SPINA (ALPHONSE DE) — SPINOLA (CHRISTOPHE
| vent réimprimée jusque dans le Malleus maleficarum
de CI. Bourgeat, Lyon, 1669.
Quétif-Échard, Scriptores O. P., t. 11, p. 126 sq.; Hurter, Nomenclator, 3° éd., t. 11, col. 1385-1387.
É. AMANN.
SPINAZZOLA (Nicolas de), frère mineur italien de l'Observance (xvrr* siècle). — Appartenant à la province franciscaine de la Principauté citérieure, il construisit le couvent de Salerne, dont il fut à diftérentes reprises gardien et exerça les charges de provincial, de pénitencier de la basilique de Saint-Jeande-Latran, de secrétaire du général et de définiteur général en 1639. I1 mourut à Salerne en 1652. Il est l’auteur d’un Tractatus casuum conscientiæ, d’un Traclalus de electione, d’une Judicialis practica ad justitiam administrandam, d’un Tractatus super regulam S. Francisci et il rassembla Omnes ordinis constitutiones ad reformalionum utilitatem ac gubernium spectantes juxta lenorem bullarum Gregorii XIII et Clemenlis VIII, ainsi que Constilutliones omnes apostolicæ a religionis exordio usque ad annum 1648 a diversis pontificibus emanatæ.
J.-H. Sbaralea, Supplementum ad scriplores ord. min., 2e éd., t. τ΄, Rome, 1921, p. 288-289; H. Hurter, Nomenclaor, 3° éd., t. 111, col. 1131.
A. TEETAERT.
1.SPINOLA (Christophe de Rojas y), frère mineur observant, célèbre par ses tentatives de conciliation entre les protestants et les catholiques (Χν 1 s). — Né vers 1626 dans la Gueldre (Hollande), où son père, appartenant à une ancienne famille de Castille, servait dans l’armée espagnole, il passa sa jeunesse à Cologne, où il entra dans l’ordre franciscain et enseigna la philosophie et la théologie scolastiques, surtout la morale. A cause de sa naissance et de sa science, il y entra en contact avec des protestants influents dont il convertit un grand nombre au catholicisme. Nommé visiteur général de la province franciscaine de Thuringe en 1663, il passa, au chapitre qui suivit cette visite, de la province de Cologne à celle de Thuringe. Élu, au même chapitre, custode de Ja province de Thuringe, il prit part à Rome, en 1664, au chapitre général dans lequel il fut élu définiteur général de l’ordre. Ayant attiré sur lui l’attention des grandes familles et des princes catholiques et protestants, il fut chargé par l’empereur Léopold Ie, en 1661, d’une mission auprès des princes allemands, afin de les liguer contre le péril turc devenu de plus en plus menaçant et, en 1664, nommé délégué à la diète. Cette même année il fut promu évêque de Saint-Étienne (Stephanensis), comme s’appelaient les plus anciens évêques de Narona en Dalmatie. Cependant l’union religieuse lui tenait plus à cœur que l’union politique et c’est à cette première qu'il consacrera désormais ses forces, surtout après qu'il eut expérimenté, dans ses visites aux princes protestants allemands, que ces derniers n'étaient point hostiles à un retour au catholicisme et que même plusieurs le désiraient. Il fut aussi tenu en haute considéralion par Philippe IV d’Espagne, qui lui confia plusieurs missions importantes et voulut lui donner d’abord l’évêché de Valladolid et ensuite celui de Gand, en Belgique. Mais comme il était l’objet de diverses accusations, Spinola pensa un moment à laisser la carrière diplomatique pour se retirer dans la solitude de sa cellule. Toutefois, après avoir consulté la sainte clarisse Jeanne-Marie de la Croix à Roveredo, qui l’engagea à persévérer dans la voie suivie jusqu'alors, il reprit courage et se décida à poursuivre sans relâche l’œuvre d'union entre protestants et catholiques, et la restauration de la religion catholique en Allemagne.
Nommé, en 1666, évêque de Knin, en Dalmatie, il se consacra entièrement à cette tâche. Il entra en
relation avec plusieurs princes protestants, afin de les gagner à sa cause, principalement avec le prince Jean- Philippe de Mayence, qui se mit à la tête du mouvement unioniste avec les frères Adrien et Pierre von Walenburg. Ils entrèrent en rapports avec André Kubhn, le plus ancien des ecclésiastiques protestants de Dantzig, avec B. Holzhauser, Leibniz et d’autres théologiens protestants qui, dans les conférences qu'ils eurent avec des théologiens catholiques, reconnurent qu'il n’y avait pas d'obstacles insurmontables à la réunion. Le prince-électeur de Mayence songeait déjà, après consultation du nonce J.-B. Spinola à Vienne et d’autres cardinaux, à demander au pape de faire quelques concessions aux protestants sur des points qui ne regardaient ni la foi ni l’autorité pontificale, afin de faciliter l’union, quand il mourut le 12 février 1673. Avec la mort du prince électeur se clôt la première phase du mouvement unioniste projeté par Spinola.
