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FAITS MODERNES

une courte citation des esprits. On rappelle parfois, pour mémoire, qu’on écrit avec l’aide et l’inspiration des « guides de l’espace », Quelque part, il avertit que certains détails lui ont été « communiqués par un esprit élevé dont la vie a été mêlée à celle du Christ ». La première édition de Christianisme et spiritisme portait en dédicace : « ἃ l'Esprit de Jérôme, mon maître vénéré. » Ces mots ont disparu des éditions suivantes. Il semble qu’on en ait rougi comme d’une puérilité.

Les apparitions du cercle de Willermoz, que nous avons rapportées, étaient, en somme, assez anodines. Et 1] semble bien qu’elles ne se manifestaient qu’au médium, que les assistants devaient croire sur parole. Dans l’entourage d’Allan Kardec et de ses disciples on ne signale rien de très impressionnant. Les apparitions ne pourraient-elles avoir un caractère plus sensationnel, et se rendre visibles aux profanes?

Les premières tentatives en ce sens eurent lieu à Moravia, dans l’État de New-York, en 1871. Dans une salle obscure ou à demi éclairée, on entendait des voix, le piano résonnait sous un contact invisible, les assistants étaient touchés par des mains mystérieuses, des étoiles lumineuses se promenaient dans l’air. Bien plus, à l'ouverture de deux rideaux tendus, derrière lesquels se tenait le médium, l'esprit, blanc fantôme, se montrait à l’assistance, sous la clarté d’une ampoule électrique. Le dispositif fit fortune; et partout les séances, sauf quelques légères variations, se déroulèrent selon ce même programme et ce même scénario.

Les manifestations les plus célèbres furent produites par le médium miss Florence Cook en présence de William Crookes. Ce sont les expériences de matérialisations typiques par excellence. Les livres spirites ne cessent d’y renvoyer. Le renom de William Crookes, mathématicien, chimiste, physicien, astronome, membre de la société royale de Londres était, d’ailleurs, de nature à leur donner devant le public une autorité hors de pair. Les séances se tinrent du commencement de 1874 au 21 mai de la même année. Miss Cook se disait en communication avec un esprit du nom de Katie King. Cet esprit appartenait à une certaine Anne Morgan, qui s'était désincarnée à l’âge de vingt-trois ans, au commencement du règne de Charles IL. Miss Cook, derrière le rideau, entre dans un sommeil profond. On entend des plaintes et des sanglots. Et voici que devant l’ouverture du rideau, à la lueur de la lampe électrique, apparaît une forme blanchâtre, un visage de fantôme. Comme miss Cook l’a annoncé, ce ne peut être que l’esprit de Katie King devenu visible grâce au fluide que miss Cook lui a prêté. William Crookes remarque bien : « Autant que je pouvais voir à la lumière un peu indécise, ses traits ressemblaient à ceux de miss Cook. » Mais il ne se laisse pas ébranler par cette constatation, non plus que par le fait qu'à aucun moment (et ceci est vrai pour toute la suite) les deux personnages, à savoir le médium miss Cook et Katie King réincarnée dans le fluide de miss Cook, ne se montrent ensemble. Tout le récit qu'a fait William Crookes lui-même de ces expériences témoigne d’une crédulité candide (d’ailleurs non exceptionnelle chez les hommes de science en dehors de leur spécialité), aussi bien que d’une docilité touchante à l'égard de toutes les exigences de miss Cook. C’est elle qui dirige toutes les expériences et en dicte les conditions au savant.

