STAPLETON (THOMAS
l'édition suivante : Opera quæ exstant omnia in ΠΥ tomos distribula, Paris, 1620, 4 vol. in-fol. Il ne faut pas confondre Stapleton avec un autre Thomas Stapleton, professeur de droit puis recteur de l’université de Louvain, né à Fidow (Irlande) en 1622, mort à Louvain le 14 août 1094.
Holland, Vita Stapletoni, en tête de l'édition des œuvres complètes, Paris, 1620; F.-S. Ledoux, De vita et scriptis Thomæ Stapletoni oratio, dans Annuaire de l'université de Louvain, année 1865; Pitts, De illustribus Angliæ scriptoribus, Paris, 1619; Duthillœul, Bibliothèque douaisienne, Douai, 1835-1838; Dictionary of national biography, t. XVIu, 1909, p. 988-991; Biographie nationale de Belgique, t. XXIN, col. 615-623; Aubert Le Mire, Auctarium de scriptoribus ecclesiaslicis, Hambourg, 1718, p. 171; Ellies Du Pin, Histoire de l’Église et des auteurs ecclésiastiques du X VIe siècle, col. 566-568; Moréri, Diclionnaire historique, 6d. de 1759, t. 1X, Ὁ. 560-561; Paquot, Histoire liltéraire des Pays-Bas, éd. in-fol., t. τα, Louvain, 1768, p. 526; Michaud, Biographie universelle, nouv. éd., t. XL, p. 167; Schulte, Geschichte der Quellen des canon. Rechts, t. 111, p. 781; The first and second Diaries of the English College Douay, Londres,1878, passim; The letters and memorials οἱ William cardinal Allen, Londres, 1882, passim; Roskovany, B. M. V., Immaculata ex omnium monumentis sæculorum demonstrata, t.1, Nitra, 1867, p. 375 et 382-383; Hurter, Nomenclator, 3° éd., τ. 111, col. 175; Dictionn. apologétique, t. 111, col. 1443 et t. v, col. 48.
J. MERCIER
STATIUS nom latinisé d'ESTAÇO Achille, humaniste portugais, né le 24 juin 1524 à Vidigueyra, province d’Alentejo, fonctionnaire de la Curie pontificale sous Pie IV, Pie V et Grégoire XIII, mort à Rome le 17 septembre 1581. Outre de nombreuses traductions en latin de Pères grecs (S. Jean Chrysostome, 5. Grégoire de Nysse, S. Athanase, etc.), Estaço a écrit une Epistola ad Martinum Azpilcuetam doctorem Navarrum, de reditibus ecclesiasticis qui beneficiis et pensionibus continentur, etc., Rome, 1581, in-4°.
Gaspard Estaço, Familia dos Estaços, Lisbonne, 1625, in-fol.; Aubert Le Mire, Auctarium de scriptoribus ecclesiaslicis, Hambourg, 1718, p. 185-186; Antonio, Bibliotheca hispana nova, t. 1, Madrid, 1783, p. 3-4; Richard, Dictionnaire universel des sciences ecclésiastiques, t. V, p. 163.
J. MERCIER
STATTLER Benoît (1728-1797), notable théologien allemand, ayant appartenu à la Compagnie de Jésus jusqu’à sa suppression en 1773; auteur de nombreux ouvrages dont plusieurs furent mis à l’Index. I. Vie. II. Œuvres. III. Conceptions philosophiques, morales et apologétiques. IV. Thèses ecclésiologiques. V. Histoire de sa condamnation.