L'œuvre fut toutefois reprise par Spinola en 1675 et menée cette fois avec plus d’ampleur. La répression d’une révolte suscitée en Hongrie, en 1670, en fut l'occasion. Plusieurs ministres protestants, impliqués dans cette insurrection, avaient été bannis et avaient cherché un refuge en Saxe; le prince Jean-Georges de Saxe fit donc savoir à l’empereur, le 12 août 1675, que, pour éviter dans la suite toute hostilité entre protestants et catholiques, il ferait rédiger, de concert avec les autres princes protestants, une profession de foi mitigée, d’où serait exclu tout ce qui pourrait choquer les catholiques. L'empereur répondit que les prédicateurs protestants n’avaient point été bannis à cause de leur foi, mais de leur rébellion, et qu'il acceptait volontiers le projet du prince au suejt de la confession de la foi. Quand il s’agit de rédiger celle-ci, le prince de Saxe, devant les graves objections de ses conseillers, se désista et envoya un messager à l’empereur pour lui demander de prendre lui-même l'initiative de l’œuvre de rapprochement et de travailler les princes allemands pour les gagner à cette cause. Bien que cette proposition lui eût paru suspecte et malgré l’opposition de certains catholiques, l’empereur, sous l’influence de Spinola, résolut de tenter la chance et il députa Spinola aux princes allemands. Il lui enjoignit toutefois de ne pas traiter directement la question de la conciliation, mais du procédé à suivre pour réconcilier les Hongrois entre eux. De la sorte Spinola gagnerait la sympathie des princes et ouvrirait la voie à des négociations ultérieures qu’il ne mènerait qu’en son nom, sans y compromettre l’empereur. En 1676, Spinola visita les principales cours d'Allemagne, Berlin, Dresde, Osnabruck, Hanovre, Heidelberg, le Palatinat, etc.; partout ses projets d’union religieuse furent reçus favorablement et même, auprès de plusieurs princes, avec empressement, surtout à Hanovre par le duc Jean-Frédéric, converti au catholicisme depuis 1651, et par la duchesse Sophie, ainsi que par le frère de cette dernière, le prince Charles-Louis du Palatinat, qui désirait mener l’œuvre de la conciliation à visage découvert et nullement en secret, comme le voulait Spinola. Le plan de l'union religieuse de Spinola, dont quelques particularités étaient venues aux oreilles des catholiques, malgré le secret dont on s’efforçait de l’entourer, suscita une assez vive opposition de la part de quelques théologiens belges, surtout à cause des concessions que Spinola comptait faire aux protestants : l'ordination sacerdotale serait conférée aux ministres convertis et un nouveau concile serait convoqué. Spinola se défend dans une lettre du 14 août 1677, dont le contenu a été publié par G. Menge, Zur Biographie des Irenikers Spinola, dans Franziskanische Studien, t. τι, 1915, p. 20-22.
Pour travailler avec plus de tranquillité à la réalisation de ses projets et tenir tête à ses adversaires,
DICT. DE THÉOL. CATHOL
SPINOLA (CHRISTOPHE DE
Spinola résolut d’aller à Rome exposer au Saint-Siège ses plans et en recevoir l'approbation. Dès son arrivée, au début de 1677, il remit à Innocent XI un rapport si encourageant du résultat obtenu lors de sa première visite faite aux différents princes allemands, qu’il sem- ὑ blait que les principaux protestants étaient tous gagnés à la cause de la soumission à l’Église catholique. Cf. Ph. Hiltebrandt, Die kirchlichen Reunionsverhandlungen in der zweiten Hälfte des xvrr. Jahrhunderts, Rome, 1922, p. 177-178. Le pape institua une commission composée des cardinaux A. Cibo, J.-B. Spinola et F. Albizzi et de trois théologiens, pour examiner ce rapport, et prit en même temps des informations secrètes auprès du nonce de Vienne, Fr. Buonvisi. Celuici écrivit, le 6 mars 1678, à Rome qu’il avait toujours été contraire aux tentatives faites par Spinola, que, vu l’état d’âme des protestants, il les jugeait risquées et vaines, mais qu’il avait cependant encouragé Spinola; dans une cause si noble il fallait bien risquer quelque chose. Cf. M. Trenta, Memorie per servire alla storia politica del card. Fr. Buonvisi, t. 1, Lucques, 1818, p. 371. Rome, non plus, ne voulut pas rejeter complètement les vues présentées et permit à Spinola de traiter avec les princes protestants tant au sujet de la guerre turque qu’au sujet de la religion catholique. C’est dans ce sens qu’étaient conçus le bref adressé au négociateur le 20 avril 1678 et les lettres qui le recommandaient à l’empereur, aux nonces de Vienne et de Cologne et au duc Jean-Frédéric de Hanovre. Cf. J.