‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 5)Chapitre 299 sur 457 · SPINOZA. MORALE ET POLITIQUE · texte numérisé non relu

SPINOZA. MORALE ET POLITIQUE

choses par les lois mathématiques qui en font l’unité? Est-ce l’adhésion de l’âme à un principe divin qui la dépasse et qui mérite l’amour, le dévouement et le culte? Nous retrouverons cette alternative quand nous aurons à exposer les interprétations possibles de la religion de Spinoza.

V. LA POLITIQUE. — Au temps de l’empire ottoman, on disait que le gouvernement des sultans était une tyrannie tempérée par l'assassinat. Cette définition conviendrait assez bien au système politique enseigné dans la IVe partie de 1 Éthique et le c. xvi du Théologico-politique, car le droit de l’État, fondé sur sa force, n’y a d’autre limite que la résistance dont sont encore capables les sujets. « Par droit naturel et institution de la nature, nous n’entendons pas autre chose que les lois de la nature de chaque individu, selon lesquelles nous concevons que chacun d’eux est déterminé naturellement à exister et à agir d’une manière déterminée.» Théol.-pol., c. XVI. Puisque la puissance de la nature est la puissance même de Dieu, chaque individu a le droit déterminé par sa nature : « en vertu du droit naturel, tous les poissons jouissent de l’eau et les plus grands mangent les petits ». Tant que les hommes ne vivent que sous l’empire de la nature, ils ont donc le droit de convoiter tout ce qui leur est utile. Maisilleur serait plus utile de vivre selon les lois de la raison et, pour obtenir ainsi la sécurité, ils n’ont pas d’autre moyen que d'abandonner tous leurs droits, c’est-à-dire toute leur puissance, à une autorité qui les régisse. Aucun pacte, en effet, n’ayant de valeur que par son utilité, personne n’est enchaîné à sa parole, sinon par une contrainte qui rende la violation des serments plus dommageable que la fidélité.

Il suit de là que l’État possède un droit absolu dans la mesure même où il possède la force totale, et que « nous sommes obligés absolument d’exécuter tous les ordres du souverain, même les plus absurdes ». Seulement, puisque l’État n’a le droit qu’en tant qu'il a la force, et que cette force est toujours précaire, dépendant de la bonne volonté des sujets, il a intérêt à gouverner raisonnablement pour le bien de ceux-ci. Et ceux-ci ne sont pas esclaves en obéissant, puisqu’en se conduisant ainsi ils suivent les lois de la raison. Dans le T'héologico-polilique, la forme de gouvernement qui paraît à Spinoza « la plus naturelle » est la démocratie, dans laquelle chacun délègue tous ses droits à la majorité et tous demeurent égaux. Le droit civil privé dépend évidemment de la volonté du souverain, qu’il soit une majorité ou un roi : le souverain n’est pas tenu par le droit établi, puisque le dommage « ne peut provenir du souverain, qui a le droit de tout faire à l’égard de ses sujets ».

Le droit international est naturellement régi par les mêmes principes. Deux États peuvent s’allier, l’alliance n’étant jamais déterminée que par leur intérêt : chacun garde ses droits et son autorité, et le contrat ne reste valide que tant que persiste le motif de danger ou d'intérêt, « ôtez ce fondement, et l'alliance croule d'elle-même ».

En matière de religion aussi, le droit de l’État est pratiquement sans limite. D'abord, la vie selon la nature précède Ja vie selon la raison, et en principe, et dans l'ordre temporel. Ensuite, le droit naturel dépend des lois de la nature, lesquelles sont plus amples dans leur domaine que celles de la religion. Si le souverain refuse de reconnaître le droit révélé, il le peut à ses risques et périls, et cela ne lui enlève en rien la puissance qu'il tient du droit naturel. Enfin, les hommes s'opposent les uns aux autres en matière de religion, et l'État ne peut abandonner aux particuliers la permission de terminer eux-mêmes leurs querelles : il a donc « le droit absolu de statuer en matière de religion tout ce qu'il juge convenable ». Que si certains hommes ont

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