‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 5)Chapitre 269 sur 457 · SORCELLERIE. POSSIBILITÉ · texte numérisé non relu

SORCELLERIE. POSSIBILITÉ

potions avec telle herbe cueillie à tel jour et à telle heure, etc. « Généralement, il n’y a rien de bien impie en cette magie blanche, dont l’ineptie égale la candeur; et, à moins d’évocation plus ou moins expresse du démon, le mieux est peut-être de la combattre par d’opportunes railleries. » J. Didiot, Morale surnaturelle spéciale, p. 486.

4. A mi-chemin entre cette sorcellerie anodine et le vrai maléfice, on doit faire une place à l’ensorcellement par suggestion, qui, sans action directe sur la santé, peut fort bien détraquer les cervelles. Le moyen le plus sûr pour le sorcier privé de vrais secrets d'augmenter son influence est d’inspirer la crainte : quand sa réputation a été établie par un heureux hasard, « quand on sait qu’un signe de lui peut amener la maladie ou la mort... alors il peut user et abuser de son ascendant : la réussite pour lui est en quelque sorte assurée. Dans ce cas et sans qu’il s’en doute luimême, il agit par suggestion. Il a voulu d’abord acquérir de l’influence;.. à ce jeu, sa volonté s’est aflirmée, à son insu; et maintenant il met en œuvre l'hypnose, sans connaître ni le mot, ni la chose; et désormais, pour lui résister, il faut engager contre lui une lutte de volonté dont sont incapables des paysans frustes, dominés d’avance par le charmeur ». Ch. Lancelin, op. cil., c. IV, p. 79 sq.

5. Le maléfice est un élément, en somme, essentiel à la magie noire, puisque le recours au démon ne peut tourner qu’au mal de ses clients; en tous cas, c’est un caractère propre à la sorcellerie, dans tous les sens où l’on prend ce mot d'ordinaire. ἃ ce point de vue, les guérisseurs sont mis à part des vrais sorciers. Sur les guérisseurs, voir deux articles de l’Ami du clergé, 1902, p. 824 et suiv.; et 1933, p. 657 et suiv.; entre les deux solutions, il y a une marge qui est sans doute proche de la vraie prudence. On distingue, parmi les maléfices coutumiers des «jeteux de sorts», ceux qui atteignent : les éléments inanimés, comme la pluie, la grêle, la gelée, les moissons, etc…., les animaux, surtout ceux des étables, les hommes enfin; et l’on cite des exemples de maladies étranges et d’épidémies tenaces. Cf. Ami du clergé, 1902, p. 980, dont nous ne garantissons pas toutes les références. On a pensé mettre à part, parmi les œuvres des sorciers, ce qu’on a appelé les philtres d'amour, qui consistent à inspirer un amour ou une horreur irrésistibles à un homme ou à une femme; mais, dans la mesure où le diable aurait besoin d'intervenir en pareille matière, il est bien évident que c’est aussi un maléfice, sans qu’il soit à propos d’y voir une espèce distincte de sorcellerie. D’ailleurs tous ces méfaits, dont la gravité et la réalité sont variables, ne se distinguant que matériellement les uns des autres, ne peuvent constituer de véritables espèces de sorcellerie. Celle-ci, qui consiste essentiellement à faire du mal par un appel à des forces surnaturelles, ne comporte que trois contrefaçons : par suggestion, par vaine observance, enfin par l’intervention de quelque procédé naturel, ces quatre variétés pouvant d'’ailleurs se mêler l’une à l’autre.

II. POssiBILITÉ ET MÉCANISME. — À propos de chacune d’elles, une enquête préalable doit être établie par une saine philosophie, sur sa possibilité et sur son mécanisme, si l’on peut dire. La philosophie scolastique en a donné des explications plausibles qui auraient intérêt à être précisées par la science moderne.

1° Les anciens théologiens, en effet, n’ont jamais examiné ces questions dans leur ensemble, mais plutôt, comme il se devait, à propos de chacun des agents qu'elles prétendent mettre en jeu. Bornonsnous à signaler les solutions de saint Thomas, éparses dans ses deux Sommes et dans différents opuscules. Sur les maléfices en général, cf. Contra Gent., 1. 111, c. cvr.

