‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 5)Chapitre 228 sur 457 · JEAN · texte numérisé non relu

JEAN

Il demeure donc dans les mêmes sentiments, qui se manifestent dans les nombreuses lettres qu’il écrit et qu’il signe habituellement : Jean, évêque de Senez, prisonnier de Jésus-Christ. Il reste très attaché à son diocèse, mais pour blâmer ceux qui ne sont pas appelants, pour louer M. de La Porte son ancien vicaire général, pour qualifier d’intrus ceux que le concile a nommés : en particulier, M. de Salcon qui ne fait que des ravages, et plus tard M. de La Mothe, futur évêque d'Amiens. Il encourage dans leur résistance les religieuses de la Visitation de Castellane, les console du départ de la supérieure et de l’exil de six autres, gémit sur celles qui fléchissent ; il leur prouve par l'exemple de saint Hilaire, déposé par le concile de Béziers, qu’il est toujours leur évêque légitime. Il écrit constamment dans le même sens à diverses abbesses de l’ordre de Saint-Benoît, aux ursulines, aux religieuses du Calvaire, aux carmélites, aux chartreux réfugiés en Hollande, aux feuillants; il les félicite tous du témoignage qu'ils ont rendu à la vérité. Il conserve de la sympathie pour l’Oratoire, mais c’est pour encourager deux pères qui ont été exclus parce qu'ils ont protesté contre l’irrégularité du concile; ceux qui sont blâmés pour avoir appelé sont des persécutés. Il craint bien que l'erreur ne prévale dans l’assemblée générale de 1732, qu'il appelle un conseil de guerre. 22 juillet 1733, Lettres, t. 1, p.561. Le P. de La Tour qui d’abord s’était rangé parmi les appelants et s'était rétracté presque aussitôt, n’est plus qu’un majordome : « Le même homme qui était alors le défenseur de la vérité, se rend aujourd’hui protecteur du mensonge... Ce n’est pas pour l’insulter que je vous parle de la sorte : c’est uniquement pour gémir avec vous sur l’Oratoire, sur toute l’Église qui est aujourd’hui dans le plus triste état où elle se soit vue depuis les apôtres. » 11 septembre 1732, p. 519. « Tout ce qui accrédite la bulle ne peut être qu'illusion : elle est essentiellement mauvaise. » 14 octobre 1739, t. 11, p. 707.

La conduite contraire est une adhésion à la cause de Dieu, celui qui la soutient le plus vaillamment est M. de Colbert de Montpellier; un grand nombre de lettres lui sont adressées, il pressent qu’on veut le condamner lui aussi dans un concile à Narbonne : « Vous savez le complot formé, hélas! par les pontifes de la synagogue contre un défenseur de la grâce de Jésus-Christ. » 26 novembre 1730, t. 1, p. 430. Il dit ne pouvoir survivre à la douleur qu'il ressent de sa mort en 1738. 17 avril, t. 11, p. 519. Ceux qui ont exclu cent docteurs de Sorbonne sont ennemis de Sa Majesté, 23 janvier 1731, t. 1, p. 440. Il félicite l’auteur des Nouvelles ecclésiastiques, etc. Quant à M. de Noailles qui se soumet le 19 juillet 1728, il est devenu le plus méprisable des hommes. En 1736, après l’avoir fait lire à l’évêque de Montpellier qui l’engage à la faire imprimer, il publie, Lettre de Mgr de Senez sur les erreurs avancées dans quelques nouveaux écrits, in-4° de 86 p., due peutêtre à la plume de M. de Gennes. Toujours la même pensée et toujours le même ton : « L’inique sentence d’Embrun avait formé une nouvelle réunion des enfants de la sagesse : les plus intrépides soldats de Jésus-Christ, loin de rougir de mes chaînes, s'étaient assemblés autour de moi en bataille rangée. » Ils se dérobent maintenant : « Si je veux parler, la douleur efface presque les paroles dans ma bouche et la tendresse que je ressens pour mes frères me ferait désirer que tout le monde oubliât mes égarements. » P. 3-4. Tout cela, parce qu’ils admettent que le consentement unanime de l’Église n’est pas lui seul règle infaillible. Quelqu'un lui écrit : Réponse à la lettre de M. l’évêque de Senez : « Ilest triste, Monseigneur, d’avoir tant d’excès à reprendre dans un écrit qui porte un nom aussi respectable que celui de Votre Grandeur », in-4° de 27 p. Il reçoit encore ces critiques : Jugement sommaire.