-J. Berthier, Innocentii PP. XI epislolæ ad principes, t. τ, Rome, 1891, p. 167 sq. De retour à Vienne, Spinola réussit à intéresser tellement l’empereur à ses projets, que celui-ci le nomma, en juillet 1678, son ambassadeur plénipotentiaire auprès de tous les princes allemands, sous le prétexte de les unir plus étroitement à l’empereur dans les guerres contre la France et la Turquie, en réalité pour opérer l’union religieuse. Spinola visita personnellement presque tous les princes allemands; quant à ceux qu’il ne put atteindre à cause de la guerre ou de la peste, il leur exposa ses plans par lettre. Partout il rencontra le meilleur accueil et ses idées furent généralement acceptées avec faveur, parfois même avec enthousiasme. De retour à Vienne, Spinola envoya, le 28 mai 1679, un long rapport chiffré au secrétaire d’État, déclarant avoir agi partout d’après les instructions reçues du pape et avoir eu grand succès chez tous les princes, excepté à Cassel. Cette relation a été éditée par F. de Bojani, Innocent XI. Sa correspondance avec ses nonces, t. 11, Rome, 1911, p. 4-5,et par Ph. Hiltebrandt, op. cit., p. 191-192. Voir aussi ἃ. Haselbeck, Der Ireniker P. Christoph de Rojas y Spinola, dans Katholik, 1913, t. τ, p. 401. Mais Rome ne partageait guère l’optimisme de Spinola, comme il résulte de la réponse que lui fit le cardinal secrétaire d’État le 1° juillet 1679. Le pape, y est-il dit, a lu avec plaisir la relation des tentatives faites pour le retour des protestants à l’Église catholique et de la conversion de quelques princes, mais il est d’avis qu’il faut continuer à prier et attendre une garantie sûre que les princes en question pensent réellement à se faire catholiques, l’expérience ayant enseigné que l'intérêt humain induit bien souvent en erreur et trompe ceux qui ajoutent trop facilement foi aux promesses. Le pape exprimait à Spinola sa reconnaissance pour l’activité déployée et émettait le vœu que la semence répandue par lui pût un jour porter ses truits. Ph. Hiltebrandt, op. cil., p. 76-77. Le même jour le secrétaire d'État ordonnait au nonce de Vienne d’in-
| terroger confidentiellement l’empereur sur les espoirs
que l’on pouvait avoir de la conversion des princes pro-
| testants. La réponse de l’empereur fut décourageante
et le nonce, de son côté, jugea que les assertions de Spi-
| nola n’avaient pas de base dans les faits. Ces informa-
tions furent décisives et pendant deux ans et demi on ne parla plus de tentatives de réunion.
Spinola toutefois ne se reposa pas; en 1682 et 1683, muni de lettres de recommandation de l’empereur, il entreprit de nouveau la visite des différentes cours protestantes, et s’efforça de provoquer des conférences avec les théologiens protestants sur la base de son traité : Concordia christiana cirea puncta principaliora, quæ inter romanos et protestantes schisma generarunt. Plusieurs princes et théologiens firent bon accueil aux propositions de Spinola et lui promirent même leur collaboration. Ainsi trouva-t-il les meilleures dispositions chez les princes de Brandebourg, de Hambourg, de Brunswick, de Wolfenbuttel, de Saxe inférieure, de Hanovre, etc., ainsi que chez les théologiens Hildebrand de Wolfenbuttel, André Kuhn de Danzig, Fabritius de Heidelberg, Handelius d'Augsbourg, mais surtout auprès de Gérard Molanus, abbé de Lokkum, et de Leibniz. Par l’intermédiaire du duc Ernest-Auguste de Hanovre, protestant, mais très favorable à l’idée de la réunion, des conférences furent tenues entre Spinola et les principaux théologiens de Hanovre, entre autres H. Barkhaus et Molanus, qui fut, chez les protestants, l’âme de l’œuvre de conciliation. Ces conférences eurent un résultat appréciable, qui fut consigné dans un écrit qu’Albritius acheta à la foire de Leipzig du mois d’octobre 1683 et qui est intitulé : Methodus reducendæ unionis ecclesiasticæ inter romanenses el protestantes ex speciali mandato ser. principis ac domini Ernesti Augusti.. a seren. cels. sua theologis conscripla. Cet écrit était signé par Molanus et H. Barkhaus. Voir à ce sujet la lettre d’Albritius à Leibniz éditée par Foucher de Careil, Œuvres de Leibniz, t. 1, Paris, 1859, p. 468, ainsi que les Regulæ circa chrislianorum omnium ecclesiasticam reunionem tam a sacra Scriptura quam ab universali Ecclesia et auguslana confessione præscriplæ et nonnullis hujus (sc. Augustana confessio) professoribus pro facilitate pacis exulantium et prolestantium hungarorum collectæ, rédigées par Molanus, que l’on peut trouver dans les diverses éditions des œuvres complètes de Bossuet, par exemple, t. vit, Paris, 1846, p. 509-515, et la trad. française, p. 515-523. Ces deux écrits donnaient le point de vue des protestants et devaient constituer la base des conférences entre ceux-ci et les catholiques. Pour ce qui est de la position adoptée par Molanus et ses amis, elle est bien résumée dans une lettre de Leibniz à Spinola de février 1683 : « Les protestants commencent d’abord par se réunir à l’Église romaine et reconnaissent la juridiction pontificale, mais on ne les oblige pas, du côté catholique, à recevoir le concile de Trente, dont les décrets dogmatiques, et à plus forte raison disciplinaires, sont considérés comme provisoirement suspendus. Les Églises uniates, qui conserveraient sur des points importants de discipline leurs usages actuels, seront admises à avoir leurs représentants à un futur concile, où l’on terminera, si besoin est, les controverses dogmatiques. » Voir ici t. x, col. 2082-2083. Pour les concessions faites par les protestants, voir aussi G. Menge, art. cil., p. 32-34. Quant à l’attitude adoptée par Spinola par rapport aux demandes protestantes, nous en parlerons plus loin. Qu'il suffise de remarquer ici qu’au point de vue dogmatique il ne leur a jamais fait la moindre concession et qu’au point de vue disciplinaire il leur promit de travailler à Rome pour que certaines concessions leur fussent faites.
