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suivis de plusieurs qu’on appelle les réappelants; un arrêt du Conseil veut le supprimer. Clément XI étant mort le 19 mars 1721, les appelants écrivent à Innocent XIII pour le supplier de donner la paix à l’Église; ils protestent contre l’arrêt du Conseil et contre une instruction pastorale du cardinal de Bissy qui abandonnait les prétendues libertés gallicanes. En 1723, se tint à Embrun l’assemblée provisoire qui devait nommer les députés à l’assemblée générale du clergé; Soanen empêché envoya des mandataires qui furent exclus, sous prétexte que leurs procurations contenaient des clauses insolites.
40 Concile d'Embrun. — C'était le commencement de ses déboires qui devaient aller jusqu’à la suppression de ses pouvoirs. Ame d’un appel qui eut les conséquences les plus fâcheuses pour l’Église de France, il ne céda jamais; il traita Innocent XIII comme il avait traité Clément XI :«Le Saint-Père s’est laissé mesurer et affaiblir par la cabale des RR. PP. qui est aussi forte à Rome qu’à Paris. » Lettre cx11, à M. de Montpellier, 22 juillet 1725, p. 135.
La lettre qu’il écrivit à M. de Fleury, jadis évêque de Fréjus, récemment nommé premier ministre et cardinal, était plutôt une satire qu’une félicitation: «Votre élévation... ne vous ayant pas fait monter d’un degré dans la confiance du roi, ni dans la vénération du public ne m’a pas paru un nouveau motif pour vous faire mes compliments. Je vous ai plaint aux pieds de Jésus-Christ sur cet accroissement de tentations qui vous forceront peut-être de faire quelquefois par politique ce que vous blâmerez par religion... Cet heureux concours des deux plus augustes puissances de la terre à vous revêtir de toute leur gloire, me donne un juste sujet de présumer que vous employerez ce double pouvoir à soulager un royaume qui est dans le comble de la misère et à pacifier l’Église de France qui est agitée depuis un siècle. » Lettre cxx, 12 novembre 1726, p. 146. Le cardinal fut choqué de cette liberté; l'expression : « vous dire, après saint Grégoire de Nazianze, deux mots à l’oreille devant un grand juge»lui déplut. Soanen publie le 28 août 1726 une Instruction pastorale de Mgr l’évêque de Senez dans laquelle, à l’occasion des bruits qui se sont répandus de sa mort, il rend son clergé et son peuple dépositaire de ses derniers sentiments sur les contestations qui agitent l Église. Il donne les motifs pour lesquels il se croit obligé de parler : la morale de l'Évangile altérée et corrompue, l’unité de l'Église en péril, les règles de la hiérarchie méprisées, les vérités les plus essentielles de la religion ouvertement attaquées, la mort qui doit trouver un évêque les armes à la main : « Nous allons... vous exposer en peu de mots toute la suite de notre conduite par rapport à la Constitution; et nous expliquer nettement et sans ambiguïté sur quelques incidents survenus depuis; en particulier sur la signature du Formulaire, par rapport à laquelle nous ne vous avons pas encore assez fait connaître nos sentiments et nos peines; et sur les x11 articles de doctrine, dont la condamnation seule ne nous permettrait pas de garder le silence. » P. 12. C'était déjà beaucoup; un autre Mandement et instruction pastorale... au sujet du jubilé de l’année sainte, signés du 4 juin 1727, deux mois et demi avant le concile, proteste contre le refus d’accorder le jubilé aux appelants : « Nous vous avertissons avec une charité paternelle des scandales que vous pouvez rencontrer dans la voie du salut, afin que votre foi et votre piété n’en soient point ébranlées. » Ensuite, il s'exprime très bien sur les indulgences : « L’une des vues que les souverains pontifes se proposent lorsqu'ils accordent des jubilés universels, c’est d'engager tous les fidèles de la terre à s’unir ensemble dans la prière pour demander à Dieu les mêmes grâces. » P. 16. Mais il ajoute avec dépit : « Nous regardons toujours comme nos frères
ceux qui nous traitent en étrangers et en ennemis. » P. 21. Enfin, L’instruction pastorale de Mgr l’évêque de Senez sur l'autorité infaillible de l Église et sur les caractères de ses jugements dogmatiques où, par l'analyse de la foi et par les principes de la constitution de l’Église, on répond soit aux objections des prélendus réformés, soit aux difjicultés des défenseurs de la bulle Unigenitus, Amsterdam, 1728, composée, dit-on, par l’abbé Cadry et signée par l’évêque à Castellane, le 1er août 1727, en partant pour le concile, a pu faire l’effet d’un véritable défi.