SOANEN

(JEAN) 2270 Réponse détaillée par M. de Bonnaire, 1737. Il ne veut point admettre l’excuse provenant du manque de délibération : « Il n’y a que les molinistes, et des plus déclarés, qui puissent imaginer une ombre d’excuse dans un premier mouvement qui fait tuer un homme... cela fait voir qu’on veut se conduire par le maudit péché philosophique. » 22 janvier 1732, t. 1, p. 492.

En revanche, lui qui rejette les enseignements les plus certains de la foi, accueille avec une crédulité enfantine tout ce qui vient du parti: il croit aux miracles du diacre Paris qui l’a guéri lui-même, il donne de l'importance aux convulsions de Saint-Médard, aux illusions des vaillantistes, au miracle de Moissy. Il s'intéresse à tout, au missel et au bréviaire de Paris, à l’histoire ancienne et romaine de Rollin. Dans les réponses qu’il donne, il reste plus gallican que janséniste; les règles qu’il trace pour la confession et la communion sont celles admises au commencement du xviIe siècle; il cite saint Charles, «16 pieux cardinal de Bérulle », saint François de Sales. Lettre xpv, 13 mars 1731, t. 1, p. 449.

Non seulement il écrivait beaucoup — 1461 lettres sont datées de La Chaise-Dieu — il recevait beaucoup de visites : on allait le voir avec empressement comme un confesseur de la foi et, pour ses partisans, un pèlerinage à son lieu de réclusion était considéré comme un devoir. Massillon, qui fut évêque de Clermont de 1718 à 1742, de la même congrégation, se mitaussien rapport avec lui, mais dans un tout autre but; à l’agitation que Soanen excitait dans son diocèse, il ne répond que par des bontés, l’invitant, si le roi le permet, à profiter de sa maison de campagne de Beauregard, l’engageant à se soumettre : « Plus votre terme approche, plus vous devez examiner devant Dieu si vous ne prenez point le change, s’il est possible que l’Église ait canonisé l’erreur et que vous seul avec un petit nombre d’adhérents soyez le défenseur de la vérité. » 19 janvier 1729. Le 14 février, il ajoute : « Quelle joie de pouvoir os ad os loqui et vous marquer le respect et l’attachement.. » Nous ne savons pas si la visite promise a été rendue. Nous n’avons qu’une réponse du reclus, elle est fort triste : « Je me tiendrai avec joie à la règle si sage et si aimable que vous-même m’avez proposée, en me marquant... que vous vouliez conserver avec moi l’union de votre cœur, malgré la différence de vos sentiments, me diriez-vous, et de votre conduite. » Lettre cexcv, 18 avril 1729, t. 1, p. 321. Il resta toujours aussi inaccessible. En 1731, il s’était démis l’épaule, il guérit, mais on le voit préoccupé de la mort : « Notre espérance se soutient par la certitude des promesses; mais la colère de Dieu qui éclate de toutes parts est capable de nous faire sécher de crainte. » 9 janvier 1937, t. 11, p. 387. Il meurt le 25 décembre 1740 à près de 94 ans, considéré et invoqué par les uns comme un saint et jugé par les autres comme un rebelle. Ces paroles de Massillon à son sujet sont sévères mais justes : « Ce bon vieillard n’entend rien; il ne perd point de vue son fantôme. Ses correspondants abusent de sa simplicité et la lui grossissent sans cesse, avec des éloges si pompeux sur sa fermeté, qu'il est surpris que nous ne donnions pas tous dans un piège si usé et où il n’y a que des enfants ou des têtes échauffées qui puissent s’y prendre... Je crains fort qu’il n’entre dans sa conduite un peu de complaisance sur les applaudissements du parti et sur le triste spectacle qu’il donne à l’Église. » Lettre du 28 février 1728 à Mgr de Tourouvre, évêque de Rodez.

