette grande réforme, conservée quant à la substance jusqu’à nos jours, nous atteste la sûreté de regard et les dons géniaux d'administrateur que possédait Sixte V. »

6. Protection des lettres et arts. — Sixte V ne se montra pas seulement un diplomate de grande envergure, un administrateur génial, il fut aussi le protecteur libéral et le promoteur assidu des sciences, lettres et arts. Les savants de tout genre, les historiens et les poètes qui lui dédièrent leurs ouvrages ne se comptent pas. Il se montra très généreux envers l’université de Rome, dont en 1586 il rénova le corps professoral, en augmentant les honoraires. Dans la grande réforme administrative de 1588 il transforma la commission en une Congrégation des Études. Il fonda les universités de Fermo, Graz et Quito, ainsi que le collège Montalto à Bologne et celui de Saint-Bonaventure à Rome. Il construisit la bibliothèque Vaticane dans la cour du Belvédère et érigea la typographie vaticane, qu’il confia à une Congrégation spéciale. Il fit restaurer l’aqueduc de l’Acqua Alessandrina, construit par l’empereur Alexandre Sévère et l’appela de son nom de Félix, Acqua Felice. Commencés en 1585, les travaux furent terminés en 1589 et, à la fête de la Nativité de la Vierge, l’eau jaillit à Rome de toutes les fontaines construites par les soins de Sixte V, parmi lesquelles une des plus célèbres est de celle de Moïse, près de Sainte-Susanne. Il fit tracer de nouvelles grandes artères qui reliaient les principales basiliques et les endroits les plus peuplés de Rome, ainsi que la ville basse du Tibre avec les hauteurs du Viminal, de l’Esquilin et du Quirinal. La basilique de Sainte-Marie- Majeure constituait le point central d’où les nouvelles avenues partaient et où elles aboutissaient. Voulant christianiser les monuments païens, il fit placer la statue de saint Pierre sur la colonne Trajane et celle de saint Paul sur la colonne de Marc-Aurèle. Il fit ériger plusieurs obélisques, surmontés de la croix, sur la place de Saint-Pierre, de Sainte-Croix de Jérusalem, du Latran, de Sainte-Marie-Majeure, sur la Piazza del Popolo. I fit bâtir la façade méridionale de la basilique de Latran, où se trouve la loggia de Sixte V. Il reconstruisit le palais du Latran et fit transporter la Scala Santa dans les bâtiments adjacents. Il restaura et embellit de nombreuses églises. Il construisit un nouvel escalier monumental qui conduit du Vatican à Saint- Pierre et fit de nombreuses restaurations dans le palais vatican. Il fit ériger du côté est de la cour Saint-Damase, en face de l’ancien palais du Vatican, une nouvelle construction, qui devait servir de résidence aux papes, qui y habitent encore de nos jours. Il acheta en 1587 le palais du Quirinal et le fit arranger, agrandir et embellir pour en faire une autre résidence, où, de fait, il venait habiter pendant que le palais du

gloires, enfin, de Sixte V est d’avoir achevé la coupole de Saint-Pierre qui constitue une des merveilles du monde.

Pendant tout son pontificat, Sixte V avait joui d’une bonne santé, malgré le peu de soin qu’il prenait de son corps et l’immense travail qu'il exigeait de lui sans trève ni repos. Après cinq ans de règne toutefois, sa constitution, bien que robuste, commença à fléchir, sous l'influence probablement des inquiétudes que lui donnaient les guerres de religion en France et les graves difficultés qu’il rencontrait dans cette affaire de la part du roi d'Espagne, Philippe II. Il ressentit vers la fin d’avril 1590 les premiers accès de la fièvre qui devait le conduire à la mort. Le 27 août, il sentit que sa fin approchait. Il se confessa et reçut l’extrêmeonction. Il ne put cependant recevoir la communion à cause d’un violent catarrhe dont il souffrait. Il mourut dans la soirée.

Sa mort fut pour ses ennemis le signal d’une explosion de leur haine féroce à l’égard de ce grand pontife. Tandis que la plèbe tentait de détruire la statue que le sénat avait fait ériger à Sixte V dans le Palais des Conservateurs, les représentants de Philippe 11, Olivarès et Sessa, accablaient le pape des calomnies les plus infâmes auprès de leur souverain et allaient jusqu’à affirmer que Sixte V était mort sans sacrements. Le corps du pape défunt fut transporté la nuit après son décès du Quirinal à Saint-Pierre, où il fut enterré provisoirement. Le 26 août 1591, son arrière-neveu, le cardinal Montalto le fit porter solennellement à la basilique de Sainte-Marie-Majeure, où il fut déposé dans le tombeau monumental qu’il s'était fait ériger dans la chapelle de la crèche, en face de celui qu'il avait fait construire pour son bienfaiteur et ami, saint Pie V.

Ce fut un grand pape. Peu après sa mort de nombreuses légendes circulèrent à son sujet à Rome, où d’ailleurs de nos jours il continue à vivre dans un grand nombre d’anecdotes qui célèbrent l’extirpation des bandits, la réorganisation des finances, la réforme de l'administration ecclésiastique et l’embellissement monumental de Rome. Mais plus on découvrit dans la suite de documents diplomatiques, plus aussi apparurent dans leur pleine lumière la rare lucidité d’intelligence, la vaste et profonde connaissance, la grandeur d'esprit, l’énergie de volonté et l’intrépidité extraordinaire qui caractérisent ce grand pontife. L'idéal poursuivi par Sixte V et le principe fondamental de sa politique furent de prendre, comme père commun de toute la chrétienté, la position la plus impartiale à l'égard de toutes les puissances et de poursuivre avant toute autre chose le bien de l’Église et l'honneur du Saint-Siège. Libre ainsi de toute influence politique, il put travailler plus eflicacement à sauver et à accroître la foi, qu'il avait prêchée comme franciscain et défendue comme inquisiteur.

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lecta juris pontificii, XIe série, Rome, 1872, p. 841-874; |

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