‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 5)Chapitre 23 sur 457 · SCIACCA (FRANÇOIS · texte numérisé non relu

SCIACCA (FRANÇOIS

On trouve ce caractère de science sacrée dans la théologie dogmatique, science par excellence des vérités révélées et qui, par là même, commande à toutes les autres sciences sacrées. Mais l’étude systématique et raisonnée des dogmes n'est pas la seule science sacrée dont l’objet formel soit réglé par la révélation. Il faut également citer : l’herméneulique et l’exégèse, dont l’objet est précisément l’Écriture sainte, source de la Révélation et qui, à ce titre même, ont une certaine priorité sur la théologie systématique; la fhéologie positive avec ses différents aspects, théologie historique, histoire des dogmes, patrologie, théologie scripturaire, toutes sciences nécessaires à la présentation exacte et sûre des principes et des conclusions de la théologie systématique. Sur un autre plan, la {héologie morale et ses perfectionnements, théologie mystique et ascétique, sont par excellence des sciences sacrées, puisqu'elles s'appliquent à former l’homme selon les exigences de sa fin surnaturelle et de la perfection que commande ou inspire cette fin. Voir THÉOLOGIE, INTERPRÉTATION DE L'ÉCRITURE, TRADITION.

Le droit canonique est aussi, dans son genre, une science sacrée et à un double titre : il a pour objet de formuler les lois qui régissent l'Église, société surnaturelle, et sa force obligatoire lui vient de l’autorité de l'Église dont l’origine est surnaturelle et dont le domaine s’étend à l’ordre surnaturel. Science sacrée également la liturgie, qui règle le culte dù à Dieu conformément à l’ordre de la providence et en s'inspirant des données de la révélation, en sorte que, comme l'aflirmait le pape Célestin Ier, « la loi de la prière manifeste la loi de la croyance ». Denz.-Bannw., n. 139. Enfin, l’histoire de l’Église elle-même et l’hagiographie doivent être comptées parmi les sciences sacrées : elles perdraient leur nature et leur raison d’être si elles ne mettaient pas en relief les principes d’action surnaturelle qui règlent les destinées de l’Église et produisent, dans les âmes, des fruits de sainteté véritable.

IT. LES SCIENCES SACRÉES ET LEURS RAPPORTS AVEC LES SCIENCES PUREMENT HUMAINES. - On ne peut ici qu’esquisser dans ses lignes très générales le problème de ces rapports, les aspects particuliers devant en être étudiés dans des articles ou des ouvrages spéciaux concernant chaque branche du savoir religieux. Ces considérations générales peuvent se formuler sous un double aspect, soit en envisageant le rapport des sciences sacrées aux sciences humaines, soit, à l’inverse, en envisageant le rapport des sciences humaines aux sciences sacrées.

1° Des sciences sacrées aux sciences humaines. — Les sciences sacrées présupposent, impliquent ou appellent le secours des sciences humaines.

Tout d’abord dans la démonstration rationnelle des vérités, préambules de la foi et motifs de crédibilité, la philosophie et l’histoire sont indispensables à quiconque veut se rendre à lui-même ou rendre aux autres raison de sa foi. Voir RaïsoN, t. x111, col. 1639-1640, Ensuite, les sciences sacrées reçoivent de la philologie, de l’histoire, de la géographie, de l'étude comparative des textes, les arguments préliminaires qui permettent soit de rétablir dans une intégrité plus parfaite les textes authentiques de la sainte Écriture, soit d'éliminer des textes interpolés ou supposés. De plus, l'herméneutique et la théologie elle-même trouvent de précieuses indications dans les données de plusieurs sciences connexes à l’histoire (préhistoire, géologie, paléontologie, etc.), en ce qui concerne les origines du monde, Ja création de l’homme, l’état de justice originelle, la nature et l’universalité du déluge, l'unité du genre humain, etc. Il devient de plus en plus difficile d'aborder ces questions sans considérer au préalable les points certains, probables ou douteux que nous livrent ces sciences.