Le projet de Spinola ne fut cependant pas accueilli partout avec la même faveur qu’à Hanovre. Ainsi le mémoire Concordia christiana circa puncta principaliora, cité plus haut et destiné au prince de Brandebourg, qui devait constituer la base pour les conférences avec les théologiens protestants, ne fut pas reçu par ceux de Brandebourg et fut accueilli avec une hos-
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tilité ouverte par ceux de la cour de Berlin. Voir Ph. Hiltebrandt, op. cit., p. 81-82, et G. Haselbeck, art. cit., dans Katholik, 1913, t. 11, p. 15-16. Contre les concessions faites à Hanovre s’insurgèrent pendant l’automne de 1683 les prédicateurs de Gotha et de Dresde, qui ne voulaient rien savoir d’une nouvelle soumission au joug papiste et antichrétien. A Francfort on estimait que les propositions faites par Spinola concordaient en réalité avec les décisions du concile de Trente et que, dès lors, elles étaient inacceptables, parce qu'inconciliables avec la foi luthérienne. La landgrafine Élisabeth Dorothée de Darmstadt mit les cours amies en garde contre les projets de Spinola et engagea la faculté théologique de Giessen à faire une critique serrée du «syncrétisme athée » de l’évêque de Knin. L’électeur de Saxe défendit à ses théologiens toute tractation privée avec Spinola et demanda aux autres princes d’adopter la même position. Sur cette opposition, voir G. Menge, art. cil., p. 34-42, où l’on trouvera le texte de quinze objections faites par les protestants au projet de Spinola et publiées dans les Nouvelles de la république des lettres (Amsterdam), 1684, avril, p. 187 sq.
L'opposition contre Spinola ne venait pas seulement, d’ailleurs, des protestants, mais aussi des catholiques qui lui reprochaient d’avoir été trop loin dans ses concessions aux dissidents. Parmi eux, les Français vinrent en premier lieu. Pendant l’été 1683, Leibniz, à la prière de Spinola, était entré en relations avec Bossuet, lui avait exposé les démarches faites en Allemagne pour opérer l’union entre protestants et catholiques et lui avait envoyé les Regulæ cirea unionem de Molanus. En 1683, Spinola eut aussi une correspondance assez suivie avec Bossuet, qui, dans ses réponses, le loue pour sa noble entreprise et l’assure que le roi apprécie hautement les efforts qu’il fait pour opérer l’union entre protestants et catholiques. Voir Correspondance de Bossuet, édit. par Ch. Urbain et E. Levesque, t. 11, n. 284, p. 391. Mais la pensée intime du roi paraît avoir été assez différente; il pouvait craindre que le rétablissement de l’unité religieuse ne renforçât l'Allemagne. Il semble avoir intrigué à Rome et avoir accusé le pape de vouloir faire des concessions nuisibles pour l’Église afin de gagner les protestants allemands. Sous le coup de toutes ces accusations, Spinola, muni d’une lettre de l’empereur, se rendit à Rome, au début de 1684, pour s'expliquer avec le pape. Celui-ci lui accorda une longue audience et le pria de mettre par écrit le rapport circonstancié qu'il lui avait fait de vive voix. C’est ainsi que Spinola rédigea la Secrela relatio status, quem negotium religionis a novem ullimis annis in Germania oblinuit, conservée à la bibl. de Hanovre, et que le pape fit examiner par trois théologiens. Le résultat de ces négociations nous est connu par un bref d’Innocent XI à Spinola, dans lequel le pape exprime sa satisfaction pour les résultats obtenus et engage le négociateur à continuer son œuvre sous la protection de l’empereur et en son propre nom, mais nullement au nom du pape, pour éviter toute difficulté avec les adversaires. Voir le Tagesbuch de Spinola dans F.-X. Kiefl, Der Friedensplan des Leibniz, Leipzig, 1903, p. 248-249. Dans un bref à l’empereur du 15 juillet 1684, le pape aflirmait que, sans doute, il n’ajoutait pas foi aux accusations formulées par les Français contre l’œuvre de Spinola, mais que, par ailleurs, il ne pouvait approuver complètement les propositions de Spinola. Voir J.-J. Berthier, op. cit., €. 11, Paris, 1895, p. 183. Muni de ce bref et de plusieurs lettres de cardinaux et de généraux de différents ordres religieux, favorables à son entreprise, Spinola quittait Rome vers la fin du mois d'août de l’année 1684. Mais, à son retour à Vienne, il fut profondément déçu; au lieu des encouragements qu'il attendait, il y trouva en
circulation un grand nombre d'écrits diffamatoires dans lesquels on n’attaquait pas seulement ses projets, mais son orthodoxie. Très sensible sur ce point, il fit rédiger un instrument dans lequel il rassemblait tous les témoignages des protestants au sujet de son intransigeance en matière dogmatique et prit la décision de ne plus s'occuper de l’œuvre de l’union et d’en informer le pape et l’empereur. Promu, au mois de mars 1685, évêque de Vienne-Neustadt, il se consacra entièrement à son nouveau diocèse. L’abandon total de l’œuvre de l’union de la part de Spinola fit mauvaise impression sur les protestants qui croyaient que, ayant obtenu le diocèse de Vienne-Neustadt, il avait réalisé le rêve de sa vie. Voir une lettre du capucin Denis de Werl à Spinola du 6 novembre 1687, dans G. Menge, art. cit., p. 48.