I. Vie. — Stattler naquit à Kôtzting, diocèse de Ratisbonne, le 30 janvier 1728. Il entra chez les jésuites de Landsberg en 1745. Après son noviciat il étudia pendant quatre ans la philosophie et les mathématiques à Ingolstadt. Il enseigna ensuite les humanités à Landshut et à Neubourg, revint à Ingolstadt pour ses études de théologie et y fut ordonné prêtre en 1759, De 1760 à 1766, il est professeur de philosophie à Straubing et à Inspruck ; de 1766 à 1770, professeur de théologie à Soleure et derechef à Inspruck. En 1770 il arrive à Ingolstadt où il enseignera la théologie pendant plus de dix ans. Sécularisé comme tous ses confrères par la dissolution de son ordre, il fut alors la personnalité la plus en vue de l’université d’Ingolstadt; en 1775, l'évêque d’Eichstätt, chancelier en titre, le nomma pro-chancelier. Mais, en 1781, à la suite de la campagne menée contre les anciens jésuites, il dut abandonner sa chaire et devint curé de Kemnath dans le Haut- Palatinat. Amené bientôt à résigner cette cure, il se vit, en 1790, nommé par le prince électeur membre du conseil ecclésiastique et du conseil de censure, fonctions dont l'affaire de l’Index l’obligea à se démettre. Il rentra alors dans la vie privée pour y demeurer jusqu'à sa mort, survenue subitement le 21 août 1797.
— STATTLER (BENOIT) 2568
Stattler semble avoir été une intelligence ouverte et pénétrante, un travailleur acharné, un polémiste vigoureux et opiniâtre, dépourvu du reste de toute habileté politique : sa correspondance avec Rome à l'occasion de sa condamnation est d’une maladresse insigne. On ne s’étonnera pas qu’une personnalité marquante comme la sienne ait suscité des sympathies et des antipathies également vives.
II. PRINCIPALES ŒUVRES. — La production littéraire de Stattler est d’une abondance et d’une variété étonnantes. Dissertations sur des sujets de minéralogie, de physique ou de cosmologie; sommes philosophiques ou théologiques, en latin et en allemand; nombreux écrits polémiques contre ses adversaires catholiques et libres-penseurs; réfutations de Kant; traités ou brochures sur la tolérance, la réforme du clergé, la réunion des protestants, les illuminés de Bavière, les sociétés secrètes, les principes de la Révolution française et la Constitution civile du clergé.…., il a donné son avis sur tous les problèmes agités de son temps. Nous ne citerons ici que les plus importants de ses ouvrages (dont on trouvera la liste complète dans Sommervogel) : Philosophia methodo scientiis propria explanata, ὃ vol. in-8°, Augsbourg, 1769-1772; Demonstratio evangelica, Augsbourg, 1770, un vol. in-8° (trad. franç., au t. x des Démonsitrations évangéliques de Migne, 1843); Demonstralio catholica, Pappenheim, 1775, un vol. in-8; De locis theologicis, Weïissenburg, 1775, un vol. in-8; Theologia christiana theorelica, 6 vol. in-8, pars I, II, III et IV, Ingolstadt, 1776; p. V, Munich, 1777; p. VI, Munich, 1779; Ethica chrisliana universalis, Ingolstadt, 1772, un vol. in-8°; Ethica christiana communis, 6 vol. in-8°, pars 1, Augsbourg et Eichstätt, 1782; p. II, sectio 1, Munich et Ingolstadt, 1782; p. II, s. 11, ibid., 1784; p. III, 5.1, ibid., 1785; p. III, s. 11, ibid., 1788; p. III, s. 111, Augsbourg et Munich, 1789; Anti-Kant, Munich, 1788, 2 vol. in-8°; Anhang zum Anti-Kant, Munich, 1788, un vol. in-8°.
III. CONCEPTIONS PHILOSOPHIQUES, MORALES ET APOLOGÉTIQUES. — 1° Philosophie. — L'étude de la philosophie de Stattler n’entre pas dans le cadre de cet article. Bornons-nous à signaler quelques caractéristiques de sa méthode et de sa doctrine.
Il convient de noter d’abord les préoccupations scientifiques de l’auteur. Elles apparaissent non seulement dans le titre de son manuel : Philosophia methodo scienliis propria explanala, mais aussi dans la distribution des matières : tandis que l’ontologie et la cosmologie constituent de courts traités de 200 pages environ, la physique est étudiée en trois volumes de 600 à 700 pages chacun. Par là déjà, Stattler est bien de son temps.
