‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 5)Chapitre 326 sur 457 · V. LA MISE A L'INDEX. — La Demonstralio catholica · texte numérisé non relu

V. LA MISE A L'INDEX. — La Demonstralio catholica

| et le De locis theologicis donnèrent lieu très vite à des

controverses assez vives. En 1778, un « moine de la congrégation bénédictine de Bavière » (il s'appelait Frülich et il jouera un rôle très important dans cette histoire) publie une longue Reflexio in sic dictam Demonstrationem catholicam... Un de ses confrères, ΒΖ, d’autres théologiens, séculiers ceux-là, Herzog, Michl, critiquent peu après les thèses de Stattler sur le pouvoir médiat du pape, le sujet de l’infaillibilité active, la réunion des protestants, etc. Le professeur d’Ingolstadt répond; ses disciples, Neuhauser et Sailer, le soutiennent. L'année suivante, au plus fort de la campagne contre les anciens jésuites, Frôlich dénonce 54 propositions extraites des ouvrages incriminés. Déjà, selon toute vraisemblance, il a fait une démarche personnelle pour mettre l’autorité romaine en garde contre les témérités doctrinales de son adversaire. D'autre part, deux anciens jésuites, Veith et Zallinger, ont dénoncé, sans résultat, semble-t-il, son traité de l’eucharistie.

En septembre 1781, l’évêque d’Eichstätt, Raymond de Strasoldo, reçoit une lettre du dominicain Mamachi, secrétaire de la Congrégation de l’Index, l’avertissant que la Demonstratio catholica et le De locis theologicis vont être condamnés. Le décret concernant la Demons- {ratio est tout prêt; on n’en a retardé la publication que par égard pour Strasoldo qui a approuvé ces ouvrages. Qu'il se hâte donc, conseille Mamachi, de retirer son approbation, et il paraîtra ainsi prévenir la condamnation au lieu d’être obligé de la ratifier. Si l’on n’a point demandé à Stattler de défendre sa Demonstralio catholica, c’est que ce livre fourmille d’erreurs et qu'il est proprement indéfendable. On craint de plus que le subtil théologien ne cherche indéfiniment des échappatoires. Le De locis theologicis est moins mauvais ; cependant on l’a confié pour examen à un second censeur, et la condamnation n’est guère douteuse. Dans une lettre privée jointe à ce courrier officiel, le secrétaire de l’Index recommande à son ancien élève Strasoldo de ne point essayer d'intervenir : la cause est entendue.

Le 8 octobre, l’évêque d’Eichstätt écrit au pape Pie VI. Si l’on censure à Rome les ouvrages de son prochancelier, remarque-t-il d’abord, la honte en rejaillira sur lui-même, évêque. Puis il aborde le fond de la question. Stattler, c’est entendu, rejette beaucoup d'opinions de l'Écoleet abandonnel’ancienne méthode, mais « nous vivons en un temps où tout se renouvelle, où l’on importe de France en Allemagne non seulement les costumes et les parures, mais aussi les théories; la philosophie et la théologie anciennes sont partout délaissées ». On trouvera ce texte, avec beaucoup de détails sur toute l'affaire, dans l’ouvrage de Reusch, Der Index der verbotenen Bücher, t. 11 ὃ, p. 1001 sq. ΟἿ. aussi l’article S{attler que le même auteur a donné à l’Allgemeine deutsche Biographie, t. XXXvV, p. 498-506. Au reste, continue l’évêque, l’auteur de la Demonstra- Lio n’est pas absolument un novateur; il a eu de nombreux précurseurs parmi les théologiens français et allemands, même chez les bénédictins, qui sont les seuls à l’attaquer, et cela parce que Stattler a critiqué à plusieurs reprises les privilèges des réguliers, émis des doutes sur les aptitudes des moines à l’apostolat. En conséquence il serait équitable que l’on observât la procédure fixée par Benoît XIV et que l’on signalât à l’auteur les propositions qu’on lui reproche; s’il ne peut répondre à toutes les difficultés des censeurs, il pourra du moins préparer une seconde édition corrigée ou publier un supplément rectificatif. Strasoldo écrit en même temps à la Congrégation de l'Index et déclare que la condamnation des livres de Stattler ne fera qu’attirer l'attention sur ses idées. Α son ancien maître Mamachi enfin il rappelle les faveurs dont il a comblé jusqu'à le jour le couvent dominicain d'Eichstätt; son attilude

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envers ces religieux dépendra de celle de Mamachi luimême dans l’affaire Stattler.