Ce désistement de Spinola ne dura toutefois pas longtemps et un appel du roi d'Angleterre le fit sortir de son inaction. Vers 1688, il reçut une lettre d’un cardinal, qui, au nom du roi Jacques II, le priait de lui indiquer la meilleure méthode à suivre pour obtenir l'union entre protestants et catholiques et l’invitait à aller en Angleterre pour y travailler en ce sens. Spinola exposa à ce cardinal le plan qu’il avait suivi jusque là en Allemagne, se disant tout disposé à partir pour l’Angleterre. Voir G. Menge, art. cit., p. 48-49. Mais la révolution éclata dans ce pays et le roi Jacques II se vit obligé de s’enfuir, le 4 janvier 1689, mettant ainsi fin à l’œuvre de l’union projetée. D’autres mobiles encore déterminèrent Spinola à reprendre le travail de la conciliation interrompue, à savoir les demandes instantes de la part de plusieurs princes protestants et surtout de l’empereur. Ne voulant rien entreprendre sans l’ordre du pape et l’assistance de théologiens, l’empereur en référa à Rome et Alexandre VIII concéda la reprise de l’œuvre de l’union, désignant quatre théologiens, deux dominicains et deux jésuites, pour aider Spinola dans son entreprise. Le 20 mars 1691, l’empereur lui donna pleins pouvoirs pour traiter la question religieuse avec tous les princes et théologiens de l'empire et des provinces soumises à l’empereur et défendit à tous ses sujets de s’opposer à l’entreprise de Spinola. Cette reprise fut accueillie par plusieurs protestants avec empressement, surtout par ceux de Hanovre. Molanus composa en 1691 ses Cogilationes privalæ de methodo reunionis Ecclesiæ protestantium cum Ecclesia romana catholica, dans lesquelles il se tenait strictement au point de vue déjà exposé dans sa Methodus reducendæ unionis ecclesiasticæ inter romanenses et protestantes et ses Regulæ circa christianorum omnium ecclesiasticam reunionem; Leibniz, qui cherchait à gagner d’autres personnes à ce plan, écrivit à Spinola, le 21 avril 1691, une lettre très encourageante. Innocent XII, de son côté, évita scrupuleusement de se mêler directement dans les tentatives de Spinola, parce qu'il ne voulut point compromettre son autorité ni faire des concessions inutiles et dangereuses aux protestants. Tout en conseillant à Spinola d’être prudent, il le laissa faire, espérant de la miséricorde de Dieu le rétablissement de l’union religieuse en Allemagne. Voir Ph. Hiltebrandt, op. cil., p. 87. Spinola se remit donc à l’œuvre, parcourut l'Allemagne et lança aux princes et théologiens protestants favorables à ses projets une invitation pour la prochaine réunion qui se tiendrait à Vienne et dans laquelle protestants et catholiques discuteraient ensemble des points qui les divisaient. Quand tout fut sur le point d'aboutir, le projet de réunion si soigneusement étudié fit naufrage. Les théologiens protestants se retirèrent ou refusèrent de venir, de peur d’être critiqués par leurs collègues opposés à la réunion. Leibniz même et Molanus, tout en s’excusant auprès de Spinola, n’eurent pas Je courage de se présenter. Déçu au plus
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haut point, Spinola renonça définitivement à continuer son œuvre d'union et se retira à Vienne pour s’y préparer à la mort. Comme son état de santé empirait de jour en jour, il désigna comme son successeur dans l’œuvre de la conciliation le franciscain Bénigne Schimaditsch, auquel il remit tous ses documents et, craignant que les attaques antérieures ne se renouvelassent et ne vinssent troubler son repos, il écrivit une Apologie, dans laquelle il se défendait contre les différentes accusations qui avaient été répandues contre lui et son orthodoxie. Cette Apologie a été publiée par G. Haselbeck, art. cit., dans Katholik, 1913, t. τι, p. 35 sq. Spinola mourut le 12 mars 1695. Au sujet des tentatives faites pour réunir les théologiens protestants et catholiques dans une assemblée et le résultat des efforts qu’il avait faits dans ce sens, Spinola rédigea en 1691 un rapport à l’empereur intitulé : Sincera relatio. Origo et status præsens commissionis episcopi Neostadiensis circa reunionem protestantium cum Ecclesia romana, édité par G. Haselbeck dans Jahresbericht des seraphischen Kollegs Watersleyde, 1911-1912, Fulda, 1912.
