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SPIRITISME. LES ANTÉCÉDENTS

versant avec les ombres, ne se répondraient pas à ellesmêmes. Nous avons noté que, dans le cas de la pythonisse d'Endor, Saül ne voit pas l'ombre de Samuel. Tout se passe entre la pythonisse et l’ombre. Et il paraît bien que la ventriloquie a joué son rôle dans l’histoire du spiritisme. D'ailleurs, en certains cas, la possession a pu se combiner avec la ventriloquie.

Avec Tertullien, Apol., xx, il semble que nous entrons dans l’ère moderne. Voici, dit-il, que « des magiciens font paraître des fantômes et vont jusqu’à déshonorer les âmes des morts, defunclorum infamant animas; ils font tomber des enfants pour leur faire rendre des oracles; par leurs jongleries charlatanesques, ils opèrent, comme par amusement, quantité de prestiges ; ils envoient aussi des songes, ayant à leur service la puissance des anges et des démons, grâce auxquels il y a jusqu'aux chèvres et aux tables qui prédisent l’avenir, per quos capræ οἱ mensæ divinare consueverunt. » Comme le note Waltzing, Tertullien, fasc. 24, p. 109-110, c’est déshonorer les âmes des morts que de les évoquer pour les faire servir à des pratiques intéressées et décriées.

Tertullien, dont la vie se place entre 160 et 240, a dû connaître à Carthage Apulée né vers 150. On sait qu’Apulée a toujours été séduit par les mystères de la magie. Dans son Apologie, éd. Budé, p. 34, 51, 55, il parle d’enfants ou de jeunes esclaves mis en catalepsie par incantations et rendant des oracles. Ubi incantatus sit, corruisse (puerum), poslea nescientem sui excitatum, mulla præsagio prædixisse. On songe aux scènes qui se passèrent autour du baquet de Mesmer et qui eurent part (voir plus loin) à l’éclosion du spiritisme en France. Dans l’Ane d’or, Apulée conte l’histoire d’un mort rappelé à la vie pour dire le secret de sa mort, 1. II, et de la vieille cabaretière Méroé qui a le pouvoir d’évoquer les mânes et de faire descendre les dieux sur la terre, 1. III. Voir Paul Monceaux, Apulée magicien, p. 282, 283, 290.

De quelle manière se faisait la divination par les chèvres? Eusèbe parle du procédé sans l’expliquer : Ejusdem quoque fascinationis veluti negotiationis sociæ habeantur capræ ad divinandum informalæ; necnon corvi illi, quos ad responsa reddenda homines erudiere. Loc. cit. Waltzing, commentant Tertullien, se contente de dire : « des chèvres parlantes, dressées à prédire l'avenir ». Mais comment parlaient-elles? Est-ce par des bêlements que les devins interprétaient? Est-ce par des coups frappés du pied sur le sol qui seraient aussi interprétés selon un alphabet convenu. Dans ce cas, on aurait là les prototypes des guéridons frappeurs en usage dans les séances spirites. Nous avouons n’avoir rencontré aucun texte ancien qui éclaire la question. L'emploi des chèvres en divination aurait peut-être son origine dans la légende rapportée par Diodore, xvi. « Des chèvres errantes s’étant approchées de l’ouverture dans le sol où se rendent maintenant les oracles de Delphes, furent prises de bondissements étranges, en même temps qu’elles faisaient entendre des bélements tout différents de leurs bêlements ordinaires. Leur berger, qui veut se rendre compte du phénomène, éprouve des effets analogues; et, saisi lui aussi du souffle divin, se met à prédire, »

Tertullien ajoute : El mensæ divinare consueverunt. Comment fonctionnent ces tables? Waltzing nous dit : « des tables tournantes comme celles des spirites ». ἘΠῚ renvoie X Ammien Marcellin, Rer. gest.libri XXIX, 1, 29 (en l’an 371). Celui-ci parle d’une table dont Patricius et Hilarius consultent les mouvements sur les destinées de l’empire : Movendi autem quoliens super rebus arcanis consulebatur erat instilutio talis. Sur une petite table, on place un plateau parfaitement rond, sur le bord duquel ont été gravées les 24 lettres. Celui qui interroge, lilalo conceplis carminibus numine præ-

scilionum auclore, prend un anneau suspendu à un fil très fin. Il note les lettres sur lesquelles s'arrête l'anneau. Dans l’expérience présente, l’anneau vint effleurer les lettres représentant Q E O. « Théodore empereur! » s’écria Patricius.