Quels furent, parmi ces arguments dont plusieurs étaient pour le moins étranges, ceux qui arrêtèrent le procès? Nous ne savons. En tout cas la condamnation fut ajournée, bien que, cette même année 1781, ait paru une seconde édition, non corrigée, de la Demonstratio catholica.

Là-dessus, l’évêque Strasoldo meurt; Mamachi quitte le secrétariat de l’Index pour devenir maître du Sacré-Palais ; comme tous ses collègues anciens jésuites, Stattler est privé de sa chaire et Frülich réussit à l'y remplacer. Cela n’est pas de bon augure, mais on attendra jusqu’en 1792 une reprise de l'affaire. Mamachi vient alors de mourir. Frülich, qui s’est rendu impossible à Ingolstadt par son mauvais caractère et sa manie de dénonciation, réside à Rome depuis un an. Est-ce lui qui dénonce de nouveau l’ancien prochancelier? Est-ce Stattler qui se rappelle imprudemment à l’attention des autorités romaines en demandant au nonce à Munich (août 1792) de faire parvenir à Rome deux opuscules qu’il a publiés en 1779? En tout cas, dès février 1793, le nonce lui fait savoir que, sauf rétractation de sa part, le décret de 1780 va être publié. Stattler lui répond qu’il ne rétractera rien de ses opinions tant qu’on usera avec lui de procédés « aussi étranges ». Il remet au nonce des lettres pour le pape et la Congrégation de l’Index, où il promet de se soumettre sans réserve si le pape définit une seule proposition contraire à son enseignement. Il est si intimement persuadé, dit-il, de l’accord de sa doctrine avec l'Évangile, que seule une définition officielle, non un simple décret de l’Index, pourra le convaincre de son erreur. De nouveau, pendant près de deux ans, on n’entend parler de rien.

Soudain, en décembre 1794, communication confidentielle du premier ministre de Bavière à Stattler : une condamnation pour hérésies serait imminente. Le souverain va se trouver obligé de retirer au théologien condamné ses fonctions de censeur et de conseiller ecclésiastique ; il y aurait avantage à prévenir cet affront public par une démission. Stattler s'exécute mais avertit les évêques de Freysing et d'Eichstätt, qui intercèdent à Rome en sa faveur. Lui-même écrit au pape le 11 janvier 1795. Si l’on use de tant de sévérité à son égard, observe-t-il, cela ne pourra que troubler beaucoup de bien-pensants; seuls se réjouiront ceux qui le haïssent parce qu’il a été jésuite, qui envient sa réputation ou qui se laissent conduire par un zèle mal éclairé. On a souvent appliqué à la cour de Rome le dicton : Dat veniam corvis, vexal censura columbas. Le mot ne s’est jamais vérifié encore sous le long règne de Pie VI; Stattler espère bien ne pas en être le premier exemple. Il estime avoir droit autant qu’un autre aux égards prescrits par Benoît XIV envers les bons catholiques dont les ouvrages sont déférés à l’Index.

Peu après l’infortuné théologien apprend qu'il n’a jamais été question de le condamner du chef d’hérésie, mais seulement de publier enfin le décret de 1780. Il envoie aussitôt (18 mars 1795) une longue « Explica- Lion sur les deux principales propositions qui semblent avoir provoqué la censure de la Demonstralio catholica ». Le 9 mai suivant, Pie VI écrit à l’évêque d’Eichstätt, comte de Stubenberg, que la publication du décret est de nouveau différée. Le pape envoie en même temps à l’évêque une liste de 12 propositions extraites de la Demonstralio. Si l’auteur consent à les retirer, on pourrait renoncer à publier le décret. L'examen des autres ouvrages, De locis theologicis, Theologia chrisliana theoretica, Epistola ad C. F. Bahrdt, n’est pas encore achevé, Si l’on y trouve des propositions erronées, on demandera également à Stattler de les désavouer, Quand il s’agit de questions de foi, ajoute le

souverain pontife, on ne peut s'arrêter à des considérations de personnes; il faut veiller à ce que les bons catholiques ne soient pas induits en erreur par des livres qui, en un sens, sont plus dangereux que d’autres, du fait que leur auteur a la réputation d’un homme bien intentionné, savant et pieux.