Non moins remarquable est l’insistance de l’auteur à proclamer son indépendance et son dessein d’innovation. Au début de son Anacephaleosis ad DD. Prolestantes, il fait allusion en ces termes à sa méthode philosophique Scripsi quoque…. omni ea libertale quam philosophiæ usus.. mihi pæne propriam fecerat, omni scholastico jugo penilus excusso. Op. cil., p. τν. Dans son De locis theologicis, il instruit en quelques formules massives le procès de l’ancienne philosophie : Evidens est novam melioremque metaphysicam in locum veleris, confusæ et obsoletæ (id est, cujus sæpe vix lermini intelliguntur a discipulo philosophiam jam mullo meliorem edocto) theologiæ eliam christianæ el scholaslicæ applicandam 6556... Quid enim nisi risum aul commiserationem Doctor acatholicus, accurata melaphysica excullus, theologo catholico reponel, qui ejus, quæ eliam in catholicis philosophiæ scholis jam vigel, metaphysicæ expers, barbaram pæne et jam in omni alia literalorum classe insuelam linguam loqui pergil? Et quis denique frucltus obscuri id genus idiomatis ? Lites
256 STATTLER nunquam finiendæ ob clararum notionum et certorum principiorum defectum; lites mere vocabulariæ ob dejectum mutuæ intellectionis: cruciamenta discipulorum in obscuris phrasibus intelligendis; plaustra inanium objectionum, quæ unica sæpe distincla et accurata definitione præoccupari possent. Op. cit., p. 210-211. Stattler, on le voit, adopte, sans même le nuancer, le jugement de l’Aufklärung sur la philosophie scolastique.
Mais, s’il a de fait secoué le joug d’Aristote, il n’a pas, en revanche, élaboré une philosophie aussi personnelle qu’il le dit parfois : novæ et melioris logicæ et metaphysicæ instaurator. Authentische Aktenstücke, p. 90. Les historiens de la philosophie ont relevé ses emprunts aux empiristes, à Leibnitz, à Wolf surtout. Peut-être ont-ils exagéré sa dépendance à leur égard. Même dans les premières œuvres, elle porte beaucoup moins sur les doctrines que sur la méthode et la terminologie; et l’auteur critique très souvent les positions de Wolf. Par la suite, en tout cas, le progrès de sa réflexion personnelle et surtout son opposition décidée au kantisme l’amèneront à construire un système plus original.
Il faut savoir en effet que notre auteur prit une part importante à la lutte contre la philosophie kantienne alors en plein essor. Non content d’user de son autorité de censeur pour faire interdire les publications favorables à la philosophie nouvelle, il composa luimême une réfutation de Kant qui est « sans doute la plus pénétrante, écrit un historien récent, de toutes celles qui furent alors écrites par des catholiques et même par des non-catholiques ». Anwander, Die allgemeine Religionsgeschichte, p. 27.
29 Morale. — Dans le champ de la morale, Stattler reproche aux casuistes et aux canonistes de n’avoir pas su établir leur enseignement sur une philosophie claire et solide et d’avoir ainsi fait le jeu des doctrines utilitaires et relativistes. Pour lui, armé d’une méthode meilleure, il s’attachera à prouver que la morale est nécessairement métaphysique et théologique; il aura du même coup montré l’accord de la raison et de la révélation.
Il faut affirmer tout d’abord, contre Wolf, la distinction métaphysique du bien et du mal. Omnes res finitæ partim metaphysice bonæ, partim malæ sunt. Ethica christ. univ., p. 14. Le réel et le bien sont identiques. C’est donc dans l’infinie perfection de Dieu, dont les réalités finies ne sont que des participations déficientes, qu'il faut chercher la norme suprême de la moralité et non, comme le fait Wolf, dans la perfection de la nature humaine. De même, à l’encontre de l’autonomie prônée par Kant, faut-il concevoir la loi morale comme l'expression de la volonté divine, sous peine de faire disparaître toute différence entre ce qui est conseillé et ce qui est proprement obligatoire.
