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ATTITUDE DE

L'ÉGLISE 2278 reçues de Rome, comme par exemple le cardinal Pie, le P. Taparelli d’Azeglio ou le P. Liberatore.

Les premières condamnations touchant le socialisme nous présentent celui-ci comme une entreprise avouée de déchristianisation. À vrai dire, cette secte se différencie peu d'entreprises similaires : sectes maçonniques, sociétés bibliques, carbonarisme, toutes englobées dans une vive réprobation, animées de desseins révolutionnaires, également ennemies de l’ordre politique et de l’ordre chrétien. Et l’origine commune de ces divers mouvements se trouve nettement signalée dans la filière suivante : la Révolution française, auparavant la « philosophie » et tout d’abord la prétendue réforme protestante. Le rôle important que, dans cette genèse, l’Église reconnaît aux principes de 1789, c’est-à-dire l'affirmation des libertés modernes et d’un droit nouveau, suggère le rattachement du socialisme au libéralisme. Aussi bien cette liaison est-elle explicitement déclarée par le magistère. Dans l’encyclique Immortale Dei, Léon XIII évoque les temps anciens et heureux où la philosophie de l'Évangile gouvernait les États : les lois, les institutions, les mœurs étaient pénétrées de la sagesse chrétienne: la religion du Christ était respectée et les princes tenaient à honneur de la servir et de la promouvoir; cette heureuse concorde entre les deux pouvoirs et l’amical échange de bons offices qui s’ensuivait engendrèrent des fruits de civilisation supérieurs à toute attente. De la conversion de Constantin jusqu’à la Réforme, la société chrétienne se considérait comme un corps unique, soumis à Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai Roi, qui la gouvernait par le moyen de ses deux représentants, le principat sacré et le principat civil; entre ceux-ci, une hiérarchie incontestée mettait le pouvoir civil au service du pouvoir spirituel. Le modèle des princes chrétiens, Charlemagne, rendâit témoignage à la vérité lorsqu'il s’intitulait « Charles, par la grâce de Dieu, roi, défenseur de l’Église et, en tout, fidèle appui du Siège apostolique. »

Sans oublier l’invasion musulmane, la naissance d’États chrétiens nationaux indépendants et ennemis du Saint-Empire, c’est néanmoins à la prétendue réforme protestante que les papes et les écrivains ecclésiastiques imputent la lourde responsabilité des maux présents. En effet, si la religion chrétienne est la clef de voûte de tout l’ordre politique, celui-ci devait se voir compromis par la brisure protestante. En ce sens, de la part des puissances catholiques, les traités de Westphalie furent une véritable trahison, puisqu'ils reconnaissaient, en droit, avec la liberté de religion, l’autorité politique légitime de princes protestants et consacraient en Europe la ruine de l’unité religieuse. Il fallait s’y attendre, car le « pernicieux et déplorable goût de nouveautés que vit naître le xvie siècle » ne se borna pas à bouleverser la religion chrétienne; il se répandit, suivant une pente naturelle, dans la philosophie, dans les doctrines sociales et juridiques, et de là dans les institutions civiles et les mœurs politiques. « C’est à cette source qu'il faut faire remonter ces principes modernes de liberté effrénée, rêvés et promulgués parmi les grandes perturbations du siècle dernier (il s’agit du xvirre siècle), comme les principes et les fondements d’un droit nouveau, inconnu jusqu'alors, et sur plus d’un point en désaccord non seulement avec le droit chrétien, mais avec le droit naturel ». Encyclique Zmmortale Dei.

