‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 5)Chapitre 303 sur 457 · SPINOZA. LA RELIGION · texte numérisé non relu

SPINOZA. LA RELIGION

immense, puisque toute la connaissance humaine dépend de l’idée de Dieu, et notre souverain bien y est contenu tout entier. La loi divine naturelle, consistant à connaître Dieu par la raison et à l’aimer, est universelle et, par elle-même, elle n’a aucun besoin d’être fondée sur des récits historiques, car « la lumière naturelle n’exige rien de nous qu’elle ne soit capable de nous faire comprendre » et sa récompense est de connaître Dieu et de l’aimer. Le Christ, qui était « la bouche même de Dieu », a compris la religion dans sa vérité adéquate, « par la seule force de l'esprit pur, sans paroles et sans images ». Sans doute, il présentait aux hommes grossiers la révélation sous la forme d’une loi positive, mais à d’autres plus éclairés il enseignait les vérités éternelles, et c’est en ce sens que, selon le langage de Paul, il les délivrait de la « servitude de la Loi», L'Ancien Testament lui-même enseigne que la connaissance de la vérité donne la vie. Prov., XvI, 23; x, 4; 111, 13, 16, 17; 11,9; cf. Rom., 1, 20, etc. Spinoza se flatte d’avoir démontré ainsi l’unité fondamentale de la religion : au fond, l’Ancien et le Nouveau Testament ne sont que l’écorce imagée qui enveloppe la vérité totale sur Dieu, laquelle n’est accessible qu’au philosophe seul. La religion est le symbole de la philosophie et la philosophie est la véritable religion. Théol.pol., C. IV.

Cependant, la religion positive n’est pas uniquement le véhicule de la religion en esprit et en vérité (cette dernière expression, employée par les disciples modernes de Spinoza, n’est pas de lui). Et même il n’y a guère que les récits à être ce véhicule. Car l’appareil juridique de l’Ancien Testament et des Églises, ainsi que le culte, n’ont pour but que la prospérité matérielle et l'utilité de l’État. L'Écriture, en effet, n’a jamais promis aux Juifs que des récompenses matérielles. Les juifs ne sont donc plus tenus par leur législation après la ruine de leur empire, puisqu'elle n’avait pas d’autre rôle que de maintenir la cohésion sociale en faisant sentir à chacun qu'il dépendait toujours et dans toutesa conduite d’une puissance supérieure. Dans le christianisme, les cérémonies ne possèdent « aucune vertu sanctifiante », elles sont « des signes extérieurs de l'Église universelle ». Pour interpréter ce dernier point, on se rappellera que Spinoza ne connaissait pas le catholicisme.

On voit maintenant de quelle manière le spinozisme renfermait le germe d’une théologie chrétienne. Il suffirait de considérer la connaissance par symboles, non pas comme inférieure à celle de l’entendement, mais comme son égale, ou même, sous l'influence du romantisme, comme une révélation de Dieu supérieure aux abstractions intellectuelles. Alors les prophètes seraient au-dessus des philosophes. Mais auparavant, il faudrait que les philosophes eux-mêmes, Schelling, Hegel, Schleiermacher, eussent assoupli le panthéisme rigide de Spinoza en substituant l’évolution dynamique à la substance statique. Alors l’évolution des religions serait l’évolution divine et le christianisme serait le terme le plus élevé atteint par cette évolution. Victor Delbos a retracé cette histoire dans la seconde partie de son ouvrage fondamental sur Le problème moral dans la philosophie de Spinoza et dans l'histoire du spinozisme. Seulement, n'oublions pas que Spinoza lui-même en est resté à la conception la plus aristocratique et la plus intellectualiste de la religion : la seule religion vraie selon lui est la méthode mathématique appliquée en métaphysique, le christianisme n’est qu'un tissu d'erreurs utile au peuple. Si l’on veut trouver la postérité spirituelle authentique de Spinoza, on la cherchera parmi les personnages de M. Paul Hazard, dans son livre : La crise de laconscience européenne. Et, de nos jours, les vrais hériliers de Spinoza n'ont pas été

| Natorp, Hermann Cohen, ou Trültsch, ou Auguste

Sabatier, c’est aujourd’hui M. Léon Brunschvicg ou Alain.

Pour donner un aperçu général sur l’homme et sur son œuvre : P. Siwek, professeur à l'Université grégorienne, Spinoza et le panthéisme religieux, Paris, 1937; J.-R. Carré, professeur à l'université de Poitiers, Spinoza, Paris, 1936 (livre en faveur de l’irréligion spinoziste).