Y a-t-il entre ces bases métaphysiques et l’ensemble des conceptions morales de l’auteur une cohérence parfaite? On n’oserait l’affirmer. Stattler subit en effet l'influence des doctrines utilitaires et d’une tradition eudémoniste qui se réclame de saint Augustin. Il est si préoccupé par ailleurs de s’opposer au formalisme kantien qu’il en vient à construire une science des biens objectifs capables de nous rendre heureux, plutôt qu’une théorie de la moralité. La moralité, pense-t-il, n’est autre chose qu’un amour exactement proportionné à la grandeur et à la nécessité d’un bien, à son utilité pour le bonheur de toute l’humanité. Hume a eu raison, déclare-t-il encore, de réduire le mérite des actes humains à leur utilité : Bonum quod actibus humanis inest... finale non est, sed rationem medii seu utilis solum habet. Eth. christ. univ., Ὁ. 605. L'’unique fin morale étant la délectation suprême, les
actes n’ont de valeur qu’autant qu'ils y conduisent.
(BENOIT) 2570 Si cet eudémonisme est chrétien et théocentrique, c'est parce que l’amour de Dieu se trouve coïncider avec l’amour de soi-même, « La règle la plus générale de notre bonheur, c’est de travailler à la gloire de Dieu dans ce monde. » Dém. évangél., dans Migne, t. x, col. 494.
La moralité ne réside donc pas principalement dans une attitude du sujet moral, dans l'intention. Puisqu'elle est amour du bien, jouissance du bien — amour et jouissance, c’est tout un — la moralité se réalise suivant une « loi physique ». Cette jouissance revêt un caractère moral quand elle est choisie librement, en vertu de la liberté d’indifférence. Le libre arbitre intervient donc nécessairement, à titre essentiel, mais secondaire; la liberté ne tient qu’à notre condition d'êtres sensibles, attirés à la fois par les biens réels et par les apparents. Ni l’activité divine, ni même l’activité d’un esprit pur ne peuvent être appelées morales. Le Christ n’aurait pu mériter « s’il n’avait été libre, de la liberté d’indifférence, tout au moins de choisir entre un bien supérieur et un bien moindre ». Efh. christ. univ., p. 551.
En théologie morale, Stattler soutient le probabilisme et s’oppose nettement aux théories jansénistes. On voit même la faculté de théologie d’Ingolstadt le dénoncer au conseil ecclésiastique de Munich, en 1777, parce qu’il enseigne le probabilisme, le molinisme et la doctrine du péché philosophique.
3° Apologétique. — L’apologétique de Stattler se trouve exposée surtout dans sa Demonstratio evangelica (que nous citerons ici d’après la traduction française de Migne, Démonstrations évangéliques, t. x). L'auteur y entreprend un exposé complet des titres de crédibilité de la révélation chrétienne. Malgré l’abondance excessive des développements, le plan est fort net, l’argumentation serrée.
Après avoir noté qu’il n’entend pas combattre les athées, mais les déistes, spiritus fortes, qui professent la religion naturelle mais repoussent toute révélation, après avoir rappelé les vérités fondamentales établies en théodicée et en psychologie, il définit la religion «la somme de toutes les règles des devoirs de l’homme... le recueil de toutes les règles où sont tracés les devoirs de chaque vertu ». Migne, t. x, col. 25. On notera au passage combien la religion est ici étroitement unie à la morale, sinon identifiée avec elle. Il développe ensuite sa démonstration suivant un schème qui sera désormais classique : nécessité, possibilité, existence de la révélation.
1. La révélation est nécessaire. — « Pour que les hommes en général ou du moins l’immense majorité des hommes puissent acquérir une connaissance suffisante de la vraie religion, il est moralement nécessaire que l’on ait recours à quelque révélation de Dieu. » Migne, col. 534. C’est la thèse classique de la nécessité morale de la révélation divine pour la connaissance suffisante des vérités essentielles de la religion même naturelle.
