SOMMES THÉOLOGIQUES. ÉNUMÉRATION
mas sera donc, comme il l’expose, d'apporter dans son exposé, qu'il voudrait plus logiquement ordonné et plus systématique, la brièveté et la clarté indispensables. La méthode d’exposition y sera en cause non moins que la présentation des doctrines et leur enchaînement intérieur.
Tous les auteurs de sommes théologiques auront éprouvé, sans les exprimer toujours aussi nettement, des ambitions semblables. Mais à travers leur œuvre, leurs tempéraments et leurs préférences se trahiront. Il serait dangereux, croyons-nous, de vouloir instituer entre eux des classifications. A l’intérieur de ce genre, la plus grande liberté est laissée à chacun. Liberté pour la méthode, la présentation extérieure, les grandes lignes de la construction. On trouvera par exemple chez saint Thomas, la Somme divisée en parties, cellesci en questions et les questions en articles. Chez Albert le Grand, on trouvera les parties, questions, membres, articles et parfois ceux-ci divisés à leur tour en quæsita. Présentation assez semblable chez Alexandre de Halès : parties, questions, membres, articles et paragraphes. Chez Guillaume d'Auxerre, on a une division en livres, traités, chapitres et questions. Chacun demeure libre.
De même, et surtout, pour l’agencement des idées. Sans doute des influences peuvent s'exercer de l’un à l’autre; il y a même parfois des emprunts qui ressemblent fort à des plagiats, que nous serions tentés du moins de qualifier de ce nom. Il est bon de les relever pour mieux préciser en quoi peut consister l’originalité d’un auteur, sa force d’assimilation peut-être ou sa docilité. Mais le choix de l’idée maîtresse qui commande une grande synthèse, les divisions principales où viendront s’insérer les divers traités, l’ordre même de présentation avec les dépendances qu’il crée entre les notions utilisées, tout cela dépend de la libre disposition de chacun. Ce sont dès lors plutôt des monographies qu’il faudrait écrire sur ces sommes et leurs auteurs. Seules elles permettraient de dégager ensuite non pas tant la filiation des sommes entre elles que l’évolution des idées et des méthodes. C’est de celles-ci que les sommes sont à la fois résultantes et témoins.
V. DE QUELQUES SOMMES THÉOLOGIQUES. — On ne trouvera pas ici l’'énumération, moins encore l’analyse de toutes les sommes de théologie, même entendues au sens le plus strict. Un volume y suflirait à peine; d’ailleurs le travail est en projet. On voudrait du moins fournir succinctement les indications indispensables pour orienter les recherches en ce domaine. L'ordre adopté est, autant que faire se peut, l’ordre chronologique.
1° Robert de Melun. — Ses Sententiæ sont une véritable somme théologique, divisée en libri, parles, capitula. Son 1. Ier, De sacramentis V. T., aborde les traités de Dieu, un et trine, des anges, de l’homme; le I. II, De sacramentis N. T., veut envisager les problèmes de l’incarnation, des sacrements, des vertus, de l’eschatologie. Mais il s'arrête au milieu du traité de l’incarnation. Composé vers 1152-1160 sans doute, il se présente sous une double rédaction, dont la plus longue doit être de Robert lui-même, la brève d’un ou deux de ses disciples. Il faut consulter à ce sujet R. Martin, O. P., L'œuvre théologique de Robert de Melun, dans Rev. d’hist. ecclés., 1914, p. 456-489.
20 Hubertus (vers 1170). — Voir l’étude de M. Grabmann, dans Rech. théol. anc. médiév., 1929, p. 229-239.
30 Pierre de Poitiers (vers 1167-1170). — Il s’agit de ses Sententiarum libri quinque. Cette somme est transmise, complètement ou partiellement par 33 mss et, dans une forme abrégée, par quatre autres. Ph. Moore dans son ouvrage The works of Peler of Poitiers (1936) en donne, aux p. 24-53. toute la tradition manuscrite, en établit l’authenticité et la date, en expose le
plan et la méthode. On en trouve un texte suffisamment correct dans P. L., t. cext, col. 789-1280.
