SOTER (SAINT) — SOTO (DOMINIQUE DE
sur la demande de Charles-Quint, y fut envoyé à la place de celui-ci ; il eut comme compagnon Barthélemy Carranza, pour lors professeur à Saint-Grégoire de Valladolid. Leur arrivée à Trente est signalée le 6 juin de cette année. Mais l’ouverture de l’assemblée devait encore tarder six mois; en étroite union avec le P. François Romeo, vicaire général, puis maître général de son ordre, Soto profila de ce répit pour étudier de près la situation. Il prit la parole en trois occasions : pour célébrer la naissance du prince don Carlos (8 août), le 1er dimanche de l’Avent (29 novembre) et à une autre date que l’on ne peut préciser. Le concile ouvert, Romeo qui devait s’absenter, délégua ses pouvoirs à Soto, qu'il préférait, pour sa compétence, aux dominicains italiens. Cette désignation fut admise sans difficulté, propter viri doctrinam Patribus cognitam. Certains, pourtant, se refusèrent à concéder à Soto voix délibérative, ce qui, disaient-ils, eût été contraire à la bulle Decet nos, ils ne voulaient lui accorder que voix consultative. Ce point ne fut pas tranché; de fait, néanmoins, Soto ne laissa pas de voter comme les autres Pères.
Son intervention se remarque dès la 1v° session, où l’on traita du canon scripturaire et de l’autorité de la Vulgate, deux questions que Soto connaissait bien pour avoir consacré, à Salamanque, trois relectiones à ces matières. Plus important encore fut son avis lors des discussions relatives à l’étude de l'Écriture que certains Pères auraient voulu imposer à tous les religieux, les chartreux compris, quitte à abréger ou même à supprimer l'étude de la théologie scolastique. Là-contre, Soto fit l’éloge des disciplines théologiques : il fallait leur garder leur prestige; elles étaient indispensables pour l'intelligence de l’Écriture et la controverse avec les hérétiques. Au cours du concile il démontra lui-même, par la pratique, la valeur de la science théologique, en attirant l’attention sur les doctrines erronées que, faute de connaissances sérieuses, l’abbé bénédictin Luciano, membre du concile, avait laissé passer dans ses commentaires sur Jean Chrysostome. De même donna-t-il la mesure de son habileté dialectique et de sa science dans une altercation qu'il eut, le 8 avril 1546, avec le général des servites Augustin Bonucio. La discussion fut un succès complet pour le dominicain.
Durant la ve session, Soto dut s’absenter pour se rendre à Rome au chapitre général de l’ordre. Il assista par contre aux travaux de la vie session, et intervint à de multiples reprises dans la discussion des formules de Seripando sur la double justice. Son action eut une influence décisive pour faire écarter la doctrine en question, aussi bien que l'opinion sur la certitude que l’on peut avoir d’être en état de grâce. Tous ces problèmes et ceux qui se rapportent au péché originel (ve session) furent repris par Soto dans son traité De natura el gratia, dédié aux Pères du concile et imprimé à Venise en 1547.
