LES DOCTRINES
pour l’homme de le prier : Dieu connaît tous nos besoins; c’est lui faire injure que de les lui exposer. Rien de la Trinité, rien des relations et de l’action des personnes divines. Le Christ n’est pas Dieu par nature. C’est l’envoyé de Dieu, un sage, peut-être le plus grand des sages, l’annonciateur de la charité humaine, le plus grand des spirites : on croit l’honorer beaucoup en lui concédant ce privilège. Mais, s’il s’est élevé au sommet de l'humanité, il reste un homme.
Rien des sacrements. Quant au mariage, les esprits, au temps d’Allan Kardec, appelaient de leurs vœux le divorce : aujourd’hui, ils en célèbrent les bienfaits. On ne fait mention de l’Église que pour l’accuser de vouloir dominer les consciences, assujettir les âmes, étouffer la liberté. Les publications spirites, plus ou moins officielles, reprennent, à leur compte, tantôt ouvertement, tantôt en les voilant, toutes les accusations que l’ignorance ou l’impiété modernes accumulent contre l’Église.
On réduit à peu près les enseignements du Christ et les prescriptions de la morale au précepte : « Aimezvous les uns les autres. » Encore le détache-t-on du premier : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toutes tes forces. » Quant à la loi du renoncement, de l’abnégation, de la mortification, tant de fois proclamée par le Sauveur, on la condamne comme contraire à notre nature. Se mortifier, c’est attenter à la nature humaine. La morale spirite n’a aucune idée du devoir d’assujettir la chair à l’esprit, d’où naît la grandeur de l’homme. Il y a même sur ce point un silence remarquable. D'ailleurs, tout le code des devoirs est étrangement écourté, et ce qu’on en laisse est énoncé sans force ni relief, avec mollesse et à la dérobée. On insiste beaucoup plus sur les droits, dont le principal est la liberté de pensée, la liberté de conscience, toutes les croyances et toutes les religions étant également bonnes. Évidemment, l’humilité chrétienne est totalement ignorée.
Mais le point sur lequel les communications spirites insistent le plus, si bien qu’il apparaît comme l’enseignement essentiel et comme la foi dernière du spiritisme, c’est la négation des peines éternelles de l’enfer. Là-dessus, les communications reviennent incessamment. Des communications faites à des catholiques consultants débutent d’une façon anodine, ou même pieuse et évangélique; brusquement, à un moment donné, elles font entendre cette déclaration péremptoire : « Surtout, il n’y a pas d’enfer éternel! » Voilà le dogme par excellence de la religion spirite. Il semble que, cela obtenu, tout est obtenu. Le reste n’est là que pour l’encadrement.
Misérable, au surplus, est l’idée qui nous est présentée du bonheur de l’autre vie. C’est la vie bourgeoise de cette terre continuée. Les esprits dépouillés de leur corps, mais accompagnés de leur périsprit, poursuivent là-bas leurs occupations, leurs distractions et leurs divertissements d’ici-bas. L'autre monde est une répétition légèrement améliorée de celui-ci. Les esprits des défunts veulent bien nous dire et nous répéter qu’ils ne sont pas malheureux. A lire les messages colportés par les spirites, on les sent plutôt résignés, cherchant à passer le temps le plus doucement possible. En tous cas, leur bonheur n’a rien de cette plénitude que la révélation chrétienne promet aux serviteurs fidèles.
Dans la doctrine spirite, y a-t-il un purgatoire? Les spirites français remplacent, assez communément, le purgatoire par la réincarnation. Les esprits ou les âmes des défunts viendraient de nouveau, sur cette terre, s’unir à un corps. Telle personne aurait eu ainsi toute une série d’existences antérieures, dont elle ne conserverait plus, d’ailleurs, qu’unetrès sommaire souvenir : par exemple un titre honorifique. Dans ces existences successives, elle expierait les fautes commises
précédemment. Ces réincarnations prendront fin quand l'esprit sera pleinement purifié. Etil arrivera fatalement un moment où la purification parfaite sera obtenue, cela en l’absence d’un vrai repentir. Comment les âmes pourraient-elles regretter des fautes dont elles n’ont pas conscience? Quel qu’ait été le passé, toutes les âmes arriveront automatiquement au salut.
Dans les pays anglo-saxons, qui sont la terre d’élection du spiritisme, on n’est guère amateur de réincarnation. On ne se résigne pas à la perspective d’être réincarné dans le corps d’un nègre. Vérité en deçà de l'Atlantique ou de la Manche, erreur au-delà!
Quelques-uns des spirites qui n’admettent pas la réincarnation nous montrent les esprits qui arrivent trop imparfaits au seuil de l’au-delà, condamnés à faire un stage avant d’entrer en possession de leur destinée. Stage qui rappelle notre purgatoire, mais où ne paraît pas ce regret des péchés commis, cette douleur d’avoir offensé Dieu que la foi chrétienne nous dit essentiels au pardon.
On le voit, la religion spirite n’est qu’un déisme vague, un protestantisme rationaliste, sans sève, sans chaleur de vie, où abondent les affirmations et les négations hérétiques, démuni de toute efficacité pour élever les âmes à Dieu. Religion sans esprit religieux, sans amour de Dieu, sans détestation du péché, faite non pour contenter mais pour étouffer l’inquiétude religieuse, en assoupissant le sens des responsabilités et en rassurant contre la crainte des sanctions sévères. Religion sans idéal, sans flamme, sans grandeur, où tout est rapetissé à la mesure d’une humanité très mesquine et très vulgaire.
IV. LE SPIRITISME ET L'ESPRIT MAUVAIS. — On demandera peut-être : quelle est la part de l'Esprit mauvais dans les manifestations spirites?
Disons que le spiritisme porte toutes les marques de celui qui a été dit « trompeur dès le commencement ». Il entretient des espérances qu’il ne peut satisfaire, il nourrit des illusions qui restent vaines. Il prodigue des réponses qui se présentent avec assurance, et qui, à l’expérience, apparaissent vides, sans consistance, désespérément banales et finalement mensongères. On y reconnaît aussi les procédés de celui qui, pour se jouer de la crédulité humaine, aime, selon l’expression des auteurs ascétiques, à « se transformer en ange de lumière ». Ses premières démarches semblent parfois respirer l’amour du vrai et du bien. Il est question de vertu, d’honnêteté, de patience, d'amour filial ; il est parlé de Dieu. Puis, un doute est élevé sur les choses de la religion. Enfin, un dogme chrétien se trouve catégoriquement nié : efficacité de la prière, sacrements, divinité de l'Église et vérité de ses enseignements, surtout éternité des peines de l’enfer. Par la brèche ouverte, c’est la foi au catholicisme qui s'écoule, puis la foi à toute religion révélée, à toute religion. On arrive à un philosophisme nébuleux, à un rationalisme sec, bientôt à l'indifférence religieuse, parfois au désespoir.
Il est certain, par ailleurs, que la plupart des messages que l’on cite sont d’une banalité désespérante. Leur contenu correspond aux réminiscences, plus ou moins conscientes, des consultants et reflète leurs préoccupations plus ou moins avouées. On peut donc admettre que, dans l’immense majorité des cas, ce sont les consultants qui, de bonne foi sans doute, se répondent à eux-mêmes. Si la séance est menée par un médium de profession, on peut le tenir sans témérité pour un charlatan qui exploite la crédulité des assistants. Mais, quelle qu’en soit la forme, le spiritisme selon une expression vulgaire ici plus particulièrement de mise, fait excellemment le « jeu du diable ».
Le spiritisme jette le trouble dans les cerveaux et les consciences, Pratiqué avec assiduité — et le besoin