‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 5)Chapitre 280 sur 457 · SOTO (DOMINIQUE DE). VIE · texte numérisé non relu

SOTO (DOMINIQUE DE). VIE

et contient des remarques sur cent trois éditions de la Bible.

Entre temps, la « chaire de prime » de théologie était devenue vacante à Salamanque par la renonciation de Melchior Cano. La faculté l’avant demandée à l’unanimité pour Soto, le couvent des dominicains se rallia sans opposition. Dès la rentrée d'octobre 1552, Soto prit possession de cette chaire. Durant les dix dernières années de son séjour à Salamanque (1550-1560), il vit s’introduire dans l’université diverses réformes, en dépit de l’opposition du conseil de Castille. Elles se rapportaient principalement à la création du collège de grammaire dit des trois langues. Le titulaire de la « chaire de prime » y prit une part importante et, à plusieurs reprises, il fut chargé par l’université de plaider auprès du conseil de Castille pour amener celui-ci à restreindre ses interventions.

De même Soto intervint-il, dans les années 1555- 1556, à la demande de la régente d’Espagne, doûa Juana, dans le différend qui s’éleva entre le pape Paul IV et le roi Philippe II. Tout d’abord il eut mission de se rendre à Tolède pour y négocier avec le cardinal Siliceo la levée, en cette église, de la cessatio a divinis, décrétée par le chapitre en représaille de l’embargo mis sur les revenus ecclésiastiques parce que le clergé se refusait à payer les subsides de la « quarte » concédée pour la guerre contre les infidèles. Il traita en même temps avec le cardinal de l’expédition destinée à reconquérir Bougie. Il s’efforça encore d’atténuer les frictions entre l'Espagne et Rome, modérant l’impétuosité de ceux qui proposaient la rupture complète. Quand, malgré tout, la guerre éclata, il se retira à Salamanque pour y reprendre ses travaux scientifiques, ayant au moins la satisfaction du devoir accompli.

Bientôt il fut obligé de suspendre une nouvelle fois son labeur pour se rendre à une autre convocation de la cour, mais dans des circonstances qui l’affectèrent profondément. Il s’agissait de l’affaire du Catéchisme de Carranza, lequel avait été son compagnon au concile et son collaborateur en diverses circonstances et venait d’être nommé archevêque de Tolède. L'affaire Carranza, cf. ci-dessus, t. x, col. 1859, est aujourd’hui suffisamment éclaircie. N’ayant pas à l’étudier ici en elle-même, nous nous bornerons à de brèves indications, renvoyant le lecteur aux divers articles que nous avons publiés à ce sujet dans La Ciencia tomista.

Carranza avait toujours été un religieux exemplaire, mais, dans son zèle pour la réforme dela vie chrétienne, il avait des sympathies pour le programme érasmien qui prenait en Espagne des proportions incroyables. Avec le temps, il entra en relation avec Jean de Valdès et ses disciples italiens, chez qui le réformisme érasmien se présentait comme un courant de spiritualité à tendances illuministes. Il était difficile, même pour des théologiens, de découvrir la dose de luthéranisme qui se dissimulait sous des apparences de ferveur religieuse. Carranza, esprit confiant, peut-être un peu irréfléchi, se donna, sans arrière-pensée, à la propagande de cette spiritualité illuministe, refusant d’ouvrir les yeux aux avertissements que lui donnait Cano, Le Catéchisme de Carranza est le reflet de cet illuminisme, pour autant que pouvait s’y rallier un esprit soucieux avant tout d’orthodoxie. En fait donc le Catéchisme avait des points vulnérables, ce fut pour l’inquisiteur général, Fernand de Valdès, une occasion de satisfaire ses rancunes contre le nouvel archevêque de Tolède, En toute autre circonstance, l'affaire se serait réglée par une monition fraternelle. Mais Valdès voulait une condamnation. Au début il pensa confier à Cano la censure du Catéchisme. Celui-ci connaissait la difficulté du cas et la responsabilité qui lui incomberait, soit qu’il condamnât l'ouvrage, soit qu'il lui donnât