Elle compte 562 pages in-8° et commence ainsi : « Jamais l’Église ne se trouve dans une plus triste situation que, lorsque, attaquée d’un côté par des guerres étrangères et agitée de l’autre par des guerres intestines, elle ἃ à se défendre tout à la fois et contre les entreprises de ses enfants et contre les efforts de ses ennemis. C’est l’état où nous sommes depuis la constitution Unigenitus. » Il légitime devant ses fidèles la conduite tenue par lui dans cette affaire : « C’est par soumission pour l’Église qu’on refuse de se soumettre à la bulle. » P. 105. Ses défenseurs zélés admettent de nouveaux dogmes; pour qu’il y ait une décision et un jugement de l’Église, surtout pour qu’il y ait un dogme, il faut qu’il soit accepté par le consentement universel, c’est au concile qu’il appartient de réaliser cette universalité. Les textes des Pères, détournés de leur vrai sens, sont apportés en preuveet Soanen conclut :« Attentifs à ne point perdre de vue les premiers principes de la foi, vous n’aurez garde de placer au rang de ses décisions solennelles ce nouveau décret, dont la doctrine est contredite par ceux-mêmes qui le souscrivent…. Loin d'appréhender, en refusant d’accepter la bulle, de vous opposer à l’autorité, vous craindrez à plus juste titre de vous en écarter en l’acceptant, puisqu’en résistant à ce décret on ne résiste point à une décision de l’Église, au lieu qu’en s’y conformant, on contredit la tradition. » P. 547-548. Il ne craint point de braver « la foudre préparée pour écraser quiconque oserait lever la tête ». P. 551.
Le concile se réunit à Embrun, métropole de Senez, le 16 août 1727, sous la présidence de l’archevêque, M. de Tencin; Soanen était arrivé le 11; par un acte passé devant notaire, il déclare le concile incompétent. Les députés confirment d’abord la constitution Unigenitus et posent ensuite les conditions à remplir pour approcher aux ordres, etc. Mais la grande affaire est celle de l’évêque de Senez : il commence par refuser le serment d'adhésion à la Constitution; on dénie alors à ses théologiens le droit de parler; le 17 août, il fait siennes les affirmations de son instruction pastorale qu’il reconnaît n’avoir pas écrite lui-même. On invite les évêques des provinces voisines. Le 20, des démonstrations lui sont faites qui demeurent inutiles; le 23, il écrit au roi pour demander la liberté de défendre sa cause; le 27, il proteste par une lettre aux évêques contre l'impossibilité où il est mis de faire valoir ses droits : le concile, malgré cela, se reconnaît compétent pour le juger. Après trois sessions de plusieurs congrégations privées ou publiques, après trois citations à comparaître, après trois monitions, la sentence est rendue le 20 septembre : 1. Son Instruction pastorale du 28 août 1726 est condamnée, comme contraire aux lois de l’Église et de l’État, pernicieuse, tendante à fomenter des erreurs déjà condamnées ; 2. L’écrit en forme de lettre daté du 15 juin 1727, lu par lui-même en plein concile et déposé sur le bureau, est regardé comme téméraire, scandaleux, pernicieux, injurieux au Saint-Siège et au clergé de France; 3. Il est défendu aux fidèles du diocèse de Senez et de la province ecclésiastique d’enseigner la mauvaise doctrine contenue dans l’{nstruction pastorale et les autres écrits qui la favorisent, d'imprimer, de vendre, de lire et retenir chez soi les livres qui la renferment, sous peine d’ex-
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communication ; 4. M. de Senez est interdit et suspens de toute juridiction et des fonctions épiscopales et sacerdotales dans son diocèse et partout ailleurs jusqu'à ce que, par une rétractation authentique, il vienne à résipiscence; 5. Le concile nomme à Senez un grand vicaire, un official, un promoteur et tous officiers nécessaires pour le gouvernement du diocèse, autres que ceux qui ont été établis par l’évêque déposé; 6. Il sera pris sur les revenus de l’évêché de Senez un tiers pour fournir aux frais de l’administration du diocèse; 7. Le grand-vicaire fera bifier des registres de l’officialité l'instruction pastorale et obligera les membres du clergé, qui ne l’ont pas fait, à signer purement et simplement le Formulaire.