2. Elle est possible. — Après la nécessité, la possibililé. Celle-ci s’établit d’abord in genere. Mais, au lieu de démontrer, comme le font beaucoup de traités récents, la non-répugnance de la révélation sive ex parle Dei loquentis, sive ex parte hominis, Stattler part d’un fait empirique : l’imperfection de nos connaissances même naturelles. Nos idées sur Dieu sont bien limitées. Jamais, par exemple, un philosophe n’a expliqué clairement comment la connaissance des futurs contingents ne porte atteinte ni à la liberté de l’homme ni à la toute-puissance de Dieu. Par conséquent, « il sera de la plus grande folie de repousser comme mensongers des dogmes attestés par des autorités dignes de foi, sous l’unique prétexte que ces dogmes ne sont pas compris par nous. » Col. 564,
Le chapitre s'achève sur une remarque où apparaît bien ce qu’on peut appeler l’humanisme de notre théologien : « Quelle que soit la religion surnaturelle dont on attribue à Dieu la révélation, le premier et le principal caractère de sa vérité est et doit être de nous révéler d’une manière claire et distincte les dogmes premiers et essentiels de la religion naturelle. » Col. 576.
Ce n’est pourtant pas assez d’avoir prouvé qu’une révélation est possible in genere, ni même d’avoir montré que le christianisme est le meilleur fondement et l’expression la plus achevée des devoirs de l’homme, qu'il « présente à l'intelligence humaine, sous un jour plus méthodique et plus favorable, les lois de la religion naturelle », col. 594, il faut encore savoir si la teneur très spéciale du message surnaturel chrétien permet d’y voir une révélation divine. L’auteur montrera donc que les dogmes chrétiens n’impliquent pas de contradiction évidente et s’attachera à résoudre les principales difficultés : métaphysiques (Trinité, incarnation), physiques (feu de l’enfer, eucharistie), et morales (rédemption par la croix, péché ori-
ginel).
3. Fail de la révélation. — Reste enfin une dernière question : en fait, Dieu a-t-il révélé? Stattler procède
ici, très longuement, à l’examen des miracles, des prophéties, des critères médiats et extrinsèques.…. Il arrive ainsi à cette conclusion : « L'histoire de la religion chrétienne est attestée par des preuves infiniment plus grandes que toutes celles de l’histoire profane. » Col. 1001. L'origine divine de la révélation chrétienne, « sans être évidente... atteint de très près le degré de la certitude physique ». Col. 1015. Elle « peut convaincre pleinement et sans laisser aucun doute raisonnable les esprits les plus subtils et les hommes les plus savants », « Donc l’obligation pour tous les hommes d’embrasser la religion chrétienne est évidente, parfaite et souverainement grave. » Col. 1016.
IV. DOocCTRINES ECCLÉSIOLOGIQUES. — Cinq ans après la Demonstralio evangelica paraissait la Demonstratio catholica (1775), traité apologétique et dogmatique de l’Église. Nous ne pouvons en exposer le contenu par le détail. Il suffira d’y relever quelques propositions qui donnent le ton de l’ouvrage ou expliquent les polémiques et la condamnation dont il fut l’objet. Certaines idées du De locis theologicis, publié la même année, trouveront ici également leur place.
