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CONDAMNATION PAR

L'ÉGLISE 2520 comme la passion en naissent vite — il se tourne en obsession, en idée fixe. Il est vrai de dire des pratiques spirites ce que saint Augustin dit des pratiques magiques, qu’elles ont à leur origine « le désir immodéré d'expérimenter et de connaître », Confess., 1. X, c. xxx v, et qu’elles exaspèrent ce désir, d’où l'attente fiévreuse, hallucinante du merveilleux. Trop nombreux sont, hélas! ceux dont ce breuvage empoisonné a égaré la raison. Saura-t-on jamais combien de recrues les pratiques spirites fournissent à la pitoyable clientèle des maisons d’aliénés? Et les relations que le spiritisme entretient avec l’occultisme ne sont pas pour diminuer ce danger.

Péril d’erreur pour les esprits. On substitue une pseudo-philosophie étroite, mesquine, terre à terre, aux dogmes chrétiens. Péril pour la morale. On énerve la notion de législateur suprême, le sens des responsabilités, le sens des sanctions futures. Péril souvent direct de corruption pour les mœurs. Dans les séances publiques ou privées, des badinages scabreux, des plaisanteries de mauvais goût, de grossières obscénités se sont mêlés, dès le début, aux réponses sur l’autre monde. !

Tout cela ne fait-il pas merveilleusement « les affaires du Mauvais »? Qu'’a-t-il besoin d'intervenir directement? Il l’a fait sans doute avec plus de fréquence aux origines du mouvement. Il peut le faire encore, quand il le juge à propos, pour entretenir les illusions, amorcer les curiosités, donner aux séances le piquant d’un préternaturel toujours escompté. Le plus souvent, croyons-nous, il se contentera d’entretenir les désirs pour les tromper, de jeter dans les esprits le désarroi et le doute, de les détacher des réalités et des vérités sacrées pour les livrer aux chimères. Par là même n’exerce-t-il pas son empire sur les âmes, les détournant de Dieu et de son Christ?

V. L'ÉGLISE CATHOLIQUE ET LE SPIRITISME. — Les enseignements spirites contraires au dogme ou à la morale catholiques tombent évidemment sous les condamnations de l’Église. L'Église ne peut que les maintenir sans avoir besoin de le spécifier à nouveau. La question qui se pose est celle-ci : quelle est l’attitude de l’Église en face du spiritisme considéré comme évocation des esprits, indépendamment de l’enseignement donné?

L'Église a traduit sa pensée dans un certain nombre de documents, qui sont surtout des réponses faites par l’autorité ecclésiastique à des questions proposées. Réponses prudentes et réservées sur certains cas, formelles et décisives sur d’autres. D’ordinaire, il y est parlé à la fois du magnétisme, de l’hypnotisme et du spiritisme. C’est que non seulement les questions posées portaient sur le magnétisme et l’hypnotisme autant que sur le spiritisme, mais l'examen d’une de ces pratiques conduit, par une voie naturelle, à envisager aussi les autres. Par exemple, le mouvement des tables tournantes ne serait-il pas l’effet d’un fluide magnétique? Certaines connaissances et certains états du médium ne relèvent-ils pas de l’hypnotisme? Ces documents ne condamnent pas le magnétisme et l’hypnotisme en soi: ils en condamnent l’abus. Sont réputées abus la recherche de fins criminelles ou immorales, la prétention d'obtenir par des moyens naturels des fins d'ordre vraiment préternaturel. Le spiritisme proprement dit comporte l'évocation des esprits : pareille évocation est toujours répudiée comme entachée de superstition et de divination.

Cette condamnation est formulée solennellement dans une lettre adressée, le 4 août 1856, par le tribunal de l’Inquisition romaine, aux évêques du monde catholique contre les abus du magnétisme. La lettre rappelle d’abord quelques actes antérieurs : Réponse particulière du 21 avril 1841, condamnant l'usage

2521 SPIRITISME du magnétisme en tant qu'il viserait un objet non naturel, non honnête, qu'il emploierait des moyens en soi illicites; condamnation de divers livres propageant avec obstination ces sortes d'erreurs; réponse plus générale du 28 juillet 1847; ie Saint-Office y déclare que « si l’on prend soin d’écarter toute adhésion à une doctrine erronée, tout sortilège, tout recours explicite ou implicite au démon, l'usage du magnétisme entendu comme l'emploi de certains procédés physiques, par ailleurs de caractère honnête, n’est pas défendu par la morale, pourvu qu'on ne s'y propose pas une fin illicite ou en quoi que ce soit perverse. Il y aurait manœuvre criminelle et péché d’hérésie à faire appel à des données et à des procédés d’ordre naturel pour obtenir des effets vraiment surnaturels. »

