‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 5)Chapitre 229 sur 457 · SOCIALISME. ESSAIS DE · texte numérisé non relu

SOCIALISME. ESSAIS DE

DÉFINITION 2276 une organisation de la production sans entreprise capitaliste et à un système de répartition où la durée du travail serait la seule mesure de la valeur » (G. Richard). Pour A. Fouillée, Le socialisme et la sociologie réformistle, 1909, p. 21, le socialisme peut être défini : « un essai pour établir, au moyen de lois ou de sanctions, un régime plus ou moins étendu de propriété collective, afin de réaliser un certain idéal social, soit d'ordre purement économique (socialisme matérialiste), soit encore d'ordre intellectuel et moral (socialisme idéaliste) ».

En langage marxiste, le socialisme est « le reflet dans la pensée du conflit qui existe dans les faits entre les forces productives et les formes de la production » (Engels). Un marxiste notoire, Vandervelde, a énoncé les quatre points fondamentaux ou « les permanences sans lesquelles le socialisme cesserait tout simplement d’être le socialisme ». Ce sont : 1. la primauté de l’économique; 2. l’inéluctabilité de la lutte des classes, aussi longtemps qu’il y a des classes où les uns tirent des revenus sans travail de la plus-value produite par le travail des autres; 3. la nécessité, si l’on veut réaliser une paix sociale qui ne soit pas un leurre ou un mensonge, de lutter pour la consécration du droit des travailleurs au produit de leur travail, par la socialisation, non pas de toute propriété, mais de la propriété capitaliste; 4. l’action internationale des travailleurs, groupés d’ailleurs, au préalable, dans les cadres nationaux, pour réaliser le socialisme, non pas dans un seul pays — ce qui serait impossible — mais par l'effort concerté et simultané de tous ceux qui souffrent de la domination capitaliste et de l’exploitation de l’homme par l’homme.

Nous contenterons-nous d’une définition vulgaire et toute superficielle? Est, dit-on, socialiste quiconque critique et sape le régime de la propriété privée; et les théories socialistes se déploient en éventail de gauche à droite selon qu’elles attentent plus ou moins gravement au régime de la propriété privée. C’est une vue commode et généralement répandue. Mais elle ne nous apprend rien sur la nature des doctrines socialistes, car mille chemins conduisent à ce carrefour : les manichéens et les gnostiques avaient leurs raisons pour abhorrer tout contact avec les choses de ce monde où règne le Mauvais ; un saint-simonien, optimiste et brasseur d’affaires ne les comprendrait point. L’anarchie et le capitalisme d’État, la démocratie sociale aussi bien que le césarisme et le fascisme maltraitent la propriété privée. C’est par pure équivoque qu'ils se rencontrent sur une même conclusion, partis de prémisses diamétralement opposées.

Devons-nous cependant renoncer à comprendre le socialisme? Beaucoup s’y résignent, qui ne lui reconnaissent aucune unité intelligible; ce serait une tendance et non une doctrine déterminée, un confluent d'idées, de passions, d’influences hétérogènes qui se sont rencontrées fortuitement et qui, dans leurs remous, ont charrié le bien et le mal; ces courants qu’un hasard a réunis doivent bientôt se séparer, chacun rentrant sagement dans son lit, pour suivre sa pente naturelle. Le socialisme serait donc une simple dénomination, ou le schéma affectif sous lequel se présente cet accident, catastrophe pour les uns, mythe de salut pour les autres. Nous aurions alors le droit d'aborder avec quelque scepticisme cette prétendue réalité, scepticisme d'autant plus justifié, semble-t-il, que nulle école n’a jamais connu plus ce schismes et d’excommunications qu'il n’y en eut au sein de l’école socialiste, si tant est que l’on puisse même parler d’une école socialiste. Quant aux partis politiques, aux groupes et sous-groupes, sectes de toutes nuances, qui arborent le drapeau socialiste, nous n'essaierons même pas de les dénombrer, fût-ce approximativement, cette

tâche presque surhumaine n'’offrant guère d'intérêt pour le théologien.

