‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 5)Chapitre 272 sur 457 · SORCELLERIE. DIFFUSION · texte numérisé non relu

SORCELLERIE. DIFFUSION

Babyloniens. Nous avons là un mouvement de réforme religieuse parallèle à la réforme politique d'Hammourabi, qui proscrivait aussi, au nom du bon ordre, les maléfices des sorciers, Code d’Hammourabi, c. 1 et 2. Mais aucun de ces mouvements n’a réussi à stériliser, dans les milieux éloignés des centres, le mauvais levain des cultes primitifs. C’est justement parce que « les mages que les Grecs ont connus n'étaient pas des Ζοroastriens orthodoxes; mais des maguséens de la diaspora iranienne, » qu'ils restèrent si attachés à leurs vieilles recettes magiques. Après la conquête de Cyrus, ils entrèrent en contact avec les Chaldéens de Mésopotamie et subirent fatalement l’ascendant d’un clergé qui était alors le plus instruit du monde. ἃ Babylone, ils apprirent l’astrologie et la haute magie, acquisitions qu'ils attribuèrent naturellement à leur fondateur, Zoroastre, dont la sagesse ne pouvait les avoir ignorées. Selon les mages hellénisés de l’époque des Séleucides, Zoroastre a inventé la magie ; ce sont eux qui en ont donné le fondement doctrinal suivant : le premier principe est le Temps infini, qui a engendré les frères jumeaux, mais ennemis, Ahoura-Mazda et Ahriman, dieux, l’un du bien, l’autre du mal et des sortilèges. Nous sommes loin du mazdéisme dans sa rigueur originelle. Cf. A. Vincent, loc. cil., 1939, Ρ. 406, recensant L. Bidez et Fr. Cumont, Les mages hellénisés, 1938. Il reste vrai de dire avec ce dernier : « Si les Perses n’ont pas inventé la sorcellerie — car elle est vieille comme le monde — ils ont été du moins les premiers à l’édifier sur un fondement doctrinal, le dualisme mazdéen » de la dernière époque. Même après ces importantes précisions, on peut encore se demander : « Sous quelle influence la magie perse s’est-elle propagée, ce sont là des questions encore mal élucidées. » Fr. Cumont, dans Rev. d’hist. et litt. relig., 1906, p. 46. Mais on ne saurait certes exagérer la contamination des croyances iraniennes par les sorciers chaldéens, qui pratiquaient traditionnellement la divinatron, et aussi la médecine magique : nulle part comme à Babylone, la différenciation progressive qui distingua partout la science et la religion de la sorcellerie, ne resta moins avancée.

Chez les Juifs, la sorcellerie interdite par les textes législatifs du Pentateuque pouvait bien être autochtone; mais les prophètes en dénoncent une autre plus virulente venue de chez les Philistins, Is., 11, 6; 111, 2, et de chez les Assyriens plus tard. Au temps de Jésus on voit que beaucoup de prodiges et de conjurations se font au nom de Béelzébub, prince des démons.

3° Le monde gréco-romain. — Chez les Grecs et les Romains, il y eut une magie demi-savante domiciliée en quelques villes retirées : certains cercles de Thessalie, comme Œmonia firent une concurrence prolongée aux Prænestinæ artes, aux Cærilanæ artles de l'Italie. Mais il y avait aussi une sorcellerie paysanne assez bénigne : Qui fruges incantassil… Qui malum carmen incanlassit, vel malum venenum..…., porte la Loi des XII Tables, tab. vint, 4, 9. Maléfices qui rendent les champs stériles ou font périr le bétail, conjurations adverses qui détournent la grêle ou attirent la pluie, philtres d'amour, onguents de jeunesse, remèdes de bonnes femmes, talismans contre le mauvais œil, tout cela s'inspire des superstitions populaires et se maintient aux confins du folklore et du charlatanisme. La vieille croyance aux revenants, inscrite dans les usages authentiques de la religion romaine, inspira la crainte des nécromanciens venus d’Étrurie, Saint Jérôme distingue sans doute les magi des vulgaires sorciers, malefici, In Dan., €. 11, 2; mais les mages, c’est dans le texte du prophète qu'il les trouve. A vrai dire, il n'y ἃ aucune trace, en Grèce ni en Italie, d’une discipline occulte et savante. Aussi les adeptes de cet

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art douteux de magie sont-ils méprisés sous la république et même sous Auguste.