Nous atteignons donc ici la ligne décisive de partage entre les deux cités et le point où elles s’opposent irréductiblement. Faute de remonter à ce principe théologique, l’histoire moderne devient inintelligible pour le chrétien; les intentions les plus pures des réformateurs politiques et sociaux se voient contredites par leurs effets pernicieux, la critique des fausses doctrines

se débat en d’inextricables équivoques. Que l’on parle de liberté, de dignité humaine, de raison, d’autorité; que l’on distingue l’ordre de la grâce et celui de la nature; que l’on s'efforce de concilier la primauté du spirituel et l’autonomie relative et spécifique du temporel, toujours l’Église et le monde moderne, en employant les mêmes vocables, usent de langues difrérentes.

Une telle situation nous dictée la voie à suivre en cette étude théologique du socialisme et définit nettement ce que le lecteur peut en attendre. Il ne s’agit pas ici de répéter ou de résumer ce que les économistes et les sociologues pensent du socialisme; nous n’empiéterons pas sur leur spécialité et nous nous bornerons à profiter de leurs travaux. Mais, considérant le socialisme comme une erreur théologique, nous nous efforcerons de le comprendre et de le juger à la lumière de la doctrine chrétienne. Cette différence de point de vue ne sera pas sans conséquence pour la méthode : ce qui nous arrêtera davantage dans l’exposé ne sera pas toujours ce que les socialistes ont coutume de prêcher avec le plus d’insistance; certains noms, certaines thèses illustres seront brièvement mentionnés, cependant que tel doctrinaire méconnu, telle œuvre obscure méritera de retenir notre attention si les présupposés métaphysiques et religieux s’y expriment clairement ; enfin les critiques que nous adresserons au socialisme ne seront pas forcément les mêmes, ni présentées dans le même ordre d'importance, que celles dont s’aviserait l’'économiste ou le politicien. Interprétation théologique, donc tendancieuse, dira-t-on peut-être. Il est vrai. Il s’agit d’un point de vue que nous ne pouvons imposer à ceux qui ne partagent pas notre foi et qui, pour le fidèle lui-même, ne prétend pas remplacer ou rendre inutiles les considérations et les conclusions de disciplines spéciales. Mais, s’il est une sagesse supérieure à celle des économistes et des sociologues, si sa lumière ne se laisse pas atteindre par leurs méthodes techniques et si pourtant elle est indispensable dès ici-bas à la vie des hommes et à la pleine intelligence comme à la parfaite réalisation de leur destinée, nous croyons qu'il appartient au théologien de la dégager et de la répandre. En interprétant théologiquement le socialisme, on atteint cette erreur dans la réalité de sa nature et dans toute sa signification; les représentations fragmentaires qu’en peuvent donner les sciences particulières ne sont pas pour autant superflues, mais seule la lumière théologique permet de les ordonner sagement, de les juger et de les dépasser.

II. LA STRUCTURE IDÉOLOGIQUE DU SOCIALISME. — 1. LES SOURCES THÉOLOGIQUES.— Ce n’est pas d’être une réforme que la Réforme fut accusée par l’Église romaine. Celle-ci, en effet, n’a pas attendu la brisure protestante pour désirer et pour entreprendre une réforme. L'urgence en était apparue, dès avant le coup d’éclat de Luther, aux papes, aux princes chrétiens, à la meilleure partie du clergé, aux fidèles éclairés. Sur nombre de points, les réclamations des réformateurs hétérodoxes correspondaient aux vœux de la chrétienté et c’est une des raisons pour lesquelles ces réclamations rencontrèrent dès l’abord tant d’échos sympathiques et suscitèrent tant d'entraînements enthousiastes. Mais l'Eglise ne put tolérer une réforme entreprise indépendamment de son autorité et échappant à sa direction. De par sa constitution divine, elle devait condamner, comme fausse ou « prétendue » réforme, un mouvement qui ne puisait pas son inspiration à la seule source authentique et légitime. Avec un sûr instinct, l’Église n’a voulu et n’a pu voir, dans une telle entreprise, qu'un attentat contre l'unité chrélienne; où les réformateurs parlaient de retour à l'Évangile, de liberté spirituelle, l'Église comprenait rupture de la chrétienté et libre examen.

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