1597 SCIENCENUDIE Dans le domaine de la formation morale ou de la perfection surnaturelle des âmes, le savant chrétien et le pasteur ne peuvent se désintéresser des indications ou suggestions que leur fournissent la psychologie, les sciences médicales, y compris la psychiatrie. Comment, sans le secours de ces sciences, aborder sans trop d’hésitation les cas pratiques des scrupules, des tares héréditaires, des tendances morbides et même simplement des passions auxquelles les humains peuvent être prédisposés en raison de leurs tempéraments divers ? Un auteur belge n’a pas hésité récemment à écrire un traité de « psychiatrie pastorale ». A plus forte raison, dans les questions si délicates du discernement des esprits — cas de possessions, d’obsessions ou de suggestions diaboliques ou, à l'opposé, d'interventions vraiment surnaturelles — dans les jugements à porter sur certains phénomènes de guérisons miraculeuses, soit au cours des procès de béatification ou de canonisation, soit aux bureaux de constatations médicales, le concours des sciences humaines est nécessaire si l'on veut arriver à des décisions sûres, opportunes et sages.

Enfin, dans le domaine de la piété, certaines dévotions populaires gagneraient vraisemblablement à s'inspirer d’un sens historique plus exact des réalités. Tant de légendes sont devenues objet de croyance populaire, desquelles il serait bon — en procédant avec toute la délicatesse nécessaire — que la critique vint enlever un merveilleux qui, sans être un chemin bien sûr pour amener les âmes à Dieu, est un moyen très efficace pour attirer sur notre religion les sarcasmes des incroyants. Éliminer de la piété et des pratiques pieuses la croyance et l'affection à un merveilleux frelaté, pour n’y laisser subsister que l'influence d’un surnaturel

authentique, tel pourrait être le résultat heureux de l’aide apportée par la critique historique à l’hagiographie en ce qui concerne les miracles, les visions, les révélations d'authenticité très douteuse.

2° Des sciences humaines aux sciences sacrées. — Est également vrai le rapport inverse entre les termes du problème.

D'une part, les sciences humaines ne peuvent ignorer les sciences sacrées. Les vérités de la foi, les vérités de la raison appartiennent à deux ordres de connaissance distincts, mais entre lesquels il ne saurait exister d’incompatibilité fondamentale, puisque « le Dieu qui révèle les mystères et répand la foi en nous est le même qui a mis la raison dans l’esprit de l’homme et qu’il est impossible que Dieu se renie lui-même ». Concile du Vatican, 5655. 111, 6. 1V, Denz.-Bannw., ἢ. 1797. Le savant n’est donc jamais autorisé, au nom de la raison, à nier la possibilité d’une science sacrée fondée sur le surnaturel. Et c’est en cette négation que gît l’erreur fondamentale du rationalisme. Voir ce mot, t. XIII, col. 1689-1690. Le modernisme, voulant expliquer la révélation par le simple jeu de la psychologie, de l’expérience religieuse et de l’immanence, n’est qu’une forme déguisée du rationalisme puisqu'il s’agit, en somme, de ramener au subjectivisme les vérités objectives garanties par la raison et par la foi. Voir MODER- NISME, t. x, col. 2012.

D'autre part, les sciences humaines ne peuvent se déclarer en contradiction avec les données certaines des sciences sacrées. Dieu ne peut se contredire lui-même et la vérité ne saurait s'opposer à la vérité. Donc, tout en gardant l'indépendance d’esprit et de méthode nécessaire au caractère scientifique de son œuvre, le savant ne jettera jamais a priori de suspicion sur les vérités enseignées par les sciences sacrées. Si quelque apparente contradiction se fait jour, c’est, pour reprendre une expression de Léon XIII dans l’encyclique Providentissimus Deus, parce que le théologien (la science sacrée) ou le naturaliste (la science purement

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