I. ŒUVRES DE SPINOZA. — (Œuvres complètes, éditées par van Vloten et Land (La Haye, 1882-1883). — L'édition des Œuvres par Émile Saisset, Paris, 1842, comprend, après une introduction, la vie par Colerus, le Théologico-politique, l'Éthique, De la réforme de l’entendement, et les lettres (2 vol.); Éthique, trad. par Ch. Appuhu, Paris (s. d.).

II. SUR LA VIE DE SPINOZA. — La vie de B. Spinoza, tirée des écrits de ce fameux philosophe et de plusieurs personnes dignes de foi qui l'ont connu, par Jean Colerus, ministre de l'Église luthérienne de La Haye, La Haye, 1706; Lucas, La vie et l'esprit de M. Benoît Spinoza, Amsterdam, 1719.

111. ÉTUDES SUR LE SPINOZISME. — Avenarius, Ueber die beiden ersten Phasen des spinozischen Pantheismus, Leipzig, 1868; Bænsch, Spinoza, Leipzig, 1912; Baltzer, Spinozas Entwickelungsgang, bes.nach seinen Briefen geschildert, Kiel, 1888; P. Bayle, Dictionnaire historique et critique, 1r° éd., 1697, 2° éd., 1702, au mot Spinoza; O. Beckkôtter, Hobbes und Spinoza, Munster, 1920; Ch. Bellangé, Spinoza et la philosophie moderne, Paris, 1912; W. Bernhard, The philosophy of Spinoza and Brunner, New-York, 1934; L. Biagini, L'ascetismo in Spinoza, Assise, Porziuncola, 1935; W. Bolin, Spinoza, ein Kultur-und Lebensbild, Berlin, 1894; G. Bohrmann, Grundlage zu einer Untersuchung über Spinozas Stellung zur Religion, Leipzig, 1913; Stanislas von Dünin- Borkowski, Der junge De Spinoza, Munich, 1910; du même, Spinoza. Aus den Tagen Spinozas. 1. Das Entscheidungsjahr 1657, Munster-en-W., 1933 (livre fondamental pour la vie de Spinoza); du même : Spinoza nach dreihundert Jahren, Berlin, 1932; Victor Brochard, Le Dieu de Spinoza, dans Revue de métaph. et de morale, 1908; du même, Le traité des passions de Descartes et l'Éthique de Spinoza, ibid., juillet 1896; Lewis Brown, Blessed Spinozza : a biography of the philosopher, New-York, 1932; C. Brunner, Spinoza contre Kant, trad. par Henri Lurié, Paris, 1933; Léon Brunschvicg, La logique de Spinoza dans Revue de métaphysique et de morale, 1893; du même, Spinoza et ses contemporains, 3° éd., Paris, 1923 (ouvrage important); du même, Sur l’interprétation du spinozisme, dans Chron. Spinoz. Hagæ Comitis, 1921, t. 1; du même, Le platonisme de Spinoza, ibid., 1923; G. Busolt, Die Grundlage der Erkenntnisstkeorie und Metaphysik Spinozas, Be lin, 1875; J. Caird, Spinoza, Londres, 1888; Th. Camerers, Die Lehre Spinozas, Stuttgart, 1877 (2° éd., 1914); du même, Spinoza und Schleiermacher, Stuttgart, 1903; L. Carreau, Exposition critique de la théorie des passions dans Spinoza, 1870; Ernst Cassirer, Das Erkenntnissproblem in der Philosophie und Wissenschaft der neueren Zeit, t. 11, Berlin, 1911, p. 73-126; P.-L. Couchoud, Benoît de Spinoza, Paris, 1908; 2e éd., 1916; Aur. Covotti, Spinoza, Naples, 1935; V. Delbos, La notion de substance et la notion de Dieu dans la philosophie de Spinoza, dans Rev. de métaphysique et de morale, nov. 1908; du même, Le spinozisme, Paris, 1913; du même, Le problème moral dans la philosophie de Spinoza et dans l’histoire du spinozisme, Paris, 1893 (ouvrage fondamental); Diderot et d’Alembert, Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, éd. de 1758, t. xv, au mot Spinoza; Rob. Duff, Spinoza, Political and ethical philosophy, Glasgow, 1903; W. Eichberg, Ueber die Beziehungen der Erkenntnisslehre Spinozas zur Scholastik, Erlangen, 1910; Fr. Ehrardt, Die Philosophie des Spinoza im Lichte der Kritik, Leipzig, 1908; G.-S. Francke, Ueber die neueren Schicksale des Spinozismus und seinen Einfluss auf die Philosophie überhaupt und die Vernunftstheologie insbesondere, Schleswig, 1808-1809; J. Freudenthal, Die Lebensgeschichte Spinozas, Leipzig, 1899; du même, Spinoza, sein Leben und seine Lehre, Stuttgart, 1904; Max Friedrich, Das Substanzbegriff Spinozas, Greifswald, 1896; C. Gebhardt, Spinoza, Leipzig, 1932; Max Grunwald, Spinoza in Deutschland, Berlin, 1897; A. Guzzo, 11 pensiero di B. de Spinoza, Florence, 1923; H.-F. Hallet, Æternitas, a spinozistic study, Oxford, 1930; Paul Hazard, La crise de la conscience européenne, Paris; S. Hessing, Spinoza. Festschrift zum 300. Geburtstage Benedikt Spinoza, Heidelberg, 1933; L. Hirsch, Gespräch im Nebel. Leibniz besucht Spinoza, Berlin, 1935; G. Huon, Le Dieu de Spinoza, Paris, 1914; H. Joachim,

