‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 5)Chapitre 264 sur 457 · JEAN-CLAUDE) — SONGE · texte numérisé non relu

JEAN-CLAUDE) — SONGE

mont le 16 juin 1711, par messire Jean-Claude Sommier, conseiller et prédicateur ordinaire de S. A. R. et curé de Champs, Lunéville, 1711, in-4°, 20 p.

Dom Calmet, Bibliothèque lorraine; Michaud, Biogr. universelle, au mot Sommier; chanoine E. L’'Hôte, J.-C. Sommier, archevêque de Césarée et grand-prévôt de Saint-Dié, dans Bulletin de la société philomatique vosgienne, 35° an., 1909-1910; cf. ibid., t. XIII, XIV, XXXIII, XXXV, XXXVII.

G. GLEz.

SONGE. — Un article sur les songes a sa place dans la théologie catholique, en raison des révélations que la Bible nous affirme avoir été faites au moyen des songes. Ce fait est indubitable. À des degrés divers, les songes manifestent l'intervention divine. Par eux, Dieu effraie, Job, 1v, 12-21; vir, 14; Sap., xvirt .17; il parle, Job, xxx, 15-18; il fait connaître ses volontés, Num., ΧΙ, 6; en un mot, il se manifeste, I Reg., XXVIN, 6, 15. Ces deux textes semblent même placer les manifestations divines par songes sur le même plan que l’Urim et les prophètes. Joël prédit qu’au temps du Messie les fils d'Israël auront des songes, c’est-à-dire auront d’abondantes communications divines. Joel, 11, 28; cf. Act., 11, 17.

La sainte Écriture elle-même reconnaît que cette sorte de manifestation divine peut donner lieu, de la part d’imposteurs et de faux prophètes, à des subterfuges et des contrefaçons, à l’endroit desquels les Israélites doivent se mettre en garde. Deut., xu11, 1-5; Jer., XXII, 25; XXIX, 8, 9. Quelle garantie de vérité donner aux songes d’origine divine? On n’en voit guère d’autre que le caractère du personnage qui en était favorisé et la conformité des songes avec les enseignements divins. La réalisation des songes peut être, après coup, une confirmation de leur origine divine. On trouvera dans le Dictionnaire de la Bible, t. v, col. 1834, la liste des songes d’origine divine dont l’Écriture fait mention.

A l’égard de celui qui reçoit, par songe, une communication divine, la certitude de l’origine surnaturelle du songe peut être donnée par des contours plus précis, par des manifestations de messagers divins, hommes ou anges. Voici ce qu’écrit à ce sujet saint Thomas : « La lumière prophétique qui élève aux choses surnaturelles quelqu'un qui s’occupe des choses sensibles à l’état de veille paraît être d’une force plus vive que celle qui se trouve dans l’âme de l’homme détachée des choses sensibles pendant le sommeil. » Sum. theol., 115- 115, q. cLxxIV, ἃ. 3. Il ajoute que la certitude est plus grande dans le sommeil, si les signes sensibles de la révélation sont apportés par une personne; plus grande encore, si cette personne est un ange. Ceci sans doute pour mieux assurer la réalité des visions que saint Joseph eut en songe lors des poursuites dirigées par Hérode contre l’enfant Jésus. Matth., 1, 20; 11, 13, 19, 22. « Un songe a peu d'importance. Aussi Matthieu a soin de dire que l’ange a apparu, comme tel; et rien n’empêche que Dieu donne la certitude de sa parole pendant le sommeil comme pendant l’état de veille. Mais le sommeil a quelque chose de plus passif. Joseph n'intervient pas, ne donne pas la réplique à l’ange. C’est ensuite qu’il obéit. Cette attitude convient à son rôle effacé. » J. Lagrange, Évangile selon saint Matthieu, Paris, 1923, p. 13. Le songe peut donc parfois procéder de la révélation divine. Cf. S. Thomas, ΠΕΡῚ ΤΡ. q. XCv, à. 6.