1° L’aulorilé doctrinale dans l’Église; le sujet de l’infaillibililé active. - La Demonstratio catholica aborde comme suit la question de l'infaillibilité : il ne peut se faire que le jugement du pape en matière de foi soit tellement singulier que l'unanimité des évêques soit d’une opinion différente, car Pierre cesserait ipso facto d’être le fondement de l’Église et les portes de l’enfer prévaudraient contre elle. Dem. cath., p. 167. Aussi Stattler n’est-il pas loin de penser que le problème de l'infaillibilité du pape seul est un faux problème Ilaque non video quo pacto magnum momentum habere possil tot contentionibus agitata quæstio illa : an summus ponlifex, se solo judicans in rebus fidei, falli nequeat. P. 168. Les promesses du Christ ont en effet pour objet, explique-t-il, deux choses dont l’une ne peut se concevoir sans l’autre, à savoir que Pierre (ou son successeur) sera toujours le fondement de la véritable Église et que l'Église elle-même restera toujours bâtie sur ce fondement. Ærgo nec summus pontifex unquam solus recte in id genus causis decernet [id est « in rebus cum salule vel ruina universali connexis »], nec sine illo cœtus reclorum inferiorum aliter alque ille decernentium. Ibid. De même n’y a-t-il pas lieu de se demander si l'autorité doctrinale de l’ensemble des évêques est supérieure ou inférieure à celle du pape seul. Pour la même raison encore, on ne peut soutenir que le concile général soit le seul moyen pour
STATTLER (BENOIT)
ONE l'Église de définir infailliblement sa foi : sufjicit paucorum cum judicio Romani Pontificis consensus, p.167; au contraire, aucun concile général ne peut porter un jugement infaillible en matière de foi sans le consentement, l'approbation et la confirmation du pape. P4166:
Quand l'Église exerce-t-elle donc son magistère doctrinal infaillible? Premièrement, lorsque le pape parle « publiquement et solennellement » à l’Église universelle, à condition toutefois qu'il ait avec lui un certain nombre d’évêques, réunis en concile particulier ou même dispersés. Le pape seul n’est pas infaillible, parce que le pape seul ne représente pas l’Église, laquelle comprend nécessairement la tête et les membres, le fondement et l’édifice : Ecclesia Christi... ex primale supremo, ex episcopis nullo certo numero, et ex subditis fidelibus, tum clericis, tum laicis, vi institulionis divinæ per essentiam constat. De loc. theol., p. 187.
L'ouvrage que nous venons de citer ajoute à cette doctrine une remarque, plus méthodologique, sur l’autorité des Pères et des théologiens en matière de foi. Pour ce qui est des Pères, p. 201 sq., Stattler ne s’écarte pas de l’opinion commune. Quant aux théologiens, consensus illorum grave pondus el veritatis præjudicium facil; ubi discrepant, tantum quisque valet quantum ratio quam affert. P. 205. On remarquera que l’auteur refuse ainsi pratiquement au consensus theologorum sa valeur propre de témoignage de la foi de l'Église, valeur indépendante des arguments apportés par chacun. On trouvera dans le fractatus V de sa Theologia christiana theoretica, ©. 1V, p. 341 sq., une curieuse application de ce principe à la question de la vision béatifique dans le Christ dès l'instant de sa conception. Voir sur ce point, H. Weisweiler, Hat Stattler die Gottesschau Christi geleugnet? dans la revue Scholastik, t. v, 1930, p. 573-578.
2° Prérogatives juridictionnelles du primal. — Le pape ἃ juridiction suprême et universelle sur les évèques. Dem. cath., p. 302 sq. Il est donc toujours légitime d’en appeler des évêques ou d’un synode particulier au souverain pontife; sur ce point Stattler se sépare nettement du fébronianisme; mais il pense que la « modération dans le gouvernement de l’Église » conseillera ordinairement au pape de déléguer ses pouvoirs à des juges pris dans le diocèse ou la province intéressés, plutôt que d'évoquer l'affaire en Cour de Rome. L'Église gallicane agit sagement en exigeant ce moderamen. P. 324 sq.
Quant à la juridiction des évêques sur leur propre troupeau, elle leur vient immédiatement de Dieu. P. 208 sq., 407. C’est à tous les apôtres et non au seul Pierre que le Christ a remis ses pouvoirs. Le pape n'a pas juridiction ordinaire immédiate, mais seulement médiate, sur les membres de l’Église soumis à la juridiction immédiate d’autres pasteurs. P. 394 sq. Même le privilège des religieux exempts dépend absolument du consentement des évêques. P. 407. Le pape ne peut donc s’immiscer dans le gouvernement des diocèses que s’il y a des abus à corriger, ou si les inférieurs font appel à son tribunal. P. 408. Stattler estime et n'hésite pas à dire tout haut que ces ingérences papales sont trop fréquentes, qu’elles constituent un des principaux obstacles au retour des protestants dans le sein de l’unique Église. P. 423-424. II revient souvent sur cette idée que la primauté voulue par le Christ est une primauté de service, non de domination; cf. par exemple p. 390. La primauté pontificale n'existe que dans la mesure où elle est nécessaire paur assurer l’unité de l'Église. Le pape n’est pas maître des saints canons en ce sens qu'il puisse en dispenser arbitrairement, mais solum morali polestale... gaudet in ordine ad ædificalionem, non ad ruinam Ecclesiæ, P, 393.