Quand l'assemblée fut transférée à Bologne, en 1547, Soto demeura à Trente, avec les théologiens de l’empereur, jusqu'en mars 1548, date à laquelle il fut appelé par Charles-Quint à Augsbourg pour collaborer, avec Pierre de Soto, Thomas de Malvenda et d’autres, à la préparation de l’Zntérim. Les historiens qui ont, à diverses reprises, émis un jugement peu favorable sur ce document, accusant de négligence ceux qui y étaient intervenus du côté catholique, ont oublié et les conditions où il fut rédigé et son caractère tout provisoire. Devant le fait accompli, «il était nécessaire de tirer le maximum d’un mauvais payeur », c’est-à-dire, comme l'explique Soto, des protestants, en se contentant d’une formule qui, interprétée sans chicanes, était susceptible d’un sens orthodoxe. Ayant publié l’Zntérim sans espérer que Rome y donnerait
son placet, mais en le munissant d’additions aux endroits convenables, Dominique de Soto fut désigné par le souverain pour succéder à Pierre de Soto dans sa charge de confesseur impérial (15 août 1548). Dans l’accomplissement de ce ministère, il eut, lors des contestations diplomatiques entre Charles-Quint et Paul III, de vives luttes à soutenir avec les légats pontificaux, plus préoccupés, semble-t-il, des intérêts de la maison de Farnèse que du règlement des affaires religieuses. En particulier, Soto fut résolument hostile au légat Pierre Bertano, de son ordre, avec qui, à l’époque du concile, il avait déjà eu quelques différends. Soit ressentiment, soit incompatibilité de caractère, celui-ci traça de Soto, dans sa correspondance avec Rome, le portrait le plus défavorable. Incapable de feindre, Soto s’éleva avec force contre ces agissements, prenant la défense des intérêts de l’empereur, attaquant toutes les ambitions qui allaient à l’encontre de ceux-ci. Il finit par désarmer l'hostilité que Bertano avait excitée à Rome contre lui. Il jouissait aussi de la pleine confiance de l’empereur. Mais ni sa rectitude de conscience, ni sa répugnance pour l'intrigue ne lui permettaient de demeurer indéfiniment à la cour. A la fin de 1549, il exprima le désir de rentrer dans son couvent de Salamanque. Charles-Quint voulait récompenser ses services en le présentant pour l’évêché de Ségovie; Soto déclina cet honneur.
Toujours laborieux, il s'était mis, sitôt terminée l'impression du De natura et gratia, à la rédaction d’un commentaire sur l’épître aux Romains; la première édition en parut à Anvers, peu après sa rentrée en Espagne. Bien des fautes s’y étaient glissées, au détriment de l’orthodoxie; il fit donc paraître à Salamanque, en 1551, une autre édition, la seule qu’il ait reconnue comme authentique. Il espérait, dans sa retraite et étant donnée l’expérience acquise durant ses cinq années de séjour à l’étranger, travailler à mettre en ordre les matériaux théologiques qu'il avait rassemblés. Mais, fréquemment convoqué par les conseils de Castille et par l’Inquisition, il dut maintes fois se rendre à Valladolid, résidence de la cour, pour s’y occuper et des affaires de l’État et de celles du Saint- Office.
Peu de temps après son retour à Salamanque, à l’été de 1550, il fut, par ordre de l’empereur, mandé à Valladolid, pour y discuter des affaires des Indes occidentales et donner son avis sur les problèmes que venaient de soulever les écrits de J.-G. de Sepülveda et du P. Barthélemy de Las Casas, partisans respectifs de deux systèmes opposés de colonisation. Soto fut chargé de faire le résumé de la conférence contradictoire où ils avaient exposé leurs arguments; il le présenta par écrit, dans une deuxième série de conférences (printemps de 1551), et cet écrit fut publié à Séville, en 1552, avec les œuvres de B. de Las Casas.
A la fin de 1550, sur ordre de l’empereur, le conseil de l’Inquisition lui demanda d’étudier le procès du docteur Gilles, magistral de Séville, qui venait d’être présenté pour l’évêché de Tortosa, au moment même où l’on découvrait les manœuvres de propagande luthérienne auxquelles il se livrait dans la cité du Guadalquivir. En juillet 1552, sur mandat de l’inquisiteur général, Soto arriva dans cette capitale, pour essayer de faire rentrer le sectaire dans le bon chemin. Gilles se soumit d’une manière plus ou moins sincère et abjura diverses propositions hérétiques qu'on lui attribuait.
Par ordre du même tribunal, Soto s’occupa ensuite de l’examen des bibles luthériennes introduites en Espagne. De ce travail, auquel furent associés Carranza et quelques maîtres de Salamanque, sortit la Censure générale contre les erreurs que les nouveaux hérétiques ont introduites dans l’ Écriture; elle fut publiée en 1554