‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 5)Chapitre 270 sur 457 · POSSIBILITÉ · texte numérisé non relu

POSSIBILITÉ

pables; «à côté des formules qui énoncent d’évidentes erreurs, il y en a d’autres qui sent simplement incompréhensibles, ignota nomina, dont il faut se défier; à côté de vains symboles ou de signes mystérieux, ou de précautions futiles, il peut se glisser de véritables invocations au diable. » Loc. cit., a. 4.

4. Enfin, puisque, aux yeux de saint Thomas comme de saint Augustin, il y a toute une frange des phénomènes magiques qui fait soupçonner l’intervention du démon, non seulement à l’origine de cette superstition, mais dans les agissements quotidiens des sorciers, il faut résoudre les deux questions du pouvoir des sorciers sur le démon, et du pouvoir du démon sur la nature.

a) Voici la première réserve : Homini non est poteslas super dæmones commissa, ut eis licile uti possit ad quodcumque voluerit, 115-115, q. xCviI, ἃ. 2, ad 31m, Entendons que, si les thaumaturges et les exorcistes peuvent recevoir sur eux un pouvoir passager, de la part du Christ et de l’Église, cf. 4. xc, ἃ. 2, «les démons ne sont point proprement soumis aux sortilèges, leur action n’est point liée nécessairement aux signes magiques. S’ils y obéissent, c’est très volontairement. » Cf. 5. Thomas, De potentia, 4. vi, a. 10.

b) Mais la puissance même du démon est assez limitée, si bien que, dans ses réponses aux sorciers, il en est réduit à user de supercherie et de suggestion, tout comme ceux-ci le font envers leurs clients. Saint Augustin, De Trinilate, 1. III, c. vrrr et1x, avait été trop catégorique sur ce point; saint Thomas, tout en s’objectant son opinion : dæmones etiam mullipliciter possunt corpora transmutare, ut dicit Augustinus, Sum. theol., ibid., se sent tenu de la conformer aux exigences d’une vraie philosophie. Les démons ne peuvent ni opérer directement un changement de substance, 15,4. ΟΧΥῚ, ἃ. 4; De potentia, 4. VI, a. 5, corp. et ad 81m, ni probablement procurer une guérison subite : « En tous cas, que l’on sache bien que, même si les démons rendaient tout à coup une santé parfaite, ce ne serait pas un miracle, car ils le feraient par le moyen d’une force naturelle; mais le feraient-ils? » De malo, 4. ΧΥῚ, a. 9. Ils ne peuvent donc certainement « ni ressusciter un homme, ni le changer en bête » (comme on le racontait dans les histoires de sabbat et de loups-garous), 15, q. LXV, ἃ. 4; q. ex, à. 2 : ce sont tout au plus des prestiges diaboliques. Ainsi le théologien ne retient que trois classes d’interventions des démons : 1. des prodiges objectifs opérés par ceux-ci en se servant des lois générales de la nature, qu’ils connaissent mieux que les hommes; 2. des prestiges tout subjectifs sous forme d’hallucination diabolique, 18, 4. cxt, ἃ. 3, ad 41m; 15-1715,. ἢ. Lxxx, ἃ. 2; De malo, q. 111, a. 8, ad 9um; q. xvI, ἃ. 11; 3. des excitations purement sensorielles, comme des voix ou des fantômes, ou même des apparitions du diable, De polentia, 4. vi, a. 7, Δἃ Δυπι- 4, 8, Δα δυαι, Gun, Zum: qe ivir, a. 8; I2, q. Lx, a. 3, ad Gun, Saint Thomas mettait toutes ces conclusions sous le manteau de la seule philosophie, cf. Cont. Gentes, 1. III, c. cir-cvi; mais il en ἃ plus dit, sans doute, qu’il n’en savait de bonne source. En définitive, «ses textes intéressants montrent bien son souci de fixer les limites de l’influence des démons », I. Mennessier, Somme théol. La Religion, t. 11, p. 457.