Stattler rédige aussitôt une réponse au sujet des 12 propositions qu’on lui demande de rétracter. Il explique certaines de ses affirmations, reconnaît qu’il a employé ici ou là des formules inexactes, propose des corrections. Pour ce qui regarde sa doctrine du pouvoir épiscopal (juridiction immédiate de droit divin), il fait remarquer que c’est la position presque commune des théologiens français et allemands. Pourtant, si le pape définit la doctrine contraire, Stattler se soumettra. Même déclaration au sujet de sa thèse contre la juridiction immédiate du pape en dehors de Rome. Quant à l’affirmation particulière que le pape ne peut donner l’absolution sacramentelle dans un diocèse étranger sans la permission de l’évêque local, l’auteur fait observer qu'il l’a déjà désavouée dans deux ouvrages parus après la Demonstratio. Ilest tout disposé, enfin, à publier un volume d’explications et de rétractations. L’évêque d’Eichstätt envoie ces éclaircissements à Rome en juillet 1795. La réponse

. de Pie VI arrive le 23 janvier 1796 : les explications de Stattler ne sont pas satisfaisantes ; s’il ne consent pas à rétracter purement et simplement son ouvrage, le décret de condamnation paraîtra dans trois mois.

Désormais, la cause de l’ancien pro-chancelier est perdue. Il essaie cependant d’une nouvelle lettre au pape (25 mars 1796). Il s’y plaint qu'on le traite plus durement que n'importe quel autre, puisqu'on l’oblige à rétracter des opinions que le concile de Trente, après les avoir examinées, a voulu laisser libres et qui sont, de fait, tenues par d'innombrables théologiens. « Jusqu'ici, dit-il, la censure n’a pu montrer dans mon livre une seule proposition qui ait été condamnée par un concile ou un pape, par le consentement des Pères ou des théologiens. Le jugement d’un particulier — et n'importe quel censeur n’est rien de plus, quand il ne peut invoquer un jugement officiel de l’Église — ne suffit pas pour me condamner officiellement». Cf. Reusch, op. cit., p. 1005. Plaintes inutiles : le 23 mai 1796, paraît un décret de l’Index, portant la date du 29 avril 1796 et s’appuyant sur le décret du 10 juillet 1780, qui inscrit la Demonstratio catholica au catalogue des livres prohibés.

Quelque temps après, Stattler commet la faute de publier lui-même en un recueil anonyme la plupart des pièces de ce long et pénible procès. I1n’y gagnerien, car le 10 juillet est publié un nouveau décret complétant le premier et condamnant le De locis theologicis, la Theologia christiana theoretica, la brochure intitulée Epistola parænelica ad virum clarissimum doctorem C. F. Bahrdt, Eichstätt et Günzburg, 1780, et le recueil des Authentische Aklenstücke wegen dem zu Rom theils betriebenen theils abzuwenden getrachteten Verdammungsurtheil über das Stattlerische Buch Demonstralio catholica, Francfort et Leipzig, 1796, un vol. in-8°.

ΠῚ semble bien que ces décrets n’aient pas été officiellement notifiés à Stattler. Il meurt d’ailleurs subitement, quelques semaines plus tard, d’une attaque d’apoplexie.

. CoNcLusSION. — La personnalité et l’œuvre de Stattler ont été de son vivant très diversement appréciées. Michel Sailer, qui fut son élève et son collègue à Ingolstadt, aimait sa terrible franchise et admirait son ouverture d'esprit. Devenu évêque de Ratisbonne, il déclarait devoir tout ce qu’il était à son maître et regrettait qu’on ne le lût pas davantage. Il est certain d'autre part que, trop conscient de sa valeur, trop

DICT. DE THÉOL. CATHOL

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exclusivement préoccupé aussi des exigences de son temps, le professeur d’Ingolstadt traita souvent de haut les théologiens qui restaient attachés plus que lui aux méthodes et aux formules traditionnelles. Ceux-ci ne lui pardonnèrent ni sa suflisance ni ses hardiesses doctrinales. Et Zallinger exprime bien l'opinion de ces tenants de la tradition lorsqu'il écrit que Stattler mullos jam gemilus omnibus bonis expressit. Cité dans Kirchenlexikon, t. xx, col. 743.

