‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 5)Chapitre 318 sur 457 · SPIRITUELS. APPRÉCIATION · texte numérisé non relu

SPIRITUELS. APPRÉCIATION

vel Evangelio, dicente prophela : vovele εἰ reddite. Contra Legem vel Evangelium aulem nemo dispensare potest, quia ab ore Dei edita sunt, texte rapporté par J. Brys, De dispensalione in jure canonico præsertim apud decrelislas et decretalistas, Bruges, 1925, p. 212. Saint Thomas lui-même, Sum. theol., 115-115, q. LXXX vin, a. 11, défend la même théorie. Cependant, dès le ΧΙ] siècle, on trouve des canonistes et des théologiens qui attribuent au pape le pouvoir de dispenser des vœux religieux. Les spirituels au contraire s’inspiraient d'autant plus volontiers du principe d’Innocent III, qu'ils identifiaient la règle de saint François avec l'Évangile et prétendaient ainsi justifier leur refus d’obéissance. « Contre le Christ et contre l'Évangile il n'existe pas de pouvoir », écrit Ange de Clareno, Archiv, t. 1, p. 560, et plus loin : «il n’y a pas d'autorité dans la règle contre la règle, comme il n’en est pas dans l’Église contre l’Église ». 1bid., p. 563. Voir encore son Exposition de la règle, p. 201. Les spirituels étaient d'autant plus dans leur tort que, dans l’espèce, il ne s'agissait pas de dispenses de vœux, mais de déclarations authentiques de la règle de la part du pouvoir suprême de l’Église, qui avait approuvé la règle et qui pouvait l’expliquer comme un texte législatif quelconque.

Le joachimisme a eu lui aussi une grande part dans l'opposition des spirituels qui adaptèrent la théorie des sept états et des trois époques, prônée par l’abbé calabrais et par les livres pseudo-joachimites, à la mission de saint François. Selon Olieu et son fidèle disciple Ubertin de Casale, François, l’ange du sixième sceau de l’Apocalypse (vi1, 2), inaugura le sixième état de l'Église, qui coïncida avec le commencement de Ja troisième époque, à savoir, l’époque du Saint-Esprit ou de l'Évangile éternel. C’était là une théorie chère à Gérard de San-Domnino dès 1254. En conséquence les spirituels, seuls fils légitimes de saint François, se croyaient les hommes élus de l’époque du Saint- Esprit, qui devaient prêcher l'Évangile éternel dans l'Église spirituelle. En face de l’opposition qu’ils rencontraient dela part des autorités, soit dans l’ordre. soit dans l’Église, ils se consolaient à la pensée que l’Église spirituelle, selon Joachim, devait subir la persécution de la part de l'Église charnelle. L'interprétation de l’Apocalypse dans le sens et à la suite de Joachim fournissait à Olieu et à Ubertin les preuves évidentes de cette théorie. Ange de Clareno, dont le joachimisme est plus superficiel que réel, n’est pas aussi explicite sur ce point ou du moins n’y insiste pas autant. Si les deux théoriciens principaux des spirituels franciscains, Olieu et Ubertin, apparaissent ainsi imbus des faussetés du joachimisme, à une époque relativement tardive de son développement, on n’a pas le droit de présumer sans plus que la masse des rigoristes professait ces idées dès le commencement du mouvement. En Italie au moins on n’en découvre pas de traces dans les persécutions avant Jean de Parme, et il n’en est pas question dans le soulèvement de la Marche d’Ancône en 1274. Il est vrai, le joachimisme se répandit de bonne heure dans la péninsule, mais plutôt dans les milieux de la Communauté, comme l’atteste maintes fois la Chronique de Salimbene. Le séjour d'Olieu à Florence vers la fin du xx siècle semble donc responsable de l'introduction générale de cet élément fâcheux et délétère chez les spirituels d'Italie.