On aencore de Soanen : {nstructions pastorales et mandements que Michaud dit composés en partie par le docteur Boursier; Lettre au sujet d’un écrit intitulé : Vains efforts des mélangisles, 1744, in-4°, mis à l’Index, 7 octobre 1746, ainsi que Testament spirituel de Mgr l’évêque de Senez en date du 28 mai 1735, confirmé et

2271 SOANEN (JEAN) lu le 10 décembre 1740 en présence de toute la communauté de La Chaise-Dieu avant qu'il reçût le saint viatique. Décret du 15 février 1742.

Le principal document est La vie et les lettres de messire Jean Soanen, évêque de Senez, Cologne, 1750, 2 vol. in-4°, ou 8 vol. in-12, 1750. L'auteur de la vie est l'abbé Gaultier qui fait un panégyrique continuel de son héros et se montre injuste pour le pape, pour les évêques et pour ceux du parti contraire; les lettres sont au nombre de 1632, celles qui ont été écrites depuis 1733 paraissent pour la plupart être de l'abbé Pouguet, dit Bérard, secrétaire de l’évêque, dont il est question dans les Nouvelles ecclésiastiques du 26 décembre 1770.

Un recueil formant deux forts volumes in-4° a été composé d’un grand nombre de pièces relatives à la condamnation de Soanen : celui de la bibliothèque communale d'Amiens ἃ appartenu à l’abbaye de Corbie: t.r, 1. Concilium provinciale Ebreduni habilum, 1728. 268 p.; 2. Lettre des évêques qui ont assisté au concile d'Embrun au roi, 3 p.; 3. Représentations à nos seigneurs les. évêques rassemblés à Paris par les ordres du roi pour donner à S. M. leur avis. sur un écrit qui a pour titre Consultation de MM. les avocats au sujet du jugement rendu à Embrun, 1728, 72 p.; 4. Histoire de la condamnation de M. l'évêque de Senez par les prélats assemblés à Ambrun, 1728, 164 p.; 5. Lettre à M. l'archevêque d’ Ambrun, où l'on fait voir l’inutilité des actes de son concile pour justifier La conduite qu'ont tenue les prélats assemblés, 30 août 1728, 13 p.; 6. Relation de ce qui s'est passé dans le concile provincial d'Embrun..., par M. l'abbé Michel, 1728, 55 p.; 7. Decreta concilii provincialis Ebredunensis, 1727, 39 p.; 8. Sentence rendue dans le prétendu concile provincial d'Embrun, 1728, 14 p.; 9. Mémoire sur le concile d'Embrun où l’on fait voir la justice du jugement rendu, 1728, 51 p.; 10. Lettre des évêques qui ont assisté au concile d'Embrun au roi avec des notes qui les critiquent, 1728, 27 p.; 11. Réflexions adressées à Mgr l’évêque de Senez sur son instruction pastorale. (celle du 28 août 1726); on y défend les xrrarticles condamnés par lui, 1727, 75 p.; 12. Ordonnance et instruction pastorale de Mgr l’évêque de Luçon, elle condamne la consultation donnée par les avocats de Paris, 1728, 52 p.; 13. Mandement de Mgr l'archevêque prince d'Embrun, même sujet, 1728. 