SCIENCE DE DIEU. DOCTRINES THÉOLOGIQUES
De Deo uno el trino, thèse Χχαπι, ὃ 2. On applique à la science d’improbation Matth., ναι, 23; xxv, 12.
4. Science de simple intelligence et science de vision. La distinction est ainsi formulée par saint Thomas, Is, q. XIV, ἃ. 9. Après avoir rappelé que Dieu sait tout, même les choses qui n’ont pas d'existence actuelle, saint Thomas ajoute : « Entre les choses qui n’ont pas d'existence actuelle, une distinction est à établir. Il en est qui, bien que n'étant point actuellement, ont été ou seront, et celles-là, on dit que Dieu les connaît d’une science de vision; car l'intelligence de Dieu, qui est identique à son être, ayant pour mesure l'éternité, bien que privée de succession, comprenant tout le temps, le regard de Dieu, éternellement présent, porte sur tout le temps, et tout ce qui est dans le temps s'offre à lui en manière de chose présente. D’autres réalités non existantes en acte sont au pouvoir de Dieu ou de la créature, et cependant ni ne sont, ni ne seront, ni n’ont jamais été. A l’égard de celles-là, Dieu est dit avoir non une science de vision, mais une science de simple intelligence. Et l’on s'exprime ainsi parce que parmi nous, les choses qu'on voit ont un être propre en dehors du sujet qui voit. »
Ainsi donc, la science de simple intelligence ἃ pour objet les possibles qui n’ont pas d’autre être que celui qu'ils possèdent dans l’essence divine, miroir universel où sont contenues toutes les intelligibilités. La science de vision a pour objet les êtres réels, soit ayant existé, soit devant exister, soit actuellement existants, et ce, dans le domaine des êtres nécessaires comme dans celui des déterminations libres.
5. Science moyenne. — La conciliation de la prescience divine avec la liberté des déterminations des créatures intelligentes a amené Molina à distinguer dans la science de simple intelligence, une science dite moyenne, qui a pour objet les choses qui ne sont pas, mais qui seraient si telle condition était vérifiée. A ce fait contingent qui serait si... on a donné le nom de futurible. Le futurible est ainsi quelque chose de plus que le simple possible, mais quelque chose de moins qu’un être réel. Qu'il y ait de ces événements futuribles, c’est indiscutable. Cf. Matth., χα, 21. Que Dieu les connaisse, c’est chose certaine. La sainte Écriture, on l’a vu, l’affirme explicitement. Voir col. 1599. N'est-ce pas sur l’existence d’une telle science en Dieu que nous fondons la meilleure consolation à donner aux parents frappés dans leurs plus chères affections par la mort d’un enfant chéri : « Il est bien raisonnable, disait déjà saint Grégoire de Nysse, que Celui qui connaît l'avenir comme le passé, empêche cet enfant d'arriver à l’âge adulte, de peur qu’il ne commette le mal que, par sa prescience, Dieu sait qu’il aurait commis s’il avait vécu. » De infantibus qui mature abripiuntur, P. G., t. xLv1, col. 184. Cf. Catéchisme du concile de Trente, part. IV, ©. 11, n. 4. Sur ces points l’accord est complet entre théologiens, quel que soit leur sentiment sur l’opportunité du nom de « science moyenne » et sur le rapport de cette science à la science de simple intelligence ou de vision. Voir plus loin. Sur l’histoire de la science moyenne, on consultera, dans un sens qui prétend la faire dériver de saint Thomas, P. Dumont, S. J., Liberlé humaine et concours divin, Paris, 1936, p. 76-233, et dans le sens opposé, l’ouvrage classique du P. N. del Prado, De gratia et libero arbitrio, t. 111, Fribourg (Suisse), 1907, p. 117-186.