Dictionn. de la Bible, art. Songes, t. v, col. 1832-1834;

Dictionn. apologétique de La foi catholique, art. Occultisme, t. 111, col. 1125 (une colonne sur les songes et l’état divinatoire); art. Prophétisme, t. 1V, col. 411-412 (quelques indications sur les songes et le prophétisme). Ici même, art, PRro-

PHÉTIE, t. XII, 00]. 716-717, 720; R. Garrigou-Lagrange, De revelatione, t. 11, Paris, 1918, p. 117-118. A. MICHEL.

SONNIUS François, ainsi nommé de la petite ville de Son (Brabant), où il naquit le 12 août 1506, s'appelait en réalité van den Velde (nom qui a été traduit en latin par De Campo). Professeur de théologie à Louvain en 1544, il accompagne à Trente l’évêque de Tournai (1546-1547), y retourne en 1551-1552 comme représentant de l’empereur et de l’université de Louvain et prend part au colloque de Worms en 1557. De 1558 à 1559 il est à Rome pour négocier l'érection de nouveaux évêchés dans les Pays-Bas. Nommé évêque de Bois-le-Duc en 1561, il échange ce siège pour celui d'Anvers en mars 1570, c’est là qu'il meurt le 29 juin 1576.

Outre des ouvrages catéchétiques, il a laissé des œuvres de théologie polémique. La plus importante est Demonstrationum religionis christianæ verbo Dei libri 111, parue, livre par livre, à Anvers, de 1555 à 1562; un 1. IV sur les sacrements ἃ élé publié après la mort de l’auteur en 1577; les 1. V et VI sur le sacrifice, les vertus, les péchés, qui étaient projetés, n’ont pas vu le jour. On cite encore : Succincla demonstralio ex verbo Dei et Patribus errorum Confessionis calvinisticæ, Louvain, 1567.

Biographie nationale de Belgique, t. XXIu1, col. 179-224; Th. Goossens, Franciscus Sonnius in de pamfletten, thè-<e de Louvain, 1917; Lexikon für Theologie und Kirche, τ. 1x, col. 667 ; Hurter, Nomenclator, 3° éd., t. 111, col. 39-40; de Ram, Francisci Sonnii ad Viglium Zuichemum epistolæ, 1850; Claessens, Quelques éclaircissements sur l'établissement des évêchés dans les Pays-Bas, Louvain, 1859.

Ε. AMANN.

SOPHONIE, le neuvième des douze petits prophètes dans le texte massorétique, les Septante et la Vulgate. I. Le prophète. II. Le livre (col. 2371).

I. LE PROPHÈTE. — 19 Nom. — Le neuvième livre des petits prophètes est attribué à un personnage du nom de Sophonie. La forme du nom dans la Vulgate dérive des Septante, Zowoviac, tandis que l’hébreu porte #1°39%, Sephanyäh, avec la signification

Jahvé a caché ou protégé, du verbe sâphan. A côté de cette interprétation du nom du prophète, xexpuy1:16v0c κυρίου, hoc esl arcanus Dei, saint Jérôme en propose une autre en rattachant le nom au verbe säphäh, contempler, ce qui, remarque-t-il dans sa lettre à Paulin, définit fort bien la mission du prophète qui a connu et contemplé les desseins de Jahvé. Epist., LI, 7, Ρ. L., 1. ΧΧΙΙ, 00]. 547. Trois autres personnages de l'Ancien Testament sont également désignés sous ce nom : un prêtre qui vivait du temps du roi Sédécias et qui périt lors de la ruine de Jérusalem, IV Reg., xXXv,18,sonnom revient à plusieurs reprises danslelivre de Jérémie, xx1, 1; xx1x, 25, 29; XXXVII, 3; LII, 24, un lévite de la famille de Caath, mentionné dans I Par., vi, 36, et le père de ce Josias dont il est question dans Zach., vi, 10, 14.