Depuis, les manifestations spirites se sont diversifiées : crayon qui couvre de caractères une ardoise sous l’action de l'esprit; médium qui fébrilement remplit de son écriture des feuilles de papier sans avoir conscience de ce qu'il écrit, ou porte successivement un indice sur les lettres d’un alphabet lesquelles forment des phrases à son insu. Puis ce sont des manifestations

de toutes sortes : sonnettes, guitares, accordéons qui retentissent dans l'air; lueurs; mains qui caressent les visages ou tapotent les dos; périsprit (cette matière qui unirait l'âme au corps, participant de la nature de l’une et de l’autre), que les médiums extériorisent visiblement de la bouche, ou que les esprits abandonnent et qui vient se mouler sous forme de mains ou de gants dans des baquets pleins de parafline liquide; périsprit qui se solidifie sous forme de figures le plus souvent grotesques; périsprit auquel on a tenté de donner un état civil scientifique en le baptisant du nom d’ectoplasme. Toutes choses qui ont transformé nombre de séances spirites en exhibitions charlatanesques et foraines.

Combien plus méritent-elles la flétrissure que portait Tertullien contre les magiciens de son temps : Dejunctorum infamant animas ! Ce ne sont plus seulement des magiciens, caste réservée, qui opèrent; c’est quasi le premier venu, pour satisfaire sa curiosité. Et les procédés, en maints exemples, respirent la vulgarité, une bassesse grotesque, l’inconvenance. On fait plus que déshonorer les morts : on les avilit.

III. LES DOCTRINES. — De nos jours, il semble que, dans les séances spirites publiques, au moins en France, les enseignements directement philosophiques ou religieux sont rares. On ne pourrait l’affirmer des séances privées. Mais à la base de tout spiritisme il y ἃ la croyance à la possibilité de communications régulières, organisées, des vivants avec les morts.

Suivant le dogme de la communion des saints, nous demandons aux âmes bienheureuses d’intercéder pour nous auprès de Dieu. S’il nous est permis de nous recommander aux suffrages des âmes du purgatoire, nous demandons surtout à Dieu de vouloir bien prendre en considération, pour leur soulagement, les prières et les œuvres que nous lui offrons à cette intention. Nous croyons même qu’elles continuent à s'intéresser à nous dans la mesure où Dieu le juge convenable. Mais, une fois entrées dans l’au-delà, toutes les âmes, quelle que soit leur destinée, se trouvent placées sous la domaine particulier de Dieu. Elles ne peuvent communiquer sensiblement avec nous, soit par des apparitions, soit par des paroles (fait qui, peut-être, serait plus fréquent au moment du trépas), qu’à titre tout à fait exceptionnel, par un privilège concédé de Dieu. Selon le sens de ce qui est dit en la parabole du mauvais riche, rapportée par saint Luc, « un grand abîme est établi » entre les vivants et les morts, Luc., x vi, 26: ceux d'ici ne peuvent à leur gré entrer en relation avec ceux de là-bas, ni ceux de l’au-delà s’entretenir avec ceux d’ici-bas. 5. Augustin, De div. quæst. ad Simplicianum, 1. II, q. 111, 3; De octo Dulcitii quæst., vi, 4. Le spiritisme renverse ces notions. Il prétend établir un commerce organisé, sensible, entre les vivants et les morts. En même temps, il fausse ce que le Credo catholique enseigne au sujet des réalités et des sanctions d’outre-tombe et de ce chef dénature les dogmes essentiels de notre foi.

Le spiritisme a-t-il un corps de doctrines? Si l’on

parcourt les livres d’Allan Kardec, de Léon Denis et

de leurs disciples, les livres et les revues spirites particulièrement de langue française, on peut ainsi constituer le Credo spirite.

Dieu existe, grand architecte. Mais il est interdit à l’homme d’en scruter la nature. La notion qui nous en est donnée est vague, confuse, flottante, la notion déiste. Dieu est-il personnel? Dieu est-il distinct du monde? La réponse est tantôt oui, tantôt non. Dieu weille-t-il sur le monde par sa providence? Cette providence, si elle existe, reste lointaine, générale. Elle n’est pas aimante. Dieu n'intervient pas, ne peut intervenir dans les affaires humaines par le miracle : il est lié par les lois qu’il a établies, Il est vain et irréligieux

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