4 p.; 14. Mandement de Mgr l’évêque d’Évreux, même sujet, 1728, 20 p.; 15. Mandement de Mgr l'archevêque de Tours, même sujet, avec une lettre du cardinal de Noailles, 1728, 20 p.; 16. Mandement de Mgr l’évêque de Soissons, mêmesujet, 1728, 8 p.; 17. Mandement de Mgr de Boulogne, 7 p.; 18. Lettres d’un avocat de province à M. Aubri, 1728; 19-22. Lettres de M. Favier… à Mgr l'archevêque d'Embrun, avec copie dela lettre du roi, et lettre de M. de Tencin à Soanen, 1727; 23. Lettre d’un ecclésiastique à M. l'abbé de La Mothe, grand-vicaire d’ Arles, et réponse de celui-ci, 10 octobre 1727, 8 p.; 24. Lettre de Mgr l'archevêque d’'Embrun à Mgr l’évêque de Senez, 4 janvier 1729, 26 p.; 25. Échos des montagnes des environs d'Ambrun, moquerie à l'égard du concile, 4 p.; 26. Mandement du cardinal de Bissy, évêque de Meaux, contrelaconsultation des avocats, 1728, 126 p., avec un recueil de pièces; 27. Lettre des cardinaux... au roi, mème sujet, 1728, 104 p.; 28. Arrêt du conseil d’État du roi por supprimer laconsulta- Lion, 1728, 11 p.; t. 11, 1. Instruction pastorale de Mgr l'évêque de Senez, du 28 août 1726, 62 p.; 2. Mandement et instruction pastorale de Mgr l'évêque de Senez au sujet du jubilé, 4 juin 1727, 28 p.; 3. Actes du 11, 18, 26 août, 7, 10, 11 septembre 1727; 4. Acte du 27 novembre 1727; 5. Réponse à la sentence du 20 septembre; 6. Lettre circulaire. aux évêques, 27 août 1727; 7. Lettres au roi, 27 août, 10 septembre 1727; 8, 9, 10. Consultation des avocats pour la cause de M. de Senez et Lettre d'un ancien docteur de Sorbonne sur cette consultation, 1728; 11. Défense de La consultation, 1729, 118 p.; 12. Question nouvelle sur la consultation, 5. d.; 13. Lettre de Mgr de Senez à Mgr l'archevêque d'Embrun en réponse à la lettre du 4 janvier 1728, 16 septembre 1728; 14-18, Lettres diverses; 19-20. Lettres de Mgr l'évêque de Castres au roy et à plusieurs évêques; 21. Lettre de 12 évêques au roi pour la défence de M. de Senez, 28 octobre 1727; 22, Lettre du 27 août 1727; 23. Acte d'appel de Messieurs les évêques de Senez et de Montpellier, 15 juin 1727; 24. Lettre des cardinaux etc. au roi, 28 octobre 1727; 25 et 26. Questions diverses sur le concile, 1727; 27. Lettre de M. de Senez à Mgr le cardinal de Noailles et aux douze évêques qui ont pris sa défense, mai 1728; 28. Mémoire pour la cause de M. de Senez, 1727; 29. Témoignage du clergé de Paris, 1727;

— SOARÈS (FRANÇOIS)

30. Extrait d'une lettre de. du 24 septembre; 31. Instruction pastorale de Mgr l'évêque de Montpellier, 25 janvier 1728; 32. Lettre de Mgr l'évêque de Senez au roi, 1% mars 1729; 33. Mandement de M. le vicaire général de Senez, 16 octobre 1727; 34. Instruction pastorale du même, 1° novembre 1727; 35. Mandement du même, 6 janvier 1728; 36-37. Lettres pastorales du même, 1728 ; 38. Lettre circulaire des religieuses de Castellane aux religieuses de la Visitation, 2 décembre 1728; 39. Instruction pastorale de Mgr l'évêque de Senez sur l'autorité infaillible de l’Église, 1% août 1727, 233 p., l'édition in-8° en a 562. ξ

AUTRES DOCUMENTS. — Bayle, Massillon, étude historique et littéraire, Paris, 1867, in-12, p. 382 sq.; Delgove, Histoire de Mgr de La Mothe, 1872, Paris, p.76 sq.; Ingold, Supplément à l'essai de bibliographie oratorienne; Ladvocat, Dictionnaire historique, t. 111, 1777, Ὁ. 444; Michaud, Biographie universelle ; Picot, Mém. pour servir à l'hist. ecclés., t. τι, 1853, p. 1-19; 41-51; 100-109; 191; 231; 300-308; Quérard, La France littéraire; Dictionn. des livres jansénistes, t. τι, 1755, p. 195, 293, 437; t. τν, p. 31.