29 Les savants modernes. — Parmi les savants modernes, la plupart se désintéressent des procédés de la sorcellerie; beaucoup restent sceptiques après avoir tenté vainement de les soumettre à l’expérience régoureuse. Mais ceux qui ont étudié l’hypnotisme et l’occultisme en général, verraient volontiers dans la sorcellerie un humble succédané de ces forces mystérieuses. Ils reconnaissent qu’il y a en elle une bonne part d’éléments déjà catalogués; mais les plus sagaces avouent qu'il y reste bien des points obscurs, et les

plus prudents diront peut-être, avec le Dr Grasset, qu’il y a deux parts à faire en ces matières : l’une naturelle et expérimentale, l’autre insondable parce que préternaturelle. De cette façon, ils concluront avec le même savant : « Je crois qu’il faut absolument renoncer, et pour toujours, à la pensée qu’on peut appliquer la connaissance des phénomènes occultes au triomphe ou à la réfutation d’une doctrine religieuse quelconque. » Grasset, L’occullisme d'hier et d’aujourd’hui, c. 1X, ὃ 73.

Tous n’en sont pas restés à cette position sereine, et quelques-uns voudraient trouver en la magie popu- Jlaire un résidu reconnaissable des anciennes religions, ou bien un timide essai de disciplines plus savantes, qui détrôneraient quelque jour le mystère et la peur de l’au-delà.

1. Les uns sont de piètres vulgarisateurs matérialistes, dont les affirmations gratuites et péremptoires ne supportent guère la discussion, tant elles sont simplistes. « La -philosophie (!) ἃ vainement cherché les faits magiques », disent-ils d’abord. Mélusine, t. 11, p. 372. « Il faut nier absolument qu'il y ait art occulte ou intervention d’êtres surnaturels. » Bien plutôt faut-il admettre, « quand les œuvres magiques sont suffisamment attestées, des actions physiques, chimiques, médicales, dont on savait alors user. Il est certain, ajoutent-ils, que, même dans l’enfance des sciences, les arts avaient une surprenante efficacité. » Et si l’on en venait à constater que des « puissances énormes » sont mises en branle par le sorcier, « il faut faire un pas en dehors du cercle des arts anciens, entrer dans un domaine de merveilles, non plus extrinsèques, mais se passant dans le sein de l’être humain : les sens sont susceptibles d’exaltation par la même cause que je continue de désigner sous le nom de mystique... » Tachmann, La fascination, p. 37. Pratiques habiles et phénomènes nerveux, c'étaient déjà les deux explications que donnait à sa manière saint Thomas et qu’il jugeait insuffisantes. ΤΙ était même plus proche de la réalité quand il rendait compte de cette «action que la conviction exerce, par une sympathie secrète (?), sur l'esprit et l’organisme d’autrui. » Loc. cit. Maïs, dans le cas même où des faits réputés hier occultes seraient reconnus aujourd’hui d’ordre expérimental, il n’en reste pas moins que le phénomène, « désocculté » pour le savant, demeure, dans la pensée du sorcier, intimement mêlé de diabolique. L'appel au démon reste un fait psychologique dont il faut rendre compte. Enfin, si le sortilège dépasse par son ampleur ou sa soudaineté toutes les prévisions, qui nous dit que l’action du démon ne se superpose pas à celle de la nature?

2. Les explications savantes sont, avant tout examen, hors de la question, parce que les théories et techniques qu’elles évoquent sont bien au delà de l'horizon intellectuel du pauvre sorcier. « Il y ἃ dans la sorcellerie vulgaire une ignorance suflisante des origines historiques et psychologiques de la magie. » Cependant on trouve, chez quelques adeptes, « des affirmations sans preuves sur de prétendus fluides qui régissent l'univers, dont quelques-uns seraient même doués de personnalité et sur lesquels le sorcier prétend à un certain pouvoir. » Reconnaîtrons-nous dans ces prétentions un souvenir déformé du « mana » des peuples primitifs? Marillier parle en effet « des forces élémentaires de la nature », il évoque «une vie universelle qui, répandue dans toutes les substances, les rend toutes susceptibles d'entendre la parole magique et d’y obéir : rien n’est sourd, rien n’est muet. » Mais la science positive, qui reconnaît l’activité de tous les êtres, vivants ou non vivants, dénie justement à ces derniers la plasticité et la spontanéité qu’elle reconnaît aux premiers. Quoi qu’il