Soanen ἃ prétendu qu’il n’avait pas eu la liberté de se défendre. M. de La Mothe, grand vicaire d’Arles, plus tard évêque d'Amiens, qui a assisté trois semaines au concile, aflirme « qu'il ἃ joui, lui et tout ce qui lui appartenait, de la même liberté qui était accordée au reste du concile »; il recevait et écrivait toutes les lettres qu’il voulait. Il fut condamné après une étude approfondie et une enquête très sérieusement menée : « Quinze juges assistés de plus de vingt docteurs n’ont eu qu'un même sentiment sur cette affaire... Dire... qu'ayant appelé au concile universel avant la tenue du provincial, il ne pouvait plus être jugé par celui-ci, c’est une évasion aussi frivole qu’elle va jusqu’au ridicule.. On ne peut, ce semble, porter de lui que cette alternative de jugement peu favorable à un évêque qu’il ἃ manqué ou de fermeté ou de lumières ou de sincérité. » Réponse du 10 octobre 1727, aux questions posées par un ecclésiastique.
Les membres du concile se séparèrent le 28 septembre après avoir écrit au pape Benoît XIII qui répondit de sa propre main le 25 octobre. Les actes du concile d’Embrun et un grand nombre de pièces le concernant ont été réunis en deux gros volumes in-4°; en voir le détail à la bibliographie.
5° Réclusion à La Chaise-Dieu. — 11 fut ordonné à Soanen de rester à Embrun pour attendre les ordres de la cour; un arrêt du roi qui l’envoie à La Chaise- Dieu lui est signifié le 2 octobre : « Je ne pouvais guère espérer une plus douce destinée ». Lettre cLxIX, 2 octobre 1727. Il part le 13, écrit de Grenoble à l'archevêque d’Embrun, rend visite à l’archevèque de Lyon qui l’invite à dîner et arrive le 21 « où Dieu me destinait par la main des hommes mal intentionnés et où il m'appelait par miséricorde pour m'inviter à la pénitence. » Lettre CLXXIV, p. 198. Autant que son âge le lui permet, il suit les exercices de la communauté : « L’intention du roi est que le prieur empêche absolument que je ne dise la messe. Ce coup est plus rude que les précédents. » Lettre CLXXvVII, 4 novembre, p. 201. Le 23, il écrit : « Jamais je n’ai demandé pardon à M. d'Embrun. Mais je lui ai bien dit que je lui pardonnais chrétiennement l'injure affreuse qu’il m'a faite. » Ῥ 205. Toutefois, il se plaint à l’évêque de Bayeux de l'injustice qu'il a subie : « Non seulement on ne m'a rendu aucune justice, mais on a même arrêté le parlement de Rouen qui était prêt à me la rendre. » 6 décembre. Il revient aussi sur ces iniquités en remerciant M. Du Perray, doyen des avocats du parlement de Paris, 23 novembre, et les autres avocats, 5 janvier 1728 : « On verra avec étonnement toutes les injustices de la procédure d’Embrun. » Douze évêques écrivent au roi en sa faveur, mais le cardinal de Fleury fait renvoyer la lettre; Soanen répond à l’un d'eux : « J'ai été moins touché des injustices qui ont été commises contre ma personne par les prélats d'Embrun que des outrages dont ils ont flétri l’épiscopat. » 27 mars 1728, p. 247. En 1731, quarante avocats de Paris donnent une consultation en sa faveur et sont désavoués par les évêques.