Pour pouvoir apprécier à sa juste valeur l’œuvre d'union de Spinola, il faut avant tout tenir compte du but poursuivi et de la méthode employée. Hansiz, Episcopatus Neostadiensis, inédit, conservé à la bibl. nationale de Vienne et qui constitue une des meilleures sources de la vie et de l’activité de Spinola, les résume comme suit : Princeps consiliorum scopus erat… reslilutio religionis catholicæ, id quod non armis, non vi, non decretis, aut imperiis, quæ remedia et ambiqua sunt et invisa, sed compendio quodam et illico conficere studebat; eo nitens, ut acerbilate æmulationum contentionumque sublata pacificis amicisque colloquiis volunlates primum tractabiles redderet, deinde rationibus et explicalione rationabili et æqua spectra illa dissidiorum, quæ per odium studiumque partium inhorruerant, amollireltur. G. Menge, art. cit., p. 57. Le but poursuivi par Spinola était donc le rétablissement de la religion catholique. Pour arriver à ce résultat, il voulait d’abord aplanir la voie en disposant favorablement les protestants pour ses projets dans des pourparlers bienveillants et amicaux et, ensuite, enlever dans des discussions et des explications les mésintelligences que la haïne et le parti pris avaient fait naître entre catholiques et protestants. Comme, d’un côté, Spinola ne pouvait faire de concessions dogmatiques et que, d’autre part, on ne pouvait exiger que les protestants rejetassent tout d’un coup toutes leurs doctrines, il fallait trouver une voie intermédiaire pour aboutir à la réunion projetée et obtenir la conciliation entre catholiques et protestants. Il tallait trouver un principe fondamental, dont l’admission pouvait aboutir à une union, en dépit des différences doctrinales. Ce principe, Spinola le trouva dans l’admission de l’autorité doctrinale de l’Église, au moins provisoirement, sous cette forme que le pape et le concile ensemble sont infaillibles. Il s’en suivait qu’il fallait admettre toutes les doctrines définies par un concile légitime. Restait à prouver la légitimité du concile. Pour ce faire, il recourait à des motifs qui pouvaient être admis par les deux partis, à savoir la présence des conditions que l’on trouve réalisées dans les quatre premiers conciles. Dans le cas où l’on ne s’accorderait pas sur la légitimité d’un concile (ici il s’agissait du concile de Trente), on pouvait le suspendre, en convoquer un nouveau et y traiter l’affaire. Pour s'assurer que les doctrines mises en cause pouvaient être tirées de fait du principe de l’autorité doctrinale de l’Église, Spinola divisait les dogmes en dogmala fundamentalia et non fundamentalia. Quant aux premiers, les deux partis devaient les accepter avant toute union, tandis que pour les dogmata non fundamentalia, Spinola exigeait
seulement un consensus implicitus : on était prêt à les accepter comme dogmes, dès qu’on en aurait l’évidence. De la sorte, selon Spinola, il n’existait aucune objection sérieuse contre l’union des protestants, puisqu'ils croyaient au moins implicitement tout ce que croit l’Église catholique.
Les théologiens protestants qui auraient les dispositions décrites ci-dessus et donneraient des garanties pour l'avenir pourraient être ordonnés prêtres et même évêques et comme tels assister au concile éventuel et y avoir droit de vote. On pourrait ensuite faire aux protestants bien disposés et revenus à l’Église quelques concessions d’ordre disciplinaire, comme la cession des biens et de certains droits ecclésiastiques aux princes, l’autorisation de vivre dans l’état de mariage aux prédicateurs et aux théologiens mariés, la communion sous les deux espèces, etc. Spinola toutefois n’avait pas donné l’assurance que toutes ces concessions seraient faites, mais il avait promis de travailler à les obtenir du Saint-Siège, qui seul pouvait les accorder.