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REALITE 2400 en soit pour le fond, la persistance et même la diffusion de la croyance au mana, « cette prétendue puissance surnaturelle latente dans les personnes et les choses, qui se trouverait à l’origine de la magie » — et dans les soubassements de la sorcellerie — cette vulgarisation du mana « a été, en général, exagérée : on oublie trop souvent que le mot et la chose, découverts par R.-H. Codrington, The Melanesians, 1891, p. 51, 57, 103-119, 200, 307, s’y présente avec des nuances que les utilisateurs de sa découverte, Marillier et surtout Marett, The Treshold of religion, 1909, n’ont pas conservées. » A. Vincent, dans Revue des sciences relig., 1938, p. 73.

On retrouve aussi dans la sorcellerie vulgaire les grands mots de clefs, clavicules, pantacles, talismans, alphabets et nombres magiques, οἷς... ; ce sont des éléments importants de « l’occultisme, d’où est sorti le spiritisme, puis la théosophie ». L. Roure, dans Études, 1924, p. 129. Mais ce ne sont plus que des grimoires pour les sorciers des campagnes. « Les adeptes de l’occultisme, qui, ayant reçu le complet enseignement que pouvaient leur donner leurs maîtres, possèdent le savoir nécessaire pour déchiffrer les pantacles, exécutent avec intelligence les opérations de maléfice qui doivent les mener à leur but (2); tandis qu’au contraire la sorcellerie utilise des formules dont elle ne comprend pas l'essence, et regarde l’ensemble des signes graphiques que l’on appelle pantacles comme un recueil de talismans ». C. Lancelin, op. cil., p. 33. De même l’envoûtement est hérité du principe de la kabale : agir sur une image c’est agir sur ce qui est représenté; mais « celles qu’on nomme somnambules, qui usent journellement de ces pratiques », n’en connaissent pas le sens caché. L. Roure, loc. cit., p. 140. On perdrait donc bien sa peine à édifier après coup une explication philosophique pour une pratique qui prétend s’en passer.

III. RÉALITÉ. — 1° Le problème. — Y a-t-il dans la sorcellerie diabolique quelque chose de réel? Cette question intéresse, sinon le moraliste, du moins le théologien. Elle a été résolue par l’affirmative par tous les théologiens anciens; mais ils n’ont pas toujours bien distingué les trois aspects du problème : 1. la réalité des dommages causés; 2. les prétentions des sorciers d’entrer en relations avec des puissances mauvaises; 3. l'efficacité de leurs invocations, c’està-dire la mise en branle de puissances vraiment surhumaines.

Le premier point ne devrait pas laisser de doute; il y a bien, aujourd’hui encore, de vrais maléfices. Sans doute il ne faut pas croire à la légère tout le mal qu'on attribue aux sorciers. Une épidémie vient-elle s’abattre sur les bestiaux, les gens de la campagne croient que l’étable a été ensorceléel Ces préjugés d’ailleurs tendent à disparaître par le bienfait de l’instruction. Mais peut-être tel théologien estimé s’est-il trop avancé quand il a écrit : « Les sorciers, autrefois si redoutés, quoique assez peu redoutables peutêtre, ont disparu de la société actuelle. » J. Didiot, Morale surnaturelle spéciale, th. χχν, p. 490. Les pasteurs ou les médecins de villages pourraient sans doute fournir des faits avérés, et les anciens procès de sorcellerie contiennent, dans leurs dossiers, sous le fatras des accusations injustifiées, des faits irrécusables qui donnent à réfléchir aux historiens les plus sévères : « Il est probable qu’au fond de plus d’une affaire de sorcellerie, il y avait une affaire d’empoisonnement ou d’avortement très réelle. » E. Jordan, dans Rev. des quest. hist, 1901, p. 607.

