‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 5)Chapitre 25 sur 457 · SCIENCE DE DIEU. DOCTRINES THÉOLOGIQUES · texte numérisé non relu

SCIENCE DE DIEU. DOCTRINES THÉOLOGIQUES

can ajoute : ea eliam, quæ libera creaturarum actione futura sunt. Denz.-Bannw., n. 1784.

Dieu connaît aussi les êtres non existants, mais simplement possibles, Rom., ἵν, 17; cf. Ps., CXLVI, 5; Matth., x1x, 26; il connaît encore, sous la formalité de détermination conditionnelle qui leur est propre, les

futuribles », c’est-à-dire les futurs contingents qui n'existeront jamais, mais qui auraient existé si telles conditions s'étaient vérifiées. David s’est enfui de Ceïla pour n'être pas livré par les habitants de cette localité, Dieu lui ayant assuré que ceux-ci le livreraient à Saül. I Reg., xx111, 7 sq. Voir aussi la prédiction de la destruction éventuelle de Ninive, Joa., 111, 4. Cf.. Jer., xxxvni1, 17. De même Jésus parle de la conversion éventuelle de Tyr et de Sidon, au cas où ces villes auraient été témoins des miracles accomplis à Bethsaïde et à Corozaïm. Matth., x1, 21-23. Voir aussi Luc., ΧΥῚ, 31.

209 Enseignement tradilionnel. — C’est par centaines qu’on pourrait recueillir les assertions patristiques touchant la science infinie de Dieu. Le P. Rouët de Journel, dans l’Enchiridion patristicum a fait la sélection qui s’impose et qui permet de connaître les grandes et suffisantes lignes de la tradition. La doctrine patristique est résumée sous six chefs différents

1. D'une seule intuition, Dieu connaît toutes choses, non seulement celles qui sont, mais encore celles qui seront : Athénagore, Legalio, ΧΧΧΙ, P. G., €. vi, col. 945; Théophile d’Antioche, Ad Autolycum, 1. II, n. 3, P. G.,t. vi, col. 1049; 5. Irénéé, Contra. hær., 1. II, c. XX VI, ἢ. 3, P. G.,t. ΝῊ, col. 801; 5. Hippolyte, Philosophoumena, 1. X, ce. xxx11, P. G., ὃ. XVI €, col. 3446; Clément d'Alexandrie, Strom., VI, xvir, P. G., t. 1x, col. 388; Origène, In Genesim, t. Τὶ, n. 6, P. G., t. ΧΙΙ, col. 64; 5. Cyrille de Jérusalem, Cat., 1V, c. v, P. G., t. xxx, col. 460; 5. Grégoire de Nysse, De infantibus qui præmature abripiuntur, P. G., t. XLVI, col. 184: S. Cyrille d'Alexandrie, Thesaurus, assert. XV, P. G., t. Lxxv, col. 292. Sur la doctrine desaint Augustin, voir ici t. 1, col. 2346. Sur les chosesfutures, saint Grégoire s’exprime ainsi : Quia ea quæ nobis fulura sunt videt, quæ lamen ipsi semper præsto sunt, præscius dicilur, quamvis nequaquam fulurum prævideat, quod præsens videt. Moralia, 1. XX, €. xxx11, ἢ; 88, P: LT τα στ col 175:

2. Par sa prescience, Dieu n'apporte aucune contrainte aux décisions futures des hommes. Cf. S. Augustin, De libero arbitrio, 1. III, c. 1v, n. 11, P. L., t. xxxIL, col. 1276. Cette assertion de saint Augustin, qu’on retrouve équivalemment dans les commentaires de saint Jérôme: sur Jérémie, 1.2V, c. xxVI, ÿ. 3, P. L., t.XXIV, col. 844, est plus d’une fois exprimée par les Pères grecs : Origène, Contra. Celsum, 1. 11, c. xx, P. α.,ἴ. κι, col. 836; Eusèbe de Césarée, Præparalio evangelica, 1. VI; c. xx, P. G.,t. xxx, col. 492; S. Jean Chrysostome, [π Matth., hom. Lix, ἢ. 1, P. G.,t. vins, col. 574; S. Jean Damascène, Dial. contra. manichæos, n. 79, PAG, τ x0Iv. col 1577:

3. Par application de ce second principe, Dieu a la prescience de tous les actes futurs de la libre volonté humaine. — Voir 5. Justin, Apol. 1, χιι, P. G., t. vi, col. 344: S. Cyrille d'Alexandrie, Thesaurus, assert. XV, P. G., t. LXXV, col. 292; Théodoret, In Rom., c. VIN, Ÿ. 30, P. G., t. ΠΧΧΧΙῚ, col. 141; 5. Jean Damascène, De fide orth., 1. 11, c. xxx, P. G.,t. xcrv, col. 969. Mais c’est surtout saint Augustin qui a directement abordé cette question. Voir ici t. τὶ col. 2390. Les textes principaux sont : De Genesi ad lilleram, 1. XI, €. 1x, n. 12, P. L., t. xxxIV, col. 434; De civitate Dei, 1. V, ΟΣ ὩΣ, ὩΣ 45 σ᾽ x, τι. 2,10. XL, COL ΤΌ 159 ÆEnCchIrIdion, σιν, t. XL, col. 283. On peut aussi citer chez les latins : 5, Ambroise, De fide, 1: Ν', c. vi, τὰ. 83, P. L., ὃ, xv1, col. 665; 5. Jérôme, Adv. pelagianos, 1. III, ἢ. 6, P. L.,

t. xx, col. 575; et, après Augustin, Fulgence, Ad Monimum, 1. I, οἱ xxv, P. L., t. LxXV, col. 172.

4. El cela sans que soit atteint le libre arbitre. — La plupart des textes précédents comportent cette conclusion, notamment ceux de saint Jérôme, de saint Augustin et de Théodoret. On peut y ajouter un beau commentaire de saint Jean Chrysostome sur le Necesse est ut veniant scandala, Matth., xvin, 7; cf. Luc. XVI, 1. « Ce n’est pas parce qu'ils sont annoncés que ces scandales arrivent; le Christ les annonce parce qu'ils doivent se produire. Si ceux qui les donnent ne l’avaient pas voulu, jamais ils ne se seraient produits; et s’ils n’avaient pas dû se produire, ils n'auraient pas été annoncés. » In Matth., hom. Lix, ἢ. 1; P. G.,t. ΤΠ, 00]. 574.

5. La prescience du mal et du péché est incluse dans la science parfaite de Dieu. — Voir Eusèbe de Césarée, déjà cité; 5. Jean Chrysostome, ibid.; S. Jérôme, tbid.; S. Augustin, De libero arbitrio, cité; S. Augustin, De civitale Dei, cité; S. Fulgence, déjà cité; 5. Jean Damascène, Contra manichæos, XXXVI1, P. G., t. XCIV, col. 1544.

6. Enfin Dieu connaît les futurs conditionnels. — Pour saint Augustin, voir ici t. 1, col. 2346. On pourrait aussi apporter le texte déjà cité de saint Grégoire de Nysse.

De tout cet ensemble, il résulte avec la dernière évidence que toute la tradition accorde à la science divine une perfection sans bornes. Aucun objet n’en est exclu, pas même le mal et le péché, pas même les événements dépendant de la liberté humaine.

3° Enseignement rationnel. — L'existence d’une science infinie en Dieu n’est pas seulement vérité de foi, c’est encore une vérité que la raison, avec ses seules lumières, peut atteindre. Saint Thomas a ainsi rationnellement démontré l’infinie perfection de la science divine en partant d’un double principe. Tout d’abord, la parfaite immatérialité de Dicu explique sa science parfaite. Sum. theol., I, q. XIV, a. 1. Ensuite, l’essence divine étant infinie, la science divine qui s’identifie à cette essence doit pareillement être infinie. Zbid., a. 4. Cf. Contra gent., 1. 1,c. XLIV, XLv ; De verilate, 4. τι, a. 2, ad 5un,

Si l’on voulait maintenant formuler le dogme sous ses aspects différents, on pourrait le réduire aux trois énoncés suivants : Dieu possède une science infinie: Dieu se connaît lui-même d’une manière infiniment parfaite; Dieu connaît tout ce qui a existé, existe et existera, même le mal dans l’ordre moral comme dans l’ordre physique, même les actes libres des créatures intelligentes, auxquels d’ailleurs sa prescience n’impose aucune nécessité.

II. DOCTRINES THÉOLOGIQUES. — A côté de ces dogmes, il faut relever des doctrines certaines où communes, qui, sans appartenir à la révélation proposée par l'Église, présentent cependant l’enseignement reçu.

1° Propriétés de la science divine. — Cette science est : 1. Indépendante de toutes choses créées. — Si la science divine dépendait des créatures, elle ne serait pas d’une infinie perfection. Cette vérité est indiquée par l'Écriture, Eccli., xx1t1, 29; Jer., x, 12, et ainsi exprimée par saint Augustin :« Dieu connaît toutes ses créatures, spirituelles et corporelles, non parce qu’elles sont; mais elles sont, parce qu'il les connaît. » De Trin., 1. XV, c. τὰ, n. 22, P. L., Ὁ. xzun, col. 1076. Voir plus loin, col. 1606.