20 Origine. — Par ailleurs il n’est plus question du prophète Sophonie dans l’Ancien Testament; c’est donc par son livre seul que nous pouvons le connaître, et encore, en dehors du titre, le livre ne nous fournit-il aucun renseignement sur la personne de son auteur. Ce titre lui-même ne contient à ce sujet qu’une liste généalogique, composée de quatre noms contrairement à l’usage ordinaire selon lequel le nom du père seul est indiqué. Le dernier de ces noms étant celui de Hizqyyäâh, on pense généralement, et non sans raison, que c’est l’importance même de cet ancêtre qui aura motivé l’étendue extraordinaire de la généalogie de Sophonie, c’est pourquoi on infère, non sans vraisemblance, que ce nom n’est autre que celui d'Ézéchias, roi de Juda de 727 à 698, sous le règne duquel Isaïe exerça la plus grande partie de son ministère, En réponse à l’objection que, dans ce cas, la mention de

SONNIUS (FRANÇOIS) — SOPHONIE

« roi de Juda » aurait dû suivre le nom de Hizqyyäh, on fait observer qu’à l’époque de la rédaction du livre ce nom seul suffisait à désigner le personnage bien connu qui avait régné de longues années sur Juda et qui avait tenté une réforme religieuse analogue à celle que réalisera Josias; il n’y avait dès lors aucun risque de confusion avec quelque autre personnage du même nom. Rien du reste dans le contenu de l’oracle de Sophonie qui s’oppose à cette identification; dans cette hypothèse, on comprend au contraire la connaissance dont fait preuve le prophète de la cour de Jérusalem et de ses habitudes, 1, 5, 9, et la place que tiennent dans ses reproches les princes du sang et les fils de roi, 1, 8; l’audace même avec laquelle il annonce à ces derniers le châtiment s’expliquerait plus aisément par son origine royale, bien que pareille audace, même plus accentuée, se retrouve chez d’autres prophètes comme Jérémie par exemple. Il est vrai que quatre générations sépareraient ainsi Sophonie d'Ézéchias, alors que trois seulement existent entre Ézéchias et Josias, le contemporain du prophète. Si l’on tient compte de l’âge de Manassé, quarante-cinq ans d’après la chronologie de IV Reg., xx1, 1, 19, à la naissance de son fils Amon, père de Josias, le fait trouve une explication satisfaisante. Pour Sellin, la mention des noms des trois ancêtres de Sophonie, dans la composition desquels entre le nom de Jahvé, aurait pour but de rappeler que Sophonie, malgré le nom de son père, Coushi, c’est-à-dire Éthiopien, avait droit à faire partie de l’assemblée de Jahvé selon la prescription de Deut., ΧΧΠΙ, 8-9; cf. Jer., xxxv, 14. Einleitung in das Alle Testament, 1929, p. 121.

30 Époque. — Le titre du livre nous apprend que Sophonie prophétisa au temps de Josias, roi de Juda de 638 à 608. Le règne de ce roi se divisant en deux périodes très dissemblables, l’une qui a précédé et l’autre qui a suivi la réforme religieuse de 622, à la suite de la découverte du livre de la loi dans le temple, IV Reg., ΧΧΤΙ-ΧΧΠΙΙ, la question se pose de savoir dans laquelle de ces deux périodes placer l’activité du prophète. La nature même de cette activité permet de la fixer à la première partie du règne, au temps où les réformes entreprises par Josias n'avaient pas encore fait disparaître les nombreuses pratiques idolâtriques, objet des sévères condamnations de Sophonie.

La situation religieuse et morale en effet que stigmatise le prophète ne semble pas bien différente de celle qu’avaient créée les règnes des rois impies Manassé et Amon, car les premières tentatives de réforme de Josias, opérées douze ans après son avènement, II Par., XXXIV, 3, 7, n’y avaient pas apporté grand remède. Le culte de l’armée des cieux, dénoncé par Sophonie et à maintes reprises par Jérémie, vit, 9; VIT, 2; XIX, 13; XLIV, 17, avait pénétré dans le royaume d’Israël dès avant la colonisation assyrienne et avait été une des causes de la ruine de Samarie. IV Reg., xvn1, 16. Avec Manassé, il avait fleuri en Juda; ne vit-on pas ce roi bâtir des autels à toute l’armée du ciel jusque dans les deux parvis de la maison de Jahvé? IV Reg., ΧΧΙ, 5. Sans doute à son retour de captivité, au témoignage de II Par., ΧΧΧΠῚ, 15, fit-il disparaître du temple ces marques de l’idolâtrie, mais ni le peuple, ni son successeur Amon ne l’imitèrent dans sa conversion, aussi n'est-il pas étonnant que Josias ait encore trouvé dans les parvis du temple les autels fabriqués par Manassé, IV Reg., xx1n1, 12, et que le culte des astres ait encore joui d’une faveur spéciale, ainsi que l’attestent tous les objets qui y étaient consacrés et qui furent trouvés par Josias dans le temple lors de la réforme. IV Reg., XXII, 4-5, 11-12.