Ces appréciations sévères ont trouvé de l’écho chez certains historiens. M. Maisonneuve écrivait naguère ici-même (art. APOLOGÉTIQUE, t. 1, Col. 1545) : « Faudra-t-il ranger parmi les catholiques Benoît Stattler.… successivement bénédictin [Stattler s’appelait Benedikt et avait commencé ses études de grammaire chez les bénédictins de Niederaltaich, mais nous ne lui connaissons point d’autres attaches avec l’ordre de Saint-Benoit, dans lequeliltrouva même ses adversaires les plus décidés], jésuite, curé [mais, dans l'intervalle, la Compagnie de Jésus avait été supprimée], dont la Demonstratio catholica, 1775, fut mise à l’Index et qui refusa de se rétracter? »

Les historiens plus récents sont moins sévères et, semble-t-il, plus équitables. « On ne peut ranger parmi les représentants de l’Aufklärung, déclare nettement Mgr Grabmann, l’ancien jésuite Benoît Stattler, qui [en dépit de certains excès]... se tenait sur le terrain du dogme catholique. » Geschichte der katholischen Theologie, p. 211. Au jugement du Dr. Anwander, qui a étudié toute cette période de la théologie catholique allemande, Stattler, « également remarquable comme homme et comme penseur », est une des personnalités les plus éminentes non seulement de la Compagnie de Jésus et de la Bavière, mais de tout le xvirre siècle catholique. Il eut le mérite, dit encore M. Anwander, d’aborder franchement tous les problèmes de son temps, de renoncer aux stériles polémiques contre les protestants pour essayer de tourner contre la librepensée incroyante toutes les forces chrétiennes unies, de prolonger dans le sens catholique la philosophie de Leibnitz et de Wolf, de combattre vigoureusement et intelligemment le kantisme Die allgemeine Religionsgeschichte, p. 26 sq.

On peut se demander toutefois si les méthodes de Stattler étaient les meilleures. On doit reconnaître que les résultats, en tout cas, n’ont pas répondu à son attente; que, même, son ardeur combattive ou son zèle pour l’union de tous les chrétiens l’ont amené parfois à des positions ambiguës, téméraires ou même inconciliables avec la parfaite orthodoxie. Il n’en garde pas moins le mérite d’avoir entrepris, dans le désarroi de la pensée catholique et sous les assauts durationalisme antichrétien (qu’il suffise de rappeler ces noms qui reviennent si souvent dans ses livres : Hume, Locke, Reimarus, J.-J. Rousseau...), une œuvre difficile, mais communément désirée, de renouvellement et d’adaptation. Les historiens de l’apologétique catholique, quelles que soient leurs préférences personnelles (Le Bachelet, Werner, Anwander, Eschweiler..….), lui assignent tous une place de choix parmi ceux qui contribuèrent à élaborer, sous sa forme systématique, l’apologétique que nous appelons encore traditionnelle.

Allgemeine deutsche Biographie, t. xXxV, p. 498-506; Anwander, Die allgemeine Religionsgeschichte in katholischem Deutschland, Salzbourg, 1932, p.26 sq.; Buchberger, Lexikon für Theologie und Kirche, t.1x, p. 781; Duhr, Geschichte der Jesuiten. t. 1V b, p. 51 sq.; Eschweïler, Die zwei Wege der neueren Theologie, Augsbourg, 1926, p. 82-84; Grabmann, Geschichte der katholischen Theologie, Fribourg-en-B., 1933, p.211 ; Hurter, Nomenclator, 3° éd.t. v,col.373-376; Kirchenlexikon, t. ΧΙ, col. 741-744; Koch, Jesuitenlexikon, Ὁ. 1689; Reusch, Der Index der verbotenen Bücher, t. 11 b, Bonn, 1885, p. 1000-1005; Sommervogel, Bibl. de la Comp.

| de Jésus, t. ΝΙΙ, col. 1498-1509; K. Werner, Geschichte der

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apologetischen und polemischen Literatur der christlichen

Theologie, t. v, Schaffhouse, 1867, p. 190 sq.; du même,

Franz Suarez, Ratisbonne, 1889, 2 vol., passim; du même,

Geschichte der katholischen Theologie, p. 225 sq., 282 sq. J. BERNARD.

STAUDENMAIER François, théologien allemand du xix* siècle. — Né à Donzdorf (Wurtemberg) le 11 septembre 1800, il eut une carrière de professeur extrêmement unie, extrêmement remplie. Après ses études faites à Tubingue, il ne tarde pas à devenir professeur dans cette université, d’où il passe à Giessen en 1830, et de là à Fribourg-en-Brisgau en 1837; en cette ville il devient chanoine de la cathédrale, (1843), et meurt prématurément le 19 janvier 1856.