A. MOLIEN.

SOARDI Victor-Amédée, lazariste italien (1713- 1752). — Fils d’un gouverneur de Turin, Soardi naquit dans cette ville le 18 octobre 1713 et eut pour parrain le roi de Sardaigne Victor-Amédée. Après d’excellentes études, alors qu’un brillant avenir s’offrait à lui, Victor-Amédée Soardi entra dans la congrégation de la Mission; il fit ses vœux à Paris le 24 juin 1736. D'abord lecteur de théologie au séminaire de Saint-Firmin, Soardi fut ensuite nommé recteur du collège pontifical d'Avignon. II mourut en Avignon le 29 octobre 1752.

Écrits. — De suprema romani pontificis autoritate hodierna Ecclesiæ gallicanæ doctrina, autore***, in regia universilale Taurinensi juris utriusque doctore, Avignon, 2 vol. in-40. Cet ouvrage très profond et très solide veut prouver « que loin d’être hostile à la doctrine de l’infaillibilité pontificale, le clergé de France en est, au contraire, le plus intrépide défenseur » (Introduction). Le parlement de Paris ne fut point de cet avis et supprima l’ouvrage par arrêt du 25 juin 1748; tous les exemplaires qui purent être trouvés en librairie furent détruits. L'œuvre de Soardi devait être rééditée cinquante ans plus tard par le conseiller de l’électeur palatin, de Buininck : De suprema romani pontificis… authore Vict. Amed. Soardi…. editio emendatior et correctior curante ac præfante Goswino Josepho de Buininck, Heidelberg (Bruxelles?), 1793, 1 vol. in-4°. Sous le titre La France et le pape, 1849, le futur cardinal Villecourt a traduit aux deux tiers l’écrit de Soardi, mais « cette traduction est tellement défectueuse, inexacte, remplie de contresens, qu’elle est loin de donner une bonne idée de l'original » (Rosset, op. cil., p. 222). — Aulorilas pontificia notissimo Cypriani faclo a quibusdam neotericis acriler impugnata sed a sapienlissimis Galliæ theologis solide vindicata, dissertatio hislorico-dogmatica, Avignon, 1749, in-4®. C’est un complément de l’ouvrage précédent.

[Rosset], Notices bibliographiques sur les écrivains de la congrégation de la Mission, Angoulème, 1878, p. 213-225; Michaud, Biographie universelle, nouv. éa., t. XXXIX, p. 502; Feller, Dictionnaire historique, t. x11, 1824, Ὁ. 235-236; Picot, Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le XVIIIe siècle, t. 111, 1854, p.436; Hurter, Nomenclator, 3e éd., t. αν, col. 1367. Voir également Dictionnaire apologétique, t. 111, col. 1487 sq.

J. MERCIER

SOARÈËÈS François, jésuite portugais, né à Torrès-Vedras en 1605, entré au noviciat le 5 février 1619. Il enseigna les humanités et la rhétorique à Lisbonne, la philosophie, puis pendant dix-huit ans, avec un brillant succès, la théologie dogmatique à Coïmbre et à Évora. Il fut chancelier et recteur de cette dernière Université. Lors de la révolution portugaise, qui remit sur le trône la dynastie de Bragance, le P. Soarès avait souffert de la prison pendant sept mois. Délivré et

nommé recteur d'Évora, il suivit à l’armée ses étudiants, appelés à défendre leur pays, et y mourut à Jurumenha, dans l'explosion d’une poudrière, le 19 janvier 1659.