Les désordres religieux et sociaux contre lesquels proteste Sophonie sont ceux-là même auxquels s’attaque la réforme de Josias et que signalent l'historien

des Rois et le voyant d’Anatoth. Culte de Baal, culte des astres, adoption des modes et usages étrangers marquent dès le début de l’oracle du petit prophète la situation lamentable de l’époque; ses graves avertissements auront pour effet sinon d'apporter le remède, de préparer du moins les esprits à le recevoir. 1, 4-6, 8. De la prédiction relative à l’extermination du « reste de Baal », 1, 4, quelques critiques ont conclu que ce culte idolâtrique n’avait plus alors l'extension des premières années du règne de Josias qui, par les mesures prises contre les cultes païens, en avait déjà préparé la disparition et que par conséquent l’oracle de Sophonie serait à ramener aux temps qui ont suivi la réforme. Mais tel n'apparaît pas le sens de l’expression « exterminer le reste de Baal », qui dans l'usage de l’Ancien Testament signifie : détruire complètement jusqu’au dernier reste. Cf. Is., χιν, 22; Amos, IV, 2. Les Septante ont lu, au lieu de « reste de Baal », les « noms de Baal ».

Non moins que la situation religieuse et morale la situation politique que laissent supposer les allusions du livre de Sophonie nous reporte à cette même période du règne de Josias antérieure à la réforme de 622. Dans son annonce de l’approche du Jour de Jahvé et des châtiments terribles qui fondront sur Juda et Jérusalem, de même que sur quelques peuples voisins, le prophète prévoit que la catastrophe sera causée par une guerre qui répandra la terreur et l’angoisse, la désolation et la ruine. 1, 5; 11, 4-5. « Bien qu’il faille faire la part du développement oratoire et surtout de la portée eschatologique que les événements attendus revêtent dans la vision prophétique, il est évident que Sophonie se montre en droit de supposer chez ses auditeurs la conscience d’un grand danger qui menace le royaume de Juda. Le ton sur lequel il profère ses reproches et ses avertissements à l’adresse de ses concitoyens ne permet, en eflet, de songer à aucune espèce de fiction à cet égard. » Van Hoonacker, Les douze petits prophètes, p. 500. Quel est l'événement historique qui correspond à cette menace du prophète et à cette crainte des habitants de Juda? Pour le déterminer, on a rapproché de l’oracle de Sophonie celui de la prophétesse Holda, IV Reg., xx11, 15-20, et surtout ceux des six premiers chapitres du livre de Jérémie, qui témoignent des mêmes préoccupations et des mêmes angoisses à Jérusalem au temps de Josias. Ni l’un ni l’autre prophète ne nomment ni ne désignent clairement cet ennemi, instrument des vengeances divines. On ne saurait y reconnaître les Assyriens; leur décadence déjà commencée et la condamnation prononcée contre eux, Soph., 117, 13, ne permettent guère de les considérer comme les farouches envahisseurs prédits. On a pensé à l’invasion des Scythes, dont les hordes, au témoignage d’Hérodote, 1, 103-106, répandaient alors la terreur et portaient la dévastation à travers l’Asie occidentale; leur domination, toujours au dire d’Hérodote, 1, 106, aurait duré vingt-huit ans, chiffre probablement exagéré qu’il faut réduire, d’après les données d’historiens postérieurs, à une dizaine d’années, de 632 à 622 environ. Dans leur campagne contre l'Égypte, la Palestine, sinon le pays même de Juda, eut à soufirir de l’invasion; la ville de Scythopolis, l’ancienne Beth-San, aujourd’hui Beisân, est un témoin assez sérieux de l’occupation de la ville par un groupe d’envahisseurs, dont elle aurait pris le nom, étant désignée à partir de l’époque hellénistique sous le vocable de Scythopolis. Cf. Abel, Géographie de la Palestine, t. 11, p. 280-281; Rev. biblique, 1912, p. 412- 413. Il n’est pas certain toutefois, même admise l’exactitude des renseignements d’Hérodote, que l’ennemi visé par Sophonie soit le peuple des Scythes; sa description en effet est trop peu précise pour qu’on puisse y voir la désignation de te! ou tel peuple. Les derniers