1. Pour les maléfices venant des forces naturelles, saint Thomas se préoccupe de limiter l’élasticité indéfinie que les sorciers prêtent aux choses de la nature et aux influences célestes. Si leurs agissements se révèlent trop souvent étonnants, c’est que « les corps naturels ont certaines vertus occultes dont la raison nous échappe : pourquoi ne serait-il pas permis de les utiliser? ». 115-115, q. XCvI, a. 2, ad 1", Sans doute, dit saint Thomas; mais on ne doit pas attendre des réactions tout à fait disparates, car « celles-ci se produisent toujours de la même manière, en vertu du déterminisme qui les régit », loc. cil., ᾳ. XCV, ἃ. 5, corp., selon la forme substantielle, qui donne à chacun des êtres ses activités spécifiques, depuis le monde minéral et végétal aux réactions uniformes, jusqu’à la sphère des activités plus souples des animaux, puis des êtres libres; cf. De operationibus occullis naturæ, dans Opuseul., édit. Mandonnet, t. 1, op. 1. Cette réponse vaut mieux que la science du temps et condamne les tentatives absurdes de l’alchimie du Moyen Age. Pour les ligatures et autres maléfices à propos du mariage, cf. In IVum Sent., dist. XXXIV, 4. 1V, ἃ. 3. Quant aux corps célestes, auxquels la philosophie d’Aristote accordait une plus grande liberté de jeu et que les magiciens prétendaient appeler à l’aide de leurs pharmacopées, saint Thomas reconnaît leur influence sur la génération et l’activité des formes spécifiques naturelles, et admet pour autant que la magie peut provoquer une intensification des vertus des plantes, en les cueillant à tel moment, quibusdam eliam observatis molibus siderum, comme l'avait enseigné Porphyre; mais il refuse aux astres toute action magique sur la liberté de l’homme et sur les objets fabriqués, comme les dessins et les effigies, dont la puissance nocive ne peut venir que des mauvais esprits, 115-115, q. XCv1, ἃ. 2, ad 21», condamnant ainsi les « images astronomiques ».

2. Le maléfice par suggestion avait un nom au Moyen Age : «le mauvais œil». Saint Thomas, se basant sur l'Évangile, Marc., vu, 21,et une imposante tradition chrétienne, admet l’influx de l’oculus fascinans, I, q. cxvI1, a. 3; q. ex, a. 2 et 3; 115-115. q. xCv1, 5. 3, ad 1°»; Contra Gent., 1. III, c. cit; De potentia, q. vi, ἃ. 3, ad 7m; De malo, 4. ΧΥῚ, ἃ. 9, ad 13°; In Galat., c. 111, 1 : « L’imagination, quand elle est forte, agit spécialement sur les yeux qui peuvent alors réagir à une certaine distance. Si l’âme est agitée d’une véhémente malice, comme il arrive souvent chez les vieilles femmes, leur regard sera nuisible surtout pour les jeunes enfants très sujets aux impressions de l’extérieur. » La théorie thomiste du mauvais œil ne nous intéresse pas en elle-même; mais bien la position générale du grand docteur, qui n’admet pas d'influence directe de l'esprit sur la matière corporelle, sans intermédiaire physiologique. Elle pourrait être confrontée avec les théories modernes sur les médiums, ia télépathie, etc... ; et le système ainsi charpenté permettrait de remettre à leur place tant de tentatives d’ensorcellement anciennes et modernes. Envers les « charmeurs de serpents », saint Thomas est plutôt sceptique. [15-115, q. ΧΟΥῚ, a. 4, ad 21m,

3. Dans le sortilège vrai ou simulé, qui s'accompagne de vaines observances, il faut faire le départ entre ce qui est vraiment efficace pour le bien ou pour le mal, pour une guérison ou un maléfice, et ce qui est simplement inutile; « mais y joindre des inscriptions, des formules ou toute autre variété de pratiques, manifestement dénuées de toute efficacité naturelle, c’est donner dans une superstition défendue ». 115-11’, 4. XCvI, ἃ. 2, ad 1%, Comme le domaine de la supercherie est immense, il est bien probable que toutes ces vaines observances ne sont pas également cou-

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