On ἃ de lui un Cursus philosophicus in quatuor tomos distributus, Coïmbre, 1651, rééditions à Évora en 1670 et 1701-1703; et un ouvrage posthume sur la pénitence : De virtule et sacramento pænitentiæ tractatus octo, Évora, 1678, in-fol., 642 p. Sommervogel indique en outre plusieurs inédits du P. Soarès.

Sommervogel, Bibl. de la Comp. de Jésus, t. vi, col. 1328; Hurter, Nomenclator, 3° édit., t. 111, col. 1198; Ant. Franco, Imago da virt. em o novic. de Lisboa, p. 615-629 et Anno santo da Comp. de Jesus em Portugal, Porto, 1931,

R. BROUILLARD

SOBRINO antoine, frère mineur espagnol. — Originaire de Salamanque, il appartint d’abord à la province franciscaine de Saint-Joseph et passa ensuite à la province des mineurs déchaussés de Valence, dans laquelle il exerça plusieurs charges : maître des novices, gardien et provincial. Prédicateur de la cour royale, il jouit de la pleine confiance de Philippe III. Il prit aussi une part active dans les polémiques qui s’agitaient à cette époque en Espagne autour de l’immaculée conception et fut l’objet de dures persécutions à cause de l’acharnement avec lequel il défendit ce privilège de Marie ainsi que l’innocence de Jérôme Simôn. Il mourut en odeur de sainteté le 10 juillet 1622; deux ans à peine après sa mort, on entama son procès de canonisation, au sujet duquel Philippe IV écrivit luimême, le 23 décembre 1624, au pape Urbain VIII. Ce procès toutefois n’aboutit pas. Outre plusieurs ouvrages se rapportant à la sainte Écriture et à la prédication, il composa un traité De singulari privilegio ac mysterio immaculatæ Deiparæ Virginis (en espagnol) qu'il envoya à Paul V; un Viridiarium inédit (en espagnol), qui contient des Fabulæ gentilium moralizalæ, des Emblemata moralizata, des Exempla varia ; un traité De virtutibus et vitiis; des Annotationes morales in Apocalypsim; un traité De aphorismis Hypocratis ad mores et des Loci communes de virtutibus; un traité De vita spirituali et perfectione christiana, Valence,

L. Wadding, Scriptores ord. min., 3° éd., Rome, 1906, p. 30; J.-H. Sbaralea, Supplementum, 2° éd., t. τ, Rome, 1908, p. 96, où on peut voir la liste des ouvrages composés par Antoine Sobrino; Arthur de Munster, Martyrologium franciscanum, Paris, 1653, p. 622; J.-M. Pou y Marti, El P. Fr. Anlonio Sobrino, dans Archivo ibero-americano, t. vint, 1917, p. 487, où est éditée la lettre de Philippe IV à Urbain VIII; le même, Ambajadas de Felipe 111 a Roma, pidiendo La definiciôn de la inmaculada concepciôn de Marta, dans la même revue, t. xxx1V, 1931, p. 377, 395, 398, 402, 410; t. xxx V1, 1933, p. 13.

SOCIALISME. — I. Introduction. II. La structure idéologique du socialisme, col. 2279. III. Les formes historiques du socialisme, col. 2296. IV. Critique, col. 2318.

I. INTRODUCTION. — 7. LE MOT ET LA CHOSE. — On ne sait pas exactement qui ἃ employé pour la première fois le mot de socialisme. Pierre Leroux prétendait s’en être servi dès 1832. Le vocable fut mis en vogue par Louis Reybaud : Études sur les réformateurs ou socialistes modernes, 1839, et par Robert Owen, What is socialism ? 1841. Il y a lieu de noter que le mot de communisme (voir ce mot, t. 111, col. 374) est beaucoup plus ancien.