Je E

PROPHÈTE 2370 commentateurs du livre de Sophonie se montrent très réservés à ce sujet; le prophète de Jahvé, observe Junker, n’a pas besoin d’une menace déjà existante pour avertir Juda, il sait que Jahvé a la puissance de susciter quand il lui plaira un instrument de ses vengeances. Die zwôlf kleinen Propheten, 11 Hälfte, p. 63. Il n’en reste pas moins que la lerreur répandue par les invasions des hordes scythes ἃ pu fournir au prophète un point d'appui solide pour ses descriptions hyperboliques et eschatologiques de la catastrophe que devait amener le Jour de Jahvé.

A l’hypothèse de la composition du livre de Sophonie antérieurement à la réforme de 622 on ne manque pas d’opposer des indices d’une rédaction plus récente, entre autres la dépendance dont témoigneraient certaines expressions du prophète à l’endroit du Deutéronome, influence qui s’expliquerait tout naturellement par la découverte récente de ce livre. Par ni les exemples invoqués à l’appui de cette affirmation, la plupart se réfèrent à des tournures de phrase trop générales ou trop communes pour permettre de conclure à quelque dépendance; seule pourrait être retenue la seconde partie du ÿ. 13 du €. 11 : «Ils bâtiront des maisons et n'y demeureront point; ils planteront des vignobles et n’en boiront pas le vin », dont la ressemblance est indéniable avec Deut., xxvur1, 30 : « Tu bâtiras une maison et tu ne l’habiteras point; tu planteras un vignoble et tu n’en jouiras pas. » Cf. Deut., xxvir1, 39. Mais déjà une formule semblable se trouve dans Amos, v, 11, ce qui prouverait qu’il y a là une expression accoutumée des oracles de menace et qu'il n’y ἃ pas lieu en conséquence d’en conclure à une dépendance littéraire entre les auteurs qui l’emploient. On peut en dire autant du rapprochement suggéré entre Soph., 1, 17, et Deut., xxvirr, 28-29.

On ne saurait davantage retenir comme un indice de rédaction postérieure à la réforme la menace du châtiment divin contre les princes et, selon le texte massorétique, les fils du roi, qui auraient été bien jeunes, même au temps de la réforme, pour mériter pareille menace. Le passage doit s'entendre, selon la leçon des Septante qui semble préférable, des membres de la maison du roi, τὸν οἶκον τοῦ βασιλέως. Plus significative serait l’allusion du prophète à une violation de la loi par les prêtres, 111, 4, cette loi n’étant autre que celle du livre découvert dans le temple, ainsi que semble bien l’entendre le verset suivant. Pour autant du moins que l’obscurité de ce verset permet d’en dégager la signification, il y est dit que les habitants de Jérusalem ne peuvent ignorer la loi qui leur est annoncée régulièrement : « tous les matins il (Jahvé) établit son jugement (sa loi) pour donner la lumière », autrement dit : il met sa loi en lumière, ce qui n’empêche pas les impies de la violer. Faut-il voir dans ce passage la condamnation, non plus comme au c. 1 des pratiques idolâtriques, abolies par la réforme deutéronomique, mais la violation de la loi morale dont la réforme malgré des rappels incessants n’avait pu assurer la fidèle observation? Pas nécessairement, car il n’est pas certain, tout d’abord, que la loi dont il est ici question soit une loi écrite; même si elle l'était, on ne serait pas tenu pour autant d’y voir le Deutéronome, comme si, avant sa découverte, on avait ignoré l’existence de toute loi écrite; Osée ne dit-il pas : « Que j'écrive pour lui les paroles de ma loi, elles sont réputées comme d’un étranger? » vit, 12; cf. 1V, 6. Si, d’autre part, le livre de Sophonie avait été rédigé après la découverte du Deutéronome et la réforme qui suivit, ne devrait-on pas y rencontrer quelque allusion tout au moins à ce qui fait l’objet principal et du livre de la loi découvert dans le temple et de la réforme qui s’en inspire, à savoir la centralisation du culte? Or, l’absence de toute allusion à cette centralisation n'est-

elle pas une preuve que le livre n’a pu être composé qu'avant les événements de 622 ἢ