SPINOZA — SPIRITALIS (GILLES)

A study of the Ethica of Spinoza, Oxford, 1901; M. Joel, Zur Genesis der Lehre Spinozas mit besonderer Berücksicht des kurzen Traktates, Breslau, 1871; P. Kecskes, Das Problem der sittlichen Freiheit nach Spinoza und Thomas von Aguin, Budapest, 1923; P. Lachièze-Rey, Les origines cartésiennes du Dieu de Spinoza, Paris, 1932; E. Lasbax, La hiérarchie dans l'univers chez Spinoza, Paris, 1919; Leibniz, Réfutation de Spinoza (éd. Foucher de Careil), Paris, 1854; A. Léon, Les éléments carlésiens de la doctrine spinoziste sur les rapports de la pensée et de son objet, 1907; K. Leonhardt, Der Selbsterhaltungstrieb als Grundlage für die Ethik bei Spinoza, Leipzig, 1907; R. Lévêque, Le problème de la vérité dans la philosophie de Spinoza, Paris et Strasbourg, 1923; R. Levin, Kommentar zu Spinozas Ethik, t. 1, Leipzig, 1930; Ant. van den Linde, Spinoza, seine Lehre und deren erste Nachwirkungen in Holland, Gœttingue, 1862; J. Martineau, A study of Spinoza, 3° éd., Londres, 1895; P. Martinetti, Spinoza : l'Etica esposta e commentata, Turin, 1933; C. Mazzantini, Spinoza e il leismo tradizionale, Turin, 1935; R. Mac Keon, The philosophy of Spinoza : the unity of his thought, New-York, 1928; F. Meli, Spinoza e due antecedenti italiani dello spinozismo, Florence, 1934; L. Michel, Le système de Spinoza au point de vue de la logique formelle, dans Revue thomiste, janvier 1898; M.-S. Modac, Spinozistic substance and upanishadic self, a comparative study of philosophy, Londres, 1932; J.-E. Nourisson, Spinoza et le naturalisme contemporain, Paris, 1866; J.-A. Picton, Spinoza, a Randbook to the Ethica, Londres, 1907; F. Pillon, Spinozisme et malebranchisme, dans Année philosophique, 1890-1897; Fr. Pollock, Spinoza. his life and philosophy, Londres, 1880 et 1912; E. Powell, Spinoza and Religion, a study of Spinoza’s Metaphysica and of his particular utterances in regard to religion, Chicago, 1906; C. Pulcioni, L’Etica di Spinoza, Gênes, 1914; J. Rab, Rembrandt und Spinoza, Berlin, 1934; G.-Th. Richter, Spinozas philosophische Terminologie. 1. Grundbegriffe der Physik, Leipzig, 1913; A. Rivaud, Les notions d'essence et d'existence dans la philosophie de Spinoza, Paris, 1906; du même, Les «per se ποία» dans l’ Éthique, dans Chron. Spin., t.11, 1922; du même, La physique de Spinoza, ibid., 1924-1926; du même, Documents inédits sur la vie de Spinoza, dans Rev. de métaphysique et de morale, avril 1934; L. Roth, Spinoza, Descartes and Maimonides, Oxford, 1924; S. Rubin, Ethik Spinozas, Vienne, 1885; du même, B. de Spinoza amor Dei intellectualis, Cracovie, 1910; Edw. Schaub, Spinoza, the man and his thought, Chicago, 1933; Fr. Schlerath, Spinoza und die Kunst, Hellerau, 1920; J. Segond, La vie de Spinoza, Paris, 1933; H. Serouya, Spinoza, sa vie et sa philosophie, Paris, 1933; Servaas van Rooijen, Inventaire des livres formant la bibliothèque de Spinoza, avec des notes biographiques et bibliographiques, La Haye, 1889; H.-Ch. Sigwart, Historische und philosophische Beiträge zur Erläuterung des Spinozismus, Tubingue, 1838; du même, Der Spinozismus historisch und philosophisch erläutert, 1839; Ida Somma, 11 problema della libertà e del male in Spinoza e Leibniz, Naples, 1933; C.-N. Stracke, Baruch de Spinoza (ins deutsche Ucbertragen von K. Hellwig), Berlin, 1923; L. Strauss, Die Religionskritik Spinozas als Grundlage seiner Bibelwissenschaft, 1930; L. Terasse, La doctrine spinoziste de la vérité, d’après le traité de ἴα réforme de l’entendement, dans Chron. Spin., 1923; A.-M. Vaz Dias et W.-G. van der Tak, Spinoza, mercator et autodidactus. Oorkonden en andere authenticke Documenten betreffende des Wijsgeers jeugd en Diens betrekkingen, La Haye, 1933; P. Vulliaud, Spinoza d’après Les Livres de sa bibliothèque, Paris, 1934; H. Wedde, Elemente des erkenntnisstheoretischen Idealismus bei Spinoza, Iéna, 1910; B. Worms, La morale de Spinoza, Paris, 1891.