À peine était-il nommé que le socialisme semblait mort. L. Reybaud écrivait en 1843 : « Le socialisme avoué est donc fini ou bien près de finir. Le socialisme est fini : il faut en effacer les derniers vestiges. » Études sur les réformateurs, t. 11, p. 51 et 69. Les économistes

SOARÈS (FRANÇOIS) — SOCIALISME

enregistraient l’acte de décès, en 1852, dans le Diclionnaire d'économie politique : « Parler du socialisme aujourd’hui, c’est prononcer une oraison funèbre ». En 1871, après l’écrasement de la Commune, avec l’interdiction de l’Internationale et la répression des menées anarchistes, on renouvelait le constat. Cependant, vers la fin du xix® siècle, on vit se propager le socialisme marxiste et si G. Sorel en 1910 proclamait « la décomposition du marxisme », c'était pour célébrer l’avènement du syndicalisme révolutionnaire, héritier plus résolu et plus fougueux. Après la guerre de 1914- 1918, on assista à un nouveau sursaut de socialisme marxiste; mais l’on ne tarda pas à se convaincre que la doctrine se disloquait de plus en plus, cédant à la pression des nécessités politiques et abritant le plus souvent des intérêts nationalistes, voire capitalistes. C’est pourquoi, s’il existe encore en Europe un grand pays officiellement attaché au socialisme, si maints parlements continuent d'entretenir un parti ou des fractions socialistes diversement teintés, plusieurs auteurs informés et réfléchis, comme le R. P. Fallon, Principes d'économie sociale, 5° éd., 1935, p. 156, ou M. l’abbé J. Leclercq, Leçons de droit naturel, t. 1v, 2e partie, Travail et propriété, 1937, p. 253-254, estiment que le socialisme, une fois de plus, est sur son déclin. Tout ce qu’il contenait de bon, c’est-à-dire certaines réformes heureuses qu'il préconisait, se trouve maintenant acquis ou en voie de réalisation; mais l’esprit du système, le ferment révolutionnaire, bref, son venin est éliminé. Après avoir fait beaucoup de bruit, il a perdu à peu près toute son importance. Comme toute réaction, il disparaît avec le système qu’il combattait et dont il vivait. Non qu’il ait réussi à dresser une société nouvelle sur les ruines du capitalisme individualiste et libéral. Mais, nourri des principes mêmes dont il combattait certaines applications et dont il prétendait redresser les effets logiques, il se vide de son contenu, il se résorbe en des idéologies nouvelles, ici démocratiques, là totalitaires, à mesure que s’assouplit et que se dissout le système libéroindividualiste.

L'événement vérifiera-t-il, cette fois, le pronostic, nous ne savons. Mais l’expérience passée nous invite à une grande réserve en nous démontrant la nature particulièrement mouvante du socialisme; il est dans une mue perpétuelle, au dire de Bebel. En 1843, en 1852, en 1871, en 1910, en 1920, si les observateurs les plus perspicaces constataient la déchéance d’une forme déterminée de socialisme, chaque fois cette doctrine caméléon reparaissait sous une autre forme et reprenait de plus belle son empire sur les esprits. Rationaliste, utopique, sentimental, scientifique, évolutionniste, pragmatiste, international, nationaliste, le socialisme s’est présenté ainsi tour à tour. Dès lors le connaîtrons-nous suffisamment dans sa vérité permanente et profonde si nous nous contentons de dérouler le film de ses apparences successives? Et pouvons-nous déposer toute inquiétude, mépriser désormais le péril socialiste, sous prétexte que le socialisme contemporain se dissout, que le masque auquel il nous ἃ habitués ne séduit plus personne et s’estompe dans la banalité? En fait, nul ne le sait.

11. ESSAIS DE DÉFINITION. — C’est que les auteurs ne se sont jamais mis d’accord sur une définition du socialisme. Chacun apporte la sienne et les avis ne divergent pas seulement par quelques nuances, mais parfois sur l’essentiel. Souvent on se passe de toute définition précise et l’on voit du socialisme dans tout effort tenté pour l’amélioration des conditions de vie du plus grand nombre; par là, il est aisé d'introduire la notion d’un socialisme chrétien, voire d'identifier christianisme et socialisme.

