‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 5)Chapitre 317 sur 457 · SPIRITUELS. APPRÉCIATION · texte numérisé non relu

SPIRITUELS. APPRÉCIATION

mortel ne peuvent pas faire les sacrements ni les administrer. 5. Enfin ils sont tellement aveuglés qu'ils affirment que l'Évangile du Christ, dans ces temps modernes, ne s’est vérifié qu’en eux et que, jusqu'alors, il a été amoïindri sinon complètement éteint. En plus des précédentes erreurs on leur en reproche encore d’autres : sur le mariage, la fin du monde, la venue de lAntéchrist qui serait imminente, erreurs auxquelles ils cherchent à attirer les cœurs des simples.

Les fraticelles hérétiques descendant des anciens spirituels italiens augmentés en nombre par la décision dogmatique de Jean XXII sur la pauvreté du Christ et des apôtres (1323), favorisés par l'absence de la papauté du pays et protégés par quelques seigneurs et par les villes libres, ont su se maintenir jusqu’en 1466. Voir l’art. FRATICELLES.

IV. JUGEMENT A PORTER SUR LES SPIRITUELS ET EXAMEN DE QUELQUES ASPECTS PARTICULIERS DE LEUR DOCTRINE ET LEUR LITTÉRATURE. --- Il va de soi qu’une question qui troublait aussi vivement l’ordre des frères mineurs, a profondément divisé les historiens du passé selon leur point de vue particulier. Les uns ont condamné en bloc tout le mouvement comme une rébellion de quelques fanatiques et même d’hérétiques contre l’ordre franciscain, insigne par sa sainteté et sa doctrine; d’autres y ont vu un mouvement mal dirigé, mais en soi généreux et apte à ramener l’ordre à la fidèle observance de la règle, bref, le germe de l’observance régulière qui, dans des conditions plus heureuses, commença à rajeunir l’ordre dès la seconde moitié du x1v° siècle. Aujourd’hui l'historien objectif, grâce aux nombreux textes mis à sa disposition, est à même de se former une idée plus juste et de distribuer lumière et ombre dans une proportion plus équitable.

Le premier à mettre un peu d’ordre dans la confusion des textes contradictoires, à ajouter de nombreuses sources inédites et à distinguer clairement les différents groupes avec leurs courants divergents, fut le cardinal F. Ehrle dans ses études magistrales publiées dans les quatre premiers volumes de l’Archiv für Literatur-und Kirchengeschichle, souvent cité dans les pages précédentes. Depuis, d’autres textes ont été publiés, mais sans apporter de modifications substantielles aux conclusions de l’éminent auteur.

Un examen attentif oblige à constater de graves fautes de part et d’autre. La Communauté, forte de sa position légale, a souvent manqué de cette charité, qui sait comprendre et pardonner, à l’égard des zélateurs de la pureté de la règle, qui, au commencement du moins, semblaient obéir à de bonnes intentions. Ange de Clareno se plaint maintes fois de la cruauté de la Communauté, et on ne lira pas sans émotion son Histoire des sept tribulations et son Epistola excusatoria. 1] exagère sans doute, mais il a été trouvé substantiellement véridique. La terrible épreuve par laquelle, peu après l’écrasement des spirituels, l’ordre franciscain a passé, à propos de la question de la pauvreté du Christ et de ses apôtres, a été appelée un jugement de Dieu. Kirchenlexikon, t. xt, 1899, p. 644. Pour sauver la doctrine et l’honneur de l’ordre, Michel de Césène et Bonagratia de Bergame ont dû recourir à ces mêmes principes qu’ils avaient tant combattus dans les spirituels et, comme ceux-ci, ils finirent hors de l’Église. Cette double défaillance a fatalement contribué à accélérer le mouvement de relâchement connu sous le nom de conventualisme, dont le premier représentant est Gérard Odonis (Ott Girald, voir son article), successeur immédiat de Michel de Césène dans le gouvernement suprême de l’ordre. Ce que le contemporain Alvaro Pelayo, De planciu Ecclesiæ, 11, 67, éd. de Venise, 1560, fol. 167 τὸ (voir aussi Anal. franc., t. 11, p. 184; t. 111, p. 505) raconte à ce propos, est assez significatif,