4 Étienne Langton. — Il s’agit de la Somme de Bamberg qui lui est attribuée, mais dont l’authenticité est contestée. L'état du problème est bien exposé par ©. Lottin, Rech. théol. απο. médiév., 1929, p. 372 sq.; 497 sq. Divisée en trois parties, elle étudie d’abord Dieu et son œuvre, l’ange, l’homme, le péché, les commandements, les vertus; puis dans la Ile partie, l’incarnation; dans la IIIe, les sacrements. Elle aurait été composée vers 1185-1190.
5° Raoul Ardent. — Son Speculum universale doit être antérieur à Simon de Tournai, mais postérieur au III concile du Latran (1179). Il faut toujours se reporter à l'étude de B. Geyer, Radulphus Ardens und das Speculum universale, dans Theolog. Quartalsckhrift, t. xcunr, 1911, p. 63-89. On en connaît six manuscrits; cette œuvre est encore inédite.
6° Simon de Tournai. — On connaît six mss de sa Somme qui se place vers la fin du xx siècle. Encore inédite, elle est très personnelle. Après une introduction De sermone theologico elle traite : De Deo et divina natura; puis De rebus divinis quæ sunt ipse Deus, id est de personis; ensuite : De rebusdivinis quæ sunt a Deo : l'ange, l'homme (création, chute, péché originel, vertus); De Christo incarnato pro homine lapso reparando (l’incarnation, la loi, le Décalogue); De sacramentis Christi per quæ fit reparatio hominis. Voir Grabmann, Geschichte der scholastischen Methode, t. 11, p. 535-552.
7° Martin (peut-être Martin de Fougères). — Il écrit vers 1200 sa Somme inspirée de celles de Simon et de Pierre de Poitiers. Trois parties : 1. De Deo uno et trino; 2. création, péchés, vertus et dons, incarnation; 3. De signis, c’est-à-dire les sacrements : eucharistie, baptême, ordre, mariage, suivis des fins dernières. L'œuvre est restée inédite. On en connaît cinq mss. Voir Grabmann, op. cit., t. 11, p. 524-530.
8° Pierre de Capoue. — Dédiée à Gauthier, archevêque de Palerme (1201-1202), sa Somme marque le début du Χαμ siècle. Dix mss au moins la conservent encore. Le plan est assez voisin de celui de Martin; mais le traité de l’incarnation y est rejeté au début du IIIe livre. Voir Grabmann, op. cit., t. 11, p. 532-534.
90 Robert de Courçon. — Treize mss sont connus de sa Somme composée entre 1204 et 1207. Du double objet de la théologie, la foi et les mœurs, il retient le second; traitant longuement d’abord de la pénitence, puis des divers péchés et des cas de conscience. Après quoi, il aborde les autres sacrements, réservant pour la fin la prière, les suffrages, le châtiment des mauvais et la gloire des bons. Voir Grabmann, op. cit., t. 11, p. 494.
10° Prévostin. — A côté de sa Summa de ofjiciis et de sa Summa contra hærelicos, qui appartiennent plutôt à d’autres catégories, vient se placer sa Summa theologica. G. Lacombe, à qui il faut recourir pour étudier cet auteur, La vie et les œuvres de Prévostin, assigne à la composition de cette somme les années 1206-1210; certains pensent qu’elle pourrait être antérieure. On n’en ἃ pas moins de 36 exemplaires manuscrits. Elle est divisée en quatre livres qui traitent de Dieu, des créatures, de la christologie, de la doctrine sacramentaire et eschatologique. On en trouvera la liste très détaillée dans Lacombe, op. cil., p. 168-178.
11° Godefroy de Poiliers. — Sa Somme, dont on ἃ huit mss, se place vers 1215, certainement après 1210. Divisée en quatre livres, elle suit le plan classique :
Dieu, la création, le Christ, le salut. Dans le 1. IL, le |
traité de l’homme est suivi de ceux du péché, des commandements, des vertus et des dons. Le tout demeure inédit.
12° Guillaume d'Auxerre. — Sa Summa aurea au contraire, eut un énorme succès (on en connaît une soixantaine de mss), exerça une profonde influence et