Mais, avec l'invasion des religions orientales, la considération pour le magicien grandit à mesure qu’on le redoute davantage. Arnobe, Ado. naliones, 1 I, 6. xzut, P. L., t. v, col. 773. On saisit ici l’action victorieuse des cultes alexandrins et chaldéens, dont le rituel n’est pas autre chose à l’origine qu’un ensemble de pratiques magiques. Lactance, Divin. insδ LIL Ὁ: Ἢ χε PE t: vx, col. 282; 328, etc.

C'étaient les prêtres officiels qui, en ces cultes, imposaient leurs volontés aux dieux. De là cet ensemble de pratiques impies, célébrées dans l’ombre, et dont l'horreur n’a d’égale que l'ineptie : breuvages qui troublent les sens, composition de poisons subtils, immolation d’enfants pour lire l’avenir dans leurs entrailles ou évoquer les revenants, toutes horreurs que signalent les historiens et satiriques du temps des premiers empereurs. En présence de ces abominations, l'État romain s’émut. Mais les rigueurs intermittentes des édits impériaux ne furent pas plus efficaces pour détruire une superstition invétérée que la polémique chrétienne pour la guérir. Aussi bien l’Église ne niait pas la réalité du pouvoir exercé par les sorciers : tant qu'on admit que les esprits malins intervenaient constamment dans les affaires terrestres et qu'il existait des moyens secrets de les dominer ou de partager leur puissance, la sorcellerie fut indestructible. Elle faisait appel à trop de passions humaines pour n'être pas entendue.

Pour l’Église orientale, une affaire curieuse qui se passa dans les dernières années du ve siècle, à Béryte en Syrie, montre quelle confiance les esprits les plus éclairés gardaient encore dans les pratiques de la magie la plus atroce. Zacharie le Scolastique, Vie de Sévère d’Antioche, Patrol. orient., t. 11, p. 57; cf. Fr. Cumont, Rev. hist. et liltér. relig., 1903, p. 435; 1906, p. 46 et suiv. Pour la législation ecclésiastique, conc. de Laodicée, can. 36; concile d’Ancyre, can. 4 et 23, etc. Il y eut un édit de Constance contre les « Chaldéens », ob facinorum magnitudinem; cf. Cod. Theodos., IX, Xv1, 4.

4° La chrélienté occidentale. — En Occident, les premiers docteurs qui furent en contact avec ces superstitions barbares se contentaient de les mettre, avec raison, dans la même classe que l’idolâtrie proprement dite. Partes idololatriæ sunt veneficia, præcantationes, suballigaturæ, vanitates, auguria, sortes, observatio ominum, parentalia inquam unde idololatriæ malum extulit caput erroris, Gaudence de Brescia, Serm.,1v, P. L., t. xx, col. 870. Firmicus Maternus, cet astrologue converti, n’avait-il pas prévenu que « le diable prend toutes les formes pour perdre les hommes? » P. L., t. x11, col. 1036-1040; cf. col. 1044. Saint Augustin n’avait-il pas enseigné que c’était forniquer avec les démons que de consulter les mathema- PP NL ΧΟ, Col. 76; Οἵ», De civ: Dei: LIT, ς. Χχιν, t. ΧΕΙ, Col. 72: et pareillement saint Jérôme, In Jeremiam, 1. 11, c. v, t. xx1v, col. 775. Sans doute y avait-il une grande distance entre la science, même frelatée, des anciens astrologues et la rusticité des faiseurs d’horoscopes du temps des premiers royaumes barbares. Pourtant Isidore de Séville n’hésitait pas à constater que les sorciers de son temps avaient hérité du prestige et du nom des mathematici : Horoscopi, hi sunt qui vulgo mathematici vocantur; et sa liste des pratiques de sorcellerie se transmettra tout au long du Moyen Age. Etym., 1. VIII, c. 1x, P. L., Érrxxxnr, col. 311-312.

Pour mettre un peu de lumière dans ces assimilations désordonnées, Raban Maur, archevêque de Mayence, lance dans le second quart du 1x* siècle son livre, De magicis artibus, P. L., t. cx, col. 1095 sq.

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