Son œuvre qui est considérable donne une idée assez juste de ce qu'est la théologie allemande dans la première moitié du x1x® siècle, toute orientée vers la spéculation, mais vers une spéculation très libre, sans grandes attaches avec la théologie traditionnelle, sans notions précises de ce qu'avait été au juste la pensée des Pères de l’Église ou des docteurs du Moyen-Age. Chaque auteur, réfléchissant pour son compte personnel aux vérités chrétiennes, s’efforce d’en tirer les réponses aux questions diverses soulevées par la philosophie indépendante, se met en tête d'élaborer une synthèse, pas toujours absolument orthodoxe, qu’il oppose à celle des incroyants ou des adversaires. Il y a bien dans l’œuvre de Staudenmaier deux études où l’histoire du passé chrétien est abordée, mais l’une : Geschichte der Bischofswahlen, 1830, est une simple esquisse; l’autre est un travail sur Jean Scot Érigène, Francfort, 1834, où l’auteur a oublié qu'il s’agissait d’abord de préciser la pensée du philosophe étudié; le sous-titre est caractéristique : Johannes Scotus Erigena und die Wissenschaft seiner Zeit, mit allgemeinen Entwickelungen der Hauplwahrheiten auf dem Gebiete der Philosophie und Religion und Grundzügen zu einer Geschichle der speculativen Theologie; la seconde partie du travail où Staudenmaier devait approfondir le système même de l’Érigène n’a pas été écrite.

Les autres publications de l’auteur parues soit indépendamment, soit dans deux périodiques éphémères — les Jahrbücher für Theologie und christliche Philosophie à Giessen, de 1834 à 1838 et la Zeitschrift für Theologie, à Fribourg, de 1839 à 1848 — demeurent toutes dans le domaine strictement spéculatif : Encyclopädie der theologischen Wissenschaften als System der gesammiten Theologie, Mayence, 1834; 2° éd. en 1840 en 2 vol. dont le 1er seul a paru. — Geist des Christenthums, dargestellt in den heiligen Zeilen, in den heiligen Handlungen und in der heiligen Kunst, Mayence, 1835, 8e éd. en 1880, sorte de réplique allemande du Génie du christianisme, dont il paraît qu’elle mériterait encore la lecture. — Geist der güttlichen Offenbarung, oder Wissenschaft der Geschichtsprincipien des Christenthums, Giessen, 1837. — Die Philosophie des Christenthums oder Metaphysik der heiligen Schrift als Lehre von den gülllichen Ideen und ihrer Entwickelung in der Nalur, im Geiste und in der Geschichte, Giessen, 1846, un des principaux ouvrages de l’auteur, dédié à Antoine Günther; des quatre parties primitivement envisagées, la première seule a été exécutée, — Également inachevée est Die christliche Dogmatik, dont 2 vol. parurent à Fribourg en 1844, le t. πὶ en 1848, la première partie du t. rv en 1852. — Staudenmaier s’est aussi fait un nom en combattant le panthéisme hégélien, Darstellung und Krilik des Hegel'schen Systems aus dem Standpunkle der christlichen Philosophie, Mayence, 1844; de même avait-il attaqué les vues de Schelling sur la révélation : Ueber die Philosophie der Offenbarung von Schelling dans Zeilschr. für Theologie, t. vint, 1842, p. 247-440. — Les événements de 1848 lui inspirèrent aussi des écrits de circonstance : Die

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kirchliche Aufgabe der Gegenwart, 1849; Grundfragen der Gegenwart, 1851.

Il y a une monographie sur Staudenmaier, par Fr. Lauchert, Fribourg, 1901; voir aussi Kirchenlexikon, t. xt, col. 744-746; Hurter, Nomenclator, 3° éd., t. v a, col. 1088- 1092, avec de précieuses indications sur les diverses recensions des ouvrages de l’auteur; Lexikon für Theologie und Kirche, t. 1x, col. 782; Die Religion in Geschichte und Gegenwart, t. v, col. 763.

É. AMANN.

STAUPITZ Jean, premier protecteur de Luther (1 1524). I. Vie. II. Relations avec Luther et le luthéranisme.