Quant à l'intervention du démon dans ces maléfices, il est bien sûr que les agissements des sorciers tendent à y faire croire. Il suflit, pour s’en convaincre, de parcourir un de ces petits livres que le colportage

mr tt Éd

répandait dans les villages, de 1820 à 1850, et de lire, prout sonant, les formules de pactes qui y sont proposées. On sait même que ces formules ont été essayées de nos jours, sans confiance et sans résultats, par des adeptes de spiritisme et d’études ésotériques. Mais est-il sûr qu’elles ne recueillent plus de créance dans les milieux populaires? Voilà donc bien de vraies tentatives de pacte diabolique et des pratiques de sorcellerie authentique.

Évidemment, la question mystérieuse de l’eflicacité de ces invocations n’est pas pour cela résolue. Peut-elle être vérifiée par l'expérience? Assurément pas par celle du grand public, ni par les aveux des personnes qui se disent ensorcelées. Les exorcistes les plus autorisés sont aussi les plus défiants : il y a de pseudo-possessions qui ne sont que l'effet d’une suggestion par le contact d’un talisman prétendu infernal. Cf. De Tonquédec, Introduction à l'étude du merveilleux, p. 416. Il ne faut donc pas trop presser la pensée de Pascal : « Il me paraît qu’il n’y a tant de faux sortilèges que parce qu’il y en a de vrais. » C’est avant tout une question de fait. Il faut pourtant tenir grand compte de la doctrine de l’Église qui laisse la porte ouverte à la constatation sérieuse.

2° Essai de réponse. — En effet, la possibilité de l'intervention diabolique, et donc la portée réelle de certains pactes avec le démon, s’appuie, sinon sur un enseignement explicite de l’Écriture, du moins sur le sentiment général des Pères, des théologiens de l'École et, nous semble-t-il, du magistère ecclésiastique, sentiment confirmé, ou plutôt illustré par la tradition catholique et un certain enseignement philosophique.

1. Sauf l’épisode des magiciens du pharaon, Ex., c. vIi sq., qui relève de la magie savante, il ne faut rien demander de précis à l’Ancien Testament : les textes cités par tous les théologiens, et à juste raison, pour condamner la sorcellerie, Ex., xx11, 18; Lev., xix, 31; xx, 6; Deut., xvirt, 9-11, n’en disent ni l’efficacité maléfique, ni l’origine diabolique. Ce rôle du diable était passé sous silence, d’ailleurs, dans les livres anciens de la Bible hébraïque, cf. E. Mangenot, art. Démon dans le Dictionnaire de la Bible; et ici, t. 1v, col. 323-324 : les maladies, les épidémies, les troubles atmosphériques, tous les maléfices que se sont toujours attribués les sorciers, sont aux mains de Dieu seul. Le cas de la pythonisse évoquant l’ombre de Samuel, montre pourtant que ce Dieu permettait que les agissements des sorcières fussent suivis de quelque effet, vrai ou imaginaire, ut dispensatione occulla, se ostenderet spiritus justi, vel aliqua illusio imaginaria, diaboli machinationibus facta. S. Augustin, De diversis quæst. ad Simplicianum, 1. 11, c. 111.

Les prophètes interdisent à leur tour les incantations, Is., 11, 6; xt, 4; πεν, 13; Mich., v, 5, mais plutôt comme « des coutumes païennes qui ne sont que vanité ». Jer., X, 2.

Il faut arriver à Daniel pour trouver une magie puissante — mais c’est la magie chaldéenne — exorcisée par les hommes de Dieu. Dan., 11, 2, 10. Le livre apocryphe d’Énoch, vit, 1, parle de puissants secrets confiés aux « filles des hommes », tradition populaire juive greffée à tort sur Gen., vi, 2 : ce serait l’origine de la sorcellerie.

Les écrits du Nouveau Testament sont explicites sur la situation des magiciens chez les païens, Act., vit, 9; ΧΠῚ, 6; sur l’usage des grimoires en certains milieux, Act., xix, 19; sur le danger des pratiques magiques même chez les chrétiens, Gal., v, 20; Apoc., xx1, 8. Est-il bien sûr qu'ils ne laissent pas entendre la connivence du démon en ces maléfices? Les titres imposants donnés à Simon le Magicien sont sans doute laissés au compte des témoins; mais le