Dans le cas d’un schisme papal, le concile général a autorité pour décider quel est, des deux élus douteux, le véritable pontife. Si c’est nécessaire, il pourra même les déposer tous deux et en élire un troisième. Ainsi peut-on légitimer « le mode d’agir singulier » du concile de Constance : il fallait mettre fin auschisme; mais l’autorité du concile n’allait pas plus loin. De loc. theol., p. 187-188. Dans les cas de nécessité les princes euxmêmes et surtout l’empereur peuvent user de leur pouvoir temporel pour hâter la convocation et la réunion effective d’un concile, pour agir sur les évêques (au besoin en leur retirant leurs revenus temporels), et sur le pape lui-même. Zbid., p. 190.
Si enfin, en des matières qui ne touchent pas à la foi et à l’unité de l’Église, le pape commet une imprudence ou une erreur, donne le mauvais exemple ou édicte des lois nuisibles, les évêques ont non seulement le droit mais le devoir de l’avertir, communiter aut singillatim, au besoin de lui résister ouvertement, comme fit saint Paul à l’égard de saint Pierre. Dem. cath., p. 175.
3° La « potestas coactiva » dans l’Église; la tolérance. — Stattler admet que l’Église peut infliger des peines spirituelles pour contraindre ses membres à l’observation des lois divines par elle authentiquement déclarées, mais il insiste surtout sur la modération qu’il convient d’apporter dans l’emploi de ces moyens extrémes. Plus que la thèse elle-même, le ton est révélateur de la pensée profonde : après avoir rappelé les règles de tolérance données par saint Augustin, l’auteur conclut : O quot quantave Ecclesiæ mala nunquam vidisset christianus orbis, si istas regulas attendissent rectores gregis Chrisii priusquam cum virga venirent ad hunc. Quid diceret Augustinus, si multitudinem excommunicationum « ipso facto » incurrendarum et censurarum catalogos legeret; si audiisset de interdictis regnorum, anathematis in principes et in regna latis? Nonne illud : Heu! quanta cum strage frumenti optimi zizania, ὁ ministri Jesu Christi, eradicatis ante messem! Dem. cath., p.277.
A l'égard des non-catholiques, quelle devra être l'attitude de l’Église? S'ils ne propagent point publiquement leurs erreurs, il ne faut pas les inquiéter. S'ils cherchent à séduire les catholiques, il faut interdire à ceux-ci de les fréquenter. Si cette mesure est impossible, sufjiciet salubri instructione præmunire gregem. Que ceux qui prescrivent une conduite plus sévère remarquent bien qu'ils donnent ainsi aux non-catholiques, là où ils détiennent le pouvoir, le droit de rendre la pareille aux catholiques; qu’ils remarquent aussi que ces « règles de la tolérance chrétienne... ont été reçues en tout temps par les catholiques les plus sages ». P. 277-279.
4° Le relour des protestants à l'unique Église. — La pensée de Stattler sur ce grave sujet, qui fut une de ses constantes préoccupations, est résumée dans l’Anacephaleosis ad DD. protestantes in Germania. Cet opuscule n’est pas daté; traduit en allemand et augmenté, il donnera le Plan zu der allein môglichen Vereinigung der Protestanten mit der katholischen Kirche, un vol. in-8°, Augsbourg et Munich, 1781.
