L'ÉCRITURE
miracles véritables, Deut., xx, 1, et tous les miracles vus par les Juifs n’aboutirent qu’à ce qu'ils adorèrent Dieu sous la forme d’un veau. Salomon a cru que toutes choses sont livrées au hasard. Eccle., 111, 19-21; 1x, 2-3 sq.
D'ailleurs, si l’on examine avec soin les récits de miracles, on se rend compte que souvent les termes du récit montrent que l'événement se produisait par le concours de causes naturelles : ainsi Saül retrouvant ses âÂnesses perdues, I Reg., 1x, l’arc-en-ciel signe de la réconciliation entre Dieu et les hommes, Gen., ΙΧ, le fléau des sauterelles répandu par un vent d’Est, Ex., x, etc. Les auteurs inspirés n’ayant pas pour but de nous renseigner sur l’essence des choses, ils parlent le langage populaire et s’accommodent aux croyances populaires. Il importe donc « d'établir une distinction profonde entre les opinions du témoin ou de l’écrivain et les faits eux-mêmes tels qu'ils ont pu se présenter à leurs veux ». Et il ne s’agit pas là d’une simple hypothèse : les cas ne sont pas rares où des choses sont données comme réelles, qui étaient évidemment imaginaires, «comme, par exemple, que Dieu (l'Être en soi) soit descendu du ciel, Ex., x1x, 28; Deut., v, 28..., ou qu'Élie soit monté au ciel sur un char enflammé traîné par des chevaux de feu ». Une fois qu’on a dégagé des constatations qui précèdent les conclusions générales, on est en mesure d’aflirmer que tous les miracles sont en réalité déterminés par des causes naturelles, et l’on pourra souvent conjecturer ces causes avec vraisemblance. C. vr.
De ces analyses concernant les récits de l’Écriture, la conclusion s'impose quant au crédit auquel ils ont droit. La plus grande partie de l’humanité n’est pas capable de se conduire autrement que par les désirs suscités par l’imagination : pour ces hommes done, les préceptes qui s'imposent à leur conduite privée et sociale ont besoin d’être enveloppés dans des récits qui frappent les sens et l’imagination. Ces gens ont donc besoin de croire littéralement aux prophéties, aux miracles et à tout le reste. Par contre, cette foi imaginative est inutile à ceux qui, convaincus par la raison, possèdent des conceptions claires et distinctes et par là connaissent véritablement ce que c’est que Dieu. La foi aux récits de l’Écriture n’a donc rien à faire avec la béatitude.
VII. LA DOCTRINE DE LA RELIGION. — Spinoza ἃ paru à beaucoup une âme religieuse; et, si l’incrédulité et l’irréligion ont pris des armes dans son arsenal, une spéculation religieuse extraordinairement riche s’est aussi inspirée de lui. Pour qu’un courant aussi abondant ait pu couler pendant plus d’un siècle et coule encore, il fallait bien, même si la source recevait des affluents, que la source existât. Et il y a bien chez Spinoza une doctrine positive de la religion, ou plutôt une double doctrine. D’une part, la religion populaire, déterminée par l'imagination, est nécessaire aux individus et aux sociétés; elle est engendrée par des causes naturelles, par des lois nécessaires, elle sort donc de Dieu lui-même, et, à ce titre, elle est légitime et bonne. D'autre part, la connaissance de Dieu, telle que l’obtiennent les sages par des conceptions claires et distinctes, leur livre la signification totale de ce que le peuple n’atteint que par les symboles imaginatifs. La philosophie est donc la religion véritable. Examinons les deux phases de la religion, la phase imaginative et la phase intellectuelle.
La loi, c’est-à-dire « ce qui impose une manière d’agir fixe et déterminée à un individu quelconque », dépend de la nécessité naturelle (lois de la nature) ou de la volonté des hommes (lois civiles) et, en ce dernier cas, elle est humaine ou divine. Une loi divine est une loi qui n'a rapport qu'à la vraie connaissance οἱ à l'amour de Dieu. L'importance des lois divines est