Tout l’exposé de cette méthode fut rédigé par Spinola sous la forme d’un Casus, dans lequel plusieurs questions sont posées au sujet d’un peuple acatholique qui a les dispositions décrites ci-dessus et qui croit au moins implicitement tout ce que l’Église croit. A la première question : An populus hic sic dispositus sit hæreticus formalis vel solum materialis et an, non obstante explicala imperfeclione, ad unionem admiltendus et legitimis sacerdolibus el sacramentis lempestive providendus ? Spinola répond que ce peuple est seulement matériellement hérétique et par conséquent peut être admis à l’union et être pourvu de prêtres et de sacrements. Α la deuxième question : An expedial huic populo concilit congregalionem pro congruo tempore promittere ? et à la troisième : An expediat prædicatores huius populi non obstante matrimonio in sacerdotes ordinare ? la réponse est aflirmative. A la quatrième question : An congruum sil, ul memorati prædicatores a Sanctissimo per novas dignilates concessionemque voti ac sessionis in concilio præmientur ? Spinola affirme que cela dépend du Saint-Siège, mais qu’il existe des motifs plausibles pour répondre affirmativement. Ce Casus avec les solutions données par Spinola fut envoyé aux principales universités catholiques d’Allemagne, d'Autriche, de Hongrie, à celle de Louvain et aux principaux théologiens tant séculiers que réguliers ; il fut approuvé par le plus grand nombre d’entre eux. De ce Casus il faut rapprocher un chapitre de la Secreta relalio citée plus haut, intitulé : De remediis quæ zelosi Germani congrua fore sub S. Sedis correctione existimant, dans lequel Spinola s’efforce de réfuter les objections faites contre son plan. Pour le Casus et ce chapitre de la Secrela relatio, voir G. Haselbeck, Die Stellung des Irenikers P. Christophor Rojas y Spinola zur Orthodoxie, dans Franziskanische Stludien, t. 1, 1914, p. 28-34. De cet exposé il résulte que, dans le plan élaboré par Spinola, on ne peut rien trouver qui puisse faire suspecter son orthodoxie puisqu'il n’a jamais fait la moindre concession dogmatique aux protestants et que, pour les concessions d’ordre disciplinaire, il s’en remettait aux décisions du Saint-Siège. D'ailleurs il a toujours veillé avec un soin jaloux à rester dans l’orthodoxie, comme le prouvent tous ses écrits et les nombreux témoignages des protestants allégués par G. Haselbeck, art. cil., p. 18-24, ainsi que l’approbation de son œuvre par les souverains pontites.
Si, du point de vue dogmatique et théorique, on ne peut faire à Spinola aucun reproche, il n’en est pas de même quand on considère son œuvre d'union au point de vue pratique. Le reproche le plus grave que l’on puisse lui faire, c’est d’avoir voulu de fait réaliser
SPINOLA (CHRISTOPHE DE
l'union entre protestants et catholiques, alors que cet accord, étant données les dispositions des protestants et leurs relations effectives avec les catholiques, était impossible à obtenir. Il fallait un robuste optimisme pour croire à la possibilité d’amener la majorité des princes et des théologiens protestants aux dispositions exposées plus haut et requises pour être admis dans l’Église catholique, ne fût-ce qu’à titre provisoire. La faute principale de Spinola a été de croire pouvoir réaliser ce qui, de fait, était irréalisable. Puis son zèle pour ramener les protestants au sein de l’Église lui a fait faire des choses que la masse et une grande partie des théologiens catholiques, qui tenaient compte des facteurs réels, ne comprenaient pas et qui fut cause d’une opposition souvent acharnée de leur part aux projets de Spinola. Le même zèle dans la poursuite de son idéal le rendit aveugle sur les dispositions réelles des protestants et lui fit considérer leurs velléités et leur empressement apparent, mais réservé, comme une volonté ferme et arrêtée d'aboutir à l’union. Aussi la déception éprouvée quand, à la veille de la réunion des théologiens protestants et catholiques à Vienne, en 1691, les théologiens protestants se retirèrent et refusèrent de paraître, a-t-elle dû produire sur Spinola un effet mortel dont il ne s’est plus remis. Un autre reproche que l’on pourrait faire à Spinola, c’est d’avoir trop négligé d’exposer aux protestants la doctrine catholique, chose qui, dans ces tentatives de réunion, aurait dû occuper la toute première place. En effet, même dans le cas où protestants et catholiques accepteraient les mêmes vérités, la raison fondamentale de cette acceptation diffère essentiellement chez les uns et les autres. Les protestants les admettent sur la foi du propre examen et de l’expérience personnelle, tandis que les catholiques les acceptent sur le témoignage de l’Église infaillible. On peut encore reprocher à Spinola d’avoir été trop condescendant pour le point de vue protestant du procédé à suivre et d’avoir accepté trop facilement la manière de voir des dissidents, qui voulaient d’abord s’unir aux catholiques en oubliant les points de doctrine qui les divisaient et régler ensuite ces points après la conciliation. Bossuet fut plus intransigeant ; il voulait avant tout causer pour faire voir aux protestants que les décisions dogmatiques, dont ils s’effarouchaient, n'avaient rien que de légitime et, après avoir réalise l’accord doctrinal, opérer de fait l’union entre protestants et catholiques.