30 Moyen de la connaissance divine. — Nous plaçons encore ce sujet parmi les doctrines théologiques couramment enseignées, bien qu'il comporte déjà, comme on le verra, certaines adultérations qui en rendent l’enseignement moins consistant. On ἃ dit plus haut que toute la science divine se réduit à un acte unique, intuitif, compréhensif, indépendant des objets créés. Quand ils parlent du « moyen » de la connaissance di-
vine, les théologiens sont donc d'accord pour éliminer tout ce qui pourrait impliquer complexité en Dieu et dépendance à l'égard des créatures. Ainsi, pour Dieu, il ne peut être question de recevoir une impression quelconque, analogue à celle qui dispose notre intelligence à saisir les objets intelligibles. Dieu, connaissant toutes choses par un acte très simple qui s’identifie avec son essence même, n’a pas d'autre moyen de connaissance que cette essence divine, exemplaire de toutes les réalités concevables. C’est en connaissant toutes les manières — innombrables d’ailleurs — dont son essence peut être imitée et participée, que Dieu connaît ce qui n’est pas lui. Ainsi l’on a coutume de dire que Dieu connaît les êtres créés ou créables in seipso, lanquam medio cognilionis.
On ajoute que ce moyen de connaissance n’empêche pas que Dieu connaisse ces êtres tels qu’ils sont en euxmêmes, c’est-à-dire avec toutes les notes distinctives de leur individualité réelle. Toutes les perfections créées se retrouvent éminemment dans la perfection divine. « Or, Dieu ne se connafîftrait pas parfaitement lui-même, s’il ne connaissait toutes les manières dont sa perfection peut être participée par d’autres. Et la nature même de l'être ne lui serait pas connue en perfection, s’il ne connaissait toutes les manières d’être. Il est donc manifeste que Dieu connaît toutes choses d’une connaissance propre, selon que chacune se distingue de toutes les autres, » 18, q. XIV, a. 6.
C'est à ce point de la doctrine générale qu'interviennent certains théologiens pour donner un sens différent à la connaissance que Dieu aurait des êtres créés, in seipsis. Voir les Wirceburgenses, De Deo, disp. II, a. 3,n. 117-137, et surtout Suarez, De attributis Dei posilivis, 1. III, c. 11, n. 16; De scientia Dei futurorum contingentium absolutorum, 1. II, c. var, ἢ. 15; et aussi de nos jours, Piccirelli, De Deo uno et trino, n. 584 sq. Dieu connaîtrait aussi les choses immédiatement en ellesmêmes, dans leur objective vérité. On retrouvera cette conception à la base de plusieurs opinions qu’on examinera ultérieurement. La réfutation de cette opinion se trouve chez la plupart des thomistes dans leur commentaire sur la 4. xiv de la Is. Cf. Jean de Saint-Thomas, les Salmanticenses, Gonet, Gotti, Billuart, etc., et les manuels de Billot, Hugon, Diekamp.
Retenant donc la doctrine généralement admise, nous disons que l'essence divine, objet primaire de la science de Dieu, est le moyen dans lequel et par lequel Dieu atteint l’objet secondaire de sa science, c’est-àdire les êtres autres que lui. Cf. S. Thomas, Contra gentes, 1. 1. c. LxIX; Comp. theologiæ, ο. xxx. Descendons aux applications.
1. Connaissance des possibles. — On distingue deux sortes de possibilité, la possibilité intrinsèque et la possibilité ex/rinsèque. La possibilité intrinsèque, qui est la vraie possibilité métaphysique, consiste dans la convenance essentielle qu'ont entre eux les éléments de l'être possible. La possibilité extrinsèque marque simplement l'existence d’une cause extérieure capable d'appeler l'être à l'existence.
Les thomistes enseignent que la convenance essentielle des éléments a son fondement dans l'essence divine et se trouve constituée formellement par l’acte de l'intelligence divine découvrant toutes les virtualités de l'essence. Aussi, disent-ils, Dieu connaît les possibles en tant qu’il connaît, dans son essence infinie, les manières innombrables dont elle peut être participée. EL ces possibles sont en nombre actuellement infini. Mais il faut bien s'entendre sur la signification, en Dieu, de cette expression : infini actuel. « Qu'on ne dise pas : l'infini actuel étant impossible, on ne peut le poser en Dieu. Il ne s’agit pas de cela... Il n'y ἃ pas en Dieu d'idées distinctes, non plus que de multiplicité d'aucune sorte. Dieu connaît tout dans sa seule
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