A la décharge de l’ordre on peut citer l’exemple de saints frères qui n’y ont trouvé aucun empêchement dans l'exercice de la vertu, y compris la pauvreté, lors même que le parti spirituel était en pleine révolte dans la même province. Très significatif est à ce propos un passage de la Légende du bienheureux Jean de l’AIverne (t 1322), homme mystique et extatique qui, par sa stricte pauvreté et la régularité de sa vie, était très voisin des spirituels et qui cependant vivait au sein de la Communauté sans y rencontrer le moindre obstacle. L'auteur contemporain de sa légende, Acta sancl., août t. 11, p. 461, rapporte les propos du bienheureux « au temps de l’insurrection de cette peste » (des spirituels) : « Quand je vins à l’ordre, Dieu m'a accordé cette grâce, que en tout et de tout ce que je voyais dans l’ordre, j'ai pris motif pour louer Dieu. En voyant une grande et belle église, de grandes maisons, des réfectoires et des dortoirs spacieux et d’amples infirmeries, en tout cela je louais Dieu. Quand je voyais que les frères étaient bien pourvus de tuniques, de livres et d’autres aumônes dela divine miséricorde, j'en louais Dieu. Ainsi j'ai toujours eu la paix de l'âme... »

Aux spirituels on ne peut pas ne pas reprocher d’avoir manqué de cette largeur d’esprit montrée par le bienheureux Jean de l’Alverne et si nécessaire pour comprendre le développement tout naturel et sain d’un ordre nombreux qui, après sa période héroïque, devait se plier aux exigences réelles d’un organisme vivant au service de l’Église et de la société et voulu par saint François lui-même. A la base du conflit se trouve donc, de la part des zelanti, la préférence de la vie contemplative à la vie active, tandis que le saint fondateur avait conçu pour son ordre la vie mixte, c’est-à-dire tour à tour contemplative et active.

Si à la Communauté on peut reprocher le manque de charité et de modération, les spirituels de leur côté n’ont pas moins manqué d’humilité et d’esprit de soumission vis-à-vis de l’autorité constituée. Ils s’érigèrent en juges de leurs supérieurs et crurent pouvoir se soustraire à l’obéissance de l’ordre et de l’Église au nom de saint François, qui pourtant avait hautement déclaré dans le dernier chapitre de sa règle qu’il voulait toujours être soumis entièrement à la sainte Église. Cette attitude réfractaire des spirituels a été inspirée surtout par deux conceptions fausses. Appuyés sur les paroles initiales de la règle franciscaine : « la règle et la vie des frères mineurs est celle-ci, à savoir observer le saint Évangile de Notre-Seigneur Jésus-Christ, vivant en obéissance, sans rien de propre et en chasteté », ils proclamaient l'identité de la règle franciscaine avec l'Évangile avec toutes les conséquences qui en découlent; en deuxième lieu ils contestaient au souverain pontife le droit de dispenser des vœux solennels ou de mitiger d’une manière quelconque la pauvreté franciscaine.

Sur la première de ces erreurs il n’y ἃ pas lieu d’insister, mais la deuxième exige quelques explications. On a vu plus haut que le premier à appliquer ce principe à la règle franciscaine est Hugues de Digne, qui en appelle aux Décrélales de Grégoire IX, ΠῚ, xxxv, c. 6, où Innocent III dit que l’expropriation et la chasteté sont tellement unies à la règle monacale que même le souverain pontife ne peut pas en dispenser, texte qui a donné beaucoup de fil à retordre aux anciens canonistes et aux théologiens. On a constaté d’abord qu'avant le xrue siècle les papes avaient déjà donné des dispenses de vœux solennels. Innocent IIT suit donc ici simplement la doctrine rigoriste de son ancien maître Huguccio, professée aussi par d’autres canonistes et théologiens du temps, par exemple Robert de Flamesbury, qui dès avant 1210 écrit : Unde habet votum hanc virtutem, quia de jure naturali est scil. de Lege

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