« Cette réponse, continue le tribunal de la Sainte- Inquisition, fixait suffisamment ce qu'il y a de permis et ce qu’il y a de défendu dans l'usage ou dans l’abus du magnétisme. Mais la malice humaine s’est accrue. Négligeant les modes naturels d'investigation pour s'attacher à des pratiques anormales, les hommes se vantent d’avoir découvert un mode sûr de prédiction et de divination... De là les prestiges du somnambulisme et de la claire-vue, selon l’expression en vogue, prestiges auxquels des femmes sans considération s’abandonnent sous l’action de passes où l’honnêteté n’est pas toujours respectée. En cet état, elles prétendent percevoir l’invisible, et se mêlent témérairement de discourir sur la religion, d'évoquer les âmes des morts, d’en recevoir des réponses, de découvrir des choses inconnues ou éloignées, et de pratiquer d’autres semblables superstitions; pratiques de divination qui ne vont pas, pour elles et ceux qui les emploient, sans notables profits. En tout cela, quelle que soit la part d'artifice et de prestidigitation, comme on fait appel à des moyens naturels pour obtenir des effets qui ne sont pas d'ordre naturel, il y a manœuvre tout à fait condamnable, entachée d’hérésie, avec scandale contre l'honnêteté des mœurs. » Denz.-Bannw., Enchiridion, n.1653-1654; cf. réponse du Saint-Office datée du 2 juin 1840, et réponse de l1 Sacrée Pénitencerie datée du 15 juillet 1841.

Plus tard, en 1866, les Pères du II° concile de Baltimore, après avoir dit que nombre de faits merveilleux produits dans les séances de spiritisme doivent être attribués à la fraude, à la crédulité ou à l’art de la prestidigitation, ajoutaient : « Toutefois, on peut à peine mettre en doute que certains faits ne soient dues à l'intervention diabolique, toute autre explication paraissant insuffisante. »

Le 24 avril 1917, le tribunal du Saint-Oflice rendait une décision d'ensemble. Il avait été demandé : « Est-il permis de prendre part, soit par médium, soit sans médium, en usant ou non de l’hypnotisme, à des entretiens ou à des manifestations spirites, présentant même une apparence honnête ou pieuse, soit qu’on interroge les âmes ou les esprits, soit qu’on écoute les réponses faites, soit qu’on se contente d’observer, alors même qu’on protesterait tacitement ou expressément que l’on ne veut avoir aucune relation avec les esprits mauvais? » La Sacrée Congrégation du Saint- Office a répondu : Non, sur tous les points. Acfa aposlolicæ Sedis, 1° juin 1917, p. 268; Denzinger-Umberg, n. 2182.

De ces documents, plusieurs parties débordent, nous l’avons noté, la question du spiritisme proprement dit. De plus, on insiste sur les fraudes dont les pratiques en cause sont souvent viciées. Ce qui apparaît manifeste, c’est le jugement porté par l’Église contre l'évocation des esprits ou le recours aux âmes des morts, à savoir le fond même du spiritisme. Et selon la doctrine catholique, cette évocation, dans les conditions où procède le spiritisme, est illicite.

SPTRITUELS 2522

René Guénon, Le théosophisme, Paris, 1921, in-8°; L’erreur spirile, Paris, 1923, in-8°; Allan Kardec, Le livre des esprits, Paris, 1857, in-12; du même, L'Évangile selon le spirilisme, Paris; du même, Le ciel et l'enfer selon le spirilisme, Paris; Léon Denis, Après la mort, exposé de la doctrine des esprits, Paris; du même, Christianisme el spiritisme, Paris; du même, Preuves expérimentales de la survivance, Paris, 1910, in-12; William Crookes, Recherches sur les phénomènes du spiritualisme (trad.), Paris, s. d., in-12; Arthur Conan Doyle, The history of spirilualism, London, 1926; Herbert Thurston, S. J., The foundersof the modern spiritualism, dans The Month, fevr. 1920; du même, À new history of spiritualism, ibid., juil. 1926; Lucien Roure, Le merveilleux spirite, 5° édit.,, Paris, 1922, in-12; du même, Le spirilisme d'aujourd'hui et d’hier, Paris, 1923, in-12; Th. Flournoy, Esprits et médiums, Genève, 1911, in-8°; A. Matignon, Les morts et les vivants, Paris, 1864, in-8°; Th. Mainage, La religion spirite, Paris, 1921, in-12; C.-M. de Heredia, Spiritualism and common sense, New-York, 1922, in-12; Charles Richet, Traité de mélapsychique, 2° édit., Paris, 1923, in-8°; Paul Vulliaud, Les Rose-Croix lyonnais au XVIIIe siècle, Paris, 1929, in-8°; Émile Dermenghem, Les sommeils, Paris, 1926, in-8°; Lucien Roure, L'’occultisme et la franc-maçonnerie, dans Études, 5 juin 1930; A. Gatterer, Der wissenschaftliche Occultismus, Inspruck, in-8°.

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