‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 5)Chapitre 300 sur 457 · SPINOZA · texte numérisé non relu

SPINOZA

reçu de Dieu une révélation qui les « dispense expressément de l’obéissance », ils resteront fidèles à la loi révélée, comme les trois enfants dans la fournaise. Pour apprécier cette restriction de Spinoza, il convient de se reporter à ses enseignements sur l'interprétation de l’Écriture.

Après l'exposé de cette doctrine, qui correspond à celle du Leviathan de Hobbes, on pourrait croire qu'il n’y ἃ plus de place pour aucune liberté de conscience. Mais n'oublions pas que Thomas Hobbes ne connaît que la vie selon la nature, puisque sa théorie de la connaissance est rigoureusement empiriste. Or, la gnoséologie spinoziste est intellectualiste : au dessus de la vie selon la nature, s'ouvre la vie selon la raison, et un homme qui pense ne peut pas, quoi qu'il fasse, juger intérieurement sinon selon ce qu’il voit être vrai. A l'intérieur de l’âme, la liberté de penser demeure donc inviolable. Ajoutons que les hommes, en transférant à l'État tous leurs droits, ne peuvent pas transmettre à l'État ce qui constitue leur existence même, à savoir la tendance à persister dans l’être et la lumière du jugement. D'ailleurs l’État ne gagnerait rien et se compromettrait inutilement s’il essayait de pénétrer à l’intérieur des consciences. Il faut donc conclure que, si l'État a le droit de régler absolument toutes les actions extérieures des citoyens et, par conséquent, le culte, il agira sagement en laissant à chacun la liberté de penser ce qu’il juge vrai et de croire ce qu’il veut. Cette liberté, non seulement peut se concilier avec la tranquillité de l’État et avec la piété, elle est même « nécessaire à la conservation de tous ces grands objets ». Théol.-pol., c. xx.

VI. LA MÉTHODE D'INTERPRÉTATION DE L'ÉCRI- TURE. — Une philosophie qui identifie Dieu et la nature, qui conçoit Dieu comme une force infinie se développant nécessairement sous les formes de l’étendue et de la pensée empiriques, exclut à priori la possibilité de toute religion révélée. Cependant Spinoza connaît bien l’Ancien Testament et la littérature rabbinique ; il y a été formé dans sa jeunesse et il a continué à les étudier. Le Théologico-politique en fait foi, et M. Vulliaud a montré récemment, dans son petit livre sur la bibliothèque de Spinoza, la solidité de l’érudition de celui-ci et l’usage qu'il en a fait. Spinoza a lu aussi avec soin le Nouveau Testament. Il est vrai qu’il ignore le catholicisme : il n’a connu le christianisme qu’à travers les sectes protestantes hollandaises. S'il a été, dans ses conversations privées, moqueur et violent à l'égard des cultes établis, si même certains textes du T'héologico-politique sont aussi cruels pour les croyants que des textes de Voltaire, il a pourtant un respect et un attachement réels pour les formes religieuses auxquelles ont adhéré ses ancêtres. La religion est donc pour lui un problème aussi bien spéculatif que pratique. Comment s’y prendre pour comprendre l’'Écriture? Comment interpréter et apprécier le contenu de l’Écriture, en particulier les événements qui semblent rompre les mailles de la nécessité, miracles et prophéties? Qu’enseigne l'Écriture? Quelle sorte de croyance convient-il d'attribuer à ce qu’elle enseigne et à ce qu’elle raconte?

Pour comprendre l’Écriture, il n’y a qu’à la lire, mais à la lire comme on lit un document historique quelconque, d’après la grammaire, en éclairant les passages les uns par les autres, en remettant les événements dans leur contexte historique. On ne peut nier que Spinoza ait lu intelligemment l’Ancien et le Nouveau Testament, surtout l’Ancien, et que certaines de ses remarques témoignent d’un sens historique aigu.

Quant au contenu de l’Écriture, Spinoza l’aborde avec une herméneutique à priori, qui n’est autre que sa théorie des degrés de la connaissance. Puisque la méthode mathématique, saisissant dans l’être concret

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