I. VIE. — On ignore la date et le lieu de naissance de Jean Staupitz. La première mention que l’on trouve de son nom est celle de la matricule de l’université de Leipzig, au semestre d’été de 1485 : Johannes Stopitz de Mutterwilz bace. Le Mutterwitz dont il est ici question et qui serait le pays d’origine de Staupitz n’a pu être identifié. On ne sait pas davantage où et quand le futur protecteur de Luther entra chez les augustins, peut-être à Munich, selon Paulus. Il vint, en 1497, à Tubingue, où il fut nommé prieur dès l’année suivante. Il poursuivait ses études en même temps à l’université du lieu et obtenait, en 1500, le titre de docteur en

théologie. Peu après, il revenait à Munich en qualité .

de prieur du couvent des augustins et, en 1503, le 7 mai, à la demande du vénérable André Proles, réformateur de son ordre, qui devait mourir un mois plus tard, le 6 juin, il fut élu, parle chapitre tenu à Eschwege, vicaire-général des augustins d’Allemagne, c’est-à-dire représentant, pour ce pays, du général de l’ordre en résidence à Rome. Dans l'intervalle, il avait été appelé par l’électeur Frédéric de Saxe à participer à la constitution du personnel professoral de l’université que ce prince venait de fonder, avec l’autorisation de l’empereur seulement — celle du pape ne fut obtenue que plus tard — à Wittenberg, en 1502. Staupitz fut le premier doyen de la faculté de théologie de cette ville. C’est là qu’il devait attirer Luther, en 1508, et lui mettre, pour ainsi dire, le pied à l’étrier. Il avait dû le remarquer au cours d’une visite au couvent d’Erfurt où se trouvait encore le jeune moine. On verra plus loin que Luther, très tourmenté à cette époque de sa vie par des scrupules intimes, s’ouvrit à lui et en reçut des encouragements inoubliables. A partir de 1505 ou 1506, il semble que Staupitz soit entré en conflit avec certains couvents de la stricte observance qu'il entendait rallier à son autorité et qui résistaient à ses avances. Ce fut pour défendre la thèse de ces couvents, parmi lesquels se trouvait celui d’Erfurt, que Luther, rappelé de Wittenberg dès 1509, fit, à l’automne de 1510, le voyage de Rome. On ignore par quelle influence il fut complètement retourné, au cours de ce voyage décisif. Mais il est sûr qu’à son retour il passa au parti de Staupitz, quitta Erfurt pour revenir à Wittenberg et se montra, dès lors, ennemi résolu des « observantins », des « justitiaires », qu'il appelait encore «les petits saints d'œuvres ». Ce fut en poussant à l'extrême ses critiques dans ce sens qu’il aboutit à la doctrine de la justification par la foi sans les œuvres, point de départ de sa révolte contre l’Église catholique romaine.

Staupitz poussa Luther aux études bibliques, ce qui était du reste dans l'esprit de l’ordre et inscrit en toutes lettres dans les anciennes constitutions des augustins, approuvées en 1287, comme l’a démontré Nicolas Paulus, Historisches Jahrbuch der Gürresgesellschaft, t. xur, p. 311 sq. I le fit recevoir docteur en théologie en 1512 et lui céda aussitôt sa chaire, car la même année il démissionnait à Wittenberg. Il vécut le plus ordinairement dès lors, en dehors de ses visites canoniques aux couvents de son ordre, dans le sud de

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l'Allemagne, soit à Nurenberg, soit à Salzbourg. On précisera ci-après son attitude à l'égard du mouvement luthérien. Disons simplement qu'après l’avoir favorisé au début il en conçut un tel ennui qu'il quitta l’ordre des augustins, avec l’appui du cardinal Matthieu Lang, archevêque de Salzbourg, entra chez les bénédictins, fut élu abbé de la riche abbaye de Saint- Pierre, à Salzbourg, consacré, le 6 août 1522, par l’évêque Berthold de Chiemsee, en présence du cardinal. I1 mourait le 28 décembre 1524.

II. RELATIONS AVEC LUTHER ET LE LUTHÉRANISME. — Nous possédons dix lettres de Luther à Staupitz et deux lettres de Staupitz à Luther. Elles suffisent, avec ce que l’on connaît par ailleurs de l’évolution de Luther, à préciser les rapports entre ces deux hommes. Du côté de Staupitz, ce fut un drame intime d’une rare intensité. Après avoir chaleureusement approuvé les premières démarches de son protégé, devenu son ami, il conçut des doutes sur les conséquences de sa révolte, il se raccrocha à l’Église catholique et ne trouva rien de mieux, pour se soustraire soit aux reproches de Rome, soit aux sollicitations de son ordre, entraîné dans la rébellion de Luther, que de renoncer à la règle augustinienne pour se faire bénédictin. Nous distinguerons trois périodes dans les relations entre Staupitz et Luther : 1. avant l'affaire des indulgences, soit de 1507 environ à 1517; 2. de l'affaire des indulgences à la condamnation de Luther (1517-1520); 3. après la condamnation de Luther (1520-1524).

