QUESTIONS CONTROVERSÉES
chez saint Thomas. Si ce théologien nie constamment dans la volonté libre créée une prédétermination qui l'empêcherait de se déterminer elle-même, il affirme très nettement en Dieu la disposition, la décision, le: décret prédéterminant. En parlant du destin (fatum),. il n’hésite pas à écrire ces mots significatifs : « En tant que tout ce qui se fait ici-bas est soumis à la Providence divine, comme étant préordonné par elle et prononcé d’avance, nous pouvons parler de destin... » I, q. ΟΧΥῚ, ἃ. 1. Dans le De veritale, q. 11, a. 7, il parle des. effets des causes secondes qui proviennent tous ex Dei prædifinitione. C’est « la providence qui « définit » ainsi tous les êtres individuels ». Zbid., ἃ. 8. Voir l’application de la même doctrine et de la même terminologie aux actes libres, q. vu, a. 12 et ἃ. 13. Le Quodlibet X71, a. 4, est plus net encore : « D’autres ramènent toutes ces choses à une cause supracéleste, savoir la providence de Dieu, par qui toutes choses sont prédéterminées et ordonnées. »
La connaissance des actes peccamineux n'apporte pas une difliculté spéciale à la thèse générale. Dans le mal moral, on peut distinguer la réalité physique de sa
déformation morale. L'acte, dans sa réalité physique
positive, ne renferme encore pas le mal et par conséquent Dieu le connaît dans son décret prédéterminant; quant à la déformation morale, qui n’est qu’une privation, Dieu la connaît dans le décret simplement permissif d’une telle déformation morale. Voir Provi- DENCE, t. ΧΙ, 60]. 1018.
b) Interprétation de l’école molino-suarézienne. — Quand saint Thomas dit que la science divine est causa rerum, secundum quod habet voluntatem conjunctam, tout le rôle qu’il réserve à la volonté divine consiste, d’après les théologiens de cette école, à exécuter ce qui est déjà déterminé dans la science divine avant tout décret de la volonté. Ainsi la causalité de la science se réfère, non à la science de vision, mais à la science de simple intelligence ou plus exactement à cette partie de la science de simple intelligence qu’ils appellent la science moyenne.
Voici, comment, d’après Suarez, la pensée de saint Thomas doit être comprise. Dieu n’agit pas immédiatement au dehors par son intelligence, mais par sa volonté. Or, la science de vision n’est concevable qu'après le fiat réalisateur de la volonté divine, par conséquent lorsqu'il ne reste plus rien à produire. Aucun élément du monde ne lui doit donc son existence. Dans la production du monde, l'intelligence joue le rôle de conseillère et de directrice; la volonté décide s’il faut ou non réaliser. La science de vision, sans doute, n’est constituée comme telle qu'après un acte libre du Créateur. Mais cet acte libre ne la modifie pas en tant que science; il n’a pas d’autre résultat que de la pourvoir d’un objet ;il tire du néant les choses qu’elle considérera. Par conséquent, la science qui a causé l'univers, c’est la science de simple intelligence. On en trouve la preuve dans l’article même de saint Thomas, dont nous avons donné plus haut le commentaire thomiste, « La forme intelligible, dit saint Thomas, à elle seule a également rapport à l’effet ou à son contraire (se habetl ad opposita). » Les thomistes traduisent : « à des effets opposés encore simplement possibles parce qu’indéterminés »; les molino-suaréziens traduisent : « à des possibles déjà déterminés, mais qui ne passeront l’ordre des réalités que par un décret de la volonté divine, et constitueront alors l’objet de la science d’approbation. » « Ainsi la science, cause des réalités, que saint Thomas appelle ici science d'approbation, avant l'élection libre de la volonté divine » est utilisable à des emplois opposés, se habel ad opposita. Or, semblable caractère ne convient aucunement à la science de vision qui n’est pas indifférente, mais déterminée, par nature, à représenter ce qui a déjà fait l’objet de dé-