Ouvrages composés en collaboration : Septimana spinozana. Acta conventus œcumenici in memoriam B. de Spinoza diei natalis CCCi Hagæ Comitis habiti, La Haye, 1932; Spinoza nel terzo centenario della sua nascita, pubblicazione a cura della facolià di filosofia dell” Università cattolica del Sacro Cuore, Milan, 1934.

G. RABEAU.

SPIRITALIS Gilles, publiciste du parti pontifical sous Jean XXII. — On ne sait rien de sa vie, sinon qu'il était clerc de Pérouse, qu'il avait étudié le droit sous le célèbre archidiacre de Bologne Guy de Baïsi (1 1313) et qu’il était devenu à son tour doctor decrelorum. Dans les premières années du conflit qui venait d’éclater entre Louis de Bavière et Jean XXII, il intervint pour la défense du Saint-Siège, sans doute vers 1328, par un Libellus contra infideles et inobedien-

Les et rebelles sanctæ Romanæ Ecclesiæ ac summo ponlifici. Cette œuvre de circonstance, la seule qui nous reste de lui, est remarquable par la manière dont l’auteur y pose et défend le droit du pape en matière politique. Summus Pontifex in toto orbe terrarum non solum in spirilualibus sed in temporalibus obtinet jurisdiclionem plenariam, licet ut suo vicario illam imperatori commiltat et aliis regibus et principibus qui ab eo recipiunt immediate gladii potestatem. Édit. Scholz, p. 106. On trouverait difficilement formule plus complète et plus ramassée du « pouvoir direct ». Gilles dirige toute sa thèse contre ce qu’il appelle les «erreurs » des Jean le Teutonique et des Huguccio de Pise, c’est-à-dire des plus grands canonistes du Χαμ siècle, qui s’en tenaient à la coordination des deux puissances. Pour lui, le droit canonique et le droit civil, l'Écriture et la raison, qu’il invoque successivement, lui paraissent exiger la pleine subordination du temporel au spirituel. L’Hostiensis lui-même lui semble, un moment, suspect de minimisme, ἰδία... p. 111, pour avoir enseigné que la juridiction du pape ne s’étend pas régulièrement en matière temporelle, mais seulement nisi in casibus. Une de ses principales autorités est la bulle Unam Sanctam et son témoignage peut servir à montrer comment les contemporains interprétèrent les déclarations de Boniface VIII.

Analyse littéraire et théologique dans R. Scholz, Unbekannte kirchenpolitische Streitschriften aus der Zeit Ludwigs des Bayern, t. 1, Rome, 1911, p. 43-49. Le texte est publié par le même auteur au t. 11, Rome, 1914, p. 105-129 (avec quelques coupures), d’après le πὶ, lat. 4229 de la Biblioth. uat., fol. 114-122.

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