On ne peut parler ici qu'improprement de tables tournantes. Et il ne faudrait pas entendre au sens littéral les mots movimus et movendi du texte, appliqués à mensulam. Mais cela ressemble tout à fait à l’oui-jà, qui était en vogue il y a quelques années. Sur le bord d’une soucoupe renversée, on fixe un indice, morceau de papier ou de bois terminé en pointe. Sur une table a été disposée une feuille de papier divisée en cases; chaque case porte écrit une lettre ou un chiffre. On pose la soucoupe sur le papier et la main sur la soucoupe. La soucoupe entre en mouvement. Les lettres devant lesquelles s'arrête successivement l’index forment des mots, des phrases. Ce sont les messages de l'au-delà. Nil novi sub sole. L'avantage des deux procédés est de permettre à l’expérimentateur peu scrupuleux de guider l’indice ou l’anneau. Pour le spirite moderne, les numina invoqués sont les esprits des morts. Pour les anciens, les numina qui se manifestent par les chèvres ou les tables sont des puissances vagues parmi lesquelles se rangent les mânes, forces invisibles qui subsistent des défunts.

Il est difficile de voir, comme quelques-uns l’ont voulu, au I. II, vers 764, de l’ Énéide, mensæque deorum, une mention des tables divinatoires. Il s’agit d’objets de haut prix, proie des pillards, donc plutôt de tables à offrandes.

Au Moyen Age, autant que nous l’apprennent les documents connus, les maléfices et les autres opérations magiques se font surtout par le recours aux esprits mauvais. Mais il ne faudrait cependant pas exclure l’évocation des morts.

Le commerce avec les morts se prolongea longtemps même parmi les populations christianisées. Saint Ambroise à Milan se voit obligé d'interdire la pratique d'apporter sur les tombes des corbeilles pleines de fruits, sortes de parentalia qui, chez les païens, avaient pour objet d’apaiser les âmes des parents, animas placare parentum, dit Ovide. Et saint Augustin croit devoir se défendre d’avoir évoqué les morts. Il reconnaît s’être adonné aux pratiques de l’astrologie, mais anima mea nunquam responsa quæsivil umbrarum : omnia sacrilega sacramenta detestor. Conf., VI, 11, 2; IVe ;

Dans les antécédents du spiritisme en France il convient de donner une place notable à la francmaçonnerie. Il y a d’abord ce fait que les premiers médiums qui opérèrent autour d’Allan Kardec, le fondateur du spiritisme en France, étaient des magnétiseurs. Aux magnétiseurs, le spiritisme ἃ emprunté la doctrine fondamentale, essentielle, du fluide vital. Mais le magnétisme français dérive de Mesmer. Or, Mesmer avait été reçu à Paris, en 1781, en qualité de franc-macon étranger par les loges françaises, dont les membres étaient nombreux dans l’entourage de Marie- Antoinette. La reine le savait et leur accordait son appui en cachette. Depuis 1770, une loge de femmes avait été autorisée à Paris sous le nom de loge La Candeur.La duchesse de Polignac en faisait partie. Le 20 février 1781, la princesse de Lamballe était chargée, comme grande maîtresse, de la direction de la Mère Loge Écossaise. Jadis soignée par Mesmer, elle le soutenait comme « sœur » plus encore que comme malade. C’est ainsi que Mesmer devient, en 1784, l’oracle de la Loge de l’'Harmonie. Il envoie ses meilleurs disciples créer des églises secondaires dans les principales villes du royaume. Il entre en relation avec la loge établie à Lyon par Willermoz, Dr Vinchon, Mesmer, Paris,

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