Remarquons encore que P. Leroux, en forgeant le

mot de socialisme pour l’opposer au mot individualisme, désignait par là une organisation politique où l'individu devait être sacrifié à la société. Cette signification originelle, parfaitement logique, rapprocherait le socialisme, sinon du communisme, du moins de certaines philosophies (Platon, dom Deschamps) qui engendrent ordinairement des conclusions communistes ; elle le rapprocherait aussi, par un lien du reste avoué, des philosophies qui placent hors de l’homme, dans l'État, la nation ou la race, le réel absolu et la valeur suprême, alors même que ces philosophies n’aboutiraient pas à des conclusions communistes, mais, dans l'intérêt mieux entendu du tout, préconiseraient un régime de propriété privée.

Dans ses Observations sur le classement des doctrines économiques, M. Gonnard estime que ce socialisme-là est le seul vrai et qu’il ne se situe pas sur le terrain économique : « Je ne vois guère, dit-il, pour l’incarner véritablement que des philosophes, tels que Platon ou Hegel. Leur socialisme est le plus authentique qui soit, parce qu'ils partent de l’idée que la société est une réalité supérieure à l'individu, plus haute, plus vraie, et même, à la limite, la seule réalité ». Op. cit., dans Mélanges Truchy, Sirey, 1938, p. 128. Mais, tout le monde en convient, ce socialisme-là, le seul vrai logiquement, n’est réalisé nulle part dans l’histoire de l'humanité; on peut douter même qu’il soit réalisable. En tout cas ce n’est pas à lui que l’on songe lorsqu'on parle de socialisme. En fait, contre toute logique apparente, les socialistes se présentent expressément comme des individualistes. « Le socialisme ne consiste plus, en effet, à sacrifier l'individu au bien de la société, selon l’idée des anciens qui assignaient pour fin à la politique, non pas le bonheur de l'individu, mais le bonheur de l’État considéré comme un tout. Le terme socialisme n’est resté que pour caractériser dans son expression la plus haute l’idée moderne du droit de l'individu au bonheur. » Stegmann et Hugo, Handbuch des Socialismus, p. 752. « Le socialisme, au dire de Jaurès, est encore de l’individualisme, mais logique et complet. » C. Bouglé, Bilan de la sociologie française contemporaine, Alcan, 1935, p. 103.

Or, le théologien, comme l’Église, ne se soucie que du socialisme réellement existant. C’est donc à ce dernier seul que nous nous intéresserons.

Pour la plupart de ses adversaires, le socialisme n’est pas, dans la réalité, une doctrine; il est soit un mouvement (sentimental ou revendicatif), soit un ensemble, toujours changeant, d'opinions, de tendances, de systèmes ; si les origines en sont lointaines, on peut dire que le socialisme est né au commencement du siècle dernier d’un concours de circonstances et d’influences extérieures, en ce sens qu’il se trouva alors un certain nombre de réformateurs ou de rêveurs qui obtinrent, de leur rencontre même et du désarroi universel des esprits, l’avantage de se faire écouter.

Pour M. 1.. Baudin, Revue hebdomadaire du 29 octobre 1932, l’idée-mère de tout socialisme est de plier les phénomènes naturels à la volonté humaine, d’imposer une orientation à la marche du monde, de substituer la raison à la nature. Cette vue rend bien compte des formes utopistes, anarchistes, idéalistes du socialisme. Mais elle laisse échapper les formes évolutionnistes, matérialistes. D'autre part, l’idée de soumettre la nature à la raison ne présente rien de spécifiquement socialiste ; on peut dire que c’est là une tendance essentiellement humaine et qui se trouve à l’origine de toutes les techniques, de l’art, voire de la morale.

Beaucoup d’économistes et de socialistes se contentent de définir le socialisme en langage économique : « le socialisme n’est que la balance des produits et des services » (Proudhon). « Le socialisme est la notion de l'avènement d’une société sans concurrence grâce à

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