SORCELLERIE

RÉALITE 2402 mage Élymas est appelé « fils du diable » par l’Apôtre. Quant aux prophètes des derniers jours et à l’Antéchrist annoncés par Notre-Seigneur, Matth., χχιν, 24, et par saint Paul, II Thess., 11, 9, leur rôle dépasse singulièrement l'horizon surbaissé de la sorcellerie. Notons toutefois qu’à propos de leurs « prodiges mensongers, qui en séduiront un grand nombre », les Pères de l’Église ont fait cette remarque générale qu’une intervention du démon peut fort bien être mêlée de supercherie, et que, par contre, les prestiges les plus truqués n’excluent pas la part du diable : « Les hommes superstitieux sont livrés aux anges prévaricateurs, moqueurs et trompeurs, pour être moqués et trompés. » S. Augustin, De doctrina christiana, 1. 11, c. XXII, n. 5, P. L., t. xxxIv, col. 52. De l’ensemble de ces notations, assurément trop brèves, de l’Écriture Sainte, le même docteur conclut cependant : « Si nous voulons nier ces prodiges, nous nous mettons en contradiction avec la vérité des saintes Lettres. » De CID DE I EN CV PAL ΧΟ]: 710:

2. La tradition de tous les peuples anciens, comme nous le verrons plus loin, était unanime à admettre la réalité des maléfices opérés par leurs magi ou mathemalici, qui n’étaient souvent que de pauvres sorciers. Cette unanimité ne signifie pas grand chose par ellemême; et les descriptions qui l’appuient ne nous permettent pas de déterminer en quelle mesure les méfaits des sorcières antiques pouvaient bien dépasser le vulgaire charlatanisme. On a voulu expliquer par cette crainte universelle les condamnations de la Bible contre les sortilèges : c’est une explication insuflsante; mais on peut admettre que bien des docteurs de l’Église en ont été impressionnés. D’autant que la philosophie néopythagoricienne avait depuis longtemps admis l’efficacité de la magie, Origène, Contra Celsum, 1. I, 68, P. G., t. x1, col. 788, et que les néoplatoniciens donnèrent un regain d’assurance aux mathemalici, en reportant sur les dæmones les actions vicieuses que l’antiquité attribuait à ses dieux. « Un des plus grands maux que commettent les démons malfaisants, c’est qu’étant les auteurs de toutes les calamités qui désolent le monde, ... ils en rejettent l’odieux sur ceux dont les œuvres sont le contraire des leurs. C’est par l'entremise de ces mauvais démons que s’accomplissent les sortilèges. Les hommes qui nuisent à leurs semblables par des enchantements rendent de grands honneurs aux mauvais démons et surtout à leur chef. » Ces assertions de Porphyre étayèrent pour de longs siècles l’emprise de Satan sur la magie populaire, cf. Éliphas Lévy, Hisloire de la magie.

3. La croyance populaire en la puissance de la magie païenne a été partagée ou admise provisoirement par la plupart des apologistes des trois premiers siècles. Par là s'explique la peine qu’ils se donnent pour démontrer la transcendance des miracles du Christ, sur « les prodiges de l’art que nous appelons magique ». Justin, Apol., τ, 30, P.G., τ. vi, col. 373. Les uns et les autres sont vrais, dit Justin; ces derniers sont en partie truqués, observe Tatien, Adv. Græc., ©. XVII- XVIII, mais parce qu'ils viennent des démons. Cette idée était générale parmi les fidèles du temps d’Eusèbe, Vit. Constant., |]. III, ον τι P. G.,t. xx, col. 1124.

Les enseignements des philosophes sur les démons ont été adoptés, ou plutôt adaptés par Origène et les docteurs africains. Origène attribue les prodiges des « égyptiens », aux « démons qui se font collaborateurs des magiciens. C’est par leur puissance que les arbres et la vigne sont frappés de stérilité ». Cont. Cels., 1. I, 68, P.G., t. x1, col. 788. Les écrivains de l’Afrique chrétienne sont portés à admettre sans plus de critique les faits en question et à les attribuer au diable : ils croient aux sortilèges. « Le corps et l’âme de l’homme peuvent être atteints et viciés par la sinistre