Avec une netteté et une franchise parfaites, l’auteur expose d’abord la condition essentielle de la réunion : « Si nous n’admettons pas de part et d’autre, dit-il aux protestants, l’autorité et le jugement infaillibles de l'Église, l'union n’est pas possible entre vous et nous; on ne peut même pas l’espérer entre vous [protestants]; si, au contraire nous tombons d’accord sur ce point, tout le reste sera très facile. » Anacephal., 1v, v. C’est qu’en dehors de l’autorité de l’Église, on ne trouvera pas de règle sûre pour l'interprétation de l'Écriture. Il n’y ἃ rien à répondre à Locke lorsqu'il écrit : « Si l’Écriture seule et l'interprétation de l’Écri-
STATTLER (BENOIT)
ture fondée sur le jugement personnel est l'unique règle de foi, pourquoi souscrirais-je à l'interprétation de tel autre plutôt qu’à la mienne propre?» Zbid., vin. Mais à ce jeu le christianisme tombe en ruines. Ce n'est pourtant pas ce qu'ont voulu les protestants. Qu'ils sachent donc reconnaître, incontestablement exprimé dans l’Écriture et postulé par la nature même de la société voulue par le Christ, le dogme de l’infaillibilité doctrinale de l’Église.
Dans la seconde partie de son opuscule, Stattler en vient à formuler, lui simple théologien, des « propositions de paix », qu’il appelle inconsidérément les « Canons de l’union ». Zbid., XXv11 sq. Ce curieux document nous montre comment certains esprits envisageaient alors, du côté catholique, le problème de la réunion. C’est pourquoi nous le résumerons ici.
Canon 1 : Vous ne serez obligés de croire de foi certaine, déclare-t-on aux protestants, que ce que l’Église a « solennellement déclaré dogme catholique ». Liberté entière, par conséquent, pour tout ce qui est opinions d’écoles (l’auteur admet-il qu’il n’y a pas de milieu entre les dogmes définis et les simples opinions d’écoles? Il ne le dit pas expressément ; mais, au moment de sa condamnation, il exigera de même, pour rétracter ses opinions personnelles, une définition conciliaire ou papale. Si l’on se rappelle ce que nous avons dit plus haut de sa thèse sur la valeur du consentement unanime des théologiens, on sera porté à croire que sa pensée était loin d’avoir atteint sur ce point toute la précision désirable). — Canon 2 : L'autorité pontificale qu’on vous demandera d’admettre est un pouvoir médiat et purement spirituel. — Canon 3 : En fait de religieux, vous n’admettrez que ceux qui utrique reipublicæ, sacræ et profanæ, ex æquo utiles videbuntur; encore l’exercice de leur ministère serat-il subordonné au consentement non seulement des évêques, mais des curés. — Canon 4 : Vous êtes dans votre droit en demandant qu’on n’ordonne pas plus de clercs et de prêtres qu’il n’y a de postes stables à pourvoir. — Canon 5 : Personne ne vous obligera à admettre quelques confraternités que ce soit. — Canon 6 : La puissance temporelle de vos princes restera intacte et indépendante. — Canon 7 : L'entretien convenable des églises et des ministres du culte sera établi d’après une estimation raisonnable et non sur le principe de la dîme. — Canon 8 : La sagesse divine qui inspire à l’Église le souci du bien de tous lui dictera aussi une grande modération dans l’exercice de son pouvoir législatif. — Canon 9 : Vous serez libres de n’admettre que les exercices religieux essentiels à la vie chrétienne et reçus par toute l’Église; libres de rejeter ceux qui ont été inventés par des individus ou des communautés particulières.
Vellem plura addere, dit encore l’auteur; sed sollicitudo me prohibet displicendi infirmis qui solidum cibum ferre non possunt. Ibid., xxIx-XxX. Il devine — et il ne se trompe pas — que ses propositions de paix ne recevront pas l'approbation unanime des catholiques. I1 semble bien qu'’ellesn’'aient pas rencontré chez les protestants eux-mêmes l'accueil empressé qu’il souhaitait. Sa conclusion du moins pourrait être signée par tous ceux qui désirent sincèrement l'union. Primus ad unionem gradus erit, si nos invicem vere christiana carilate mulua prosequamur, omni in occasione illius argumenta sincerissima exhibentes. Voluntates enim semel conjunctæ unionem intellectus brevi ac certissime post se trahent. Interim sic mecum statuo : Unio acatholicorum omnium cum catholicis tam magnum est opus, ul non nisi divino disponi consilio possit. Deus solus scit, οἱ volet cerlissime id exsequi; nisi humanæ voluntatis illi malitia sit obstitura. [bid., XXX.