711. LE SOCIALISME VU PAR L'ÉGLISE. — Il n’est pas rare que l'intervention du magistère ecclésiastique, en condamnant des erreurs insidieuses jusque-là, inconsistantes et mal définies, aboutisse à ce résultat paradoxal de les révéler pour ainsi dire à elles-mêmes en mème temps qu'aux autres. Ce n'était qu’un état d'esprit, un ensemble de tendances sans lien apparent, d'autant plus redoutable qu’on pouvait y céder de bonne foi et s’y complaire sans en percevoir le danger. Alors l’Église se prononce : tandis que les hérésiarques protestent de leur pureté d'intention, se plaignent d'être incompris, déclarent qu’on raidit et qu'on travestit leurs conceptions en leur imposant une forme systématique qu'ils n’ont jamais imaginée, l’Église dégage sous les formules anodines ou équivoques, voire sous les conclusions matériellement acceptables, le principe secret qui les anime et qui les vicie. Ce n’est donc pas toujours chez les fauteurs d’opinions hétérodoxes que l’on trouve l’exposé le plus pénétrant et le plus profondément vrai de ces opinions dont la portée et les insuffisances théologiques leur échappent souvent; parfois l'erreur ne reçoit sa formule parfaite et définitive que du texte où l’Église la condamne.

Tel est assurément le cas du socialisme. Les socialistes eux-mêmes doivent renoncer à s'entendre sur la définition de leur doctrine. Ignorant le sens profond et la nature théologique du socialisme, ils se contentent d’en saluer et d’en décrire les aspects engageants, pour séduire la clientèle du jour. Seule l’Église, divinement assistée et riche d’une mémoire millénaire, découvre sous le visage changeant du socialisme l’erreur proprement antichrétienne qui le constitue essentiellement.

De là vient que l'attitude de l’Église à l'égard du socialisme déconcerte les observateurs superficiels. Il semble qu’elle lui oppose à priori une fin de non recevoir, le condamnant sans l’entendre, ou du moins sans s'appliquer suflisamment à en critiquer les thèses explicites, à raison de présupposés métaphysiques et théologiques dont la plupart des socialistes n’ont point conscience ou dont ils se désintéressent. En outre, vue du dehors, l’attitude de l’Église prend parfois une apparence d'illogisme, sinon d’hypocrisie, car elle repousse, lorsqu'ils viennent du socialisme, des vœux ou des critiques de l’ordre politique ou économique dont on retrouve, semble-t-il, l'équivalent dans la tradition doctrinale la plus authentiquement chrétienne et elle condamne, lorsque le socialisme les préconise, certaines institutions dont elle savait jadis s’accommoder quand un État chrétien les mettait en œuvre. Enfin, hors de l’Église et dans l’Église, on croit voir que l'hostilité de l’enseignement ecclésiastique à l'égard du socialisme n’est qu’une manifestation secondaire d’un préjugé tenace et général contre les nouveautés; les adversaires de l’Église en profitent pour l’accuser d’être réfractaire au progrès et de souhaiter un retour à l'ignorance et à la barbarie des siècles passés, tandis que certains fidèles, riches de bonnes intentions mais parfois imprudents, s'efforcent de réconcilier l’Église avec la société moderne et se scandalisent lorsque leurs loyaux efforts sont condamnés par l’Église elle-même comme vains et injurieux.

Ces malentendus se dissiperont lorsque nous aurons écouté jusqu’au bout l’enseignement de l’Église, notamment celui des souverains pontifes s’exprimant dans leurs lettres encycliques, leurs allocutions et autres documents solennels ou ordinaires du magistère romain. Nous consulterons aussi certains témoins de l’enseignement catholique, spécialement qualifiés par leur dignité et par les approbations officielles qu'ils ont

Page 1