influence et le contact impur des démons, avec le secours de qui opèrent les magiciens. » Tertullien, Apologet., c. ΧΧιι, P. L., t. 1, col. 404-411. Saint Cyprien suit son maître sur ce point. De idol. vanitat., c. vi, P. L., t. 1V, col. 574. Moins que les autres docteurs, saint Augustin était porté à minimiser l’objectivité des maléfices et le concours des démons, parce qu'il avait une conviction très nette de l’origine diabolique de beaucoup de maladies, Serm., CXXX, n. 7, P.L., τ. xxxvir, col. 1708, et une théorie excessivement souple du miracle et des virtualités de la nature, cf. La théologie du miracle selon saint Augustin, dans Rech. de théol. anc. et médiév., 1939, p. 212-214; enfin, plus précisément, parce qu’à ses yeux les procédés et formules magiques étaient si disproportionnés à leurs effets avérés qu’ils devaient être, non des causes, mais des signes faits à des puissances surnaturelles. Après lui, tous les Pères latins font un pas de plus : ils voient le démon dans les moindres gestes des plus vulgaires sorciers. 5. Léon, P. L., t. LIV, col. 218; Maxime de Turin, P. L.,t. Lvir, col. 256; Grégoire le Grand, P. L.,t. Lxxvu1, col. 757; Prudence, P. L., t. zix, col. 675-676.

«ἢ faut reconnaître, pour la réalité de la magie noire, l'existence d’une opinion traditionnelle très forte. » Voir ci-dessus, L. Gardette, art. MAGIE, t. IX, col. 1520. Tous les écrivains du Moyen Age, on le verra plus loin, admettent, les yeux fermés, la solution simplifiée de saint Augustin.

4. Saint Thomas lui-même, bien qu'il regarde plutôt les principes que les faits particuliers, admet la possibilité et la réalité de la sorcellerie, mais, avant tout, par respect pour les Saints Pères : Hoc est contra auctoritates sanctorum qui dicunt quod dæmones habent potestatem supra corpora et imaginationes hominum quando a Deo permiltuntur; unde per eos malefici aliqua signa facere possunt.. CREDIMUS dæmones... mulla posse quæ nos non possumus; el illi qui ad talia facienda inducunt, malefici vocantur. Sum. theol., Suppl. 4. Lvinr, ἃ. 20. Beaucoup moins circonspects furent les théologiens scolastiques des siècles suivants : le maléfice du démon devient une clause de style. Suarez, De religione, c. Χν, n. 7, éd. Vivès, t. XIII, p. 565. Plusieurs même n’ont pas hésité à prendre pour argent comptant les récits d’exorcismes et les aveux des exorcisés qui foisonnent dans les vies des saints de tous pays, depuis saint Martin jusqu’à saint Pierre Fourier. Joignons-y les théologiens du ΧΥ ΠΣ 5., car ils n’ont fait qu’exagérer les conclusions de leurs prédécesseurs. Voir l’art. MAG1E, col. 1526. La doctrine demeure sauve quand les plus prudents d’entre eux ont soin de distinguer entre le droit et le fait. « La sorcellerie est possible 1) ex parle dæmonum, 2) ex parte hominum, 3) ex parle Dei... Quant aux faits, ils relèvent uniquement de l’histoire et de la critique... Maintenant que les lois physiques sont mieux connues, bien des opérations jadis réputées magiques nous apparaissent naturelles. Mais la raison ne permet pas » — on en revient toujours à l’à priori — « de les contester tous! » Migne, Theolog. curs., t. XIV, col. 111. Il ne sera pas hors de propos d’ajouter à ces témoignages celui de Bossuet qui parle, avec quelque indétermination cependant, de «ces effets extraordinaires et prodigieux qui ne peuvent être rapportés qu’à quelque mauvais principe et à quelque secrète vertu pernicieuse; et cela se confirme encore par cette noire science de la magie, à laquelle plusieurs personnes trop curieuses se sont adonnées dans toutes les parties de la terre. » Bossuet, 1 sermon sur les démons. Ces derniers mots font peut-être allusion aux relations des missionnaires de toutes les latitudes déplorant les ravages de la sorcellerie dans les pays, sauvages ou civilisés, qu’ils évangélisaient. Cf. Benoît XIV et les

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