M. Tabaraud, Histoire critique des projets pour la réunion des communautés chrétiennes, Paris, 1824, p. 127-163; K.-W. Hering, Geschichte der kirchl. Unionsversuche, 2 vol., Leipzig, 1836-1838; Ph. Hiltebrandt, Die kirchlichen Unionsverhandlungen in der zweiten Hälfte des XV11.Jahrhunderts, dans Bibl. ἃ. preuss. hist. Instituts in Rom, t. XIv, Rome, 1922; G. Menge, Versuche zur Wiedervereinigung Deutschlands im Glauben, 1920, p. 126-178; le même, Zur Biographie des Irenikers Spinola, dans Franzisk. Studien, t. 11, 1915, p. 1- 62; G. Haselbeck, Der Ireniker P. Christoph de Rojas y Spinola, dans Katholik, 1913, t. 1, p. 385-405; t. 11, p. 15-37; le même, Die Stellung des Irenikers P. Christoph de Rojas y Spinola zur Orthodoxie, dans Franzisk. Studien, t. 1, 1914, p. 18-36; le même, Sincera relaltio... des Spinola, dans Jahresbericht des seraphischen Kollegs St. Joseph zu Watersleyde, 1911-1912, Fulda, 1912; H. Landwehr, Spinolas Unionsbestrebungen in Brandenburg, dans Märkische Forschungen, t. xx, 1887, p. 234 sq.; F.-X. Kiefl, Der Friedensplan des Leibniz, Paderborn, 1903; A. Theiner, Gesch. der Rückkehr der Häuser Braunschweig und Sachsen, Einsiedeln, 1843; H. Landwehr, Die Kirchenpolitik Friedrich Wilhelms, Berlin, 1894, p. 340-341; Baumstark, Kaiser Leopold 1., Fribourg-en-B., 1873; J. Just von Einem, Das Leben Molani, Magdebourg, 1734; C.-E. Weidemann, Geschichte des Klosters Loccum, Gœttingue, 1822; L. von Pastor, Geschichte der Päpste, τ. χιν b, Fribourg-en-B., 1930, p. 1008-1014.
A. TEETAERT.
2. SPINOLA Étienne, somasque, est auteur d’une dissertation De libera et prudenti agibilium electione in moralibus, Gênes, 1648, in-fol.
Hurter, Nomenclator, 3° éd., t. 111, col. 1200.
J. MERCIER
SPINOZA, philosophe hollandais du xvir siècle (1632-1677). — Pour le théologien chrétien, catholique ou protestant, l'importance de Spinoza est immense. D'une part, son œuvre est l'arsenal où, depuis trois siècles, viennent prendre des armes les adversaires du christianisme et de toute religion révélée. Les plaisanteries et les calomnies de Voltaire sont aujourd’hui usées, mais la pensée de Spinoza continue d'inspirer, en ce qu'elle a descientifiqueet de vivant, l’irréligion contemporaine : on la retrouve partout, par exemple, chez M. Brunschvicg. Si l’on retranchait de L’évolu- Lion de la conscience dans la philosophie occidentale tout ce qui provient du Théologico-polilique, ce livre cesserait d’être irréligieux. Mais, à l'inverse, les protestants libéraux ont cru trouver en Spinoza une âme, sans doute affranchie du dogmatisme orthodoxe, mais profondément religieuse, et ils ont pris le Théologico-politique pour l’esquisse d’une théologie. Schleiermacher, qui voyait en Spinoza une âme «ivre de Dieu », a bâti une dogmatique spinoziste et, pendant tout le xIx® siècle, le protestantisme libéral allemand s’est développé sous cette influence. Il n’est pas sûr qu’aujourd’hui la réaction de Barth et des tenants de la Théologie dialectique ait définitivement compromis cette influence. Or, en France, Auguste Sabatier importa les doctrines de Schleiermacher. Le modernisme en est plein et par conséquent il est plein de Spinoza : la théologie de Tyrrell est celle du Théologico-politique, mise en style mystique et psychologique. Enfin la méthode purement historique et philologique que Spinoza ἃ appliquée aux Livres saints est devenue celle de presque tous les protestants du continent, et elle fut celle des modernistes. Pour ces motifs, cet article devra être assez développé.
Nous étudierons successivement : I. La vie de Spinoza. II. Sa théorie de la connaissance, qui donne la clef pour l'intelligence de son système métaphysique et de sa doctrine religieuse (col. 2492). III. Sa doctrine métaphysique (col. 2496). IV. Sa morale (col. 2499). V. Sa politique (col. 2500). VI. Sa méthode d’interprétation de l’Écriture (col. 2501). VII. Sa doctrine de la religion (col. 2503).
I. VIE DE SPINOZA. — Nous sommes renseignés sur la vie de Spinoza par deux biographies, celle du pasteur Jean Kôhler (Colerus) et celle du médecin Lucas, de La Haye; par sa correspondance; par quelques allusions de ses contemporains, enfin par des pièces d’archives dont la plupart ont été mises au jour récemment. L'ouvrage fondamental à consulter est celui du P. von Dunin Borkowski.
Baruch Spinoza (ou Espinoza, Espinosa, de Espinoza, etc., les registres présentant des orthographes de toutes sortes) est né en Hollande, à Amsterdam, au numéro 41 de la rue Waterlooplein (autrefois Houtgracht), le 24 novembre 1632, de Michel Despinoza (c’est ainsi qu’il ἃ signé lui-même sur le registre de mariage) et de sa seconde femme Hana Debora. La famille Spinoza, originaire du Portugal, y faisait sans doute profession extérieure de christianisme, les juifs ayant été expulsés de ce pays en 1496. Ils devaient être des « marranes » : inquiétés par l’Inquisition; ils s’expatrièrent et, une fois installés en Hollande, firent partie de la communauté juive. Michel Spinoza était un homme d’affaires qui avait très bien réussi : il possédait une belle fortune, était très estimé de ses compatriotes. Mais il était loin d’être un juif fervent, il n’aimait pas la bigoterie, et peut-être a-t-il poussé,