1° Avant l'affaire des indulgences, Staupitz protège Luther, lui montre de la sympathie, de l’admiration même pour son jeune talent, une confiance parfaite, car non seulement il l’encourage dans ses études, l’oblige à prendre le doctorat en théologie, lui cède sa chaire, mais encore il est son confident, peut-être, au moins par intervalles, son confesseur. Dans une lettre du 30 mai 1518, Luther lui rappelle ainsi les leçons les plus précieuses qu’il lui doit : « Je me souviens, révérend Père, qu’au cours de vos très agréables et salutaires conversations, par lesquelles le Seigneur Jésus a coutume de me donner de merveilleuses consolations, un jour il fut fait mention de ce mot « pénitence ». Prenant en pitié une foule de consciences et ces bourreaux qui enseignent ce qu'ils appellent « la manière « de se confesser », à l’aide d’une infinité de préceptes insupportables, nous vous avons entendu, parlant comme une voix du ciel, dire : qu’il n’y ἃ pas de vraie pénitence si ce n’est celle qui commence par l’amour de la justice et de Dieu et que cela est plutôt le principe de la pénitence qui en est pour eux comme la fin et l'achèvement. » Enders, Luther’s Briefwechsel, t. τ, p. 196.

Luther, partant de là, explique à Staupitz qu’il fait consister la pénitence dans « le changement d’esprit », ce qui est justement le sens du mot grec μετάνοια : pénitence. Et il ajoute que c’est pour cela qu’il est parti en guerre contre les indulgences, en tant qu’elles sont une rémission de la satisfaction, la plus « vile partie » de la pénitence, et qu’elles en font oublier la véritable doctrine, le changement d’esprit. Il est donc certain que Luther donnait Staupitz comme son véritable précurseur. Mais Luther néglige de dire que, par delà cette théorie de la pénitence, il admettait des idées qui, poussées à bout, se trouvent en opposition avec la doctrine catholique : la corruption totale de l’homme par le péché originel, l'impossibilité pour l’homme déchu de faire le bien, le prédestinatianisme, la justification par la foi seule. Il semble que Staupitz n'ait jamais vu clairement que là était le point de rupture entre Luther et tout le grand passé catholique.

29 De l'affaire des indulgences à la condamnation de Luther (1517-1520), Staupitz ne comprend pas la gravité de la lutte engagée. Il prend au fond de lui-

STAUPITZ (JEAN

même parti pour son ami et son « fils spirituel ». Les lettres que Luther lui adresse sont pleines de confiance. On sent un accord intime entre les deux hommes, probablement fondé sur des équivoques, en ce sens que Staupitz ne connaît pas à fond les idées de Luther. En février 1518, Gabriel Venetus, pro-général de l’ordre, avertit Staupitz, au nom du pape Léon X, que Luther a été dénoncé comme hérétique et le charge d'obtenir sa rétractation. Staupitz communique à Luther cette instruction. Et Luther répond, le 31 mars, en repoussant les accusations dont il est l’objet et en refusant nettement toute rétractation. Le 30 mai suivant, il lui adressait ses Resoluliones (qui ne devaient paraître qu’en août) pour que Staupitz les fit parvenir au Saint-Siège, à titre d'explication de sa position sur les indulgences. Staupitz semble avoir pris peur un peu plus tard, car, le 14 septembre 1518, il écrivait à Luther, sans le désapprouver, pour lui conseiller de quitter Wittenberg pour un temps. Il se solidarisait du reste avec lui et lui disait en propres termes : Placel mihi ut Willenbergam ad tempus deseras meque accedas, ut simul vivamus moriamurque. Mais Luther fut convoqué à la diète d’Augsbourg, pour paraître devant le légat, Cajétan. Staupitz vint en personne à Augsbourg, où il arriva le 10 octobre. Luther le lui rappelait, le 14 janvier 1521 : « Quand nous étions à Augsbourg..., entre autres conversations sur ma cause, vous me disiez : « Souvenez-vous, mon frère, que vous avez «commencé ces choses au nom de Notre-Seigneur Jésus- « Christ. » Il semble que Staupitz ait songé alors à faire partir Luther pour l’université de Paris. Il y ἃ une allusion à ce projet dans une lettre de Luther du 12 décembre 1518. Enders, loc. cit., t.1, p. 319. Mais Spalatin s’y montra opposé.