L'attitude des spirituels à l’égard des études est notoire. Mais ici encore il faut tenir compte de nuances assez accusées. D'abord par études il faut entendre les études organisées, c'est-à-dire les études des universités et non pas les études privées et personnelles. Car les trois coryphées des spirituels étaient tous, chacun à sa manière, des savants. Olieu et Ubertin avaient étudié à Paris. Olieu était un des penseurs les plus subtils

- SPIRIDUELS.

parmi les scolastiques du xre siècle et auteur très fécond, tandis qu'Ubertin de Casale, outre qu'il est un polémiste très habile, a laissé à la postérité l’Arbor vilæ crucifiræ Jesu (seule édition, Venise, 1485), qu’on a appelé, avec l’Historia septem tribulationum d’Ange de Clareno et les écrits d’Olieu, un des trois grands monuments de la littérature des spirituels. L'auteur, en y mettant toute son ardeur mystique et toute sa passion de partisan, nous donne assez bien l’idée d’ensemble de la doctrine des spirituels de son temps. Chose curieuse, un grand prédicateur du xv® siècle, saint Bernardin de Sienne y a puisé à pleines mains pour ce qui tient à la dévotion. Olieu et Ubertin, qui venaient de l’École, déclament sans doute contre « les mauvais arts d’Aristote », mais beaucoup moins qu’Ange de Clareno, qui semble avoir eu sa formation uniquement dans les milieux claustraux et s'était acquis dans le cours de ses pérégrinations lointaines une respectable connaissance des Pères de l’Église latine et grecque qu'il utilise surtout dans son Expositio regulæ, éditée par L. Oliger, Quaracchi, 1912. Il a même traduit du grec en latin trois ouvrages mystiques : la Règle de saint Basile, l’ Échelle de Jean Climaque et un Dialogue ou Homélies jadis attribués à saint Macaire l’Égyptien. Voir l'introduction à l’édition de son Ezxpositio Regulæ, p. XXXIV-LY.

A part ces trois auteurs, nous sommes redevables à des spirituels anonymes de toute unelittérature franciscaine, comme le Speculum perfectionis, les Actus B. Francisci, d’où sont tirés en grande partie les Fioretti ou Petites fleurs de saint François, la Legenda antica de Minocchi, la Légende de Pérouse, découverte et publiée par F. Delorme, le Sacrum commercium 5. Francisci cum domina Paupertate, peut-être de Jean de Parme. Anal. franc., t. 111, p. 283. De plus, ce sont les spirituels qui nous ont conservé ce qui reste des écrits de frère Léon, compagnon de saint François. Ce sont là des mérites positifs du parti rigoriste qu’on ne saurait trop apprécier.

V. RAYONNEMENT DU MOUVEMENT DES SPIRITUELS EN DEHORS DE L'ORDRE FRANCISCAIN. — ἢ y a lieu ici de dire un mot des adhérents séculiers des spirituels et aussi des spirituels dans l’ordre de Saint-Dominique.

Par suite de différentes circonstances : attrait d’un mysticisme poussé, lutte contre Boniface VIII, sympathies de personnages de la haute aristocratie et enfin vénération pour Olieu de la part de la bourgeoisie du midi de la France, le mouvement des spirituels se répandit en dehors des cercles purement franciscains. Son influence se fit sentir sur le terrain politique et religieux. Il y a d’abord le fait surprenant que les spirituels ont toujours joui de la protection bienveillante de quelques cardinaux tels que Jacques Colonna et Napoléon Orsini et, plus encore, de celle des maisons royales du midi de l’Europe, de Naples (à partir du roi Robert) (1309-1343), de Sicile, d'Aragon et de Majorque, qui toutes étaient sympathiques à l’idéal des spirituels. La reine Sanche de Naples et son frère, le prince Philippe de Majorque, se distinguaient particulièrement sous ce rapport. « En somme, comme l’a observé É. Jordan, on peut dire, au moins pour le midi de l’Europe, que tout le monde, à ce moment, a dû plus ou moins prendre position dans la controverse, et qu’on ne connaît vraiment un homme de la première moitié du x1v® siècle que lorsqu’on sait dans quel camp il s’est rangé. » Même Dante, à en juger par la position qu’il prend vis-à-vis de Célestin V et de Boniface VIII, et à tenir compte de son appréciation sur Joachim, « doué de l'esprit prophétique », et sur François, rénovateur de la pauvreté du Christ, paraît avoir subi l'influence des spirituels dont il a peut-être appris les

idées à travers Ubertin de Casale. Protégés par leur |

position sociale, les amis des spirituels dans la haute

DICT. DE THÉOL. CATHOL

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