un laissez-passer ; il demanda que Soto lui fût adjoint. C'est ainsi que ce dernier fut mandé à Valladolid. Quand il y fut et qu'il eut pris connaissance de l’affaire, il déclara qu’il ne voulait dans la conjoncture collaborer avec personne. On résolut donc de fournir à Cano un autre auxiliaire en la personne de Dominique de Cuevas; quant à Soto, on essaya de l’utiliser d’une autre manière. Dans la crainte qu’il ne laissât percer la profonde estime qu'il avait de la piété de Carranza, on lui imposa sous peine de censure de « qualifier » le Catéchisme, mais en lui imposant de juger les propositions ul sonant, critère nouveau et absurde, bien digne de procéduriers retors et qui jamais ne s’était appliqué dans l’Inquisition. Tout en protestant de la violence qu’on lui faisait, Soto s’acquitta du rôle qu’on lui confiait et fournit à l’Inquisition la même appréciation que, antérieurement et de manière tout à fait confidentielle, il avait donnée à Carranza luimême, en vue de corriger son texte pour une réimpression. Cette simplicité et cette délicatesse de conscience allaient causer à Carranza un énorme préjudice; autre chose en effet est de s’expliquer avec un auteur, sous forme d’avis fraternel, pour lui permettre d’amender un texte douteux, autre chose de mettre entre les mains d’un juge d’une évidente partialité des armes contre un accusé. Il est vrai que Soto, au terme de son rapport, rendait témoignage à l’orthodoxie de l’auteur, « de sa rectitude, disait-il, il ne doutait pas plus que de celle d’un ange. » Maïs, faisant abstraction de ces réserves, Valdès ne retint que le reste de l’accusation.

Soto avait remis son texte en janvier 1559. Dans les mois qui suivirent, le bruit se répandit que Valdès, utilisant la rivalité entre Carranza et Cano — le premier avait mis son veto à l’élection du second comme provincial arriverait bien à humilier l’archevêque de Tolède, en condamnant le Catéchisme. Pour dissiper cette rumeur, l’inquisiteur général remit, au milieu de mars, au P. Jean de La Peña, élève de Carranza et très affectionné à son maître, une série de quinze propositions, tirées du Catéchisme, mais sans lui en indiquer la provenance. L’intention de Valdès était évidente. Si on Jui reprochait d’avoir remis le sort du Catéchisme aux mains de Cano, il pourrait répondre en s’abritant derrière le disciple préféré de Carranza. Cano sauva l’orthodoxie de l’auteur, comme l’avait déjà fait Soto et comme tout le monde le faisait. Mais l’apparente complicité de Carranza avec ceux qui étaient pour lors détenus à Valladolid comme suspects de luthéranisme servit de nouveau à l’inquisiteur général pour faire un pas de plus et faire incarcérer Carranza dans les prisons du Saint-Office (août 1559). Ce coup fut profondément ressenti par tous ceux qui connaissaient la profonde piété du primat d’Espagne; nul n’en fut plus ému que Soto, surtout à cause de la part qu'il pouvait paraître y avoir prise. Ce chagrin empoisonna le reste de ses jours.

Encore qu’il se rendît compte de ce que pouvaient avoir de dangereux quelques phrases du Catéchisme, la disgrâce de son frère, de son compagnon d'armes, dut accélérer sa mort qui arriva à Salamanque le 15 novembre 1560. Dominique Bañez qui y assista écrit de lui ces belles paroles : Fuil ejus obitus felicissimus anno Domini 1560, 15 novembris, cui ego ipse interfui, vidique in homine suæ prædestinationis signa non vulgaria, robustissimam fidem summa cum humilitale ac timore Dei conjunctam, egrediendique ab hoc sæculo desiderium vehemens. De fide, spe el caritate, 4. 1, a. 7, dub. 17. A ses funérailles assista toute l’Université; le célèbre poète Louis de Léon, qui avait été son élève, prononça son oraison funèbre en latin — elle fut imprimée à Madrid, 1792. Ses restes furent déposés dans l’ancienne salle capitulaire du couvent de Saint-Étienne. Son souvenir

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