3° Après la condamnation de Luther (1520-1524), Staupitz, effrayé par les proportions que prenait le « tapage luthérien », se retira de plus en plus de tout rapport avec lui, et se couvrit de la protection du cardinal Matthieu Lang, de Salzbourg. Ce dernier, sur l'invitation du Saint-Siège, lui demanda une rétractation par-devant notaire des propositions condamnées de Luther, contenues dans la bulle Exsurge Domine, du 15 juin 1520. Staupitz implora la faveur de n'avoir pas à rétracter des propositions qui n'étaient pas les siennes, mais il finit par déclarer formellement qu'il reconnaissait le pape comme son juge. Luther, qui se plaignait, dès 1519, d’être abandonné par Staupitz — Nimis me derelinquis. Ego super te, sicut ablaclatus super matre sua (Enders, loc. cit., t. 11, p. 184) — fut très affecté par cette sorte de reniement. Il lui écrivit en février 1521 : « Ce n’est pas le moment de craindre, mais de crier, dès lors que Notre-Seigneur Jésus-Christ est condamné, dépouillé et blasphémé. C’est pourquoi, plus vous m’exhortez à l'humilité, plus je vous encourage à l’orgueil. Vous avez trop d’humilité, tout comme moi trop d’orgueil. » Enders, loc. cit., t. ut, p. 84. Il semble bien que Staupitz lui fit quelques reproches, car dans une lettre du 27 juin 1522, alors qu'il était déjà question pour Staupitz de devenir abbé bénédictin, Luther lui écrit : « Ce que vous m'écrivez que ma doctrine est vantée par ceux qui fréquentent les maisons de débauche (lupanaria) et que beaucoup de scandales sont issus de mes ouvrages, ni ne m'étonne, ni ne m’effraie...» Enders, Loc, cit., Ὁ. 111, p. 406. Et il se déclare résolu à abattre « l’Antéchrist ». La dernière lettre de Luther à Staupitz, en date du 17 septembre 1523, contient l’expression d’un regret amer : « Certes, si nous avons cessé de vous être agréables, nous ne pouvons quand même nous montrer envers vous ni ingrats ni oublieux, car c’est par vous, le premier, que la lumière de l'Évangile commença à luire dans nos cœurs. » Enders, loc. cit., t. 1V, p. 231. C'était rappeler à la fois l’influence indéniable de

Staupitz sur l’évolution primitive de Luther et sa rupture avec lui. Au surplus, Staupitz lui-même reconnaît qu'il fut « le précurseur de la sainte doctrine évangélique », qui olim præcursor exstili sanctæ evangelicæ doctrinæ. Enders, loc. cit., 19 avril 1524, t. τν, p. 315. Mais dans la même lettre, il indique ce qui le sépare de ses anciens amis : « Vous me paraissez condamner bien des choses purement externes, qui ne servent à rien à la foi et à la justice, sont neutres (neutra) et qui, accomplies dans la foi au Seigneur Jésus-Christ, ne chargent aucunement la conscience. Pourquoi troubler ainsi les cœurs des simples? Qu'est-ce donc qui ἃ rendu l’habit monacal odieux à vos narines, alors que la plupart le portent dans la sainte foi au Christ? Il y a, hélas! presque dans tous les exercices humains, des abus, et ils sont bien rares ceux qui mesurent tout par la foi. Maïs il y en a au moins quelques-uns. On ne doit donc pas réprouver la substance des choses, pour un mal accidentel, qui se rencontre çà et là. » Ibid. La même année, Staupitz mourait, emportant dans la tombe, sans nul doute, bien des regrets, mais en communion avec l’Église de son enfance et de son âge mûr. Π avait surtout manqué de clairvoyance et de vigilance.

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Voir surtout Enders, Luther's Briefwechsel, lettres de Luther à Staupitz, dans les t. τοῖν; Staupitii opera, publiés par Knaacke, Postdam, 1867, un seul volume paru. L’inattention du public ne permit pas de publier le tome suivant; Th. Kolde, Die deutsche Augustinerkongregation und J. von Staupilz, Gotha, 1879. Cet ouvrage remplace tous ceux qui avaient précédé, en apportant des documents nouveaux; N. Paulus, J. von Staupitz, seine vorgeblich protestantischen Gesinnungen, dans Historisches Jahrbuch der Gürresgesellschaft, t. x11, 1891, p.309 sq., prouve quesur les points essentiels du luthéranisme : serf-arbitre, mérite des bonnes œuvres, justification, Staupitz a toujours professé la doctrine catholique, et qu’il connaissait mal les doctrines foncières de Luther.

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