2. Immuable et éternelle. — À aucun point de vue, la science divine n’est discursive comme la nôtre : Dieu « voit tout ensemble et non pas successivement ». 5. Thomas, 15, 4. x1v, a. 7. En effet, « la science de Dieu est sa substance même. Comme la substance divine est absolument immuable, il est nécessaire que sa science soit tout à fait invariable ». Id., 4. x1v.

Cf. Contra gent., 1. I, ©. Lv-Lvrr. On peut trouver de cette immutabilité éternelle de la science divine une analogie dans l'intuition intellectuelle immédiate des premiers principes; simple analogie. Voir l'expression « intuition » ou « vision » employée pour désigner la science divine dans Gen., 1, 31; Eccli., xx, 29; Matth... vi, 4; Hebr., 1v, 13. Saint Augustin ἃ donné de cette vérité un beau commentaire dans le De diversis quæstionibus ad Simplicianum, 1. 11, q. 1, n. 3, P. L., t. xL, col. 140.

3. Compréhensive. — Elle épuise en un acte unique la cognoscibilité de son objet dans toute son amplitude, qu'il s'agisse de l’objet premier de la connaissance divine, lequel est Dieu lui-même, S. Thomas, PB, q. XIV, ἃ. 3; cf. a. 2, ou qu'il s'agisse de l’objet secondaire, les choses autres que Dieu, connues distinctement et complètement, telles qu’elles sont en leur cause première et telles qu’elles sont en elles-mêmes. Id., ibid., a. 6. Toute erreur, toute obscurité, toute hésitation doivent être complètement exclues de la science divine. Aussi la science divine ne saurait-elle être discursive comme la nôtre : « Dieu voit ses effets en lui-même comme en leur cause; sa connaissance n’est pas discursive. » Id., ibid., ἃ. 7.

20 Divisions de la science divine. — L’absolue simplicité divine nous interdit de placer dans la science de Dieu considérée en elle-même la moindre distinction. C’est par un acte unique et absolument simple que Dieu se connaît lui-même et toutes choses en luimême. Mais la diversité dans la science divine doit être envisagée du côté des objets. Et, sous cet aspect, on distingue :

1. Science spéculalive et science pratique. — La science spéculative se termine à un objet intelligible; la science à la fois spéculative et pratique se termine à un objet à la fois intelligible et réalisable. De lui-même, Dieu n’a et ne peut avoir qu’une science spéculative; de tout ce qui est en dehors de lui, et même des êtres simplement possibles, Dieu a une science à la fois spéculative et pratique. Des êtres qui seront réalisés, même dans l’ordre des futurs libres, la science divine est pratique, en même temps que spéculative, car la science divine est la cause de tout ce qui existe en dehors de Dieu. Le mal lui-même, « bien que Dieu n’en puisse être l’auteur, n’en tombe pas moins, comme le bien, sous la connaissance pratique, pour autant que Dieu le permet, l'empêche ou y introduit un ordre ». Id., tbid., a. 16. Quant aux simples possibles, la connaissance pratique qu’en ἃ Dieu est qu’ils sont réalisables, bien que Dieu ne doive jamais les réaliser. Id., ibid. ; cf. De verilale, 4. 111, a. 3.

2. Science nécessaire et science libre. — Cette distinction se justifie selon que l’objet ne dépend pas ou dépend du libre décret de la volonté divine. C’est d’une science nécessaire que Dieu se connaît lui-même et connaît les possibles en nombre infini. Tous les autres êtres dépendant de l’acte créateur parfaitement libre de Dieu, sont donc l’objet de sa science libre. Cette science est dite libre, non parce qu’elle peut être absente de l'intelligence divine dans l’ordre présent de sa providence, mais parce qu’elle aurait pu en être absente, si Dieu n'avait pas décidé de réaliser son objet. Elle est donc hypothétiquement nécessaire.

3. Science d'approbation et science d’improbation. — Cette distinction est faite par rapport au bien ou au mal moral objet de la science divine. Saint Thomas appelle la science divine, science d’approbation, secundum quod est causa rerum. 15, q. xiv, ἃ. 8. Il s’agit ici de la science qui est cause véritable des choses, ce qui ne peut se vérifier que par rapport au bien. Ces termes semblent empruntés à saint Augustin, Quæsliones in Heptateuchum, 1. 1, 4. Lvrr, P. L., t. XXxIv, col. 563. Doctrine clairement exposée par L. Billot,

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