Non moins que la situation particulière du royaume de Juda durant la première partie du règne de Josias, la situation générale de l’Asie occidentale à cette même période semble bien répondre au milieu historique de l’oracle de Sophonie; les bouleversements dont cette partie du monde ancien étaient alors le théâtre ne furent pas sans répercussion en effet sur la vie politique et même religieuse de Juda et permettent d’en mieux comprendre l’évolution. Au siècle précédent, l’empire assyrien avait étendu sa domination sur les Araméens de Damas, le royaume d’Israël et la Babylonie. Avec Sennachérib (705-681), la conquête s'était étendue jusqu’au rivage méditerranéen et Jérusalem avait été assiégée. Avec Assurbanipal (669- 626), c’est l’apogée de l’Assyrie et le triomphe sur l'Égypte, marqué par la ruine de Thèbes en 663, qui apparaîtra au prophète Nahum comme une image anticipée de l’anéantissement de Ninive. A la mort du grand conquérant assyrien, c’est le déclin rapide de son vaste empire; la capitale succombe sous les coups de la coalition des Mèdes, alliés à Nabopolassar et aux Scythes, et bientôt c’est Babylone qui va prendre la place de Ninive dans la suprématie du monde oriental.

Achaz, Manassé et Amon furent sous la dépendance de l’Assyrie. Or, la suzeraineté politique n’allait pas à cette époque sans une influence morale et religieuse; les dieux du peuple vainqueur ne s’avéraient-ils pas en effet plus puissants que ceux des peuples vaincus, ne méritaient-ils pas dès lors les honneurs d’un culte que, par intérêt ou conviction, leur accordaient les vaincus, en l’associant à celui de leurs divinités nationales? Ce syncrétisme religieux avait été très florissant au temps d’Achaz et la réaction politique et religieuse d’'Ézéchias n’avait assuré que pour un temps le triomphe du jahvisme, car avec Manassé, fils et successeur d'Ézéchias, réapparurent plus que jamais la guerre aux fidèles de Jahvé et les pratiques du syncrétisme religieux; les dieux de l’Assyrie étaient à la place d'honneur parmi les dieux d’autres nations, à côté des Baal, des Astarté, de Milcom; il importait en eftet de se ménager également le concours des peuples voisins pour le cas d’une tentative d’affranchissement du joug assyrien. Cependant la rébellion malheureuse contre Assurbanipal, II Par., xxxtmr, 11, l’opposition persistante des Israélites demeurés malgré tout fidèles à leur Dieu, les protestations énergiques des prophètes ne laissèrent pas que de porter une grave atteinte à l’anti-jahvisme, dont le court règne d’Amon ne parvint pas à le relever, ce qui permit au jeune roi Josias d'entreprendre, sous d’heureuses influences, la purification dans Jérusalem de tout ce que l’idolâtrie y avait laissé de traces depuis les règnes de ses deux prédécesseurs et de commencer ainsi à « rechercher le Dieu de David son père ». La mort d’Assurbanipal, la décadence de l’Assyrie qui va se précipiter, des événements comme l’apparition des hordes scythes sont autant d’éléments favorables à l’affranchissement définitif de l’influence étrangère et païenne. Cf. Florit, Sofonia, Geremia e la cronaca di Gadd, dans Biblica, 1934, p.8-13. A un prophète, soucieux de l’avenir du jahvisme, les circonstances ne pouvaient manquer de paraître favorables à une intervention, c’est ce que, sous l’inspiration divine, comprit Sophonie dont l’oracle devait aider au succès de la réforme que ne devait pas tarder à entreprendre le roi Josias.

II. LE LIVRE. — 19 Contenu. — L'idée fondamentale de l’oracle de Sophonie est l’annonce du « Jour de Jahvé » ou du jugement de Dieu contre toute la terre et Juda en particulier; mais de l’épreuve doit sortir le salut qui sera d’autant plus éclatant que le châtiment aura été plus terrible.

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